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Full text of "Expressions familières de Marseille et de Provence"

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Philippe Blanchet 


Expressions familières de Marseille 
et de Provence 


Editions Bonneton 


Expressions à encadrer sur la couverture : 

"Aquelo empego !", "Couillon de la lune", "Faire un nàrri", "Fai de bèn à 
Bertrand, ti lou rènd en cagant", "Brancher les cagoles", "De longue", "Faire des 
yeux de bogue". 

4e de couv. : 

Notre langue de tous les jours est parsemée d'expressions dont une partie est 
d'origine et de dimension régionales. Et dans un pays comme la Provence, où la 
parole est aussi passionnément cultivée que partagée, la moisson est 
savoureuse ! Expressions en français, expressions en provençal, toutes sont des 
façons de parler familières, employées de Marseille à Digne et d'Avignon à 
Cannes. Elles surprennent et amusent le visiteur, elles sont empreintes de 
complicité et de clarté pour les gens du pays. De la simple formule habituelle 
jusqu'au dicton, en passant par la comparaison imagée, elles témoignent d'une 
façon de vivre et de communiquer. En voici un recueil significatif, où leurs sens 
détaillés, leurs origines réelles (au delà des légendes) et leurs usages en 
contexte, nous sont expliqués avec le soin et l'humour qui conviennent, pour 
notre plus grand plaisir. 

Vous êtes pas d'Auriol ? Vous en avez déjà le bàti-bàti ? Allez, vaï, ne faites pas de 
longue ces yeux de gobi et allez-y plan-plan ! Et, ce livre, c'est pas des contes de 
Maistre Arnaou ! Vous avez la crespine, vous savez, qu'avec ça, si vous voulez 
brancher les cagoles, faire un estampèou, ou philosopher, on vous donne le pain et le 
couteau ! Allez, zou, conservez-vous et aïoli sur vous ! 

Philippe Blanchet est professeur de sociolinguistique à l'université Rennes 2, où 
il dirige le Centre de Recherches sur la Diversité Linguistique de la Francophonie. 
Spécialiste de la langue provençale et du français parlé en Provence, Provençal 
lui-même, il a recueilli au cours de ses enquêtes sur ces deux langues de 
nombreuses expressions dont il présente ici un échantillon représentatif. 


illustration de tranche : une cigale ou un olivier 




2 



3 


Présentation 1 


"Parfois ils ont un petit air narquois, comme d'un rire caché, tout prêt à se montrer et à partir. 
Bien sûr, la plupart ils sont, comme partout et tous les hommes (...), d'un aloi commun. Mais ils ont 
l'air spirituels et supérieurs à eux-mêmes. On dirait qu’ils sont sages, d'une sagesse antique. Ils ont le 
mot du grand secret, une immense expérience est en eux, celle de tout un passé, non pas évanouie en 
fumée (...), mais tournée en sagesse vivante (...). Cette merveilleuse expérience des siècles (...) leur a 
donné cette façon riante et tranquille de se plaire à la vie. Ve là, une certaine ironie involontaire dont ils 

ne se doutent pas. " 
André Suarès, Provence L 


1. Les "expressions", qu'es acô ? 

Les expressions retenues dans ce recueil sont, en allant du plus libre au 
plus fixé, des "façons de dire", des "expressions toutes faites", et des "dictons". Je 
vais préciser un peu ce que cela veut dire. 


Les "façons de dire" 

Les régionalismes du français, ce n'est pas seulement des mots et des 
expressions typiquement locaux. Les sens que l'on donne localement à des mots 
français "ordinaires", et surtout les usages particuliers qu'ont en fait, sont au 
moins aussi typiques, aussi révélateurs, et parfois sources de malentendus... Il 
m'a ainsi semblé important de faire figurer dans cet ouvrage quelques exemples 
de ces tournures locales. Je leur ai donné le nom de "façons de dire". Le 
dictionnaire (qui est parfois un peu momo) les appelle idiotismes, ce qui n'est pas 
très joli. Et si j'écris que mes compatriotes provençaux disent des idiotismes, ils 
vont dire que c'est des couillonnades et m'envoyer me faire une soupe d'esc]lies ou, 
pire, caguer à Endoume. Ce sera donc des "façons de dire"... 

Elles se manifestent par des combinaisons de mots habituelles, mais pas 
vraiment fixées, dont le sens découle assez directement des mots qui les 
composent. L'originalité en surprend souvent celui qui n'y est pas habitué. Elles 
apparaissent quasiment à chaque fois qu'on prend la parole (et chez nous, c'est 
de longue, car on a une brave tchatche !). Elles sont une marque très significative 
du fonctionnement particulier d'une langue et d'une culture, comme on le 
remarque aussitôt chez ceux qui parlent notre langue de telle façon qu'on les 
comprend... mais... "nous, on dirait pas ça comme ça". Elles révèlent une façon 
d'être, d'agir et de penser propre à une communauté culturelle. Les 
connotations de ces "façons de dire", et donc leurs significations complètes, ne 
sont d'ailleurs pas nécessairement celles qu'attendrait, par exemple, un estranger 
qui parle une autre variété de français 3 , et les ambigüités sont nombreuses. 


3 NB : Ce livre est rédigé en appliquant les rectifications de l'orthographe française publiées au 
Journal Officiel du 6 décembre 1990, enregistrées par les dictionnaires usuels et celui de 
l'Académie française (1993), qui les recommande en déclarant : "Aucune des deux graphies ne 
peut être tenue pour fautive". 

3 André Suarès, Provence, Aix, Edisud, 1993, p. 147-48. 

33 C'est-à-dire quelqu'un qui est originaire d'une autre région ou d'un autre pays. Parmi les 
estrangers qui parlent français, on remarque surtout les "Français du Nord", catégorie qui 
englobent schématiquement tous ceux d'entre Bordeaux, Brest, Lille et Grenoble, c'est-à-dire 
tous ceux qui ne sont ni du Midi provençal, ni du Sud-Ouest (le "Midi moins le quart", qui 
s'étend de Montpellier à Bordeaux). 



4 

En voici en exemple une anecdote récente. Une amie, originaire de l'Ouest 
de la France, déclare avoir le visage fatigué (peuchère !). Je lui réponds : fais-toi 
un peu voir pour qu'elle me permette de l'observer bien en face. Etonnée, elle 
regarde l'assistance, en pas sachant 4 comment réagir. Mon étrange "façon de 
dire" doit faire écho à l'expression "va te faire voir" qui, pour elle, est une injure, 
aggravée du fait que je n'ai pas dit "s'il te plait" (quel grossier personnage !). Or, 
dans mon français de Provence, fais-toi un peu voir est une expression normale, 
d'autant que se faire voir y signifie "se faire examiner (par un médecin)" et que 
dire un peu y est une marque de politesse comparable à "s'il te plait" 5 . Au 
contraire, montre-toi ou s'il te plait montre-moi ton visage sont des façons de dire 
qui ne me viennent pas spontanément, surtout en situation familière. Cela 
s'explique en grande partie par le fait que, en provençal, si faire vèire signifie "se 
faire examiner", que un pau y est une expression de politesse (qui atténue ce 
qu'on dit), et qu'on ne dit pas usuellement *mouastro-ti, qui paraitrait curieux, 
mais, précisément, fai-ti un pau vèire... (et voilà qu'on se comprend ; on va pas se 
faire le mourre pour des parpelles d'agasses, qué ?). 

On voit là l'origine principale des expressions particulières qui sont 
présentées dans cette anthologie : le bilinguisme provençal-français, 
caractéristique de la Provence, et sur lequel je reviendrai plus loin, si vous avez 
la patience de me suivre jusque là. 

Les "expressions toutes faites" 

Les expressions toutes faites, que les linguistes appellent "locutions figées" 
dans leur français local, sont des groupes de mots transmis et compris comme 
un tout. Elles ont un sens global qui n'est pas la simple addition du sens de 
chacun des mots qui la composent. Par exemple grimper aux rideaux (vous voyez 
le rapport, vous ?) ou courir comme un dératé (beaucoup moins efficace que 
l'E.P.O). Ce tout se transmet donc tel quel, et l'on n'a pas besoin d'en connaitre 
le détail pour le comprendre. Si vous me dites de... quelqu'un (gardons 
l'anonymat) c’est un ours mal léché, je n'ai pas besoin de connaitre les moeurs des 
ours pour comprendre la métaphore (en l'occurrence parfaitement arbitraire, 
car les oursons "mal léchés" -si ça existe- par leur mère ne sont pas plus 
agressifs que les autres !). D'ailleurs, on comprend d’ores et déjà, tirer à hue et à 
dia, frais émoulu même si l'on ne connait plus les mots ores, dia, émoulu, pris 
isolément. Cela contribue à la vitalité d'expressions directement issues des 
langues régionales même si beaucoup de gens ne les parlent plus (hélas). 
Inversement, si l'on ignore le sens d'une "expression toute faite", on ne peut en 
général pas -ou en tous cas difficilement- le déduire des mots qui la composent. 
Prenez les expressions provençales s'embrasser comme des courges (en 
provençal: s'embrassa coumo de cougourdo) ou c'est le tambour de Cassis (en 
provençal : es lou tambour de Cassis)... alors ? Et bé vous n'avez plus qu'à aller en 
chercher le sens dans les pages qui suivent ! 

Ces "expressions toutes faites" constituent l'essentiel du corpus présenté 
dans cet ouvrage. 

Les "dictons" 


^Ça, c'est de la "façon de dire" made in Provence AOC. 

5 Les expressions se faire voir et un peu figurent dans ce dictionnaire. 



5 

Ça, c'est un ensemble d'expressions encore plus fixées et encore plus 
enracinées dans le patrimoine culturel et linguistique que le type précédent. Les 
expressions toutes faites évoluent, disparaissent et naissent au cours du temps, 
parfois assez rapidement, comme les mots en général. Les proverbes ou dictons 
(deux noms synonymes) sont souvent conservés tels quels, sans changement ou 
presque, à travers de nombreux siècles. Ce sont des formules figées, souvent 
longues, rythmées et rimées qui servent à exprimer des "vérités" générales, à 
donner des conseils ou des avis. C'est un peu l'expression de la sagesse 
populaire. Leur rapport avec le lieu, les gens, et leur mode de vie, est souvent 
plus marqué que pour les deux types d'expression précédents. Les dictons, de 
Provence ou d'ailleurs, font l'objet de dictionnaires et d'études spécifiques, 
abondants pour notre région. Certains dictons sont pourtant d'un usage 
suffisamment "familier" dans la vie quotidienne, même parfois ceux en 
provençal, pour mériter quelques explications (par exemple le très célèbre Fai de 
bèn à Bertrand, ti lou rende en cagant, si utile dans la vie...). Et puis, il n'y a pas de 
limite nette entre une "expression toute faite" et le proverbe qu'elle peut 
contribuer à créer ou qu'elle peut devenir. Ainsi, c'est de la locution provençale 
dura un pan eue "durer le temps de cuire un pain" que découle le dicton vent de 
nue duro un pan eue, "vent qui se lève la nuit ne dure pas jusqu'à l'aube", issue 
d'une longue observation du climat local, sans doute par les boulangers, qui 
cuisent le pain la nuit (enfin, les vrais, pas ceux qui décongèlent au micro-onde 
pour les touristes). 

Ce que parlent les gens, comment parlent les gens, est la manifestation de 
qui ils sont et de comment ils vivent. C'est une voie d'accès idéale à un mode 
vie, à une culture au sens large du terme. Les dictons, dans cette optique, 
constituent des expressions représentatives tout à fait dignes de notre intérêt. 

Des caractéristiques communes 

D'une manière générale, la plupart de ces expressions témoignent de ce 
que qu'on appellait autrefois un "génie de la langue", propre à la Provence, 
c'est-à-dire une façon directe, très concrète et imagée de s'exprimer, qui tranche 
avec les méandres et les abstractions qu'on emploie souvent dans d'autres 
variétés de français. 

Au fur et à mesure, on remarquera des procédés qui reviennent souvent : 
-l'insistance sur des comportements et phénomènes auxquels les 
Provençaux sont particulièrement attachés (entre autres : être actif et rapide, 
savoir parler avec brio mais à bon escient, être ouvert, être malin, exprimer ses 
émotions non intimes, plaisanter, se débarrasser des importuns, rire des autres 
(!), participer aux activités et jeux traditionnels, etc.), 

-l'emploi du provençal comme langue de la connivence et de l'affectivité, 
-les jeux de "fausse joute oratoire" et d'expressions "à tiroirs", où l'on 
manie une ironie complice, avec réponses ou compléments codifiés, 

-les pseudo-explications indirectes et impossibles, 

-les jeux sur le double sens de certains mots, 

-les comparaisons avec des animaux et légumes typiques de la région, 

-le recours au domaine de la mer, 

-le recours à des lieux, activités et fêtes traditionnelles, 

-la citation de lieux et personnages réels ou fictifs, 

-un belle sagesse populaire, 

-et beaucoup d'humour ! 



6 

On remarquera qu'un nombre conséquent d'expressions a un un sens 
différent de ce qu'on lui donne ou pourrait lui donner en français "commun", y 
compris les comportements auxquels elles sont liées, source d'ambigüités 
fréquentes qui ont dû contribuer à cette mécompréhension et ces relations 
parfois difficiles qui ont marqué les contacts en Provençaux et Français 
d'ailleurs. 


2. Vous avez dit "familières" ? 

Par familières, on veut dire en général deux choses, et ce sera aussi le cas 
dans cet ouvrage. Une expression familière, c'est : 

-une expression répandue, que les gens connaissent bien, qu'ils utilisent 
couramment, 

-une expression qui relève d'un registre de langue spontanée, simple et 
sans façons. 

De plus, familier implique une idée de connivence. C'est donc une 
expression "de la famille". Les Provençaux ont souvent conscience, pour un 
certain nombre de ces expressions (mais pas pour toutes), qu'elles sont locales. 
Ils les utilisent alors avec un clin d'œil qui veut dire "comme on dit chez nous". 
Utiliser cette expression "de chez nous" sert alors aussi à créer des liens et à se 
reconnaitre "entre soi" (ce qui devient essentiel dans une région si attractive que 
les autochtones représentent à peine aujourd'hui une petite moitié de la 
population). 

Des expressions connues 

La première façon de choisir ces expressions familières, c'est donc de 
prendre en compte la connaissance des expressions dans la population locale, la 
connaissance plutôt que la fréquence. Ne retenir que les expressions les plus 
fréquemment employées aurait laissé de côté des expressions moins fréquentes 
mais révélatrices de ce qu'est la parole provençale. Par exemple cela aurait 
beaucoup réduit (ou exclu totalement) les expressions en provençal, langue 
aujourd'hui beaucoup moins employée que le français, et pourtant essentielle 
pour comprendre l'originalité du français parlé en Provence, la vie provençale 
elle-même (quelle que soit la langue dans laquelle elle s'exprime). Tout le 
monde est à peu près d'accord pour dire que parler de la Provence sans y 
mettre un peu de provençal, c'est rater un ingrédient important de l'identité 
régionale. D'ailleurs, si les Provençaux continuent contre vent du Nord et... 
raz-de-marée touristique à en saupoudrer leur français, ce n'est pas pour rien. 
Surtout pour les expressions humoristiques, car leur usage est très développé 
en provençal: "Tout le monde, en provençal, a de l'esprit" a écrit le Marseillais 
André Suarès 6 . 

Dans le même ordre d'idée, des expressions (tout comme des mots) 
peuvent être fortement emblématiques tout en étant peu usitées. Ainsi, la 
majorité des Provençaux cite comme expression provençale à l'an que vèn 
(prononcé très correctement à la provençale, c'est-à-dire en gros "a l'ang qué 
ving" 7 ). Cette expression, dont la forme complète est à l'an que vèn, e se sian pas 
mai, que siguen pas mens, signifie littéralement "à l'année prochaine, et si nous ne 


6 André Suarès, Provence, Aix, Edisud, 1993, p. 158. 

7 En alphabet phonétique [ala$NkevE$N], 



7 


sommes pas plus nombreux, ne soyons pas moins nombreux". C'est la formule 
rituelle des vœux de Noël (fête majeure en Provence) et, par ricochet, du nouvel 
an. Mais seule une partie des Provençaux l'utilise, uniquement de Noël à 
l'Epiphanie, pour trinquer ou quitter un proche. Sa fréquence d'usage est donc 
très basse, mais sa valeur symbolique très élevée : elle a sa place dans notre 
liste. 

De même, de nombreuses expressions provençales sont identiques à des 
expressions italiennes, reflet d'une proximité culturelle importante et ancienne, 
que l'on retrouve entre autre dans les habitudes alimentaires 8 ou les chants 
populaires (ha, la bella polenta /...). Il est donc utile de citer au moins les dictons 
suivants, dont les doublets quasiment exacts existent en italien : 

-pèr davala, tôuti lei sant ajudon ("pour descendre, tous les saints vous 
aident"), jolie façon de dire que dans les difficultés, on est souvent seul, ou 

-Cfu ronmpe pago e lei moussèu soun siéu ("qui casse paye et lei débris sont à 
lui"), règle d'une grande honnêteté (et après on dira que les gens du Sud sont 
des bandits !). 

Enfin, mesurer la fréquence d'emploi ou de compréhension aurait 
nécessité des enquêtes longues et complexes, dont la fiabilité des résultats 
n'était pas garantie et serait probablement restée décevante au regard des 
efforts déployés 9 . J'ai donc simplement relevé des expressions entendues (je 
connaissais et emploie d'ailleurs nombre d'entre elles), noté les lieux concernés 
(car certaines ne sont pas répandues dans toute la Provence), les milieux qui les 
emploient (il ne s'agissait pas de s'enfermer dans des expressions 
"traditionnelles" surannées mais aussi de relever celles utilisées -voire crées- par 
les jeunes), et ceci tout au long d'une fréquentation assidue du terrain provençal 
et de nombreuses sources disponibles 10 . 

Signalons, mais j'y reviendrai plus loin, que les Provençaux sont de grands 
créateurs d'expressions, souvent ponctuelles et fugaces, qui font partie de cet 
art de la parole méditerranéenne, vive et imagée, qu'ils cultivent avec passion. 
C'est donc davantage le "style" et la qualité (en provençal on dirait mieux lou 
biais 11 ) de leurs expressions qui présentent un réel intérêt, plutôt qu'une liste 
statistique. 

Une partie de cet ensemble de 250 expressions représentatives (+ celles 
citées dans les articles, soit 350 en tout) relève donc bien sûr d'estimations et de 
choix personnels. Mais ils ne sont pas aléatoires, ni "subjectifs" au mauvais sens 
du terme. Après tout, l'auteur (moi-même !) est quelqu'un du pays, qui en parle 
les deux langues principales (le provençal et le français -régional-), et qui en 
étudie les usages depuis longtemps. La liste ici retenue a, du reste, été 
communiquée à une série de personnes originaires de divers coins de Provence, 
qui m'ont signalé leur réception de ces expressions et confirmé la 
représentativité de l'ensemble. 

Des expressions populaires 


8 Voir mon Dictionnaire de la cuisine de Provence, Bonneton, 1994. 

9 L interrogation directe donne souvent des résultats décalés par rapport aux pratiques 
spontanées réelles, et observer celles-ci en grande quantité demande un temps énorme et des 
déplacements très nombreux. 

10 D'autres informations seront données dans les articles ci-après. Notons que s'il existe d'assez 
nombreux dictionnaires du vocabulaire français régional de Provence, ainsi que d'expressions 
et proverbes en provençal, il n'existe jusqu'ici, à ma connaissance, qu'une seule petite 
anthologie des expressions de Provence en français (cf. bibliographie). 

^Prononcé "lou biail". 



8 


Second aspect, il s'agit d'expressions populaires, mot qui est très 
valorisant pour moi. Je veux dire par là qu'il ne s'agit pas d'expressions 
appartenant à un registre "soutenu", "littéraire" ou... de damotes ! Toutes ces 
expressions ont été recueillies plusieurs fois chacune à l'oral, pendant des 
conversations "à la bonne franquette". On ne s'étonnera pas d'y voir figurer des 
mots ou formules un peu crues, comme dans mon vié ! ou val caga à... !. 

Dans la parole et dans la culture provençales, il est normal de s'exprimer 
de façon directe et familière, sans "faire des chichis". Beaucoup de mots ou 
expressions, dont les emplois ou les équivalents en français "du Nord" ou 
"standard" sont jugés "vulgaires", ne sont chez nous, en provençal ou en 
français régional, que gentiment familiers (avec, souvent, des connotations 
affectives, et. par exemple les usages de couillon). De fait, c'est par une 
expression qui, au départ, signifie en provençal "parler snob", qu'on désigne les 
façons non méridionales de parler français : parler pointu... On peut d'ailleurs se 
permettre en provençal des expressions qui passent mal en français, même 
régional. Enfant, je pouvais dire à ma grand-mère, en provençal, mi fa caga (pas 
trop souvent quand même !), ou son équivalent en français régional, ça me fait 
caguer (qui était déjà nettement moins accepté...); jamais je n'aurais osé 
prononcer devant elle l'équivalent bien français ("ça me fait chier"), car elle 
m'aurait "crié", comme on dit puis chez nous. 

3. "de Provence", voyons voir... 

Reste bien sûr à préciser comment l'on définit qu'une expression familière 
est "de Provence" et à en présenter un peu les langues pour mieux comprendre 
le choix et le sens de cette sélection d'expression. 

Un critère géographique 

Les mots employés dans le titre de ce volume, qui s'insère dans une 
collection déjà organisée 12 , renvoient d'abord et directement à un territoire. 
Mais il y a des différences (et il y a eu des fluctuations historiques), sur les 
marges notamment, entre la Provence comme province historique (ex-comté), 
comme espace linguistique et culturel, comme région administrative française, 
etc. (et. carte schématique p. XX). En plus, il n'y a pas de frontière linguistique 
nette au delà de laquelle les expressions provençales cessent brutalement d'être 
employées au profit d'expressions piémontaises, dauphinoises, 
languedociennes ou corses, qui seraient radicalement différentes. Les 
expressions ici proposées sont employées de façon marquante dans la zone qui 
correspond à la fois à la Provence historique, culturelle, linguistique et 
administrative, à savoir les départements du Vaucluse (84), des Bouches-du- 
Rhône (13), du Var (83), la moitié sud des Alpes-de-Haute-Provence (04) et la 
zone Grasse-Cannes dans les Alpes-Maritimes (06). Nombre d'entre elles sont 
également employées dans les zones voisines, de culture provençale ou 
prochement apparentée (notamment drômoise, gardoise, niçoise, voir carte), et 
certaines vont bien au delà, en Languedoc, Dauphiné, Corse, et jusque dans une 


12 Le premier volume en a été Expressions familières de Normandie, par R. Lepelley et C. Bougy 
(1998), et cette collection complète celle des Dictionnaires du français régional de + nom d'une 
région (pour la Provence, voir mon volume, 1991), des Dictionnaire de la cuisine de + nom d'une 
région (Provence, 1994), et des encyclopédies régionales ( Provence, 1989) ou départementales 
(par ex. Vaucluse, 1995). 




9 

bonne part de l'Italie ou en Afrique du Nord, sous des formes françaises 
identiques ou équivalentes dans les langues que l'on y parle. 

Certaines sont typiquement marseillaises, car Marseille est à la fois une 
ville un peu à part du reste de la Provence, et sa plus grande ville, celle qui en 
concentre la sève jusqu'à l'outrance. André Suarès en a joliment dit : "A 
Marseille, toutes les Provences, plus la grecque et l'orientale, se rassemblent. Elles 
semblent confondues (...) dans une cuve où fermentent, à gros bouillons et à grand 
fracas, mille autres éléments, jetés là par tous les navires et tous les hasards du 
monde..." 13 . 

En revanche, les expressions retenues ne sont pas attestées dans 
l'ensemble de la France (et à plus forte raison, de la Francophonie), ce qui leur 
octroie leur label "régional". 

Un critère démographique 

Tout habitant de la Provence, même s'il n'en est pas originaire, peut 
s'enrichir de la culture et des expressions régionales (et les enrichir de ses 
apports, bien sûr) 14 . Cela se produit souvent, témoignage du bon 
fonctionnement du "creuset provençal" (la Provence est de longue date une 
terre d'immigration et d'intégration au carrefour de plusieurs langues et 
populations surtout méditerranéennes et alpines). Témoignage aussi de la 
vitalité des formes linguistiques provençales, même si, aujourd'hui, c'est bien 
davantage celles en français -mais régional- que celles directement en provençal 
qui sont adoptées par les estrangers. 

Fa norme du "bon français", en Provence, est d'ailleurs un français 
régional (mais pas trop typé), et non un français "standard" originaire "du 
Nord", et notamment de Paris, ce qui le rend a priori suspect, voire 
antipathique ! On préfère l'OM que le PSG, pardi ! 

Pourtant, la langue provençale et les formes très régionales de français 
restent plutôt hors norme par rapport à l'ensemble de la France, dont la 
tradition jacobine et normative a produit ses effets en Provence comme ailleurs. 
Sur le plan institutionnel, ce n'est ni le provençal, ni le français régional, qui 
s'imposent ; c'est le français normatif parisien qui exerce sa domination (à 
l'école, à l'écrit, dans les médias...), même s'il est localement contesté. Du coup, 
il n'y a pas véritablement d'autre moyen de s'approprier les expressions 
régionales, en provençal ou en français régional, que par la transmission 
familiale et la vie locale 15 . D'autant que les Provençaux, sous des dehors de vie 
très ouverte sur l'extérieur et une réputation (exagérée) de beaux parleurs, sont 
des gens secrets dont on ne pénètre pas facilement l'intimité et la vie familiale 16 . 

On comprendra que c'est avant tout chez les natifs du pays, héritiers de ce 
bagage culturel et linguistique, qu'il vit, se transmet, et peut-être observé au 
mieux. C'est ainsi que j'ai procédé pour rassembler les données de ce volume, 
d'autant que je les ai souhaitées bilingues (voir ci-dessous). Ces expressions 


15 André Suarès, Provence, Aix, Edisud, 1993, p. 149. 

14 La Provence serait bien différente sans les apports de la forte immigration italienne, de 
l'annexion française, de la diaspora corse ou de l'installation des Arabes, Berbères et Pieds- 
Noirs d'Afrique du Nord, etc. Chacun y a offert ses mots et expressions... 

15 Sauf exceptions, bien sûr : je connais des personnes venues d'endroits divers qui parlent "à la 
provençale" au point qu'on ne les distinguent plus, voire qui parlent un bon provençal. 

16 I1 est fréquent, par exemple, qu'on ne parle provençal que dans des lieux privés, et qu'on 
passe au français dès l'apparition d'une personne extérieure. 



10 

sont donc avant tout employées en Provence par des personnes familialement 17 
originaires de la région. Cela n'exclut pas leur emploi par des Provençaux 
d'adoption, et surtout, pour les expressions en français et marseillaises, par 
leurs enfants nés et ayant vécu en Provence 18 . Qu'ils en soient remerciés. 

Un critère linguistique 

On l'aura déjà compris, il s'agit ici d'expressions en provençal et en 
français régional (c'est-à-dire, pour l'essentiel, des adaptations en français 
provençalisé d'expressions originellement en provençal). Et pourquoi ces deux 
langues ? 

Le provençal est évidemment la langue la plus "provençale" de toutes, 
puisque c'est la langue historique de la région, qui y a été largement majoritaire 
du Moyen-Age jusqu'au début du XXe siècle. En 1864 encore, l'enquête Duruy 
révélait que plus de 90% des communes du Var n'étaient pas francophones. La 
plupart des ruraux nés avant 1950 ont appris le provençal en famille, et ceux 
nés avant 1930 l'ont souvent pour langue première. Dans les villes et leurs 
proches alentours, comme Marseille, il y a probablement une anticipation d'au 
maximum une à deux générations pour le passage au français, selon les milieux 
sociaux et les quartiers, sauf exceptions. Dans tous les cas, faire l'impasse sur le 
provençal, qui est loin d'être une langue morte en cette fin de XXe siècle 19 , ce 
serait se couper de tout un pan essentiel des formes linguistiques et de la culture 
régionales. D'autant que, à 90% au moins, les éléments régionaux du français 
parlé en Provence, prononciation, vocabulaire ou expressions, sont des 
provençalismes. Allons donc voir à la source pour mieux s'imprégner des 
choses ! 

Le français, notamment sous sa forme régionale (provençalisé), est, depuis 
bientôt un siècle, la langue dominante, aujourd'hui la plus employée en 
Provence. Les Provençaux se la sont bien appropriée, y ont intégré des mots, 
des tournures, des expressions nécessaires à leur mode de vie (au point que 
leur français régional soit devenu une marque de leur identité) et c'est la langue 
de communication qui réunit l'ensemble de la population de la région. Le 
français est également devenu, parallèlement aux usages littéraires du 
provençal, l'instrument d'une littérature régionale diverse et de qualité, de 
Daudet à Izzo en passant par Pagnol, Bosco, Giono ou Cauvin, etc. Beaucoup 
de choses de Provence, et d'expressions familières, se disent donc aujourd'hui 
en français, langue de Provence. 

D'autres langues, bien sûr, pourraient être considérées "de Provence", 
comme le corse (qu'on enseigne en Provence, où vit l'essentiel de la diaspora), 
l'italien (il y a une radio en italien à Marseille), l'arménien, le kabyle, le français 
"pied-noir", etc., que l'on parle aujourd'hui en Provence et parfois largement. 
Loin de moi l'idée de les exclure ou de nier leur rôle dans la vie, la culture, et la 


17 C'est le troisième sens de familier, cité plus haut. 

18 Les personnes d'origines dites "étrangères" (non françaises), nombreux Italiens, Grecs, 
Arméniens, Magrhébins, etc., et surtout leurs enfants, emploient largement un français régional 
(voire le provençal pour les migrants d'avant les années 1950, notamment les Italiens). Les 
personnes originaires des autres régions de France, qui constituent une large part du flux 
démographique, adoptent beaucoup moins les formes linguistiques locales (voire les rejettent !). 
19 On estime à environ 250. 000 le nombre de ceux qui la parlent et à 500. 000 ceux qui la 
comprennent, parmi lesquels une proportion certaine, quoique limitée, de jeunes adultes. Le 
provençal bénéficie depuis quelques années d'un très net regain d'intérêt, voire de pratique, et 
en tout cas d'un puissant attachement symbolique de la part de l'ensemble de la population de 
la région. 



11 

parole régionales. Il s'agit pour la plupart d'apports méditerranéens qui 
contribuent largement à la pratique et au renouvellement de cet art de la parole 
méditerranéenne qui caractérise notre région. La plupart ont fourni des mots 
aujourd'hui intégrés dans le français régional (gàtsou vient du corse, aouf de 
l'arabe, tchatche du pied-noir, sànti-bèlli de l'italien, tchôutchou du napolitain, 
etc.) 20 . On comprendra toutefois que j'aie limité les expressions retenues aux 
expressions d'origine fondamentalement provençale, laissant le soin à d'autres, 
plus qualifiés, de relever les expressions familières corses ou grecques à partir 
de leur terroir. 

Les expressions sont déclarées exister en français régional quand elles sont 
employées par des gens qui ne parlent pas provençal (mais pas seulement par 
eux). Les traductions spontanées réalisées en français par des 
provençalophones n'entrent pas dans cette catégorie. 

4. Quelques indications pour lire ou consulter ce livre 

A chaque expression, un article est consacré. Les expressions sont 
présentées par ordre alphabétique (le premier mot comptant, même si c'est un 
article ou un pronom). Un index à plusieurs critères, situé en fin de volume, 
permet de retrouver une expression ou de chercher des informations précises. 

Le texte de l'article donne des explications sur l'origine, le sens, les 
connotations, les aspects culturels et les emplois de l'expression, le tout rangé, 
pour chaque expression de la façon suivante : 

Sens : 

Origine : 

Commentaires : 

Emploi : 

Voir : 

L'article se termine par des indications sur l'aire d'emploi de 
l'expression 21 , les principales catégories de population qui l'utilisent ou la 
comprennent, selon les faits constatés et lorsque l'information est disponible, 
sans prétention d'exhaustivité ni de vérité définitive. Mes observations 
personnelles ont été croisées avec les résultats de l'enquête menée auprès d'un 
quinzaine d'informateurs un peu partout en Provence. L'expression peu être 
classée "rare, peu usuelle, usuelle, très usuelle", de façon indicative, quant à son 
emploi effectif 22 . S'y ajoutent souvent un taux de connaissance passive plus 
élevé et sur une aire plus étendue. Quand elle semble surtout 
employée / connue par les plus de 50 ans, cela est mentionné expli ci temment ou 
sous l'étiquette "vieillie" (sachant que celles qui ne s'emploient qu'en provençal 
concernent surtout cette tranche d'âge). Des renvois vers d'autres articles 
suggèrent des comparaisons ou des compléments pour une information plus 
globale. Les renvois sont faits vers l'expression en français quand celle-ci existe 


20 Ils signifient respectivement : "pénis, gratuit, faconde, fainéant, âne/cochon". 

21 Je n'ai pas d'observations ni d'enquêtes suffisamment représentatives pour la moitié nord des 
Alpes-de-Haute-Provence. Lorsque la Haute-Provence sera mentionnée, cela signifiera surtout 
sa moitié méridionale, au sud de Manosque, Digne et Castellane. 

22 Toute proportion gardée, relativement à l'usage général d'expressions dans les conversations 
quotidiennes. Par exemple, "très usuelle" signifie qu'on ne peut pas passer deux ou trois jours 
dans la zone concernée et avec les gens du pays sans la rencontrer au moins une fois (cela 
concerne un tiers de l'ensemble, voir index). 



12 

(la liste alphabétique en est donnée en fin de volume). Les exemples cités en 
contexte ont été relevés dans les usages spontanés. 

Parmi les 250 expressions titres (ou entrées), 60 % (soit 150) sont attestées 
et citées dans les deux langues, 20 % en provençal uniquement, 10 % en français 
uniquement (mais d'origine provençale ou italienne pour la plupart). Il faut 
noter, en outre, que 10 % sont des expressions en provençal, usuelles ou très 
usuelles, que les Provençaux -même ceux qui ne parlent pas provençal- 
intègrent couramment dans une conversation en français. 

L'expression-titre est donnée d'abord en provençal 23 quand elle existe. La 
version en français (régional) suit, quand elle existe. Quand c'est nécessaire, une 
traduction littérale et une traduction adaptée au français commun sont fournies 
dans l'article. J'en retiens une variante, en signalant parfois certaines autres, 
mais il en existe bien sûr des variantes proches que je n'ai pas pu retenir ou que 
je n'ai pas entendues pour cet ouvrage. 

Une centaine d'expressions supplémentaires sont citées au cours des 
explications et des commentaires, et reprises dans un index. Cela fait un total 
d'environ 350 expressions. 

Orthographe et prononciation 

Pour ce qui est de l'orthographe, j'ai opté pour la solution suivante : 

-le provençal est écrit dans ma variété naturelle (car l'orthographe 
provençale, dite "mistralienne" du nom de son inventeur et grand illustrateur 
Frédéric Mistral, écrit les variétés locales de prononciation) ; 

-les mots provençaux utilisés dans des expressions en français régional 
sont écrits "à la française" (en adaptant tant bien que mal le système !) ; 

-les expressions en provençal qu'on glisse aussi couramment dans des 
conversations en français sont écrites uniquement "à la provençale". 

Pour certains mots en français régional et en provençal, une prononciation 
approximative est en plus indiquée en bricolant l'orthographe française et en 
Alphabet Phonétique International. Dans tous les cas, bien sûr, il faut imaginer 
l'expression "avé lassent" ! 

Pour lire le provençal, quelques conseils : les mots finissant en -o, -e, -i, ont 
en général un accent tonique sur la syllabe précédente (à l'italienne) ; le e se 
prononce toujours "é" ; les groupes au, èu, du se prononcent "aou, èou, oou" ; la 
plupart des (rares) consonnes finales ne se prononcent pas ; ch, j, se prononcent 
"tch" et "dj" (même chose pour g devant i et e) ; dans les groupes voyelle+n, le 
son de la voyelle est conservé {en se prononce in, couquin se prononce comme 
parking). 

Le mieux est d'aller demander à un Provençal : ça donnera l'occasion de 
parler (c'est l'essentiel), le plaisir d'entendre ces expressions et tant d'autres 
encore... 

Abréviations utilisées : 

API = Alphabet Phonétique International 

FRP = Français régional de Provence 

P = provençal 


23 Sauf exception, et pour ne pas surcharger les entrées, la variété de provençal employée est 
celle que je parle et qui est la plus étendue (de Marseille à Manosque, Castellane et Cannes). Il y 
a peu de différences avec l'autre grande variété, celle de la vallée du Rhône. 



13 

Trad. litt. = Traduction littérale (et non pas "littéraire" !) 

~ = remplace divers compléments possibles de l'expression comme dans 
va caguer à ~, car on peut vous envoyer caguer à beaucoup d'endroits... 


Et maintenant, bonne promenade au milieu des images expressives de la 

parole provençale... ! 

Ph. Blanchet 


Remerciements pour les enquêtes à: A. Allard (Marseille-13/Digne-04), 
B. Allard (Marseille-13), O. Blanchet (Marseille-13/Sanary-83), A. Bernard 
(Toulon-83), J. Chimienti (La Valette-83), Y. et J.-M. Cornillot (Marseille-13), J. 
Coupier (Manosque-04/Vallauris-06), B. Deschamps (Aix-13/Avignon-84), M. 
Dumas (Apt-84), C. Fiorenzano (Six Fours-83), L. Garnier (Marseille- 
13/Marti gues-13), M. Gasquet-Cyrus et sa famille (Marseille /Salon-13), M. 
Guérin (Marseille-13/Var), P. Pascal (Castellane-04/Fréjus-83), P. Pascalin 
(Nord Vaucluse), P. Paul (Marseille-13/Sud Vaucluse), J.-L. Ramel (Nord 
Vaucluse/Sud Drôme), C. Signoret (Vaucluse/Toulon-83). 

Avec l'aide de A. Blanchet. 

Illustrations originales de Odette Blanchet signées o. c. et illustrations 
empruntées à la revue Prouvènço Novo (Flyères, ne parait plus). 



14 

A 


A coumo lafusto de Cabasso [P] 

C'est comme la poutre de Cabasse [FRP] 

Sens : "C'est un problème absurde ou insoluble". L'expression complète est 
a coumo lafusto de Cabasso, troup courto dei dous caire ("c'est comme la poutre de 
Cabasse qui était trop courte des deux bouts"). Exemple (hélas authentique) : 
une dame reçoit de la sécu un courrier, adressé à son défunt mari et demandant 
à celui-ci de déclarer son propre décès pour que sa veuve puisse être affiliée à 
son tour... C'est comme la poutre de Cabasse... ! 

Origine : Cabasse est un village de l'arrière-pays varois, du côté de 
Draguignan. Une légende, probablement répandue par des mauvaises langues 
d'un village voisin, raconte ceci. A Cabasse, deux charpentiers posaient une 
poutre. A une extrémité, l'un dit à l'autre : "d'aquéu caire, es trou courto (de ce 
côté, elle est trop courte) !". Et l'autre lui répondit : " d'aquéstou caire tambèn (de 
ce côté-ci, aussi) !". Pourquoi attribuer cette niaiserie à des Cabassois (puisqu'il 
n'y a évidemment aucune raison de le faire -je le sais d'autant bien que je suis 
du Var !) ? D'abord, c'est une habitude un peu partout, et pas seulement en 
Provence, de se moquer gentiment des "étrangers" du village d'à côté (ce sont 
les premiers dont il faut se distinguer). Ensuite parce que Cabasse porte un 
nom prédestiné : le cabas, c'est le panier. Et toute une série d'expressions 
provençales compare la bêtise à celle d'un panier (par exemple, èstre uno banasto 
[trad. litt. "être un panier"] signifie "être un(e) imbécile"). 

Commentaires : Remarquez, il y a pire : non loin de là se trouve le village 
de Comps, dont le nom en provençal ( Coump) se prononce "coun" (API [ku$N]), 
ce qui signifie aussi... "con". Alors, bien sûr, on s'amuse à dire : "à Coump, li a 
pas d'estrangié, soun tôuti de Coump (à Comps il n'y a pas d'étrangers, ils sont 
tous de Comps)", qu'on peut également comprendre "...ce sont tous des cons". 
Allez savoir pourquoi les gens de Comps tiennent à prononcer le nom de leur 
village avec les consonnes finales, en français comme en provençal ?! 

A propos de a coumo la fusto de Cabasso, on remarque au passage une 
tournure qu'on va beaucoup retrouver par la suite. L'équivalent du français 
"être comme..." est littéralement en provençal "avoir comme..." (agué coumo...). 

On m'a signalé la même expression, en provençal, avec "la fusto de 
Manosco " employée en Haute-Provence. 

Emploi : Usuelle localement dans le Var, surtout en provençal et donc 
chez des locuteurs de plus de 50 ans, rare ailleurs, mais connue jusqu'à Aix, 
dans le Vaucluse et en Haute-Provence. 

Voir aller à la mer... ; c'est le tambour de Cassis ; couillon de la lune ; être de 
Martigues ; gavouot l'es pas qu vouo ; je m’en fous je suis d'Auriol ; peu à cha péu la 
perruco si fa. 


A ni goust ni gousto [P] 

Sens : "Cela n'a aucun goût" (trad. litt. difficile : "cela n'a ni petit goût ni 
grand goût"). Ne se dit que de ce qui se mange. Se prononce "anigounigôusto" 
(API [anigu ni"gustO]), ce qui donne un effet comique (par le "anigounigou"). 

Origine : Le provençal a la possibilité de créer des mots dont le sens est 
augmenté en ajoutant le -o du féminin à un nom masculin. Par exemple un cant 



15 

"un chant", uno canto "une longue chanson", un sa "un sac", uno saco "un grand 
sac". Ici, cet augmentatif est créé pour l'occasion et ne s'emploie, à ma 
connaissance, que dans cette expression. 

Commentaires : L'expression jouant sur la phonétique et sur une ressource 
grammaticale particulière de la langue provençale, on comprend qu'elle n'est 
pas été adaptée en français régional. L'équivalent fréquent en FRP est "ça a le 
goût à rien". 

Le caractère comique du "anigounigou" est renforcé par le fait qu'en 
provençal nigo nigo correspond au "tralala lalère" français des chansons 
traditionnelles. L'usage des onomatopées ou mots de formes proches est très 
fréquent en provençal (par exemple les célèbres tè, vé, zou). Ainsi, pour arrêter 
quelqu'un qui vous sert à boire ou à manger, vous lui direz simplement lala, 
d'usage général en provençal comme en français régional. 

Bien sûr, cette expression est une sorte d'exagération, procédé imagé -et 
habituel en Provence- de renforcement du propos (et à ne pas prendre au pied 
de la lettre, au contraire de ce que font les estrangers qui, du coup, nous 
prennent pour des baratineurs !). 

Emploi : Usuelle partout pour ceux qui parlent provençal, y compris les 
moins de 50 ans, compréhensible par tous. 

Voir avoir le bàti-bàti ; avoir le cul comme... ; facho de... ; lou coust lèvo lou 
goust ; zou, boulegan. 


A toujou un pet que li courre [P] 

Il/elle a toujours un pet qui lui court [FRP] 

Sens : "Il/elle a toujours quelque chose qui ne va pas, qui n'est pas 
important (et même normal !) mais qui provoque un mécontentent visible" (sur 
le plan de la santé ou de l'humeur). Cette expression s'emploie par dérision. 
Littéralement, cela signifie "avoir toujours un pet en préparation/un pet qui 
dérange" (double sens du verbe courre en provençal). 

Origine : En provençal, puis en français régional, le verbe peta ("péter") et 
les mots de sa famille (pet, peto, petoulo, petoun... "pet, crotte de chèvre, petite 
crotte de lapin, petit morceau") n'ont pas la forte connotation négative qu'ils ont 
en français "commun". Le verbe peta a de multiples sens et usages, qui vont de 
"casser" (comme en français populaire "commun") à "disparaitre" (m'an fa peta 
moun porto-mounedo, [FRP] on m'a fait péter mon porte-monnaie, "on m'a volé mon 
porte-monnaie"). D'ailleurs, même en français régional, on appelle 
affectueusement ma pétoule un bébé et on demande un péton de fromage. D'autres 
régions de France connaissent des usages similaires, puisque dans l'Ouest, une 
crotte est un bonbon au chocolat et qu'on appelle ma petite crotte les jeunes 
enfants. 

Commentaires : Si on ajoute à cela la décontraction avec laquelle on parle 
de choses un peu "crues" en Provence, on comprend que les Provençaux n'aient 
pas résisté à cette expression burlesque, version moderne de l'ancienne "théorie 
des humeurs". Une expression comparable est attestée à propos des femmes : a 
toujou l'uou "elle a toujours l'œuf", comme une poule qui se niche et crie parce 
qu'elle va pondre. On dit aussi dans la vallée du Rhône a toujou un os que ié 
brando ("il/elle a toujours un os qui branle"). 

Emploi : Expression connue partout dans les deux langues, surtout 
employée dans les Bouches-du-Rhône et la Elaute-Provence où elle reste peu 
usuelle. 



16 

Voir : caguer aux brailles ; avec une olive au cul... ; c'est un gros malgracieux ; 
faire péter ; faire une cagade. 


À cado coup, li toumbo un uei [P] 

À chaque fois, il y tombe un œil [FRP] 

Sens : "Ça ne se produit jamais" (trad. litt. "à chaque fois, il /elle perd un 
œil"). Le pronom y est ici une forme régionale très usuelle signifiant "lui", 
calquée sur son équivalent provençal, qui fait référence aussi bien à une 
personne, un lieu, un moment. L'expression est en général adaptée comme dans 
l'exemple suivant : à cado coup que dis uno verita, li toumbo un uei, [FRP] a chaque 
fait qu'il/elle dit une vérité, il y tombe un œil. 

Origine : Pour dire qu'une chose est rare ou impossible, de nombreuses 
comparaisons de ce genre existent un peu partout (exemple commun : quand les 
poules auront des dents). On se rappelle aussi le nez de Pinocchio, qui pousse à 
chaque mensonge. Leur création s'appuie sur un procédé évident. L'image de la 
perte de l'œil est cependant régulière dans les expressions provençales. 
Quelque chose qui pourrait être superbe mais qui est raté à cause d'un détail 
essentiel est comme une belle fille qu'il y manque un œil (!). 

Commentaires : D'ailleurs, on dit bien un peu partout "mon œil !" pour 
exprimer le doute (mais, curieusement, pas en provençal, où l'on dit plutôt Mi 
prenes pèr un couioun ?). 

Notre expression est aussi employée dans la structure il/elle dit/fait ~ à 
chaque fois qu'il y/lui tombe un œil. 

Emploi : Usuelle partout, mais semble en perte de vitesse chez les jeunes. 

Voir : à Gonfaron... ; blaga coumo uno puto borgno; quand lei pijoun tetaran ; il 
rit quand il se bride. 


À Gounfaroun, leis ai volon [P] 

A Gonfaron, les ânes volent [FRP] 

Sens : "Je n'en crois rien, ce sont des paroles extravagantes". Se dit pour 
signifier à quelqu'un qu'on ne le croit pas. Par exemple, si quelqu'un vous dit 
"Bientôt, on ne payera plus d'impôts ni de taxes", vous pouvez lui répondre 
sans crainte "Oui, et à Gonfaron, les ânes volent !". 

Origine : Gonfaron est un village de l'arrière-pays varois, entre Hyères et 
Draguignan. L'expression est censée résulter d'une anecdote locale, mais il en 
existe au moins cinq versions. 

-La plus répandue est celle que donne Jean Aicard. Tous les ans, avant la 
procession de la Saint Quinis, les habitants nettoyaient les rues étroites pour 
faciliter le passage. En 1645 (!), un habitant aurait refusé de retirer le crottin qui 
s'accumulait devant chez lui en disant que le saint n'avait qu'à faire voler la 
procession par dessus. Quelque temps plus tard, monté sur son âne, il serait 
tombé de la falaise, et l'on prétend que c'est le saint (ou le Bon Dieu) qui l'aurait 
"fait voler" pour le punir. 

-Une autre version rapporte que, dans les mêmes circonstances, le bedeau 
aurait refusé de nettoyer le parvis de l'église en invoquant les mêmes pouvoirs 
du Saint. Le curé l'aurait traité d'âne. Et puis lors de la procession vers la 
chapelle sur la falaise, un coup de mistral aurait emporté son chapeau dans le 



17 

vide, et, dans un réflexe pour le rattrapper, le bedeau serait tombé dans le vide. 
Le curé aurait alors déclaré " voilà l'âne qui s’envole”... 

-Une autre version, plus courte, raconte simplement qu'un habitant qui 
passait par la route du bas aurait vu un âne tomber du haut de la falaise qui 
surplombe Gonfaron et aurait cru que les ânes locaux pouvaient voler. 

-Certains disent que c'est Colbert lui-même qui passait par là, qui aurait 
vu un âne fracassé au pied de la falaise. La pauvre bête se serait jetée de la 
falaise en voulant échapper à des jeunes gens ivres qui lui couraient après. 
Furieux qu'on traite ainsi un animal utile, Colbert aurait manifesté sa mauvaise 
humeur auprès du cocher, homme du pays, qui, pour protéger les siens, aurait 
répondu que l'âne avait du se blesser tout seul en atterrissant, car à Gonfaron, 
les ânes volent... 

-Une autre, plus méchante, mais significative, dit que les gens de 
Gonfaron, pour prouver la véracité de leur réputation, se seraient mis en tête de 
faire effectivement voler un âne. Pour cela, chacun devait lui souffler dans le 
derrière avec une paille, pour le gonfler comme un ballon. Arrive à la fin le tour 
du Maire, qui refuse de souffler par le bout où tous ont soufflé, retire la paille, 
l'introduit au même endroit par l'autre bout, et souffle à son tour... Bien sûr, 
l'âne n'a jamais volé. 

Quoi qu'il en soit, ces légendes sont des justifications indirectes d'une 
expression qui devait leur préexister. L'explication réelle est probablement 
moins imaginative. L'âne, c'est bien sûr le symbole de la bêtise. Et c'est une 
habitude, en Provence comme ailleurs, de se moquer des villages voisins en 
disant que les gens y sont sales, crédules, arriérés, ou idiots (voir les cas de 
Martigues ou des Gavots). Or, en provençal, Gounfaroun se prononce comme 
gounfaloun qui avait en ancien provençal le sens "bannière, drapeau". C'est un 
objet qui vole dans le vent. Et dire èstre de Goufaroun signifie en même temps 
"être de Gonfaron" et "être des bannières" (comme pour èstre d'Auruou = "être 
d'Auriol" et "être des loriots"). Donc, si les gens de Gonfaron sont des bannières, 
ils volent. Pour se moquer d'eux, on dit alors qu'à Gonfaron, les ânes volent... 
Ce qui implique en plus qu'ils croient à des... âneries ! 

Commentaires : Comme le montrent nombre d'expressions dans cet 
ouvrage, et beaucoup d'autres encore, l'âne est l'un des animaux les plus 
utilisés dans les expressions provençales. Ressenti comme typique des pays 
méditerranéens, où il fut longtemps très présent et utilisé, il a été remarqué 
pour sa une forte personnalité. 

La commune de Gonfaron a fait de cette expression, et de la légende qui 
l'accompagne, un emblème souriant. Elle fait en effet également partie de la 
longue série des dictons dont on affuble les villes et les villages. Celle-ci est 
suffisamment surprenante (et son origine désormais incomprise), pour être 
assumée avec bonhommie. 

Emploi : Expression usuelle dans le Var, les Bouches-du-Rhône, la Elaut- 
Provence, peu usuelle ou rare ailleurs, connue partout, mais peu par les jeunes. 

Voir : à la Ciotat... ; à-n-Aubagno... ; c'est comme la poutre de Cabasse; et le 
tchètchou ; être de Martigues ; faire des contes de Maistre Arnaou ; je m'en fous, je suis 
d'Auriol. 


À l'an que vèn... [P, FRP] 


Sens : "Meilleurs vœux pour l'année nouvelle" (trad. litt. "à l'année qui 
vient"). L'expression est en général citée sous sa forme complète : à l'an que vèn, 



18 

e se sian pas mai, que siguen pas mens, qui signifie littéralement "à l'année 
prochaine, et si nous ne sommes pas plus nombreux, ne soyons pas moins 
nombreux". 

Origine : Il s'agit de la formule rituelle de Noël, fête la plus importante en 
Provence (d'où proviennent beaucoup de traditions aujourd'hui bien connues, 
comme la crèche et ses santons, les treize desserts, la pastorale...). A l'origine, la 
fête de Noël est celle du solstice d'hiver, où le soleil commence à remonter et les 
jours à s'allonger. C'est donc la fête du renouveau vital. En Provence, une 
tradition toujours bien vivante consiste d'ailleurs à mettre à germer du blé le 4 
décembre pour en décorer la table du "gros souper", le soir du réveillon (c'est le 
blé de Sainte Barbe). Les vœux essentiels que l'on se fait portent ainsi sur la 
famille, surtout dans une culture méditerranéenne latine. Et l'on souhaite voir 
venir de nouveaux enfants, ou, au moins, ne déplorer aucun décès. 

En provençal, "prochain(e)" se dit que vèn ("qui vient"). Cela a appelé la 
rime avec mens. 

Commentaires : La formule se prononce "a l'ang qué vin, é sé siam pa mail 
siguin pa min" (API [ala$N ke vE$N ese sjampamaj sigE$mpamE$]). Pour être en 
provençal (et n'avoir pas été adaptée en français) elle n'en reste pas moins 
fréquemment prononcée, et largement comprise, même par ceux qui ne parlent 
pas la langue. Son usage est à peu près réduit à la période calendale, période des 
fêtes de Noël, qui s'étend en Provence du 4 décembre au 4 janvier (de la Sainte 
Barbe à l'Epiphanie). On entend aussi beaucoup sa version courte à l'an que vèn, 
par exemple pour se saluer en se quittant, entre connaissances même peu 
intimes, en sortant d'une boutique, etc. Les vœux de Noël tiennent lieu de vœux 
du Nouvel An, qui n'est pas une fête traditionnelle en Provence. 

Parfois, on utilise cette expression hors saison, mais, dans ce cas, 
uniquement la version courte et pour se donner un rendez-vous un an plus 
tard, par exemple pour une réunion de famille annuelle. 

Emploi : Très usuelle dans toute la Provence et dans les deux langues, 
même chez les jeunes, surtout employée entre gens du pays et lors de la 
période concernée. 

Voir : avoir la crespine ; aïoli sur toi ; être santon; fêter Pâques avans les 
Rameaux. 

À La Ciéutat/à Carpentras, aimon ntiés tout que la mita [P] 

Sens : "A La Ciotat/à Carpentras, ils préfèrent le tout à la moitié". Ce 
même dicton s'applique aux deux villes. 

Origine : Il s'agit là de l'un des nombreux dictons, qu'accompagnent de 
nombreux sobriquets, à propos des villes et villages (et de leurs habitants !). 
Chaque lieu porte le sien, donnés par les voisins, souvent connu à une échelle 
relativement locale. Parfois il s'appuie sur un jeu de mots, sur une légende, sur 
une anecdote, une caractéristique locale. Parfois sur rien d'autre que la 
recherche d'une rime ! 

La Ciotat (près de Marseille) était à l'origine un petit port dépendant du 
village de Ceyreste perché sur les hauteurs. Elle est devenue au XIXe siècle une 
ville active, à laquelle les industries (surtout les chantiers navals) assurèrent 
jusqu'à il y a peu une prospérité régulière. D'ailleurs son nom signifie "La Cité" 
(c'est-à-dire "la ville") en provençal. Quant à Carpentras (Vaucluse), évêché en 
terre papale, ancienne capitale du Comtat-Venaissin, haut lieu du négoce dans 
les bonnes terres rhodaniennes, elle a toujours été symbole de richesse. On en 



19 

dit d'ailleurs aussi à Carpentras, i'a de font pèr béure e de banc pèr s'asseta ("à 
Carpentras, il y a des fontaines pour boire et des bancs pour s'asseoir"). 

On comprend que, au delà de la rime, des voisins un peu jaloux aient fait 
à leurs habitants une réputation d'avidité ! 

Commentaires : Cela dit, même si c'est vrai, on comprend les Ciotadens et 
Carpentrassens. Cette réputation n'est pas méchante, et même parfois comprise 
comme un compliment (au sens : "ce sont des gens normaux") ! 

Pour la rime, prononcez Carpentra(s) sans son -s final, comme le font les 
gens du pays (en provençal, la plupart des mots se terminent sur une voyelle, et 
les consonnes finales écrites ne se prononcent pas, sauf exception). Certains 
enrichissent cette rime en disant à Carpentras e dins la Coumtat ("à Carpentras et 
dans le Comtat-Venaissin"). 

Ces dictons sur les lieux et leurs habitants ne sont en général pas adaptés 
en français, et ont tendance à se perdre. Citer un dicton de ce type sert surtout à 
créer une connivence en montrant qu'on est du pays et qu'on en connait les 
codes. 

Emploi : Chacune des deux variantes est employée dans la sphère 
d'influence de la ville (dans un rayon de 50 à 80 kilomètres), de façon peu 
usuelle. 

Voir : à la dotât... ; à-n-Aubagno... ; c'est comme la poutre de Cabasse ; être de 
Martigues. 


À la descèndo lei cougourdo li van [P] 

À la descente, les courges y vont [FRP] 

Sens : "n'importe qui, surtout les imbéciles, peut faire quelque chose de 
facile". A cela s'ajoute le sens "se comporter comme un mouton". Par exemple, 
constatant l'audience élevée de programmes de télé faciles, où l'on flatte les 
instincts primaires des spectateurs, on pourra dire "à la descente, les courges y 
vont" (chacun décidera de qui sont les courges, auteurs ou spectateurs...) ! 

Origine : La courge, légume méditerranéen connu depuis l'antiquité, est 
une référence emblématique des paysages provençaux (comme l'âne, l'olive, 
etc.). Légume de peu de valeur, à l'apparence grotesque, il est utilisé comme 
image dépréciative dans de nombreuses expressions (dont on retrouvera 
plusieurs ci-après). Quant à l'idée que ce qui roule dévale facilement une pente 
et que monter demande davantage d'efforts... elle relève de l'évidence au 
moins depuis Newton (qui, lui, préférait les pommes). Voir pèr davala... Et il 
faut se rappeler que la Provence est un pays montagneux, où ce qui vient "d'en 
haut" est plutôt mal vu : c'est-à-dire de la haute montagne (voir gavouot, l’es pas 
qu vouo) et de plus au nord (vers Paris ; le dicton dit à propos du mistral, qui 
souffle du nord, marrit vent, marrit gènt "mauvais vent, mauvaises gens"). Mais 
que personne ne s'offense, ce ne sont pas vraiment les gens qui sont visés, c'est 
un symbole avec lequel les relations historiques ont été... difficiles. 

Le groupe verbal li ana (trad. "y aller") a le double sens de "s'y rendre" 
(propre) et de "aller vite" (figuré). Le jeu sur le double sens des verbes est 
fréquent dans les expressions provençales (voir a toujou un pet...). 

Commentaires : Des variantes intermédiaires entre provençal et français 
existent, surtout à la descente les coucourdes (ou cougourdes) y vont, à la fois parce 
que ce mot provençal est fréquent en français régional (plutôt que "courge") et 
parce qu'il est perçu comme plus sympathique, et donc moins injurieux, que le 
mot français. 



20 

Même en français, la formulation reste énigmatique, comme j'ai pu le 
vérifier auprès de gens qui ne sont pas du pays. C'est que l'expression conserve 
une structure linguistique, une façon de voir et de dire les choses, nettement 
provençales. Du coup, on peut s'en servir en aparté sans risquer d'être compris 
par les estrangers dont on vante ainsi les mérites (par exemple ceux qui 
s'amoncellent en plein soleil sur des plages de sable construites exprès pour 
eux) ! 

Emploi : Usuelle dans les Bouches-du-Rhône en français régional, peu 
usuelle en provençal mais attestée partout, surtout employée et connue par les 
plus de 50 ans. 

Voir : avoir du jus de courge...; s'embrasser comme des courges; et les 
expressions citées ci-dessus. 


À-n-Aubagno, quand plôu, si bagno [P] 

Sens : (litt.) "À Aubagne, quand il pleut, on se mouille". 

Origine : Dicton de la série des sobriquets et autres réputations locales 
(voir à Gounfaroun, à La Ciéutat, etc.). Aubagne est une petite ville à l'Est de 
Marseille, rendue célèbre par Marcel Pagnol et réputée pour ses santonniers. 
Elle se trouve aujourd'hui à l'extrémité de la grande zone urbaine marseillaise. 

Pourquoi est-ce que la pluie mouillerait plus à Aubagne qu'ailleurs ? La 
ville est bâtie au bord de l'Huveaune (de son vrai nom provençal l'Uvèuno), 
rivière au régime méditerranéen qui peut grossir énormément en cas d'orage de 
fin d'été. D'autant qu'Aubagne est aussi située au creux des massifs de la 
Gardiole, de la Sainte-Baume et du Garlaban, ce qui peut favoriser la stagnation 
des orages et les ruissellements. Mais beaucoup de villes et villages provençaux 
sont dans la même situation... La seule différence, c'est qu 'Aubagno permet la 
rime avec bagno ! Du coup, les voisins égratignent les gens d'Aubagne en sous- 
entendant ainsi qu’à Aubagne, on est sale, puisqu'on ne se mouille que quand il 
pleut. 

Commentaires : Ça fait partie des moqueries qu'on s'adresse 
traditionnellement entre voisins. Les Aubagnais n'aiment pas beaucoup ce 
dicton, car il pourrait en plus laisser penser qu'il pleut davantage à Aubagne 
qu'ailleurs, alors que les Provençaux sont très attachés à "leur" soleil. En 
général, ils répondent Va pas qu'aqui que l'aigo bagno "il n'y a pas qu'ici que l'eau 
mouille", ce qui est une façon de contourner le sens sous-entendu de 
l'expression. 

Citer l'expression sert à montrer qu'on est du coin. 

On m'a signalé dans le Vaucluse une version "Un Espagnôu d'Espagno, 
quand plou se bagno" chantée jadis pour se moquer de Luis Mariano ! 

Emploi : Peu usuelle, uniquement en provençal et localement (région 
Marseille, Aix, Toulon), parfois connue jusque dans le sud du Vaucluse et de la 
Elaute-Pr o vence. 

Voir : quand ~ pren lou capèu..., et les expressions citées ci-dessus. 


Agué crento [P] 

Avoir crainte [FRP] 


Sens : "Ressentir de la timidité, avoir honte". 



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Origine : C'est le sens normal du mot provençal crento (prononcé "crinto", 
API ["kÂEntO]), dont l'équivalent français a une forme si proche que les 
Provençaux ont transféré le sens provençal sur le mot français devenu régional. 
Il y a d'ailleurs des ressemblances de sens qui facilitent ce transfert, puisqu'en 
français "commun", on peut éprouver de la crainte par timidité. L'usage très 
fréquent de l'expression as pas crento ? ("tu n'as pas honte ?") que les mères 
objectaient en provençal à leurs enfants quand ils faisaient des bêtises, a 
probablement contribué à répandre ce sens et cette association lorsque 
l'expression a été utilisée en français (car les enfants continuent à faire des 
bêtises, même depuis qu'on leur parle français !). 

Commentaires : L'expression s'emploie donc surtout à la forme interro- 
négative (as pas crento ? ; tu as pas crainte ?). Il s'agit d'une honte "légère". Un 
autre mot indique en provençal une honte plus forte : vergougno. Quant à la 
"crainte", petite peur au sens français "commun", cela se dit en provençal 
petocho, d'où vient le mot français pétoche. 

Cette expression est un bon exemple des modifications de sens apportées 
à des mots et locutions françaises à cause du parallélisme et des ressemblances 
de formes. 

Emploi : Usuelle partout en provençal mais rare en français, vieillissante. 
L'usage varie selon les familles. 

Voir : avoir les trois sueurs ; avoir la bàti-bàti ; avec une olive au cul... ; se faire 

crier. 


Agué d'ôussin dins lei pocho [P] 

Avoir des oursins dans les poches [FRP] 

Sens : "Être avare". 

Origine : L'oursin, fréquent sur les côtes méditerranéennes rocheuses 
(autrefois davantage encore qu'aujourd'hui) vit sur les roches sous-marines. 
Tous ceux qui ont pris des bains de mer en Provence connaissent la vigueur de 
ses épines et de leur piqûre. Il est donc l'image parfaite de ce qui peut empêcher 
un avare de mettre la main à la poche pour en tirer son porte-monnaie. 
D'autant que la poche correspond bien à l'image de l'habitat de l'oursin, qui se 
niche dans des "poches" rocheuses. 

Commentaires : L'image de "mettre la main à la poche" pour payer est 
banale. On la retrouve aussi dans plusieurs expressions provençales (voir avoir 
le poignet coupé). L'avarice est un trait de caractère mal vu partout, y compris en 
Provence, où même le fait de faire des économies n'est pas toujours bien 
accepté, comme l'attestent d'autres dictons, dont un des plus expressifs est : 
l'argent es redoun, fou que barrule "l'argent (les pièces) est rond, il faut qu'il 
circule". 

L'oursin est bien connu (et apprécié, puisqu'on en mange le corail) au 
moins dans toute la Provence maritime. L'image de l'oursin pour ses piquants 
est bien répandue (voir marcher sur des oursins). Celle de sa position, tapi dans 
un creux et délicat à toucher, l'est aussi, puisque c'est ainsi qu'on désigne en 
provençal, par euphémisme, le pubis de la femme. C'est joli, non ? 

Emploi : Usuelle dans le Var, la Haute-Provence, et les Bouches-du-Rhône, 
moins usuelle mais connue et comprise partout ailleurs, y compris en français 
par les jeunes. 

Voir : tirarié de pessu... et les expressions citées ci-dessus. 



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Agué d'uei bourda d'anchoio [P] 

Avoir les yeux bordés d'anchois [FRP] 

Sens : "Avoir les bords des paupières rougis de pleurs, de fatigue ou de 
maladie". 

Origine : L'anchois est en Provence le symbole de la misère (voir quicha 
Vanchoio), car c'est un petit poisson abondant, facile à conserver et de peu de 
valeur. Sa connotation est donc du côté du malheur. Avoir les yeux bordés 
d’anchois, c'est avoir les yeux touchés par la misère. En outre, les anchois 
conservés dans la saumure (de l'eau salée, comme les larmes) ont tendance à 
rougir. Il y a même une expression pour cela, on les appelle anchoio rouvihouso 
"anchois rouillés". Enfin, l'anchois, fin, long, un peu gras, représente assez bien 
l'image du bord de la paupière épaissie et rougie (imaginez les résultats d'un 
orgelet). 

Commentaires : En provençal, anchoio est un mot féminin, comme 
l'indique sa finale en -o. On entend d'ailleurs encore souvent des Provençaux 
dire une anchois en français. 

L'expression a été récemment affectée d'une nouvelle version, uniquement 
en français : avoir le cul bordé d’anchois, au sens "avoir de la chance". C'est là un 
transfert de l'expression française avoir le cul bordé de nouilles qui devait être à 
l'origine avoir le cul brodé d'or, et dont la version courte est tout simplement avoir 
du cul. D'autre expliqueront pourquoi le cul est un symbole de chance... (?). 
Voir avoir la crespine. 

Emploi : Très usuelle partout sauf dans le Vaucluse (où elle est connue), et 
jusque chez les jeunes (là, surtout en français). 

Voir : avoir les joues...; ...comme des anchois ; faire des yeux de... quicha 
V anchoio. 


Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure [P] 

Avoir les joues comme le cul d'un pauvre [FRP] 

Sens : Deux sens contradictoires sont attestés. Le premier, qui semble le 
plus fréquent et qui est celui que je connaissais spontanément, est "avoir des 
joues bien rondes et fraiches". Le second, que je n'ai rencontré que récemment, 
est "avoir les joues creuses". Tout dépend de la façon dont on imagine le cul 
d'un pauvre... 

Origine : La comparaison entre les joues et les fesses est automatique en 
provençal, puisque le même mot désigne le tout : gauto (f.). Employé sans 
précision, il signifie "joue". Employé dans la locution "gauto dôu cuou" (trad. 
litt. "joue du cul"), il signifie "fesse". 

Reste donc cette question de l'aspect du derrière d'un pauvre. Si on le 
suppose rond et frais, c'est parce que le pauvre travaille dur et n'a pas le temps 
de s'assoir, donc de s'user les fesses. Si on le suppose maigre, c'est parce que le 
pauvre ne mange pas à sa faim. 

Commentaires : L'expression existe aussi sous une variante où le mot 
figure remplace joue. J'avoue que cela me renforce dans l'idée qu'au départ elle 
signifie "des joues rondes, une figure bien remplie". On voit mal, en effet, 
pourquoi comparer un visage creux à un derrière creux, qui semble en être le 
complément naturel chez une personne maigre, et qu'on ne voit jamais. Par 
contre, l'expression devient frappante par son contraste si un visage 



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resplendissant est comparé à l'arrière-train d'un travailleur de force ! C'est 
d'ailleurs dans ce sens là que je l'ai longtemps et le plus souvent rencontrée. 

Mais il est vrai que de nos jours les "pauvres" n'ont souvent plus de travail 
du tout et que beaucoup de travaux se font assis. Voilà donc une expression qui 
vit avec son temps. Hélas, pourrait-on dire, car le mieux serait encore que la 
pauvreté disparaisse et l'expression avec. 

Emploi : Rare mais attestée partout dans les deux langues, vieillie. 

Voir : carga coumo uno abiho ; sembler l'ange boufarèou ; se lever la peau. 


Agué de sang de cougourdo [P] 

Avoir du jus de courge/de navet dans les veines [FRP] 

Sens : "Être faible, physiquement ou de caractère". 

Origine : L'idée que l'énergie vient du sang est une vieille croyance 
populaire, en partie vraie, que l'on retrouve dans de nombreuses expressions 
(comme avoir le sang chaud, garder son sang-froid, etc.). Un individu faible n'a 
donc pas un bon sang. L'image du jus de légume (constitué en grande partie 
d'eau) représente cette absence de sang. La courge et le navet sont des légumes 
de peu de valeur, très utilisés dans la cuisine provençale et couramment 
connotés de façon négative : en français "commun" on dit d'un mauvais film 
que c'est un navet ; pour la courge, voir à la descente, les courges y vont. 

Commentaires : On remarque que lors de l'adaptation française de 
l'expression, la métaphore sang de cougourdo a été fort justement traduite jus de 
courge dans les veines, plus explicite et plus conforme aux habitudes de la 
langue. L'extension à navet n'est attestée qu'en français, probablement par 
influence de l'expression française c’est un navet. 

De façon générale, et contrairement à un stéréotype aussi persistant 
qu'infondé, les Provençaux réprouvent le manque d'énergie, la lenteur, la 
fainéantise, que beaucoup d'expressions condamnent... (cf. ici même) et qu'ils 
reprocheraient plutôt aux gens du nord (au sens provençal) ! Notre excès 
majeur est au contraire souvent notre effervescence et notre rapidité. Il suffit de 
conduire dans une ville provençale pour en être convaincu : à Marseille, on 
conduit comme à Naples, pas comme à Stockholm. 

Emploi : Peu usuelle, attestée partout, vieillissante. 

Voir : chercher Moulinàri ; être santon ; faire aigre ; faire plus vite un tour que 
deux ; la matinado fa la jornado ; tourner-virer ; zou... 


Agué de sou coumo un chin de niero [P] 

Sens : "Être très riche" (trad. litt. "avoir des sous comme un chien a des 
puces"). 

Origine : Le tout, c'est de trouver des comparaisons indiquant une 
quantité importante et innombrable. A cela s'ajoute l'idée d'un renouvellement 
constant et même involontaire. L'image familière du chien et de ses puces était 
disponible et transparente. Pauvre bête ! 

Commentaires : Car en effet cette image a un sens secondaire moins 
positif qu'on ne se l'imagine au premier abord. Trop d'argent qui vous tombe 
dessus comme des puces produit des désagréments... Il y a de la philosophie 
là-dessous ! Et puis le jeu sur les contrastes est fréquent dans les expressions 
provençales (voir avoir les joues ...). 



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D'autres expressions expriment la quantité par l'effort ( a de sou que lei 
boulego à la palo "il/elle a des sous au point de les remuer à la pelle"), la taille 
des pièces ( a de sou gros coumo lou bras "il/elle a des sous gros comme le bras") 
ou à des éléments concrets de richesse (agué de paio au paié "avoir de la paille à la 
grange"). 

Emploi : Peu usuelle mais attestée partout, surtout dans les Bouches-du- 
Rhône et le Var. 

Voir : èstre riche coumo la mar ; la pierre va au clapier ; métré d'oli ei cese. 


Agué l'aigo à la pielo [P] 

Avoir l'eau à la pile [FRP] 

Sens : "Avoir l'eau courante". 

Origine : Non, non, on n'utilise pas en Provence de pompes à piles 
électriques ! La pile, en français régional, c’est "l’évier". Ce sens provient d'un 
transfert du sens du mot provençal pielo, de forme proche, et dont l'équivalent 
français est en fait la pile d'un pont car les éviers traditionnels provençaux sont 
taillées dans une grosse pierre. Il n'y a pas si longtemps, on allait chercher l'eau 
au puits, à la fontaine ou à la source. Quand l'eau courante a été installée, c'est 
jusqu'à l'évier (la pile ) qu'elle est arrivée. D'où l'expression avoir l'eau à la pile. 

Commentaires : Cette expression est un bon témoignage de deux choses. 
Premièrement, de la vitalité de mots locaux qui entraine celle d'expressions 
locales. On emploie encore la pile en ce sens, de façon usuelle et partout. Je 
connais même des gens pour qui évier est un mot technique de fabriquant de 
cuisines aménagées. Deuxièmement, elle révèle bien cette façon concrète et 
active de voir et de dire les choses, typiquement provençale et toute à l'opposé 
des habitudes du français, qui préfère les mots abstraits. De l’eau courante, c'est 
une métaphore abstraite. Elle peut bien courir n'importe où, y compris dans les 
ruisseaux. De Veau à la pile, c'est un fait concret. On voit bien où elle est et 
l'avantage qu'on peut en tirer. En provençal, il n'y a pas d'autre façon de dire 
cela. 

Un sens ancien m'a été plusieurs fois signalé : "habiter une maison 
bourgeoise" (où, à une époque, l'eau courante était un luxe). 

Emploi : Peu usuelle mais connue partout en provençal ; réputée plutôt 
vivante à Marseille, quoique vieillie. 

Voir : avans de parla, si fou teisa ; se faire voir. 


Agué la crespino [P] 

Avoir la crespine [FRP] 

Sens : "Être chanceux". 

Origine : Cette expression provient d'une ancienne croyance. Les 
nouveaux-nés qui, lors de l'accouchement, apparaissaient le crâne couvert d'un 
morceau de membrane de la poche utérine, étaient réputés chanceux. On dit en 
provençal es neissu couifa "il/elle est né(e) coiffé(e)" (traduction qui se disait 
aussi en français régional il y a deux ou trois générations) ou es neissu ’mé la 
crespino "il/elle est né(e) avec la membrane". Adapté en français régional, le mot 
crespino est simplement devenu crespine, d'où la forme actuelle de l'expression 
en français : avoir la crespine. 



25 

Commentaires : On aurait pu, bien sûr, échanger le provençal crespino 
contre son équivalent français direct (au moins pour la forme), à savoir crépine. 
Mais comme c'est un terme de boucherie, usuel en Provence (et ailleurs ?) pour 
désigner la membrane dont on recouvre les pâtés et autres préparations, cela 
n'aurait guère été élégant, ni valorisant, de dire à quelqu'un *tu as la crépine ! On 
a là un bon exemple de la nécessaire complémentarité entre le français commun 
et ce français régional intermédiaire en français et langue provençale. 

On remarque au passage que, comme les autres langues latines 
méridionales, le provençal a conservé le -s- latin devant consonne, que le 
français a perdu et dont l'unique vestige y est un accent circonflexe sur certains 
mots mais pas sur tous (incohérence du système !) ; comparer provençal escolo, 
presta, italien scuola, prestare, et français école, prêter. 

En provençal, il est existe une variante à notre expression : èstre 
crespina(do), trad. litt. "être crespiné(e)". 

Emploi : Peu usuelle partout en Provence et surtout usitée en provençal ; 
rare en français. 

Voir : avoir le pain et le couteau. 


Agué la malautié dôu gabian [P] 

Avoir la maladie du gabian [FRP] 

Sens : "Avoir une maladie imaginaire ou feinte" (trad. litt. "avoir la 
maladie du goéland"). L'expression complète en provençal est agué la malautié 
dôu gabian, la tèsto malauto e lou be san (rad. litt. "avoir la maladie du goéland, la 
tête malade et le bec sain"). 

Origine : Le goéland, fréquent sur la côte, est remarqué pour deux 
comportements particuliers. Premièrement, c'est un grand oiseau maladroit 
pour se poser, se déplacer au sol, et s'envoler. Ce qui ne l'ont pas vu de leurs 
yeux auront peut-être lu le célèbre poème de Baudelaire (faute de grives...). 
Deuxièmement, c'est un oiseau glouton qui avale tout entier des poissons en 
grande quantité. D'où l'image de quelqu'un qui donne l'impression d'être mal 
en point mais qui a bon appétit (et donc qui va bien, puisque tant que manjo es 
bouano marco "tant qu'il mange, c'est bon signe", ou, en français "commun" quand 
l'appétit va, tout va). La possibilité d'une rime gabian/san a conforté la naissance 
de l'expression. 

Commentaires : Le mot gabian est en Provence, même en français, le nom 
usuel du goéland (mot que le français "commun" a emprunté au breton, autre 
pays des goélands). 

Emploi : Rare, attestée sur la côte du Var, des Bouches-du-Rhône et des 
Alpes-Maritimes. 


Agué la tressusour/lei très susour [P] 

Avoir les trois sueurs [FRP] 

Sens : "Avoir très peur". 

Origine : En provençal, le verbe tressusa veut dire "suer à grosses gouttes", 
et notamment "avoir des sueurs froides". Il est constitué du verbe susa "suer" et 
du préfixe très- qui est un augmentatif (on le retrouve dans la français 
tressauter). Le nom dérivé tressusour signifie donc "grosse sueur" ou surtout 
"sueurs froides". Seulement voilà : cela ressemble beaucoup à très susour, 



26 

littéralement "trois sueurs". Et comme le préfixe très- est devenu rare, n'est plus 
productif depuis le Moyen-Age, et n'est donc plus identifié comme un préfixe, 
les gens analysent uniquement ce mot comme étant très susour. L'adaptation en 
français donne donc automatiquement trois sueurs. Après tout, dire qu'on sue 
trois fois, cela veut bien dire qu'on sue beaucoup... 

Commentaires : Du coup, on rencontre même -rarement il est vrai- la 
variante avoir les quatre sueurs, ce qui doit être encore pire ! 

Selon le contexte, l'expression prend la forme donner les trois sueurs ou 
attrapper les trois sueurs (idem en provençal avec les verbes douna et aganta). 

Emploi : Usuelle partout dans les deux langues. 

Voir : avoir crainte ; caguer aux brailles ; se prendre une estoumagade ; avec une 
olive au cul... 


Agué lei man gôbi [P] 

Avoir les mains gôbi [FRP] 

Sens : "Avoir les doigts engourdis par le froid ou l'effort". 

Origine : Le mot gôbi (toujours prononcé avec la tonique sur le o bien 
ouvert; API ["gObi]) est un adjectif provençal qui ne s'emploie que dans cette 
expression, à plus forte raison une fois passé en français régional. Ce genre de 
choses, que l'on ressent de façon très personnelle, ne s'apprend pas à l'école (où 
nos grands-parents ou arrière-grands-parents ont appris le français), et c'est 
donc naturellement un mot emprunté à notre langue première que nous 
utilisons. 

Commentaires : On demandera aussi, au sens figuré (et ironique) : as lei 
man gôbi ? [P], tu as les mains gôbi ? [FRP] à quelqu'un qui ne travaille pas ou qui 
ne donne pas un coup de main. 

Il parait qu'en français "commun", on dit avoir les doigts gourds ou avoir 
l'onglée, deux expressions qui me sont totalement étrangères. Comme beaucoup 
de mes compatriotes provençaux, je ne connais que l'expression avoir les mains 
gôbi pour exprimer cela. On dit aussi tout simplement "agué lou gôbi" en 
provençal. Ou alors des périphrases comme "avoir les doigts raides à cause du 
froid". Il faut qu'avec le climat provençal, on n'a guère l'occasion d'avoir à ce 
point froid aux mains, sauf par grand mistral en plein hiver ou très haut dans la 
montagne. 

Cette expression, passée en français régional, montre bien que la vie 
quotidienne et les choses simples se disent d'une façon directement influencée 
par le provençal, qui a longtemps été notre langue familière. 

Au fait, ce gôbi n'a rien à voir avec un autre gôbi, nom d'un poisson de 
Méditerranée qu'on retrouve dans l'expression faire des yeux de gôbi. 

Emploi : De peu usuelle à usuelle selon les familles et partout, mais, 
comme on vient de le voir, l'occasion de s'en servir est rare. 

Voir : avoir Veau à la pile ; avoir le bômi ; un peu. 


Agué lou bàti-bàti [P] 

Avoir le bàti-bàti [FRP] 

Sens : "Avoir le cœur qui bat très vite" (trad. litt. "avoir le batte-batte"). 
Origine : Il s'agit au départ de la 3e personne du singulier du verbe batre 
"battre", redoublée pour indiquer la force du battement. Du type ai lou couar que 



27 

bâte, bâte "j'ai le cœur qui bat, qui bat". Ce genre de redoublement expressif et 
augmentatif est connu en français et très usité en provençal. De là, on a fixé 
l'expression agué lou bate-bate (trad. litt. "avoir le qui bat qui bat"). Et puis, le 
verbe étant devenu un nom, sa terminaison pouvait évoluer. Pas avant car, en 
provençal, la terminaison des verbes indique directement la personne sans 
utiliser un pronom sujet, comme en italien ou en espagnol (par exemple bâte 
veut dire "il bat" et bâti "je bas"). De plus, une forte tendance consiste en 
provençal, surtout dans la grande variété maritime et intérieure, à transformer 
les -é finaux atones en -i. D'où bàti-bàti, avec accent tonique sur les deux a (API 
["bâti "bâti]. 

L'aspect très expressif de l'expression, ne serait-ce que sur le plan 
phonétique, a favorisé son adoption en français. 

Commentaires : D'une manière générale, les Provençaux aiment bien les 
mots qui ont gardé, en passant en français régional, un accent tonique bien 
audible sur l'avant-dernière syllabe, et en plus ceux qui se terminent en -i. Ça 
sonne très provençal, un peu italien, et c'est très expressif. Voir avoir les mains 
gobi, avoir le bomi, faire un narri, aïoli sur toi. 

Emploi : Peu usuelle, attestée dans toute la Provence maritime et 
intérieure (de Marseille à Manosque, Digne et Cannes), en provençal plus qu'en 
français. Comprise partout, mais vieillie. 

Voir : aller plan-plan et les expressions citées ci-dessus. 


Agué lou biais [P] 

Avoir le biais [FRP] 

Sens : "Avoir le savoir-faire, la bonne méthode" (trad. litt. "avoir la façon"). 

Origine : Le français "commun" a emprunté le mot biais au provençal, mais 
avec un sens limité "moyen ingénieux et détourné", d'où "oblique", et avec une 
connotation un peu négative. En provençal, c'est un mot très usuel et passe- 
partout (prononcé "biail", API [bjaj]), qui vient du grec. Son sens de base est 
"manière, façon, sorte", et sa connotation est positive. D'où l'expression agué lou 
biais "avoir la façon", sous-entendu "la bonne façon". Il existe même des dérivés 
comme l'adjectif biaissu(do), qui signifie "doué(e)". 

Ce mot si employé est donc passé en français régional, ce qui a été favorisé 
par le fait qu'il était déjà passé en français "commun". Du coup, il est prononcé 
à la française et non à la provençale en français régional (API [bje]). 

Commentaires : La différence de connotation, masquée par une 
prononciation unique, peut être trompeuse lors d'une conversation entre un 
Provençal et un estranger. En effet, si un Provençal dit "il faut avoir le biais pour 
arranger cette affaire", ça veut dire qu'il faut savoir trouver la bonne méthode, 
pas une méthode machiavélique ! Et si on dit de vous "il a le biais", c'est un 
compliment, cela ne veut pas dire que vous êtes tordu ! 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : avoir la crespine ; faire un narri ; remettez-vous ; se faire voir. 


Agué lou blanc dôu pôrri [P] 

Sens : "Être chanceux, être bien lotti" (trad. litt. "avoir le blanc du 
poireau"). 



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Origine : En matière de légumes, la cuisine provençale opte surtout pour 
les racines et les fruits des végétaux, pas pour leurs feuilles. On accomode par 
exemple surtout des carottes, navets, pommes de terre (racines) ou des 
aubergines, courgettes, haricots, pois-chiches, tomates (fruits). On utilise peu de 
"légumes verts" (les feuilles, par exemples épinards, choux). Quand un légume 
présente à la fois une partie blanche (sous-terre) et une partie verte (ses 
feuilles), la partie réputée la meilleure est la partie blanche. C'est le cas du 
poireau (peu présent dans la cuisine provençale), dont on coupe et jette le vert 
pour n'en conserver que le blanc, qu'on utilise d'ailleurs beaucoup comme 
l'oignon, revenu en fond de sauce. Alors bien sûr, avoir le blanc du poireau, c'est 
avoir le meilleur morceau. Le vert, c'est ce qu'on jette aux chèvres ou aux 
cochons ! Et, pour pouvoir n'en garder que le blanc et en jeter la plus grande 
partie, il faut être fortuné... 

Remarques : Expression en prise directe avec la culture locale, ici avec les 
traditions culinaires. Les aliments sont souvent utilisés pour figurer la chance et 
la richesse (voir quicha l'anchoio, métré d'oli ei cese). 

A cela s'ajoute la connotation presque toujours positive de la couleur 
blanche. 

Emploi : Usuelle partout (uniquement en provençal). 

Voir : avoir la crespine ; avoir la chcoumougne ; et les expressions citées ci- 
dessus. 


Agué lou bôtni [P] 

Avoir le bômi [FRP] 

Sens : "Avoir la nausée". Prononcé bomi avec accent tonique sur le o (API 
["bOmi]). 

Origine : En provençal, lou bomi, c'est tout simplement et 
étymologiquement, "le vomi". Le verbe associé est bôumi "vomir" (prononcé 
"booumi" API [bow"mi]). Il faut remarquer que, normalement, en fonction des 
règles d'évolution du latin au provençal, on devrait avoir un v au début du mot, 
comme en français. Mais le besoin d'employer un mot plus éloquent a amené 
les Provençaux à y substituer un b, plus sonore et plus expressif (surtout dans 
une syllabe tonique). C'est d'ailleurs par l'interjection bouai ! (prononcée 
"bouail"), de forme proche, qu'on exprime le dégoût, en provençal comme en 
français régional. 

On comprend dès lors qu'une locution s'appuyant sur un mot si expressif 
soit aisément passée en français régional, car en français "commun" les 
expressions avoir la nausée ou avoir mal au cœur sont nettement moins parlantes. 

Commentaires : Il semblerait qu'en français "commun" ou d'autres 
régions plus septentrionales de France, le mot vomir lui-même soit évité, sans 
doute parce qu'il évoque trop directement quelque chose de répugnant. On dit 
par exemple renverser dans l'Ouest, rendre en français "commun". En Provence, 
où l'expression franche et directe est la règle, on dit vomir de façon banale. En 
provençal, il n'y a pas d'euphémisme : on dit bôumi ou, plus expressif encore, 
raca (cf. français raquer "cracher"). 

On dit aussi douna lou bômi/donner le bomi. Une variante intermédiaire mi- 
provençale mi-française est aujourd'hui employée par les jeunes à Marseille : 
avoir le vomi, avec un v- mais en conservant l'accent tonique. 

Emploi : Usuelle partout, peut-être en perte de vitesse chez les jeunes. 

Voir : avoir les mains gobi ; avoir le bàti-bàti. 



29 


Agué lou cuou coumo ~ [P] 

Avoir le cul comme ~ [FRP] 

Sens : "Avoir un gros derrière" (ne se dit presque que des femmes). 

Origine : Divers éléments sont couramment utilisés pour terminer la 
comparaison. Avoir le cul comme un monument est attesté partout. Une variante 
en est Avoir le cul comme la porte d'Aix, très usuel dans la région marseillaise (la 
porte d'Aix est un grand arc de triomphe qui se situe place Jules Guesde, à 
l'endroit où se trouvait autrefois la porte d'Aix à la sortie nord de Marseille). On 
peut supposer l'existence de variantes adaptées à des monuments locaux ici et 
là. 

Avoir le cul comme un apanaou est d'usage surtout rural, en diminution (un 
apanaou est, en provençal, une ancienne mesure à grain de vingt litres) ; on dit 
aussi ...coumo uno eimino (même sens). Avoir le cul comme une jument est moins 
particulier, usuel partout. Avoir le cul comme une malle arabe fait allusion aux 
superbes et vastes malles des nomades (rappelez-vous des contes des mille-et- 
une-nuits). Marseille, surnommée la "Porte de l'Orient", est un lieu où l'on en 
voit débarquer depuis le Moyen-Age et où, aujourd'hui, une population 
maghrébine très présente transporte de volumineux bagages quand elle voyage 
"au pays" (tous les émigrés font ça, moi y compris, pour ramener une 
alimentation d'origine contrôlée !). D'où cette dernière comparaison, usuelle sur 
la côte, aussi connue en français d'Afrique du nord, et dont l'usage en Provence 
a probablement été renforcé par l'installation des Pieds-Noirs. 

Commentaires : D'autres comparaisons, créations spontanées ou 
comparaisons établies, sont fréquemment employées. On voit là la délicatesse 
habituelle des messieurs... 

Le mot cul n'est pas ressenti comme vulgaire en français régional, mais 
familier. Son équivalent provençal {cuou, parfois prononcé quiéu ) est à peu près 
le seul mot usuel dans cette langue, où des euphémismes comme le derrière ou le 
postérieur n'existent pas. Les seuls autres mots, burlesques, et d'ailleurs passés 
en français régional, sont tafanàri (avec tonique sur l'avant-dernière syllabe) et 
petarèu ou pétard dont on comprend l'image ! 

Emploi : Expressions très usuelles dans les zones indiquées ci-dessus, y 
compris chez les jeunes. 

Voir : Il a toujours un pet... ; avoir des joues... ; c'est un cul-cousu. 


Agué lou pan e lou coutèu [P] 

Avoir le pain et le couteau [FRP] 

Sens : "Avoir tout pour réussir". Se dit aussi bien comme constatation 
générale qu'à propos d'une situation précise. 

Origine : L'image est plutôt claire. Celui ou celle qui a "le pain et le 
couteau" a tout le nécessaire pour manger. On sait que le pain a longtemps été 
l'aliment de base, et qu'il reste le symbole des besoins vitaux (et. gagner son 
pain). Il ne lui reste plus qu'à s'en servir. 

Commentaires : Car c'est là que l'usage de l'expression en précise le sens. 
En effet, on l'utilise souvent pour regretter que quelqu'un qui a le pain et le 
couteau, ne sache pas en faire bonne usage. Par exemple une personne à qui on a 
offert un emploi plein d'avenir et qui ne fait pas sérieusement son travail. 



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Cette expression s'appuie sur cette vision concrète des choses qu'on 
retrouve à la base des façons de dire provençales (voir avoir l'eau à la pile). 
Emploi : Usuelle partout dans les deux langues, vieillie. 

Voir : avoir la crespine ; avoir la chcoumougne ; faire une cagade ; tourner-virer. 


Agué lou pougnet coupa [P] 

Avoir le poignet coupé [FRP] 

Sens : "Se prétendre généreux (ou pouvoir l'être) et être avare". 
L'expression complète est agué lou couar sus la man e lou pougnet coupa [P], avoir 
le cœur sur la main et le poignet coupé [FRP], 

Origine : L'expression avoir le cœur sur la main est bien connue en français, 
comme en provençal, pour exprimer la générosité. Ici, on la complète pour en 
contredire le sens, puisque si l'on a le poignet coupé et donc plus de main, on 
ne peut plus, matériellement, avoir le cœur sur la main. CQFD ! 

Commentaires : L'image de la main, qui donne ou qui retient, est 
couramment utilisée dans de nombreuses langues pour symboliser la 
générosité ou l'avarice (voir tirarié de pessu au mabre). Plusieurs expressions 
provençales ont ceci de particulier qu'elles ajoutent quelque chose qui empêche 
la main de donner (voir avoir des oursins dans les poches). Comme si on voulait 
surtout condamner ainsi, non pas tous ceux qui ne donnent pas, mais surtout 
ceux qui le peuvent et ne le font pas. Ou, pire, ceux qui disent le faire et ne le 
font pas : la Provence est un pays de paroles et les propos y sont 
scrupuleusement pris en compte (et. le dicton uno paraulo ligo mai que tôuti lei 
gumo "une parole lie davantage que tous les cables d'ancres"). 

Il existe une variante, qui combine les deux expressions que je viens juste 
de citer : avoir la main a la poche et le poignet coupé. 

Emploi : Rare, attestée dans les Bouches-du-Rhône et le Var, mais bien 
comprise dès qu'on la donne sous sa forme complète. 

Voir : fais-toi gras ! et les expressions citéées ci-dessus. 


Agué un èr de dous èr [P] 

Avoir un air de deux airs [FRP] 

Sens : "Avoir une expression ambigüe et indéchiffrable sur le visage". Une 
variante aujourd'hui rare, peut-être d'origine, le dit encore plus clairement : 
agué un èr entre dous èr [P], avoir un air entre deux airs [FRP], 

Origine : Il s'agit du mot air au sens "apparence", qui est bien connu en 
français comme en provençal (cf. l'expression avoir l’air, en provençal agué l'èr). 
L'image d'un air qui hésite entre deux airs, c'est-à-dire d'une mimique qu'on ne 
peut clairement interpréter, est claire. On la retrouve pour signifier une 
hésitation entre deux éléments, par exemple en français dans mi-figue, mi-raisin, 
dans ni chair ni poisson (dont l'équivalent existe en provençal, ni car ni pèis). On 
la retrouve aussi souvent en provençal (ni tu ni vous). 

Commentaires : Le fait d'avoir un air de deux airs est en général mal perçu 
et provoque souvent une intervention du genre "Allez, zou, dis franchement ce 
que tu penses !". 

L'usage de èr en ce sens est très étendu en provençal. On dit par exemple 
douna d’èr (trad. litt. employée en FRP : "donner d'air") pour "ressembler". Par 
exemple, "ce petit, il donne d’air à son père". 



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Emploi : Très usuelle partout. 

Voir : avoir des yeux de bogue ; faire des yeux de seiche ; sembler le ravi... 


Agué/faire d'uei de bogo/de gôbi [P] 

Avoir/faire des yeux de bogue/de gôbi [FRP] 

Sens : "Ouvrir de grands yeux étonnés, avoir un regard idiot". 

Origine : La bogo est un poisson, dont le nom complet est bogo-ravello. La 
forme francisée bogue est ambigüe car certains pourraient penser à une bogue de 
châtaigne. Mais ce n'est pas le même mot. Le gôbi (prononcé avec tonique sur le 
o, même en français, API ["gObi]), est lui aussi un poisson de Méditerranée, de 
la même famille que le goujon. Ces deux petits poissons sont extrêmement 
fréquents jusque dans les ports : c'est ce que pêchent tous les gamins qui jouent 
avec une ligne. La bogue et le gôbi sont caractérisés par de gros yeux, et de 
plus, pour le gobi, par une grosse tête par rapport à son corps. Enfin, ce sont 
des poissons de peu de valeur, qu'en général on ne garde pas pour les manger. 
De là à les utiliser comme comparaison pour dire de quelqu'un qu'il a en 
permanence (peuchère !) ou qu'il fait "des yeux ronds et idiots", il n'y avait 
qu'un pas ! 

Commentaires : La Provence est un pays maritime, ce qui explique 
l'utilisation fréquente d'animaux marins dans de nombreuses expressions 
(oursin, anchois, gabian "goéland", favouille "petit crabe", arrapède "patelle", etc. 
voir expressions). On vous dira spontanément de quelqu'un qui a une grande 
bouche qu'il ressemble à une baudroie (la lotte des nordiques), ou de quelqu'un 
qui est très laid qu'il ressemble à une rascasse (ça, ça n'a pas d'autre nom, vu 
que ça ne vit qu'en Méditerranée). 

On remarque au passage que, en Provence, les noms de ces animaux sont 
encore couramment en français des noms régionaux empruntés au provençal 
(les loups et autres fielas sont les bars et les congres). Mais un règlement imbécile 
impose depuis quelques années l'étiquetage en français "commun", où les noms 
retenus sont bien sûr des noms nordiques... 

NB : Ce gôbi- là n'a rien à voir avec celui de l'expression avoir les mains gôbi, 
sauf la forme, bien sûr. Remarquez si vous avez à la fois les mains gobi et des 
yeux de gobi, vous allez avoir du mal à trouver du boulot sans un bon stage de 
TRE (techniques de recherches d'emploi). 

Emploi : Très usuelle sur la côte dans les Bouches-du-Rhône et le Var, y 
compris chez les jeunes. 

Voir : avoir des oursins dans les poches ; avoir les yeux bordés d'anchois ; avoir la 
maladie du gabian ; c'est une arrapède ; faire des yeux de seiche ; faire une sardine; 
gros un stoquefiche ; etc. 


Aïoli sur toi ! 

Sens : Lormule de salutation souhaitant que toute aille bien. 

Origine : L ’aiôli, francisé en aïoli avec ou sans tonique sur le o (mais avec, 
c'est mieux), est une sauce froide faite d'œuf, d'ail et d'huile d'olive, spécialité 
provençale célébrissime. C'est aussi en Provence, et depuis fort longtemps, le 
symbole de la force vitale et de la solidarité locale. A la fois à cause de ses 
ingrédients (emblématique de la Provence), de la façon dont il est fait (c'est une 
émulsion encore plus difficile à réussir qu'une mayonnaise), des traditions de 



32 

sa consommation (plat de fêtes familiales ou populaires), et... de ses effets sur 
l'haleine (ceux qui n'en mangent pas ont du mal à rester avec les convives !). 
Sans compter les effets bénéfiques sur la santé : favorise la circulation du sang, 
tue les vers, aphrodisiaque (si, si) et excellent somnifère (pour la qualité 
précédente, ne pas tarder, donc). De nombreuses expressions provençales 
utilisent l'aïoli pour cet ensemble de symboles (voir monter l’aïoli). L'Aioli était 
d'ailleurs le nom du journal régionaliste en provençal qu'avait lancé F. Mistral. 

Cette formule de salutation, récemment apparue et répandue dans la 
jeunesse marseillaise, continue l'ensemble de cette symbolique. On sait que les 
Marseillais ont un fort sentiment d'identité (marseillaise avant tout, puis 
méditerranéenne et provençale), que les jeunes manifestent en étant supporters 
de l'O. M. (dont l'ennemi majeur est le PSG, l'équipe de Paris) ou à travers le 
rap marseillais (IAM, Massilia, etc.). Expression de jeunes de la (grande) ville, 
elle n'existe qu'en français, et n'a pas encore été adaptée en provençal par les 
papets chébrans des llagevis. 

Commentaires : Aïoli est aussi une sorte de cri de ralliement qu'on entend 
dans les concerts de rap et sur les terrasses des café, le soir, sur le Cours Julien, 
devenu le lieu "branché" de Marseille. Les jeunes en ont même tiré le verbe 
aïoliser, qui veut dire "mettre en transes", le nom aïolisation "remise en forme" ou 
"extase"... 

Il est frappant que ce vieux symbole très régional soit à nouveau ré-utilisé 
et poursuive ainsi son existence (comme cagole ou agachon). Ceux qui 
prétendent que l'uniformisation de la France est en route, et que les 
caractéristiques régionales sont des vestiges folkloriques, rencontrent ici un 
cinglant démenti... 

Emploi : Peu usuelle, uniquement à Marseille chez les adolescents et les 
jeunes adultes branchés Rap-raggae-O. M.. Mais ça fait déjà du monde... 

Voir : conservez-vous ; être à Y agachon ; faire le cacou; faire une partie de 
cabanon ; jouer au balon ; mettre le gouaï, monter l’aïoli. 


Allez maï ! 

Sens : "Encore une fois !". S'emploie surtout pour regretter la répétition 
d'un phénomène fâcheux, la glace au chocolat qui coule sur le pantalon du 
petit, le frigo qui tombe en panne, un radoteur qui reprend la même histoire... 

Origine : L'adverbe provençal mai signifie "encore, de nouveau" prononcé 
"maï"). Par exemple : es mai vengudo "elle est encore venue", n 'en vouàli mai "j'en 
veux encore". L'emploi du verbe allez comme interjection en français est très 
répandu. Ici, les deux mots sont combinés pour créer une expression éloquente 
en français régional (mais l'équivalent existait déjà en provençal), calque du 
provençal zou mai ! 

Commentaires : Le choix des mots qui composent l'expression s'appuie 
sur sa musique et sur son rythme. On dit allez en tramant assez longtemps sur 
le é avec une mélodie tombante, et puis, brutalement, le maï coupe un ton plus 
haut. Essayez : alleeeeeeeeez, maï. Voilà, vous y êtes. 

Les diphtongues aï, eï, aou, eou, oou, sont ressenties comme typiques du 
provençal et de sa musicalité, ce qui a pu jouer pour le transfert de mai en 
français régional et dans cette interjection expressive. Nombre d'interjections 
usuelles sont directement emprutées au provençal, langue de l'affectivité 
perçue comme très expressive, en français régional (té, vé, zou, hoou, hèou...). 

On dit aussi souvent zou mai ! 



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Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 
Voir : aquéu de coup ; fan de... ; zou... 


Ana/feni ei dàti [P] 

Aller/finir aux dattes [FRP] 

Sens : "Se rabattre sur un petit boulot de misère", et, par extension "finir 

mal". 

Origine : Travailler aux dattes, c'est (ou plutôt c'était) travailler à la chaine 
pour aligner à longueur de journée des dattes séchées dans des boites en carton. 
L'un des hauts lieux de cette activité passionnante était, pourquoi ne pas la 
nommer ?, l'usine Micasar à Marseille. Bien sûr, il n'y a pas de sot métier, mais 
il y en a de plus pénible et de beaucoup moins bien payés que d'autres. A 
quelqu'un qui est mal parti pour réussir sa vie, on dit tu iras aux dattes ou tu 
finiras aux dattes. 

Commentaires : Mais ce quelqu'un est presque toujours une quelqu'une. 
D'abord parce que ce genre de travail pour "petites mains" est plutôt réputé 
être, et s'avérait être, un travail de femmes. Et puis parce que le sens 
fondamental, c'est "tu finiras mal". Et les dattes, en provençal, sont une 
métaphore d'une partie très intime des hommes... Vous n'avez pas besoin d'un 
dessin. Alors, travailler aux dattes, c'est exercer une "profession"... particulière. 
Ce sens implicite reste perçu par une partie des gens, parce que l'image des 
dattes est assez évocatrice, d'autant qu'en provençal (et en français régional) 
toutes les parties intimes masculines et féminines sont couramment évoquées 
sous des noms de fruits (voir faire la figue, avoir des oursins...). 

Emploi : Peu usuelle et vieillissante, uniquement à Marseille et dans sa 
région, surtout en français. 

Voir : partir en biberine. 


Ana plan-plan [P] 

Aller plan-plan [FRP] 

Sens : "Aller lentement, modérément, doucement". 

Origine : L'adverbe plan signifie "lentement" ou "modérément" en 
provençal. Il est le frère faux-jumeau de l'italien piano, de même sens, et issu du 
même mot latin. Mais il est rarement employé seul. La plupart du temps, il l'est 
sous sa forme redoublée plan-plan. Le redoublement est un procédé d'insistance 
courant en provençal (voir avoir le bàti-bàti). En plus, il crée un petit effet 
comique qui séduit toujours la bonne humeur méridionale. D'où ana plan-plan, 
directement traduit aller plan-plan en français régional. 

Commentaires : On remarque au passage, une fois de plus, la proximité 
des habitudes italiennes, puisqu'on dit en italien piano-piano, forme redoublée 
d'ailleurs bien connue telle quelle en Provence. 

Quand on dit de quelqu'un qu'il va plan-plan, c'est plus souvent une 
constatation négative qu'une appréciation positive, puisqu'en Provence, on 
aime plutôt les gens actifs et les choses qui vont vite (voir avoir du jus de 
courge...). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : balin-balan ; chercher Moulinàri ; d'aise ! ; faire lou rabaio-peto ; faire plus 
vite un tour que deux. 



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Aquelo empego ! [P, FRP] 

Sens : "Quelle surprise !" ou "Celle-là, elle est bien bonne !" (trad. litt. celle- 
là, elle colle/elle enivre). Se dit lorsqu'on vous annonce une nouvelle surprenante, 
que vous découvrez une chose étonnante, ou qu'on vous raconte une histoire 
drôle. Dans ce cas-là, vous vous exclamez : aquelo empego ! 

Origine : Expression provençale utilisée telle quelle en français régional. 
Se prononce "aquèlimpègo" avec l'accent sur l'avant-dernière syllabe (API 
[akElEm"pEgO]). Le verbe empega signifie "coller" et, au sens figuré, "enivrer". 
L'image est donc similaire à celle de l'expression rester scotché récemment 
répandue chez les jeunes en français "commun", mais elle joue, en plus, sur le 
double sens (figuré). D'ailleurs, quand on dit aquelo empego ! certains ajoutent 
pour plaisanter lou cuou au sou ("le cul au sol"). 

Commentaires : Il existe en provençal une variante aquelo tubo ! (trad. litt. 
celle-là elle fume) qui n'est apparemment pas passée en français régional. 

Le verbe empega est par ailleurs passé en français régional au sens 
"enivrer" (il est rentré complètement empégué). 

Emploi : Très usuelle dans toute la Provence, y compris en français et 
même chez une partie des jeunes, qui l'emploient par plaisanterie. 

Voir : aquéu de coup ; fatche de... 


Aquéu de càup ! [P, FRP] 

Sens : Interjection exprimant une grande surprise (trad. litt. celui-là, de coup 
!). Pourrait se traduire par "ça alors !". Prononcé "aquéou dé coou" (API [a"kew 
de"kOw]) avec une intonation montante. 

Origine : Expression provençale directement insérée en français régional. 
La structure "celui-là" ou "celle-là" + complément est la structure de base en 
provençal pour exprimer l'étonnement (voir aquelo empego). De plus, la 
préposition de y jouit d'usages multiples, dont un sert justement à marquer 
l'exclamation : d'aquéu Felipe ! ("sacré Philippe !, trad. litt. "de ce Philippe !"). 

Commentaires : De nombreuses variantes existent, comme aquéu de cop 
(forme de la vallée du Rhône et de Haute-Provence), aqueste cbup/cop (où l'autre 
démonstratif provençal est employé). On trouve même, par déformation en 
français régional, un aquest'aco où le mot provençal aco ("ça"), très connu (cf. 
qu'es aco ?), a été substitué à cop. Du coup, en soi, ça ne veut plus rien dire (= en 
gros "ce cela"), mais peu importe, puisque c'est une expression dont seul le sens 
global compte... 

Certains ajoutent aquéu de coup, l'ai pas vist veni ! ("...je ne l'ai pas vu 
venir"). 

Emploi : Très usuelle dans toute la Provence, y compris en français, mais 
vieillie. 

Voir : aquelo empego. 


As peta Varmàri ? [P] 

Avoir cassé l'armoire à glace [FRP] 

Sens : "Être très bien habillé". 



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Origine : Ce type d'image un peu ironique est un procédé courant en 
provençal : on suppose que si quelqu'un est très bien habillé, c'est parce qu'il a 
cassé son armoire et qu'il ne peut plus y ranger ses habits, donc qu'il doit les 
porter. 

Commentaires : Il existe plusieurs variantes, l'une des plus connues étant 
agué donna un coup de pèd à l'armàri [P], avoir donné un coup de pied à l'armoire 
[FRP], dont le résultat est évidemment le même... 

On remarque, et c'est pour cela que j'ai tenu à l'intituler ainsi, qu'en 
provençal, c'est une question à la deuxième personne, directement adressée à 
quelqu'un que l'on tutoie. D'abord parce qu'on ne peut se permettre ce genre de 
boutade qu'avec des familiers, et d'autre part parce que ça fait partie d'un jeu, 
sorte de joute oratoire. Cela reste d'ailleurs une expression aux connotations 
positives. Si l'on dit cela, c'est que l'on trouve effectivement la personne bien 
habillée. Mais, chez les Méditerranéens en général, c'est une tendance culturelle 
-et un défaut souvent mal interprété- que de jouer de la dérision et de la 
critique gratuite. Un jeu classique de Naples à Marseille et Barcelone consiste à 
s'assoir à la terrasse d'un café, à plusieurs, et de se moquer en douce des gens 
qui passent... 

Le même procédé est appliqué dans l'expression beaucoup plus célèbre 
l'as paga lou capèu ? (voir plus loin). 

Emploi : Peu usuelle, surtout connue des provençalophones et attestée 
dans les Bouches-du-Rhône et le Var, mais comprise partout et par la majorité 
des gens. 

Voir : avoir le poignet coupé ; faire le cacou ; l'as paga lou capèu ? 


Aspetta una minuta ! 

Sens : "Attends un peu" (trad. litt. de l'italien "attends une minute"). 

Origine : Sur de multiples plans, on l'a dit, la Provence est un 
prolongement de l'Italie (son nom latin Provincia signifie au départ qu'elle est la 
province romaine par excellence). La proximité et donc les échanges avec l'Italie 
ont maintenu ce lien au cours des siècles. Mais, davantage encore, la très forte 
immigration italienne, surtout depuis le XIXe siècle, a affirmé massivement la 
présence des langues et cultures italiennes en Provence. Depuis toujours, les 
Provençaux baragouinent un peu de piémontais, de génois, d'italien, de 
napolitain... Depuis longtemps, les Italiens de Provence sont devenus de vrais 
Provençaux et parlent provençal. Aussi n'est-il pas surprenant que des 
expressions en italien fleurissent la parole provençale. 

Celle-ci est toujours prononcée à l'italienne, et même souvent à la 
napolitaine (en gros "achpéttounaminouta" avec toniques sur le é et les ou, API 
[aS"pet "unami"nuta]). Pourquoi celle-là, en revanche ? Les Italiens disent-ils cela 
plus souvent que d'autres ? Je ne l'ai jamais remarqué. Aspetta una minuta, je 
vais y réfléchir ! 

Commentaires : Beaucoup d'apports linguistiques italiens ont été 
provençalisés, et rares sont ceux qui ont conservé une forme aussi nettement 
italienne. Même la polenta que beaucoup de Provençaux regardaient avec 
mépris il y a un siècle, est devenue un plat familier en Provence (surtout dans 
les familles d'origine piémontaise) et a pris le nom provençal de poulento, d'où, 
en français régional, la poulinte. 



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Il existe un complément de plaisantin à cette expression, qui dit en franco- 
italien (en général en imitant une prononciation italienne ) aspetta una minuta... 
que lé capitaine i metta la perrouca ! 

Emploi : Peu usuelle, vieillissante, attestée à Marseille et surtout dans les 
familles où une origine italienne a stimulé la présence de cette langue. Mais 
prenez l'annuaire de Marseille et vous verrez que cela concerne la moitié de la 
population... Comprise plus largement grâce à une connaissance diffuse de 
l'italien un peu partout en Provence. 

Voir : ana plan-plan; avoir la chcoumougne ; être santon; mettre le goudi ; pèr 
davala... ; qu roumpe pago... 


Avans de parla, si fou teisa... 

Sens : "Avant de parler, il faut écouter et réfléchir" (trad. litt. "avant de 
parler, il faut se taire"). L'équivalent français "commun" est "il faut tourner sept 
fois sa langue dans bouche avant de parler". 

Origine : Encore une fois, l'expression provençale joue simultanément sur 
un contraste (parler/se taire) et sur une formule extrêment simple et concrète. 
L'image est transparente. 

Commentaires : Dans ce pays, parler est un art, un devoir, et un signe de 
politesse. Le silence en présence d'un inconnu, même dans un lieu collectif 
comme un compartiment de train ou une boutique, est considéré comme une 
impolitesse ou une marque d'hostilité. On imagine la surprise et l'interprétation 
déphasée du nordique aménageant à Draguignan et à qui le voisin vient faire la 
causette comme à une vieille connaissance, ou, inversement, le Provençal 
entrant dans une boulangerie bretonne en lançant un vigoureux "Bonjour 
m'sieur dames" à qui personne ne répond et qu'on dévisage silencieusement 
comme un martien ! 

Parler, bien sûr, mais pas à tort et à travers. D'où ce dicton fondamental et 
lapidaire, plus expressif que l'expression équivalente et tarabiscotée en français, 
vous en conviendrez. 

Emploi : Rare, attestée dans le Var (uniquement en provençal) mais 
comprise par tout provençalophone. 

Voir : avoir Veau à la pile; c'est le tambour de cassis ; c'est une bazarette ; ni 
parlo ni siblo. 


Avoir la chcoumougne 

Sens : "Avoir de la malchance". Un équivalent français "commun" est 
"avoir la poisse". 

Origine : Encore une expression d'origine napolitaine, mais provençalisée. 
L'une des injures favorites des Napolitains est "scummunicate" (prononcée 
"chcoumounicate", API [Skumuni"kat']), qui signifie littéralement 
"excommunié(e)". Au pays de la Santa Madonna, c’est une imprécation 
gravissime ! A force d’entendre cela, on en a déduit que celui qui est 
"chcoumounica" est atteint de "chcoumoune" (par exemple un joueur de foot, 
aussi surveillé à Marseille qu’à Naples !). La syllabe finale a été modifiée selon 
une règle classique du provençal (où sardino se dit aussi sardigno). Et voilà notre 
chcoumougne ! 



37 

Commentaires : L'expression n'existe qu'en français et elle est surtout 
marseillaise. Ailleurs, on prononce surtout scoumougne. Connue aussi des 
Pieds-Noirs (qui, eux, disent plutôt scoumouné). Son usage a dû être renforcé 
depuis leur installation massive en Provence dans les années 1960. 

Emploi : Très usuelle partout, surtout chez les plus de 30 ans et moins de 

60. 

Voir : avoir la crespine ; avoir la tchatche ; si tous les ânes... ; vafangoule. 


Avoir la tchatche 

Sens : "Parler beaucoup, être doué pour parler". 

Origine : Expression importée par les Pieds-Noirs au début des années 
1960, mais facilement adoptée en Provence, surtout à Marseille, et pour cause : 
la tchatche y était déjà pratiquée avant l'arrivée du mot. On lui a même inventé 
une origine provençale : ce serait l'imitation du tcha-tcha des cigales ! On en a 
aussi dérivé des mots comme tchatcher, tchatcheur. 

Le mot lui-même est probablement d'origine espagnole ou catalane, mais 
on trouve des mots de la même famille dans beaucoup de langues romanes : 
espagnol et catalan charrar, chacharear, aragonais charrar, languedocien charrar L 
provençal charra, chacharasso, chacharot, niçois chacharounea, tous ayant un sens 
apparenté à "parler, bavarder", et issus d'une racine expressive tcharr. Le 
français charade est d'ailleurs un emprunt à l'une de ces langues. L'italien a 
également chiachierare ("bavarder", prononcé "kiakiéraré"). On voit que le 
provençal avait déjà des mots proches qui ont facilité son accueil, bien que cette 
expression soit passée directement du français d'Algérie au français de 
Provence, sans être adoptée en provençal (voir rencontrer une charrette). 

Commentaires : On remarque l'usage provençal de l'article défini pour 
indiquer une généralité. 

Emploi : A peu près inusitée des plus de quarante ans, qui la 
comprennent mais la considère étrangère ("c'est un mot des Pieds-Noirs"), mais 
très usuelle chez les jeunes, surtout à Marseille, et sur la côte provençale jusqu'à 
Nice. 

Voir : avans de parla... ; avoir la chcoumougne; blaga coumo uno puto borgno ; 
c'est le tambour de Cassis; c'est une bazarette; qu pinto vende, et les expressions 
citées ci-dessus. 


Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent 

Sens : "S'agiter pour rien" et donc "ne pas être à sa place, ne pas savoir 
quoi faire, avoir l'air mal-à-l'aise". Se dit de quelqu'un qui, par exemple, a une 
bouteille de vin mais pas de tire-bouchon. 

Origine : Cette expression joue sur une sens local et affectueux de couillon, 
du genre "embarrassé, étonné" (voir rester couillon). La comparaison négative est 
aussi une façon d'adoucir la constatation, bien qu'elle soit évidente : on a 
ressemble rarement à un moulin à vent... Au propre, cette expression se disait 
surtout à quelqu'un qui, dans une situation inconfortable, se mettait à gesticuler 
(image des ailes du moulin qui tournent), mais inutilement. On peut supposer 
que dès qu'on lui disait cette expression, son agitation était calmée... 

En plus, une image bien connue de celui a les bras en l'air est le ravi de la 
crèche, qui apparait normalement à une fenêtre élevée, pas bien loin du moulin. 



38 

Commentaires : L'esprit de l'expression est très provençal, mais je ne l'ai 
rencontrée qu'en français (je l'emploie d'ailleurs moi-même). On dit 
couramment en provençal sèmblo mai X que Y, par exemple, d'une maison 
négligée sèmblo mai uno jasso qu'un quatre estello ("ça ressemble plus à une 
bergerie qu'à un quatre étoiles"). 

Emploi : Peu usuelle, attestée partout, vieillie. 

Voir : sembler le ravi de la crèche : on dirait un Caramentran ; rester couillon. 


B 


Balin-balan/ Balalin-balalan [P, FRP] 

Sens : "En se balançant doucement" (sens propre) et donc "tranquilement" 
(sens figuré). On dit par exemple "On était assis dans le bateau balin-balan" (sens 
propre) ou "il est allé faire les courses balin-balan" (c'est-à-dire "en se promenant, 
en marchant doucement"). 

Origine : Les variantes sont des locutions provençales usuelles, dont la 
phonétique évoque le balancement (balin d'un côté, balan de l'autre) et dont le 
sens est porté par balan (qui signifie en provençal "équilibre, contre-poids"). 

Commentaires : L'utilisation d'onomatopées et de répétitions sonores est 
régulière en provençal (voir avoir le bàti-bàti, aller plan-plan). La transparence et 
la facilité de prononciation permettent l'insertion directe de ces expressions de 
langue provençale en français régional. 

Emploi : Usuelle partout, comprise par tous. 

Voir : les expressions citées ci-dessus. 


Bèn/mau encapa [P] 

Bien/mal encaper [FRP] 

Sens : "Arriver au bon/mauvais moment, au bon/mauvais endroit, dans 
de bonnes/mauvaises circonstances". Par exemple, si vous achetez la dernière 
place disponible pour faire la traversée Toulon-Porquerolles, vous direz "j'ai 
bien encapé”. Si vous arrivez trop tard et que la dernière place a été vendue, vous 
avez mal encapé ! 

Origine : En provençal, le verbe encapa veut littéralement dire "prendre 
dans la tête". Il ne reste plus de ce sens que celui de "comprendre", d'ailleurs 
aussi passé en français régional : aco, si lou pou pas encapa [P], ça, il peut pas 
Vencaper [FRP], "ça, il ne peut pas le comprendre". Mais dans l'expression bèn 
encapa ou mau encapa, en français régional bien encaper ou mal encaper, subsiste 
l'idée de "bien tomber" ou "mal tomber", un peu comme le hasard qui vous 
tombe sur la tête. Ici, littéralement, bien encaper, c'est donc "bien taper de la 
tête". 

Commentaires : Il existe une variante peut-être plus explicite, bien 
rencontrer ou mal rencontrer (du provençal bèn/mau rescountra), mais d'usage 
beaucoup moins fréquent. Et si vous encapez bien, hé bé vous aurez bien capité 
("bien réussi") ! On dira aussi, par exemple, "en sortant de Marseille, j'ai pas eu de 
chance, j'ai encapé un bouchon sur l'autoroute" ou encore "j'ai encapé la bonne heure, 
y avait dégun ("personne") sur l'autoroute". 



39 

En ancien provençal, cap signifiait "tête" (du latin capu qui a aussi donné le 
français chef). Aujourd'hui (et depuis longtemps), "tête" se dit tèsto. 

Emploi : Très usuelle partout, surtout dans la région marseillaise et le Var. 
Voir : avoir la crespine ; agué lou blanc dôu pàrri ; avoir la chcoumougne. 


Bèu cumin camino [P] 

Sens : (propre) "Cheminer est facile sur un beau chemin", (figuré) "les 
bonnes choses aboutissent toujours" ; (trad. litt. "beau chemin chemine"). 

Origine : Dicton provençal qui joue sur la ressemblance entre camin 
"chemin" et le verbe camina "marcher, cheminer". Ici, c'est le chemin qui 
chemine, comme si le cheminement se faisait tout seul, de lui même (pour en 
exprimer la facilité). 

Commentaires : Expression très résumée mais très expressive. On s'en sert 
aussi pour conseiller à quelqu'un de bien préparer une action, ou pour 
constater que les avantages attirent d'autres avantages. 

Emploi : Rare, attestée partout (uniquement en provençal), vieillie. 

Voir -.faire les oratoires ; pèr davala... ; prene lou camin deis endéuta. 


Blaga coumo uno puto borgno [P] 

Sens : "Parler beaucoup, à tort et à travers" (trad. litt. "bavarder comme 
une pute borgne/myope"). 

Origine : L'expression complète, aujourd'hui oubliée, était blaga coumo un 
puto dins uno carriero borgno, trad. litt. "bavarder comme une pute dans une rue 
borgne", c'est-à-dire "...dans une voie sans issue". En effet, en provençal, on 
appelle carriero borgno une rue en cul-de-sac, un peu comme en français 
"commun" on appelle un mur aveugle un mur sans fenêtre. On comprend que, 
pour attirer le client dans une rue où il y a peu de chance qu'il s'engage, la 
dame devait parler beaucoup... 

Le provençal blaga, d'où le français régional blaguer, ne veut pas dire 
"plaisanter", mais "bavarder". Si un Provençal vous dit qu'il a blagué avec ses 
collègues, ça ne veut surtout pas dire qu'il a "plaisanté avec ses collaborateurs 
professionnels", mais qu'il a "bavardé avec ses amis". Je soupçonne notre 
réputation de travailleurs insouciants basée sur ce genre de malentendu ! 

Commentaires : Mais même une fois raccourcie, l'expression fonctionne 
quand même. Car uno puto borgno, c'est une prostituée qui ne voit pas bien. En 
provençal, borni (au féminin borgno ) signifie "mal voyant". Le français borgne s'y 
dit borni d'un uei (litt. "borgne d'un œil", qui n'y est donc pas un pléonasme). De 
toute façon, qu'on comprenne "myope" ou véritablement "borgne", la dame a 
toujours besoin de parler beaucoup pour que les clients s'approchent... 
Expression savoureuse, pas vrai ? 

Puto borgno/Pute borgne sont également employés, seuls, comme jurons 
exclamatifs plus usuels. 

Emploi : Rare, vieillie, attestée dans les Bouches-du-Rhône, le Var et la 
Plaute-Provence (seulement en provençal). 

Voir : à chaque fois, il y tombe un œil ; avoir la tchatche ; c'est une bazarette ; 
c'est le tambour de Cassis. 



40 

Bouano maire/mèro ! [P] 

Bonne mère ! [FRP] 

Sens : Exclamation marquant la surprise, la colère, l'impatience, et autres 
sentiments apparentés. 

Origine : En provençal comme en italien ( Santa Madonna !), il est usuel de 
s'exclamer en invoquant le nom de la Vierge. Et celle-ci s'appelle familièrement 
en provençal la bouano maire (ou, variante sous influence française, plus noble, 
bouano mèro ). De même, son époux s'appelle lou bouon Jôusè et son fils l'Enfant- 
Diéu. D'où, en français régional, la bonne mère, le bon Joseph et l'Enfant-Dieu, 
personnages principaux de la crèche. 

Commentaires : Il existe différentes variantes de cette exclamation, par 
exemple, bonne mère des anges !, bonne mère de Dieu !, Sainte Vierge !, etc. (toutes 
combinaisons possibles). Il est à noter qu'en Provence les exclamations 
impliquant le mot Dieu ne sont pas considérées comme des jurons graves, et 
sont donc courantes. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : couquin de... ; fatche de... ; fan de... ; le con de Manon ; tron de... 


Boulegues pas lou batèu ! [P, FRP] 

Sens : "Ne bouge pas !" (y compris au figuré, c'est-à-dire "attends !") ; trad. 
litt. "ne remue pas le bateau". Prononcé "bouléguès pa lou batèou" (API 
[bulegEs"pa lu ba"tEw]). 

Se dit surtout avec insistance à quelqu'un qui semble remuer trop ou agir 
trop rapidement. 

Origine : Encore une expression liée au milieu maritime. L'image est la 
suivante : dans un bateau (par exemple une barque de pêcheur, qu'on appelle 
un pointu en Provence), si l'on remue trop, on risque de tout faire chavirer. 
Voilà pourquoi on emploie cette expression surtout en cas d'urgence. Ce qui 
explique qu'on l'aie conservée en provençal, même au sein d'une conversation 
en français, car le provençal est ressenti comme la langue de l'affectivité (par 
rapport au français, langue des institutions). 

Commentaires : De plus, l'expression est facilement compréhensible pour 
un Provençal qui ne parle pas provençal (et il y en a... on a tellement essayé de 
nous en empêcher) : le verbe boulega "bouger" est passé en français régional 
(bouléguer ), et lou batèu ressemble beaucoup à le bateau. Tous les Provençaux 
savent que lou signifie "le" et que les mots provençaux en -èu (prononcé "èou") 
correspondent souvent à des équivalents français en -eau ( batèu > bateau, mantèu 
> manteau, capèu > chapeau etc.). 

Pour en revenir au provençal, langue de l'affectivité, en voici un autre 
exemple, similaire. Une mère dira à "son petit" (calque du provençal soun 
pichoun ) "mâche bien avant d'avaler", mais elle lui dira avec énervement "ti as pas 
un peu fini de mastéguer ce chewing-gum !?" (ou mastéguer vient du provençal 
mastega "mâcher). Voir aussi les nombreux jurons retenus ici parmi nos 
expressions. 

En Haute-Provence et dans le Luberon, on m'a signalé la variante brandes 
pas lou batèu, de sens similaire. 

Emploi : Très usuelle dans toute la Provence, mais vieillissante. 

Voir : avoir plus l'air d'un couillon... ; l'as paga lou capèu ? 



41 


Bounjou bràvigènt... [P] 

Sens : La formule complète est bounjou bràvi gènt, escusas-mi se mi trôumpi ! 
(trad. litt. "bonjour braves gens, excusez-moi si je me trompe"). Prononcé 
"boundjou bravi dgin escusami sé mi troumpi" (API [bunou "bÂavi"ôE$N 
eskyza"mi semi"tÂumpi]). 

Expression plaisante de salutation lorsqu'on s'adresse à tous en entrant 
dans un lieu public, par exemple une boutique ou un café. 

Origine : Cette expression joue sur le double sens de se mi trôumpi, car cela 
peut vouloir dire "si je me trompe d'endroit" et "si je me trompe en disant que 
vous êtes des braves gens". Le fait de le dire en provençal, langue de 
connivence, permet la plaisanterie sans offense. On est à nouveau dans le genre 
"fausse joute oratoire" (voir as peta l'amàri ?). Le formule est aisément comprise 
par tous, même ceux qui ne parlent pas le provençal. 

Commentaires : En général, si l'on connait le jeu, on répond bounjou à tu 
soulet "bonjour à toi tout seul", ce qui est une façon de faire remarquer - 
implicitement-1) que le pseudo-agresseur est en minorité, 2) qu'on s'attendait à 
ce qu'il ne soit pas seul car, comme le dit le dicton, lei couioun van toujou pèr dous 
"les couillons vont toujours par deux" ( couioun veut aussi dire "couilles", voir 
couioun de la luno et faire la figue). 

On se doute qu'on ne profère cette salutation ironique qu'à destination 
d'une assistance complice, avec laquelle on est déjà familier. 

Emploi : Usuelle partout, vieillie, comprise par tous. 

Voir : caguer aux brailles et les expressions citées ci-dessus. 


Brancher les cagoles 

Sens : "Draguer les filles". 

Origine : A l'origine, une cagole, c'est une prostituée ou, en tout cas, une 
fille de petite vertu. C'est le seul sens que lui trouve A. Brun dans son étude sur 
le français de Marseille parue en 1931, et c'est le seul que lui connaissent les 
Marseillais nés jusqu'avant 1970. Ce mot a été créé en français régional selon un 
moule provençal (car *cagolo n'est pas attesté en provençal). Il est basé sur le 
verbe caguer, au sens figuré "rater, manquer" (issu du provençal caga ). On 
comprend donc qu'il soit péjoratif. Et pourtant, par une évolution de 
connotation probablement dû à l'usure du sens, il est devenu presque anodin, 
et même parfois flatteur, chez les jeunes marseillais d'aujourd'hui ! Cela dit, le 
mot évoque quand même encore une fille un peu provocante. 

Le verbe brancher au sens de "accrocher, plaire" est répandu en français 
"commun" chez les jeunes (par exemple dans aller au resto, ça te branche ?). 

Commentaires : On a là un bel exemple de la vitalité des mots locaux, 
dont le sens évolue, s'adapte, et entre dans de nouvelles expressions. Même si, 
on s'en doute, les anciens sont choqués d'entendre leurs petits-fils dire qu'ils 
vont à la plage brancher les cagoles ! Cela dit, les hommes de la génération 
précédente, surtout à Marseille et en général dans le Midi, appelaient pétasse 
n'importe quelle jolie fille (c'était en gros synonyme de "pin-up"), alors que 
dans d'autres régions de France, ce mot désigne justement... une prostituée. La 
roue tourne... 

C'est d'autant plus ambigu que, dans les pays méditerranéens, on ne 
plaisante pas avec la vertu des jeunes filles et l'honneur des femmes. 



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Emploi : Peu usuelle, uniquement employée à Marseille et dans sa région, 
et surtout chez les moins de 25 ans. 

Voir : aïoli sur toi ; c'est un vrai remède; être à l'agachon ; le con de Manon ; 
mon vié ! 


c 


C'est Fangio 

Sens : "Il (parfois elle) conduit vite, de façon sportive". 

Origine : Juan Fangio était un coureur automobile argentin d'origine 
italienne. Il devint champion du monde en 1934. Son nom italien est sans doute 
pour quelque chose dans le fait qu'il soit devenu et surtout resté jusqu'à 
aujourd'hui, la référence de cette expression. En effet, les Italiens (nos proches 
voisins) sont réputés pour leurs voitures de sport et leur conduite aussi virtuose 
que fanfaronne. On prononce d'ailleurs toujours ce nomà l'italienne "fandjo" 
(API ["fanôo]). 

Commentaires : Il est clair que les jeunes d'aujourd'hui ne savent plus, ou 
très vaguement, qui est Fangio. Cette comparaison leur a été transmise par 
leurs ainés. Il faut dire que la conduite provençale (et surtout marseillaise) est 
très... méditerranéenne ! Il vaut mieux avoir le klaxon que les freins, comme on dit. 
Un stage à Marseille est excellent avant d'aller conduire à Rome. Tiens, voilà 
une idée, il faudrait monter une entreprise, et on pourrait lui donner comme 
slogan publicitaire à Marseille, tous les Fangio mènent à Rome" (NB : mener veut 
dire "conduire" en français régional, du provençal mena). 

Il existe bien sûr des variantes comme conduire à la Fangio. 

Emploi : Peu usuelle, surtout employée à Marseille, mais connue partout. 

Voir : zou, boulegan. 


C'est un boulevard ! 

Sens : "Il y a de la place pour passer" et "c'est plat comme si c'était 
goudronné". 

Origine : C'est tout simplement une image "exagérée" comme on en utilise 
usuellement en Provence (donc à ne jamais prendre au pied de la lettre). Mais 
comme le boulevard, c'est la voie de circulation la plus large et la plus belle (en 
ville), c'est devenu l'expression de référence. 

Commentaires : Le premier sens s'emploie dans toutes circonstances, par 
exemple si quelqu'un vous demande le chemin est assez large pour venir avec un 
camion ?, vous pouvez lui répondre c'est un boulevard. Il comprendra que c'est 
une expression, et ne cherchera pas une rue large bordée de trottoirs avec 
réverbères ! 

Le deuxième sens est surtout fréquents lors des parties de boules. Les 
petits creux et autres graviers sur le terrain sont redoutés des pointeurs. Aussi, 
quand l'accès au bouchon semble facile, on dit c’est un boidevard. Cela veut dire 
également que le passage est large, sans boule qui gêne. 

L'expression n'emploie pas avenue, car en Provence les avenues sont 
souvent des petites ruelles qui permettent juste l'accès aux maison. C'est le sens 
du provençal avengudo, transféré sur son équivalent français. 



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Emploi : Usuelle dans les Bouches-du-Rhône et le Var, mais connue 
partout. 

Voir : il y passe un camion ; faire un nàrri ; jouer à la longue ; téter le bouchon. 


Caga ei braio [P] 

Caguer aux brailles [FRP] 

Sens : "Avoir peur, être un poltron" (trad. litt. "chier au pantalon"). 

Origine : L'image de celui qui se fait dessus parce qu'il a peur est 
largement partagée par les langues européennes. D'ailleurs, pour éviter cet 
incident fâcheux, celui qui a peur serre les fesses (voir avec une olive au cul...). Ici, 
il faut remarquer que l'usage d'une forme provençale (en langue provençale ou 
français provençalisé) diminue grandement l'éventuelle vulgarité de 
l'expression. 

En provençal, le mot féminin braio "pantalon" (et en français régional 
"brailles") est toujours au pluriel (comme jadis pantalon en français). 

Commentaires : Le sens "propre" (!) initial du groupe de mot reste 
possible, si par exemple on parle d'un jeune enfant, à qui il arrive de caguer aux 
brailles. Pour un adulte en bonne santé, c'est nécessairement le sens figuré qui 
fonctionne. On a d'ailleurs tiré un emploi nominal de l'expression, et l'on dit es 
un cago-ei-braio [P), c'est un cague-aux-brailles [FRP], pour signifier "c'est un 
trouillard". 

Ici encore, la "joute oratoire" existe, puisque si l'on dit à quelqu'un qu'il 
cago ei braio, il pourra utiliser la réponse rituelle rimée (en provençal 
uniquement) : Que ti pou bèn faire ? es miéuno la cagado, lei braio soun pagado ! 
("Qu'est-ce que ça peut te faire ? La crotte est à moi et le pantalon est payé" ; NB 
: cagado est moins trivial que "crotte"). 

Emploi : Très usuelle partout, vieillissante. 

Voir : les expressions citées ci-dessus. 


Carga coumo uno abiho/un ai [P] 

Chargé comme un âne [FRP] 

Sens : "Lourdement chargé". Prononcé "carga coum'une abillo" ou "carga 
coumo une ail" (API [kaÂ"ga kumyna"bijO / ...kumyn"aj]). Trad. litt. "chargé 
comme une abeille / comme un âne". 

Origine : L'image de l'animal habituellement très chargé est évidente. En 
français "commun", on dit chargé comme une mule. Ici, l'image la plus proche est 
celle de l'âne, animal en quelque sorte emblématique des pays méditerranéens 
(voir à Gonfaron...). Et c'est sans doute parce qu'elle est proche et évidente 
qu'elle a été transférée en français (régional). 

En revanche, l'image de l'abeille est plus originale, et son sens est 
légèrement différent. L'abeille se charge en effet d'elle-même. Elle ne subit pas 
sa charge et celle-ci a une valeur symbolique beaucoup plus positive : c'est du 
pollen de fleurs qui deviendra du miel... Pourquoi cette belle image ici plutôt 
qu'ailleurs ? Probablement parce que la production du miel est ancienne et très 
réputée en Provence, plus un soupçon de hasard. Le mot abeille lui-même a 
d'ailleurs été emprunté au provençal par le français, langue dans laquelle on 
disait autrefois -et parfois encore- une mouche à miel. 



44 

Commentaires : La version avec l'abeille, pourtant courante en provençal, 
n'est pas passée en français régional. On me l'a signalée en français, mais 
seulement dans la bouche d'une personne qui parle couramment provençal et 
qui semble avoir simplement "traduit” dans sa seconde langue. Cette expression 
permet, grâce à une rime ( piho/abiho ), une question rituelle à quelqu'un que l'on 
voit lourdement chargé : de qu'as fa piho, que siés carga coumo uno abiho ? ("quelle 
razzia as-tu faite au point d'être chargé comme une abeille ?"). 

De la version avec l'âne, on tire une question rituelle, toujours en 
provençal seulement: as carga l'ai? ("tu as chargé l'âne?"). On la pose à 
quelqu'un qui, par exemple, vient de bourrer le coffre de sa voiture pour partir 
en vacances. 

Emploi : Usuelle partout, vieillie. 

Voir : L'as paga lou capèu ? ; le temps de tuer un âne... 


Cerca Moulinàri [P] 

Chercher Moulinàri [FRP] 

Sens : 1) "Être lent ou inactif pour réaliser une tâche" 2) "être dans 
l'embarras, dans une situation difficile". On prononce toujours Moulinàri avec 
l'accent tonique sur le a (API [muli"naÂi]). 

Origine : D'après beaucoup de gens -mais je n'en ai pas la preuve formelle- 
monsieur Moulinàri ou Molinari était un spécialiste du renflouement des 
bateaux, installé quelque part entre Marseille et Toulon (par exemple à La 
Ciotat). Quand un pêcheur ou un plaisancier voyait son bateau submergé (dans 
le port après de fortes pluies ou en mer après qu'un violent coup de vent l'ait 
fait chavirer), il allait chercher Moulinàri ou l'envoyait chercher et attendait, et 
donc ne faisait rien. Du coup, de Toulon à Marseille, quand on voit quelqu'un 
qui ne sais pas quoi faire, qui ne fait rien ou pas grand chose, alors qu'il y a du 
travail à faire, on dit qu'il cherche Moulinàri. 

Une variante consiste à en faire un entrepreneur de pompes funèbres 
(dont le client n'était pas pressé). 

Commentaires : C'est l'une des très nombreuses expressions qui fustigent 
la lenteur et la fainéantise. Sa phonétique "à la provençale" lui donne une valeur 
expressive accrue. L'emploi d'un nom propre réel ou imaginaire est assez 
courant dans les expressions (en Provence comme ailleurs), voir c’est comme la 
poutre de Cabasse, être couvert comme Saint Georges, fai tira Marius, etc. 

Bien sûr, dira-t-on aussi, il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent ! 

Emploi : Usuelle sur la côte de Toulon à Marseille, connue dans l'arrière- 
pays (dans les deux langues), vieillissante. 

Voir : avoir du jus de navet... ; avoir les mains gobi ; aller plan-plan ; touner- 
virer ; zou... et les expressions citées ci-dessus. 


Chanja l'aigo eis ôulivo [P] 

Changer l'eau aux olives [FRP] 

Sens : "Faire pipi" (pour un homme seulement) ! 

Origine : Les olives, ici, représentent les testicules (il est usuel en 
provençal de représenter les parties intimes par des fruits). Quant aux vraies 
olives, emblèmes de la Provence, elles ne deviennent comestibles qu'après avoir 
été lavées et traitées en saumure pendant plusieurs mois, ce qui implique qu'on 



45 

en change l'eau régulièrement. Et cette eau, après usage, est jaunie... On 
comprend donc comment s'est constituée cette élégante expression (qui, au 
demeurant, n'est absolument pas ressentie comme vulgaire). 

Commentaires : C'est l'équivalent d'expressions françaises "communes" ou 
d'autres régions, comme changer son poisson d'eau. 

En ce qui concerne l'utilisation des fruits pour évoquer de façon pudique 
et plaisante (ou parfois coquine) les parties intimes, en voici quelques exemples 
complémentaires (ça plait toujours). Les testicules sont des olives, ou des 
amendons, ou des alibofi (fruit de Yaliboufié, arbuste méditerranéen dont je n'ai 
pas trouvé de nom français), des noix, ou parfois des figues. Le gland (tiens, un 
fruit !), c'est en provençal l'avelano ("la noisette") ou lafavo ("la fève"). Chez la 
femme, le pubis est l'oursin (un fruit de mer !) et le sexe en général est une figue. 
Tout cela en provençal et, pour la plupart, en français régional (voir ici même 
faire la figue, se geler les amandons, mon vié !). 

En provençal, "faire pipi" se dit escampa d'aigo (trad. litt. "répandre de 
l'eau"), et le verbe pissa est familier sans être vulgaire (idem pour pisser en 
français régional, d'où son usage courant). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : Les expression citées ci-dessus. 


Chasque/cade toupin trovo sa cabucello [P] 

Sens : "Chacun trouve le conjoint qu'il lui faut". Trad. litt. "chaque poêlon 
trouve son couvercle". Prononcé "tchasqué (ou cadé) toupinn trovo sa cabucèlo" 
(API ["iaske / "kade tu"pin "tÂOvO sa kaby"sElO]). 

C'est l'équivalent de l'expression française trouver chaussure à son pied. 

Origine : L'image de la "bonne taille" (en français de la "pointure"), évoque 
l'assortiment du couple. Ici pourrait s'ajouter une connotation traditionnelle, 
celle de la femme au fourneau, sauf que c'est la "marmite" (en provençal lou 
toupin ) qui est au masculin, et "le couvercle" (en provençal la cabucello ) qui est 
au féminin ! 

Commentaires : Il existe d'ailleurs des versions qui inversent les genres (et 
donc les sexes ?), comme chasco (ou cado) pignato trovo soun cabucèu, qui veut 
dire exactement la même chose, au propre comme au figuré. Dans tous les cas, 
quel optimisme ! 

L'expression ne semble pas passée en français régional. 

On aura remarqué deux formes équivalentes pour "chaque" en provençal, 
chasque (m f/chasco (f.) et cade (m ,)/cado (m. et f.). Les premières viennent du 
latin, les deuxièmes du grec. 

Le toupin, c'est également le symbole de l'homme dans cette expression 
très péjorative à propos des hommes qui courent les femmes : Fenira coumo un 
toupin, pèr la coua ("il finira comme un poêlon, par la queue"). Allusion aux 
toupins qu'on jette lorsque la queue casse. 

Emploi : Usuelle partout (en provençal seulement). 

Voir : brancher les cagoles ; monter l'aïoli; sourd comme un toupin. 


Conservez-vous 


Sens : Lormule de salutation par laquelle on souhaite une bonne santé. 



46 

Origine : Il est traditionnel en provençal de quitter quelqu'un en lui 
souhaitant bonne santé. On dit en général : tenès-vous gaiard(o) ("conservez-vous 
en bonne santé" ; gaiard, au féminin gaiardo, signifie "en bonne santé", y compris 
en français régional). D'où la "traduction" conservez-vous gaillard(e), et la forme 
raccourcie conservez-vous !. 

Commentaires : L'ambigüité éventuelle de l'adjectif gaillard, qui veut dire 
"grivois" en français "commun", a pu favoriser sa suppression par le 
raccourcissement de l'expression. 

Une variante moins régionale, mais dont l'usage est très fréquent en 
Provence probablement sous l'influence de cette tradition, est portez-vous bien. 

Emploi : Peu usuelle, vieillie, attestée partout. 

Voir : à Van que vèn... ; aïoli sur toi ; avoir des joues comme le cul d'un pauvre ; 
grosses caresses. 


Couioun de la luno [P] 

Couillon de la lune [FRP] 

Sens : "Imbécile". 

Origine : Deux données sont importantes pour expliquer cette expression. 
D'abord le mot couioun en provençal et son adaptation couillon en français 
régional, ne sont en eux-mêmes ni vulgaires, ni des injures sévères. Bien sûr, au 
départ et encore aujourd'hui au sens propre en provençal, lei couioun, ce sont... 
les "couilles" (cf. italien i coglionï). Mais c'est le contexte qui permet de les 
interpréter comme des mots affectueux ou injurieux. On dira de quelqu'un qui 
fait une bonne plaisanterie quel couillon celui-là !, ce qui est un compliment (c'est 
un "gai compagnon", car en provençal, le verbe couiouna veut aussi dire 
"plaisanter"). Ou de quelqu'un qui a tort de se faire du souci qu'il est couillon 
(ou au féminin qu'elle est couillonne). 

Ensuite, l'idée que la lune rend les gens un peu sots (ou énervés, mais ce 
n'est pas le sens ici) est assez répandue. Un couillon de la lune, c'est donc 
quelqu'un qui a un comportement ponctuellement un peu déraisonnable, ou 
fantaisiste, ou trop affectif, ou amusant. Quand la lune sera passée, ça lui 
passera. 

Commentaires : La même image explique le sens souvent affectueux du 
mot fada, en provençal comme en français régional (féminin fadado en 
provençal, fadade en français régional). Être fada, étymologiquement, c'est être 
"conquis par les fées", donc rêveur et illogique. Mais si l'on dit avec une 
intonation excédée et un air dégoûté il est fada en plein, c'est une injure... C'est la 
même chose si vous traitez quelqu'un de gros couillon avec un air méprisant 
(alors que grand couillon est très affectueux). Attention donc aux façons 
d'utiliser ces mots-là ! 

Une autre expression a été tirée de celle-ci : couillon comme la lune, qui veut 
dire à la fois "très couillon" et "très simple". Par exemple, changer une roue, 
c'est couillon comme la lune. 

Il existe bien sûr de nombreuses autres expressions formées sur le mot 
couioun Icouillon. 

Emploi : Très usuelle dans les deux langues et partout. 

Voir : avoir plus l'air d'un couillon...; être de Martigues; peta lou mabre ; 
sembler le ravi... 



47 


...Coumo d'anchoio [P] 

...Comme des anchois [FRP] 

Sens : "...comme des sardines". C'est la comparaison classique de ce qui est 
"très serré". On dira que dans le bus, on est souvent serrés (ou esquichés) comme 
des anchois. 

Origine : Les anchois sont conservés dans des barils, salés ou à l'huile 
d'olive, depuis des siècles. C'est-à-dire bien avant qu'on invente les boites de 
conserves, les boites de sardines. Auparavant, les sardines n'étaient pas un 
poisson de conservation. On les mangeait fraiches. De plus, autant la sardine 
est anodine en Provence, autant l'anchois y est un poisson traditionnel très 
employé dans la cuisine et un symbole de pauvreté bien connu (dont la 
connotation est donc négative). La comparaison péjorative comme des anchois 
s'est donc imposée très tôt en Provence et a perduré, puisqu'elle est passée en 
français régional. 

Commentaires : Et puis les anchois, réduits à l'état de filets très minces, 
sont bien plus serrés que des sardines dans leur boite. L'image est d'autant plus 
parlante. NB : En provençal anchoio est un mot féminin. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : avoir les yeux bordés d'anchois : faire une sardine: quicha Vanchoio ; 
toucher les cinq sardines. 


...Coumo unogamato [P] 

...Comme une gamate [FRP] 

Sens : "Très mal". Se dit de quelqu'un qui chante, puis par extension qui 
parle, puis par extension qui fait quoi que ce soit. 

Origine : En provençal, une gamato, c'est une "auge de maçon", grosse 
cuvette métallique et carrée dans laquelle on fait le plâtre ou le ciment. Par 
extension, c'est tout récipient un peu grand, surtout métallique mais aussi en 
plastique. Ce sens est passé avec le mot en français régional, où la gamate 
désigne surtout une marmite ou une cuvette. 

Et bien sûr, chanter comme une gamate, c'est chanter très mal. On imagine le 
bruit d'une auge qui résonne ! En plus, dans une gamato, en provençal, on 
"gamate" (verbe gamata), c'est-à-dire on "touille" un magma guère appétissant. 
Le sens négatif de la comparaison vient de tout cela. 

Commentaires : La comparaison a été ensuite étendue à toute sorte 
d'activité, puisque la connotation négative l'a vite emporté sur l'image sonore 
d'origine. 

Emploi : Usuelle partout en français et peu usuelle en provençal, mais non 
attestée dans le Vaucluse. 

Voir : être une broque ; faire une cagade. 


Coumo vai que... [P] 

Comment ça va que... [FRP] 

Sens : "Comment se fait-il que... ?". Par exemple comment ça va que la rue 
soit barrée ? 



48 

Origine : C'est tout simplement l'expression idiomatique provençale, qui 
joue sur un sens banal du verbe ana ("aller"), à savoir "fonctionner, se passer". 
Sa fréquence l'a faite reproduire à l'identique en français régional. 

Commentaires : Ces phénomènes de "calque" sont habituels chez les 
bilingues, la plupart des expressions présentées dans cet ouvrage le prouvent 
amplement. Ils sont non seulement normaux, mais nécessaires. Un bilingue 
n'est pas un double monolingue et doit associer ses deux langues (sinon, c'est 
qu'il est schizophrène !). Et il en a besoin pour réconcilier deux façons d'être et 
de dire, deux identités culturelles. Rester provençal et parler à la provençale 
tout en devenant français et francophone, tel était l'enjeu. 

Heu, au fait, l'accord que je viens de "commettre" juste au dessus (sa 
fréquence l'a faite reproduire), je sais, ce n'est pas "correct" en français standard. 
C'est un provençalisme. Nous-autres, nous aimons bien accorder le féminin, 
qu'est-ce que vous voulez... Et puis, je suis bilingue, moi aussi. 

Emploi : Usuelle partout dans les deux langues, davantage en provençal. 

Voir : on y dit ; se faire voir. 


Couquin de ~ [P] 

Coquin de ~ [FRP] 

Sens : Entre dans la composition de nombreuses exclamations exprimant 
la surprise, la colère, l'urgence, la désolation. La forme provençale est 
prononcée "couquinn dé..." (API [ku"ki$n de...]). 

Compléments fréquents : couquin de sort, couquin de noum, couquin de pas 
Dieu, couquin d'aquéu [P], coquin de sort, coquin de pas Dieu [FRP], 

Origine : En provençal comme en français, un coquin, c'est (ou plutôt 
c'était) un brigand. Donc un mot négatif avec lequel on peut jurer. D'où en 
provençal couquin ! tout seul, ou composé de multiples façons. 

Commentaires : D'autres éléments initiaux sont couramment exploités 
pour fabriquer ces jurons exclamatifs. Deux sont exactement comparables, 
puisqu'il s'agit de brigand (en français comme en provençal) et de capoun (en 
français régional capon), qui ont le même sens. On entendra donc aussi brigand 
de sort ! ou capoun de bouon souar !. D'autres éléments et d'autres compléments 
sont fréquents ( voir couquin de..., fan de..., fatche de..., le con de Manon, tron 
de...). 

Les formes en langue provençale sont fréquemment intégrées directement 
en français régional, en leur conservant leur phonétique : couquin !, capoun !, 
couquin de pas Diéu ! (ce dernier prononcé "couquinn dé pa dïou", API [ku"ki$n 
de pa "diu8]). Le recours au provençal, même chez ceux qui ne parlent plus la 
langue, reste pratiqué ponctuellement en cas de forte émotivité. 

Emploi : Peu usuelle en français régional, vieillie, mais employée pour 
plaisanter par les jeunes et attestée partout. Usuelle partout en provençal. 

Voir : boulegues pas lou batèu ! ; et les expression citées ci-dessus. 


D 


D'aise ! [P, FRP] 



49 


Sens : "Lentement !, doucement !". Prononcé "d'aïsé" (API ["dajze]). 

Origine : L 'aise, en langue provençale, c'est à la fois "l'aise" et "la facilité". 
L'expression èstre d'aise signifie "se sentir tranquile". On voit donc comment, 
pour conseiller ou ordonner à quelqu'un d'y aller lentement, doucement, 
tranquilement, on en est venu à lui dire d'aise !. 

Commentaires : Tout comme son quasi-synonyme plan-plan (voir aller 
plan-plan), cette expression est souvent redoublée : on dit d'aise, d'aise !. La 
prononciation provençale est conservée même lorsqu'on intègre cette 
expression dans du français. C'est pour éviter l'ambigüité avec le mot français 
aise, et parce que l'expressivité est ressentie comme plus grande en provençal. 

Emploi : Peu usuelle en français régional, usuelle en provençal, attestée 
partout, vieillie. 

Voir : aller plan-plan ; boulegues pas lou batèu ! ; forces pas. 


D'uno ôulivo au cuou, tifa un litro d'ôli [P] 

Avec une olive au cul, il fait un litre d'huile [FRP] 

Sens : "Il a très peur, c'est un poltron". 

Origine : L'image selon laquelle quelqu'un qui a peur serre les fesses est 
banale (ce qui l'empêche de caguer aux brailles, voir cette expression). On dit 
d'ailleurs qu'il a la pétoche, mot emprunté au provençal et qui vient au départ de 
peta, peto "péter, crotte". Et pour indiquer qu'il a vraiment une grande peur (ou 
une grande poltronnerie), il faut montrer qu'il serre très fort les fesses. 
Comment le prouver ? En lui mettant (virtuellement, bien sûr) un objet bien 
placé, qui en sera tout esquiché ("écrasé"). Quoi de mieux, au pays des olives, 
qu'une olive, justement ? Il suffit d'en imaginer l'huile qui coule, comme au 
moulin ! 

Et celui qui tire un litre d'huile d'une seule olive, c'est qu'il serre très 
fort... 

Commentaires : L'expression était trop typique, trop expressive et trop 
rigolote pour ne pas passer en français régional. 

On notera au passage que c'est de cette image que provient, au départ, le 
nom provençal fadoli, devenu très fréquent en français régional (toujours 
prononcé avec tonique sur le o, API [fa"dOli]). Littéralement, cela veut dire "fait 
de l'huile". Ainsi, un fadoli, c'est un peureux. Mais la ressemblance avec le mot 
fada, encore plus fréquent, a fini par provoquer une évolution du sens, 
raccroché à celui de fada. Aujourd'hui, et depuis longtemps, un fadoli, c'est 
quelqu'un d'un peu fada. Une sorte de diminutif, en quelque sorte ! 

Emploi : Rare, attestée partout dans les deux langues, vieillissante. 

Voir : caguer aux brailles ; c'est un cul-cousu ; changer l'eau aux olives ; être une 
broque. 


Data de l'an pebre [P] 

Dater de l'an pèbre [FRP] 

Sens : "Être très ancien" (trad. litt. "dater de l'an poivre"). 

Origine : En provençal, Y an pebre, c'est une époque vague et très lointaine. 
Le poivre est certes l'image de ce qui pique, mais je ne vois pas le rapport avec 
ce sens historique, et personne n'en a donné d'explication à ma connaissance. 
Peut-être cela évoque-t-il au départ "une époque où tout était poussière". 



50 

comme le poivre ? Si quelqu'un a une idée, qu'il m'écrive aux bons soins de 
l'excellente maison Bonne ton, merci ! 

Du coup, ce qui est ressenti comme très ancien, dépassé, démodé, date de 
l'an pèbre. 

Commentaires : Plusieurs expressions servent à indiquer une époque 
lointaines, la plupart étant des plaisanteries bibliques (voir quand Jésus portait 
des braillettes). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : L'expression citée ci-dessus et quand lei pijoun tetaran. 


De longo [P] 

De longue [FRP] 

Sens : "A longueur de temps". 

Origine : C'est sur la notion de longueur que s'est forgée l'expression 
provençale de départ, un peu comme on dit en français "commun" à la longue. 
Et comme de longo, c'est quelque chose qu'on dit de longue, et bé c'est devenu le 
français régional de longue. 

Commentaires : Sur longo a également été forgée une autre expression, 
bien connue et elle aussi employée en français régional : longo mai (prononcé 
"longomaï", API ["IO$Ngo "maj]). Elle signifie en gros "que cela dure !" et 
s'emploie pour souhaiter bonne continuation (mai veut dire "encore"). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : allez mai. 


De parpello d'agasso [P] 

Des parpelles d'agasses [FRP] 

Sens : "Des petites choses insignifiantes" (trad. litt. "des paupières de 
pies"). 

Origine : Comme exemple de petite chose sans aucune importance, allez 
trouver mieux que des paupières de pies ! De plus, c'est un oiseau qui n'a pas 
bonne réputation. On dit en français voleur comme une pie et, en provençal, uno 
agasso, c'est aussi une mégère ! Ces connotations négatives renforcent le sens 
méprisant de l'expression. 

Commentaires : Comme l'expression est plutôt absurde et que seul son 
sens global compte, il n'y avait aucune raison de la traduire exactement pour 
l'adopter en français régional. D'où des parpelles d'agasses et non *des paupières de 
pies. 

Cela dit, moi je trouve que la pie est un oiseau bien sympathique, pas 
farouche et joueur, avec un joli plumage. 

Emploi : Peu usuelle en français, usuelle en provençal, attestée partout, 
vieillissante. 

Voir -. faire des yeux de seiche ; manger des regardelles. 


De sau grosso [P] 

Du sel gros [FRP] 


Sens : "Du gros sel" (!). 



51 

Origine : Dans certaines associations habituelles de mots, l'ordre en est 
presque figé, mais provient de règles ou de tendances grammaticales. Or, en 
provençal, on a plutôt tendance à placer les adjectifs après les noms, et ceux qui 
se placent obligatoirement avant les noms sont beaucoup moins nombreux 
qu'en français. De plus, le placer après quand il est possible de la placer avant 
donne un effet d'insistance. C'est justement le cas de gros, qui peut se placer 
avant, mais qui peut aussi se placer après (ce qui est très rare en français 
"commun"). On dit donc de sau grosso (car sau est féminin). En français régional, 
cet ingrédient particulier et usuel de la cuisine familière a gardé son nom : du sel 
gros. Il faut ajouter que l'ordre des mots dans du sel gros répond directement à 
celui de son alter ego, le sel fin. 

Commentaires : Le fait de placer les adjectifs avant les noms est une 
tendance d'origine germanique (voyez l'anglais) que le français doit à ses 
origines... franques (quand on vous dit que ce sont des nordiques !). Ainsi aux 
Neuville de la France du nord correspondent les Villeneuve de la France du sud 
(en fait Vilo-Novo, le nom français n'étant qu'une adaptation récente). On dit en 
provençal uno fiho poulido plutôt qu'uno poulido fiho ("une jolie fille"), un gatoun 
pichounet et pas *un pichounet gatoun ("un tout petit chaton"). 

On a avec cette expression un bon exemple de "calque" de la langue 
familière pour désigner des choses tout à fait familières. D'ailleurs, sur l'étagère, 
à côté du sel gros, vous trouverez sûrement le sucre en grains (c'est-à-dire "en 
morceaux") et le pèbre d'aï ("la sarriette"). 

Emploi : Très usuelle partout, mais concurrencée par du gros sel en 
français. Seule forme connue en provençal (ou *de grosso sau ferait franchement 
rigoler). 

Voir : de longue ; se faire voir ; tirer souci. 


Donna la man [P] 

Donner la main [FRP] 

Sens : "Donner un coup de main". 

Origine : Evidemment, on ne donne pas vraiment sa main. Mais on n'en 
donne pas de coup non plus. Dans les deux cas, la forme provençale (bilingue) 
et la forme "commune" s'appuient sur la main comme symbole du travail et de 
l'union. La forme provençale est possible parce que "donner la main" s'y dit 
prene la man ou teni la man, littéralement "prendre la main, tenir la main". 

Commentaires : Attention aux ambigüités et erreurs d'interprétation ! Si 
votre voisin vous dit qu'hier, il a donné la main à son cousin pour réparer sa 
voiture et vous propose de vous donner la main en vous voyant en panne, c'est 
qu'il vous propose son aide, pas une promenade en amoureux ! 

Emploi : Très usuelle partout, même si on dit aussi donner un coup de main, 
y compris en provençal. 

Voir -.faire une bonne manière ; mano à mano ; toucher la main ; toucher les cinq 
sardines. 


Dre coumo moun bras quouro mi môuqui [P] 

Droit comme mon bras quand je me mouche [FRP] 


Sens : "Qui n'est pas droit du tout" (au propre ou au figuré). La forme 
provençale se prononce "dré coumo moum bra (ou brass) quoulo mi mouqui" 



52 

(API [dÂe "kumo mum"bÂa(s) "kuro mi"muki]). Se dit par exemple d'une ligne mal 
tracée ("ta clôture elle est droite comme mon bras quand je me mouche") ou d'une 
personne peu scrupuleuse (" Mèfi d'aquel orne, es dre coumo bras quouro mi 
môuqui"). 

Origine : Comparaison ironique par antiphrase, procédé courant et très 
utilisé en Provence (voir gros comme un stoquefiche). Le fait de prendre l'exemple 
de quand je me mouche, qui n'est pas très bienséant, renforce la connotation 
négative de l'expression. 

Commentaires : L'expression est typique des procédés d'ironie et 
d'exagération qu'affectionnent particulièrement les Provençaux (voir les 
expressions liées à des "joutes oratoires" comme bounjou bravi gènt..., Vas paga 
lou capèu ). On dit aussi dre coumo la gambo d'un chin ("...comme la patte d'un 
chien"). 

Emploi : Rare, vieillie, moins employée en français qu'en provençal, 
attestée uniquement à l'est des Bouches-du-Rhône (Marseille, Aix) et dans le 
Var. 

Voir : les expressions citées ci-dessus. 


E 


E lou chèchou... ! [P] 

Et le tchètchou... ! [FRP] 

Sens : "Et un petit peu plus". Prononcé avec l'accent tonique sur le e (API 
["iEiu]). Se dit soit pour exprimer un ajout (sens propre), soit pour indiquer 
qu'on doute fortement de quelque chose (figuré). Par exemple, vous apprenez à 
quelqu'un à faire la bouillabaisse, il vient de mettre le safran, mais pas assez ; 
vous en ajouter une dose en disant "et le tchètchou...". Ou quelqu'un vous 
annonce que, désormais, il y aura une heure d'émission en bon provençal à la 
télé tous les jours, et, n'y croyant plus, vous lui dite avec un air dubitatif "E lou 
chèchou !". 

Origine : En provençal de la côte (en niçois aussi), lou chèchou, c'est "un 
petit truc, une petite quantité". Ce mot existe aussi sous la forme chèchi, qui est 
le terme enfantin ou familier par lequel on désigne le pois-chiche (dont le nom 
ordinaire est cese), toujours en provençal. L'image de petitesse vient de là. 
Quant au sens figuré, il provient de l'idée implicite que, pour cela soit vrai, il 
faut encore y ajouter "un petit quelque chose" (c'est-à-dire beaucoup, car c'est 
de l'ironie). 

Commentaires : On dit aussi d'ailleurs dans ce dernier cas (en français 
"commun" également, je crois) "et le pouce!" (comme unité de mesure). C'est 
l'équivalent de "mon œil !". 

Pour en revenir au chèchi, c'est de lui que vient le nom du célèbre chichi- 
frégi, spécialité provençale (hé oui) à l'origine faite de farine de pois-chiche (où 
fregi veut dire "frit"). 

Emploi : Rare, uniquement sur la côte et surtout en Provence orientale 
(entre Toulon et Nice). 

Voir : à chaque fois... ; métré d'oli ei cese ; tant que viro... ; a Gonfaron.... 


E patin-coufin [P] 



Et patin-coufin [FRP] 


53 


Sens : "Et ainsi de suite, et cetera" (connotation négative). Dans la variante 
en provençal, la finale -in se prononce avec le i (API [-iN]). 

Origine : Cette expression existe dans d'autres régions et même en 
français "commun" où elle est peu fréquente. Elle est, au contraire, très 
fréquente en Provence. On l'y entend à la fois en provençal et en français. 

Un patin, c'est un "chiffon" (dont on se sert pour glisser chez les fadas du 
parquet ciré), et un coufin, c'est un "panier". Commencer à raconter ou citer 
quelque chose, et achever sans finir par "et patin-coufin ", c'est une façon de dire 
que ça n'a aucun intérêt, qu'on connait déjà la fin, etc. Et pour cela, on en 
compare le contenu à celui d'une conversation (féminine) où l'on parle "de 
chiffons et de paniers". 

Commentaires : La réputation de bavardages futiles que les hommes ont 
faite aux dames est à la base de nombreuses expressions concernant, 
précisément, les bavardages. Et pas seulement en Provence (ouf !). Pourtant, il 
n'y a qu'à écouter un peu les cercles d'hommes, debout, sur la placette, ou assis 
au café, pour constater que le plaisir de la conversation légère est amplement 
partagé, pas vrai ? 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : avoir la tchatche; blaga coumo uno puto borgno ; c'est le tambour de 
Cassis ; c'est une bazarette. 


En moulon 

Sens : "En tas désordonné". Se dit par exemple de linge laissé "en moulon" 
au lieu d'être plié et rangé, ou de trop de poussière qui s'accumule "en moulons" 
(là, c'est au pluriel, car les moulons de poussières peuvent être comptés). 

Origine : En provençal, un mouloun, c'est un tas, sans aucune connotation 
négative. Mais, comme on le voit dans plusieurs expressions, le recours à des 
provençalismes en français (ou directement au provençal) sert souvent à 
exprimer des émotions, notamment l'agacement, la colère, la surprise, le plaisir. 
Car le provençal est perçu comme une langue familière, affective. Ainsi, on dit 
de quelque chose qu'il est en moulon(s) pour exprimer son désaccord face à ce 
désordre. 

Commentaires : On retrouve là le même procédé que dans toute une série 
de mots et d'expressions (voir avoir le bàti-bàti, ...le bàmi, allez mai, aquelo empego, 
faire des piades, etc.). 

Certains disent à moulon, qui ajoute une nuance de grande quantité. 

Un moulon de poussière, c'est ce qu'on appelle en français "commun" un 
mouton (mot que je n'emploie jamais en ce sens-là et que je n'aime pas du tout ; 
c'est si agréable, un mouton avec sa laine). D'autres Provençaux appellent cela 
les mïou-mïou (API ["miu8"miu8]). 

Emploi : Très usuelle à Marseille et aux alentours, usuelle dans le Var, 
connue partout. 

Voir : les expressions citées ci-dessus. 


Es de figo d'une autre punie' [P] 

C'est des figues d'un autre panier [FRP] 



54 

Sens : "C'est autre chose, c'est une autre histoire" (équivalent "c'est une 
autre paire de manches"). La variante en provençal se prononce "ès dé figo 
d'unn aoutré panié" (API [Es de "figO dyrV'awtÂe pa"nje]). 

Origine : Quand on cueille les figues, chacun remplit son panier (c'était 
surtout vrai quand chacun était payé au poids récolté) et on ne mélange pas les 
éventuelles espèces différentes. L'image exprime bien le fait de trier les choses 
et de les ranger dans des catégories différentes. 

Commentaires : On remarque encore une fois cette tendance à utiliser 
dans les expressions, spontanément, des éléments typiques. A près tout, la 
même expression fonctionnerait tout aussi efficacement avec des abricots, des 
pommes, des patates ou des poisson. On en ramasse davantage que des figues. 
Mais voilà, les figues, c'est "de chez nous". Toujours un peu chauvins quelque 
part, ces sacrés Provençaux ! 

Emploi : Peu usuelle en français régional, usuelle en provençal, et partout. 

Voir : avoir des oursins... ; aller aux dattes ; ...comme des anchois ; avec une 
olive... ; faire la figue. 


Es lou tambour de Cassis [P] 

C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Sens : "C'est un(e) bavard(e) difficile à interrompre". L'expression 
complète, en provençal, est es lou tambour de Cassis (ou a coumo lou tambour de 
Cassis ), un sou pèr coumença e vint pèr l'aplanta (trad. litt. "c'est (comme) le 
tambour de Cassis, un sou pour commencer et vingt pour l'arrêter"). 

Origine : Le tambour en question est une personne, un joueur de tambour 
ou, plus probablement en Provence, de fifre et de tambourin. Et Cassis est un 
petit port à l'est de Marseille, près de La Ciotat, réputé pour ses calanques et 
son vin blanc. A l'origine, il y a peut-être aussi un véritable et célèbre 
tambourinaire qui aimait tellement jouer que la comparaison en est restée. 
Derrière cela et au départ, il y a peut-être l'utilisation du mot tambour comme 
surnom du tonnerre, usuelle en provençal (on l'appelle lou tambour dei grapaud 
ou dei limaçoun, "le tambour des crapauds/des escargots"). Sur la côte, les pluies 
arrivent de l'est et les orages du sud-sud-est avec les vents marins. Or Cassis est 
la dernière commune avant Marseille, justement au sud-est de Marseille, grosse 
agglomération d'où a pu se diffuser l'expression. Une forme ancienne de 
l'expression dit (en provençal) "le tambour de Cassis, cent ans pour commencer, 
cent ans pour le faire taire", où la durée, même exagérée, s'applique davantage 
à des cycles naturels qu'à un instrumentiste. Dans l'arrière-pays marseillais, le 
tonnerre est aussi surnommé le tambour de Roquevaire, commune située à l'est de 
cette zone, ce qui pourrait confirmer l'existence d'un réseau de significations 
parti d'une métaphore du tonnerre. 

En tout cas, l'expression est tellement vivace qu'elle est passée en français 
régional, et qu'elle est connue dans toute la Provence, bien loin de Cassis et de 
Marseille. 

Commentaires : Il existe bien sûr de nombreuses variantes de cette 
expression en provençal. Mistral cite (au milieu du XIXe siècle) a coume lou 
tambour de Cassis, un sou per lou fa coumença, cinq pèr lou fa fini. On voit que le 
coût du démarrage est resté le même (minimal, un sou, autrefois cinq centimes) 
mais que, pour l'arrêter, le prix augmente : cinq sous chez Mistral, vingt plus 
tard. Aujourd'hui, il faut au moins un euro... 



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Cassis est aussi célèbre, au moins en Provence, pour être plus beau et plus 
intéressant que Paris. C'est de Cassis qu'est originaire Calendal, le héro du 
poème épique de Mistral à la gloire de la Provence. La réputation de son 
tambour ferait-elle partie de cette supériorité ? 

Emploi : Très usuelle dans la région Marseille-Aix-Toulon et dans les 
deux langues, attestée et peu usuelle partout ailleurs (là, surtout en provençal), 
vieillie. 

Voir : c'est comme la poutre de Cabasse ; c’est une bazarette ; il tombe des pierres 
de moulin ; qu a vist Paris... ; faire le clerc et le capélan. 


Es pas bèu ce qu'es bèu, es bèu ce qu'agrado [P] 

Sens : (trad. litt.) "N'est pas beau ce qui est beau, est beau ce qui plait". 

Origine : C'est un dicton philosophique sur la relativité de la beauté. La 
signification en est double. D'une part, au fond, cela dit que la beauté n'est pas 
dans les choses, comme une qualité intrinsèque, mais qu'elle est créée par le 
regard qu'on porte sur elles. Aquelo empego ! D'autre part, cela nous rappelle 
que les modes changent et que les canons esthétiques sont collectifs... Le jeu 
sur la répétition de bèu donne de l'expressivité et un support de mémorisation 
efficace. 

Commentaires : Voilà expression profondément réfléchie, témoin d'une 
"sagesse populaire" incontestable et aussi digne d'intérêt que les méditations de 
philosophes ayant pignon sur rue. 

Emploi : Rare (seulement en provençal), mais connue partout. 

Voir : bèu camin camino ; èstre riche coumo la mar ; la verita a coumo l'àli ; qu 
pinto vende. 


Es pas douna ! [P, FRP] 



Origine : L'expression est connue en français "commun", mais là, elle est 
en provençal, y compris dans une conversation en français (régional). De ce fait, 
elle est ressentie comme plus expressive et comme une marque de complicité. 
Soit que les acheteurs commentent entre eux en espérant ne pas être compris 
par le vendeur, soit que l'on espère montrer au vendeur qu'on est du pays, 
comme lui, et donc favoriser la négociation pour obtenir un bon prix. 

En plus, l'expression provençale inverse, pour dire que quelque chose 
n'est pas cher, est es en dounacien ("c'est en donation", donc "c'est donné"). 

Commentaires : Dans une région où plus de la moitié de la population est 
installée depuis moins de 30 ans (venant d'ailleurs) et où, l'été, il y a trois fois 
plus de touristes que de gens du pays, cinq fois plus que de gens qui 
comprennent le provençal et dix fois plus que de gens qui le parlent, on 
comprend que l'usage du provençal soit noyé dans la masse et, du coup, très 
significatif. 

Emploi : Très usuelle, partout et pour tous, même chez ceux qui ne parlent 
pas provençal. 

Voir : a de sou... ; aquelo empego ; bounjou bravi gènt ; faire patche ; lou coust 
lèvo lou goust. 



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Es un cuou-cousu [P] 

C'est un cul cousu [FRP] 

Sens : "C'est un snob, une sainte-n'y-touche, quelqu'un d'affecté". 

Origine : L'idée, c'est que ces gens-là sont tellement maniérés qu'ils n'ont 
plus rien de naturel, y compris les fonctions anales. Comme s'ils s'étaient fait 
"coudre le cul". C'est d'autant plus frappant dans une culture comme la notre, 
où l'on apprécie surtout la simplicité et la familiarité, et où l'on peut évoquer 
sans gêne jusqu'au pet et au cul, qui ne sont pas des mots vulgaires (par 
exemple dans de nombreuses expressions). 

Commentaires : L'utilisation du derrière pour se moquer de la raideur, de 
l'affectation, du manque de convivialité, est courante dans les expressions 
provençales. On dit de quelqu'un qui manque de souplesse et de simplicité, ce 
qui se voit à son attitude droite et raide, il a une bigue dans le cul (c'est-à-dire "un 
mât"), ou aussi, en provençal sèmblo que l'an passa l'asti ("on dirait qu'on lui a 
enfilé une broche" (voir il a toujours un pet qui lui court, être droit comme une 
bigue). 

Emploi : Rare, vieillie, attestée partout dans les deux langues. 

Voir : les expressions citées ci-dessus et faire la damote. 


Es un gros mau-gracious [P] 

C'est un gros malgracieux [FRP] 

Sens : "C'est quelqu'un de grincheux, toujours de mauvaise humeur, pas 
serviable". L'expression peut se métré au féminin. 

Origine : En provençal, l'adjectif gros (f. grosso ) sert aussi d'augmentatif, 
équivalent au français très. Ça ne veut pas dire que ce dont on parle est "gros", 
mais que la qualification qu'on lui attribue est de forte intensité. Un gros 
travaiaire, c'est un grand travailleur (homme ou animal), quelqu'un qui est très 
travailleur et qui peut être très maigre. Le préfixe mau, de sens péjoratif, est 
d'usage relativement libre pour modifier le sens d'un adjectif. Un mau-gracious, 
c'est le contraire de quelqu'un de gracious, c'est-à-dire "d'avenant". D'où un gros 
mau-gracious, passé en français régional sous la forme adaptée un gros 
malgracieux. 

Commentaires : C'est typiquement le genre de comportement qu'on ne 
supporte pas en Provence, où une règle de simple politesse veut qu'on se 
montre souriant, amical et serviable avec autrui, surtout avec les gens que l'on 
ne connait pas, qui n'y sont pour rien dans nos humeurs et à qui l'on ne doit pas 
montrer ses états d'âmes (ce qui n'empêche pas d'en avoir et, parfois, de les 
exprimer aux intéressés !). Cela dit, il y a justement de gros malgracieux partout, 
parmi les Provençaux aussi, d'où la nécessité de cette expression. 

L'adjectif malgracieux est aussi utilisé seul, avec ce sens, en français 
régional. On dit "il est malgracieux” ou "elle est malgracieuse". De même, l'usage 
et le sens particulier de gros (= "très"), emprunté au provençal, sont courants en 
français régional. Un gros vendeur de pizza est quelqu'un qui en vend beaucoup. 
Même s'il est gros comme un stoquefiche ! 

Cette expression est donc un témoignage concentré de façon de dire et de 
vivre "à la provençale". 

Emploi : Peu usuelle, connue partout. 

Voir : comment ça va que... ; faire la bèbe ; faire le mourre ; ni parlo ni siblo. 



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Es un rentèdi [P] 

C'est un vrai remède [FRP] 

Sens : "C'est une personne très laide" (se dit surtout d'une femme mais 
aussi d'un homme). 

Origine : L'expression de départ, au complet, est es un remèdi contro 
l'amour, d'où sa traduction en français régional c'est un remède contre l'amour. 
L'image d'une laideur telle qu'elle empêche l'amour explique donc l'expression. 
Et puis celle-ci a été raccourcie, d'autant plus facilement que la notion même de 
remède (c'est-à-dire de "médicament", sens premier du mot en provençal et en 
français régional), impliquait le dégoût. En effet, pendant longtemps, les 
industries pharmaceutiques ne faisaient guère d'efforts et les médicaments 
avaient un goût infect, dont ont souffert tous les enfants jusqu'à récemment. 
C'étaient les dignes continuateurs de l'huile de foie de morue et autres purges ! 
De là, qualifier quelqu'un de remède devient très explicite. 

Commentaires : On dit aussi de quelqu'un qu'on supporte difficilement ou 
qu'on n'aime pas du tout, qu'on l'aime comme une purge ou ...comme la cagagne 
("la diarrhée"). 

Et cette idée de remède n'est pas bien charitable. Mais heureusement, on dit 
parallèlement que chaque toupin trouve sa cabucelle. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : il a toujours un pet... ; faire figure ; sembler un Caramentran. 


Es uno arrapèdo [P] 

C'est une arrapède [FRP] 

Sens : "C'est une personne collante". 

Origine : L 'arrapèdo, c'est le nom provençal de la patelle, vous savez, ce 
coquillage qui ressemble à un "chapeau chinois" et qui vit collé sur les rochers. 
Tellement bien collé que, pour le décrocher, même avec un couteau, c'est 
difficile. Et alors à mains nues... aucun espoir ! C'est uniquement sous son nom 
provençal, à peine francisé, qu'on l'appelle aussi en français de Provence 
(patelle, j'ai trouvé ça dans le dictionnaire). La comparaison pour une personne 
collante est éloquente, et a donc pu facilement passer en français régional. 

Commentaires : D'autant que, en provençal, le verbe arrapa veut dire 
"accrocher", et qu'il a d'ailleurs dû influencer le nom de ce coquillage. L'arrapède 
est si fréquente que tout le monde la connait, ce qui rend cette expression 
d'origine maritime compréhensible partout en Provence, où presque. Une autre 
image existe toutefois, notamment dans les régions montagneuses éloignées de 
la mer. On dit c'est un rapégon (en provençal es un rapegoun), du nom de ces 
petites graines munies d'épines et dont vos vêtements sont couverts après avoit 
traversé un champ (le verbe rapega veut dire "recoller"). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : avoir des oursins... ; faire des yeux de bogue ; rencontrer une charrette. 


Es uno basareto [P] 

C'est une bazarette [FRP] 


Sens : "C'est une personne qui parle beaucoup". 



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Origine : Au départ, en provençal, une basareto (ou même anciennement 
basaruto ), c'est une femme qui fait le marché (dérivé du sens arabe du mot basar, 
"marché"). Et donc qui parle beaucoup, qu'elle soit vendeuse ou acheteuse, 
d'autant que les femmes... Bref! Le mot est passé en français régional, et 
s'applique aujourd'hui aussi bien à un homme (ha !) qu'à une femme. 

Commentaires : La réputation de bavardes des vendeuses sur les marchés 
est très forte en Provence. D'ailleurs, on les appellent des repetiero, littéralement, 
des "répéteuses" ! Sur basaruto, on a même tiré le verbe basaruta "bavarder, faire 
des commérages". 

On a avec notre bazar(ette) un bon exemple des emprunts relativement 
nombreux et anciens du provençal à l'arabe, langue de nos voisins de l'autre 
côté de la Méditerranée. Au Moyen-Age, c'étaient des mots scientifiques ou 
botaniques. Plus tard, ce furent des mots du négoce, comme le bazar, ou comme 
l'adverbe provençal aoufo, qui signifie "gratuit", et qui est passé en français 
régional ( "je l'ai eu aouf"). 

Emploi : Très usuelle à Marseille et sur la côte, usuelle ailleurs, pour tous. 

Voir: avoir la tchatche ; blaga coumo uno puto borgno; c'est le tambour de 
Cassis ; et patin-coufin. 


Es uno pasto [P] 

C'est une pâte [FRP] 

Sens : "C'est quelqu'un de très gentil". Se dit surtout des hommes. 

Origine : La pâte, qu'il s'agisse de pâte de gâteau, de pain ou de fruit, c'est 
souple, c'est doux, c'est bon. Et tout le monde connait cet aliment quotidien. 
C'est donc une image excellente pour exprimer ces qualités chez une personne. 

Commentaires : C'est tout le contraire du gros malgracieux (voir plus haut). 
On dit aussi dans le même sens es uno pasto d'ome ("c'est une pâte d'homme"), es 
de mèu ("c'est du miel"), c'est une bonne pâte, ou es bouon coumo lou pan "il est bon 
comme le pain". 

Certains attribuent à cette expression une légère connotation de 
compassion : "être tellement gentil qu'on fait de vous ce que l'on veut" (la pâte 
se modèle facilement). 

C'est de pâte qu'il s'agit encore, mais ce coup-ci d'une drôle de pâte, 
quand on dit péjorativement d'un homme qui fait les yeux doux à une femme 
qu'il lui fait d'uei en pasto de saucisso ("des yeux en pâte de saucisse", c'est-à-dire 
en chair-à-saucisse). Tout le monde aura compris l'allusion implicite... Quand 
ses intentions sont apparemment plus élevées, on dit qu'il lui fait d’uei de 
cassounado ("des yeux en sucre roux"). Toujours une comparaison avec le goût. 

On n'oubliera pas, au passage, qu'en Provence, l'adjectif brave veut dire 
"gentil" et n'est aucunement péjoratif. Il a juste pris le sens de son cousin 
provençal brave, bravo. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir -.faire des yeux de seiche ; marquer bien. 


Esquicha la gargamello [P] 

Esquicher la gargamelle [FRP] 


Sens : "Serrer le cou, étrangler" (trad. litt. "écraser le gosier"). 



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Origine : La gargamello (ou la garganto, d'où Gargantua) est le nom 
provençal du pharynx. L'expression usuelle dit précisément, dans cette langue, 
qu'on vous écrase le pharynx, alors qu'en français on dit plutôt serrer le cou, ce 
qui est plus vague. Il faut dire que gargamello, c'est plus expressif que pharynx ! 
Encore une fois, l'expressivité du provençal a suscité l'adoption de l'expression, 
à peine adaptée, en français régional. 

Commentaires : On emploie cette expression un peu pour plaisanter, en 
tout cas pour dire la chose sur un ton décontracté. Ce n'est même pas un 
reproche. Vous portez un enfant sur votre dos, qui vous serre le cou pour bien 
se tenir, et vous lui dites gentiment hoou ! tu m 'esc]niches la gargamelle !. Si vous 
haussez le ton, vous direz plutôt en français régional tu m'estrangles (en 
provençal m'estrangles ) ou tu m'estouffes (en provençal m'estoufes). Et si vous 
avez peur ou que vous êtes vraiment fâché, vous direz tout simplement en 
français "tout court" tu m'étrangles. 

L'expression est d'autant plus vivante et parlante que le verbe esquicher est 
très usuel en français régional. 

Emploi : Peu usuelle, connue partout. 

Voir : ... comme des anchois ; quicha l ’anchoio ; s'estrasser de rire. 


Èstre bènfatiga [P] 

Être bien fatigué [FRP] 

Sens : "Être épuisé, être mourant". 

Origine : En provençal, "fatigué(e)" se dit las, lasso, et "très fatigué(e)" 
creba(do). Mais la fatigo, c'est "de gros soucis" ou "un travail harassant" ; èstre 
fatiga(do), c'est "être importuné(e)" ou "extrêmement occupé(e)", ou "mis(e) au 
travail comme un forçat". C'est donc beaucoup plus qu 'être fatigué(e) au sens 
français. D'où le sens de notre expression : "être à l'article de la mort", qui est à 
peine un euphémisme puisqu'on l'augmente par l'ajout de l'adverbe bèn/bien. 

L'expression est bien commode pour annoncer de façon atténuée qu'une 
personne se trouve dans un état grave. C'est probablement la raison pour 
laquelle elle est passée en français régional. 

Commentaires : Attention aux ambigüités ! Si on vous annonce "La voisine 
est bien fatiguée", ça ne veut pas dire qu'elle a beaucoup travaillé et qu'elle a 
besoin d'une bonne nuit de sommeil. Ça veut dire qu'elle approche de à la fin 
de sa vie. Une moue et un air attristés accompagnent en général cette 
expression. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : partir en biberine ; conservez-vous ; se crever le bédélet ; tirer souci. 


Èstre dôu Martegue [P] 

Être de Martigues [FRP] 

Sens : "Être niais(e)". 

Origine : Martigues est une petite ville à l'Ouest de Marseille, à 
l'embouchure de l'Etang de Berre. Autrefois c'était un village de pêcheurs. Allez 
savoir pourquoi, les habitants de Martigues (un Mar té gai, une Martégale, des 
Martégaux) sont à Marseille, la grande ville voisine, victimes de cette réputation 
imbécile et amusante d'être idiots ! La tradition est ancrée, puisque les histoires 
drôles qu'on raconte à Marseille à leur sujet portent même un nom spécial, des 



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martégalades (du provençal martegalado, of course !). Un dicton précise aussi qu' 
aquéli pàurei Martegau prenon la luno pèr un fanau ("ces pauvres Martégaux 
prennent la lune pour un réverbère")... 

Commentaires : Un peu partout sur terre, les gens se sont trouvés des 
voisins qui leur servent de faire-valloir et qu'ils accusent en général de 
stupidité. Les Français ont leurs Belges, les Wallons leurs Flamands, les Anglais 
leurs Gallois, les Américains leurs Polonais... Dans chaque région, ce sont les 
habitants de... qui en sont les victimes. Les Nantais ont leurs Vendéens, les 
Parisiens leurs Auvergnats (ou leurs "Provinciaux"), les Provençaux ont leurs 
montagnards (les "gavots" voir gavouot, l'es pas qu voué) et les Marseillais leurs 
Martégaux ! C'est bête et méchant, mais comme chacun est quelque part le 
bouc-émissaire des plaisanteries de l'autre, ça s'équilibre ; et puis ça ne dépasse 
jamais le stade de la galéjade. Même si, à force, des fois, ça énerve ! 

Il existe une variante être des Martigues (alors qu'en provençal le lieu 
s'appelle Lou Martegue, trad. lift. "Le Martigue"). Ce nom au pluriel, à peu près 
uniquement usité en français, vient du fait que Martigues était anciennement 
composée de trois communes (Jonquière, Ferrière et File) qui se sont 
regroupées. 

Emploi : Peu usuelle, employée dans la région marseillaise, connue 
partout ailleurs, vieillissante. 

Voir : c'est comme la poutre de Cabasse ; couillon de la lune ; je m'en fous je suis 
d'Auriol; peta lou mabre ; sembler le ravi...; toumba de la figiero et l'expression 
citée ci-dessus. 


Èstre dre coumo uno bigo [P] 

Être droit comme une bigue [FRP] 

Sens : "se tenir très droit et très raide", et, par extension, "avoir un air 
hautain" (trad. litt. "être droit/debout comme un mât"). 

Origine : L'expression joue sur le double sens de dre en provençal (et, 
conséquemment, de droit en français régional : cela veut dire à la fois "droit" et 
"debout" ("se mettre debout" se dit se mettre droit ou se dresser). Une bigo, c'est un 
mât, mais plutôt un mât de drapeau ou un mât de cocagne qu'un mât de bateau 
(qui se dit en provençal un aubre). C'est donc très stable... 

Implicitement, cela signifie que la personne incriminée pour son attitude a 
uno bigo dins lou cuou ("une bigue dans le cul"), comme le dit une autre 
expression bien connue (voir c'est un cul-cousu). 

Commentaires : Dans les habitudes provençales, la familiarité et la 
simplicité sont favorisées. On n'apprécie pas la froideur et la condescendance. 
Dire de quelqu'un qu'z'Z est fier, c'est péjoratif, c'est qu'z'Z s'encroit ("qu'il se croit 
supérieur"). 

Le mot bigue est parallèlement employé, mais de façon peu usuelle, en 
français régional. Cela contribue peut-être au maintien de cette expression (et 
réciproquement). 

On dit aussi dre coumo uno pibo dans le Vaucluse ("droit comme un 
peuplier"). 

Emploi : Peu usuelle, attestée partout, vieillie. 

Voir : droit comme mon bras quand je me mouche ; faire la damote ; ni parlo ni 

siblo. 



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Èstre gounfle/gounflo [P] 

Être gonfle [FRP] 

Sens : "Se sentir oppressé(e), triste, angoissé(e)". 

Origine : En provençal, l'adjectif gounfle (au féminin gounflo ) veut d'abord 
dire "gonflé(e), rempli(e)", puis, au figuré, "oppressé par l'émotion". Ce 
deuxième sens vient de la sensation qu'on a d'avoir la poitrine bloquée par 
l'émotion, emplie de gros soupirs qu'on a besoin de faire sortir. L'expression 
reflète donc une perception très concrète de ce sentiment de chagrin et 
d'inquiétude, et c'est cette expressivité qui a motivé son adoption en français 
régional. 

Commentaires : La forme courte de l'adjectif a été transposée en français 
régional, ce qui permet de contourner l'ambigüité que créerait la forme 
ordinaire gonflé(e), dont le sens est tout à fait différent ( être gonflé, c'est plutôt 
"être intrépide"). 

D'autres mots et expressions ont été empruntés au provençal pour 
exprimer ce type de sentiment très intime, toujours à cause de la connotation de 
familiarité liée à cette langue de proximité. Par exemple : être tont(e) 
estranciné(e), aujourd'hui vieillie. 

Emploi : Usuelle partout dans les deux langues, vieillissante. 

Voir : avoir crainte; avoir le bàti-bàti ; t'inquiétés pas ; se prendre une 
estomagade ; tirer souci. 


Èstre riche coumo la mar [P] 

Sens : "Être infiniment riche" (trad. litt. "être riche comme la mer"). 
Prononcé "èstré ritché coumo la mar" (API ["EstÂe "Âiie "kumO la"maÂ]). 

Origine : La richesse s'exprime par des comparaisons, grossissantes et 
parlantes. Dans un pays de mer et d'expressions imagées, celle-ci s'imposait. 

Commentaires : Evidemment, c'était avant la surexploitation des 
ressources maritimes par la pêche industrielle, sans compter la pollution... 
Mais la mer, c'est l'eau, et l'eau, c'est la vie... Et la mer, c'est immense. Alors, 
malgré tout, l'expression garde toute sa portée et toute sa poésie. En ce sens, 
elle me semble bien représentative des expressions de Provence. 

Emploi : Rare, uniquement en provençal. 

Voir : avoir des oursins dans les poches ; agué de sou coumo un chin de niero ; 
agué lou blanc dôu porri ; eici, l'aigo es d'or. 


Èstre santoun [P] 

Être santon [FRP] 

Sens : "Être lent(e), peu actif/ active, pas dégourdi(e)". 

Origine : Le santon (du provençal santoun "petit saint") est typique de la 
culture populaire provençale. C'est d'ailleurs une tradition artisanale du pays. 
Elle fait partie des traditions très vivantes de Noël, qui reste la principale fête 
provençale, même dans les milieux laïques. Ces petits personnages provençaux 
constituent la crèche et se retrouvent dans la pastorale (spectacle de théâtre 
chanté en provençal racontant la naissance de Jésus -en Provence !-). Et un 
santon, c'est une personne évidemment très peu active... On dit d'ailleurs très 



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clairement être planté comme un santon. Les ingrédients sont donc tous réunis 
pour qu'une telle comparaison fasse sens. 

Commentaires : L'autre pays des santons, c'est Naples, où on les appelle 
des santi belli ("beaux saints"). Cette appellation est aussi connue en Provence, et 
surtout à Marseille, port, et terre d'accueil de tant d'Italiens. On ne s'en sert 
d'ailleurs pas au sens propre, pour désigner les santons, mais seulement au 
sens figuré, celui de notre expression, pour qualifier quelqu'un qui n'agit pas 
vite et ne prend pas d'initiatives (prononcé avec accent tonique sur la première 
syllabe de chaque mot, API ["sa$nti "bEli]). "Qué santi belli !” ou " Mais qu'il est 
santi belli !" s'entendent presque aussi souvent que "Qu'il est santon !". 

Cette expression appartient à la série des nombreuses façons de se 
plaindre de la lenteur et de l'inactivité de quelqu'un (voir aller plan-plan, chercher 
Moulinari, faire plus vite un tour que deux, etc.). 

De nombreuses expressions, tant en provençal qu'en français régional, 
sont issues des traditions de Noël. 

Emploi : Très usuelle à Marseille, usuelle dans les Bouches-du-Rhône et le 
Var, et dans les deux langues ; connue partout sauf dans le Vaucluse. 

Voir : à l'an que vèn... ; bonne mère !; quand Jésus portait des braillettes ; 
sembler le ravi, et les expressions citées ci-dessus. 


Èstre sourd(o) coumo un toupin [P] 

Être sourd(e) comme un toupin [FRP] 

Sens : "Être complètement sourd(e)" (trad. litt. "être sourd(e) comme un 
poêlon"). C'est l'équivalent du français "commun" être sourd(e) comme un pot). En 
provençal, toupin se prononce "touping" (API [tu"pi$N]). 

Origine : L'image est simple, parlante et familière, connue en français 
comme en provençal, et dans d'autres langues encore. Mais s'y ajoute ici le fait 
que les toupins ont des anses qu'on appelle en provençal leis auriho, "les 
oreilles") ! 

Commentaires : Bien sûr on aurait pu se contenter de sourd comme un pot. 
Mais on parlait provençal depuis bien longtemps avant d'apprendre aussi le 
français, et d'abord comme langue scolaire et officielle qui ne servait pas à 
parler de cuisine... Elabitude, expressivité, familiarité, favorisent la 
transmission de ces formes locales. 

D'autres expressions utilisent le toupin, mais surtout comme symbole à 
connotations sexuelles (voir chasque toupin trovo sa cabucello). 

Emploi : Très usuelle partout en français et en provençal, vieillissante. 

Voir : les expressions citées ci-dessus et lou peirou mascarao la sartan. 


Èstre tapa coumo Saut Jôrgi [P] 

Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Sens : "Porter beaucoup de vêtements chauds en même temps". 

Origine : Le personnage de Saint Georges est traditionnellement 
représenté comme un chevalier voyageur qui abat un dragon, tout équipé, et 
donc vêtu en conséquence. Le culte populaire de Saint Georges a été très 
important chez les catholiques au moins jusqu'au XVIIIe siècle. 



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Commentaires : La forme originelle, en provençal, de l'expression, est plus 
expressive. En effet, le verbe tapa veut dire "couvrir entièrement", puisqu'il 
signifie également et surtout "boucher". 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous dans les deux langues. 

Voir : on dirait un caramentran. 


Èstre un pau momô [P] 

Être un peu momo [FRP] 

Sens : "Être légèrement insensé, passagèrement déraisonnable" (se dit 
d'une personne). 

Origine : Le mot provençal momo (avec accent tonique sur la dernière 
syllabe) est issu d'une racine mom qui désigne au départ l'enfant (et que l'on 
retrouve dans le français môme). Le glissement de sens de "jeune enfant" à 
"insensé, déraisonnable" est facilement compréhensible, puisqu'on prête aux 
enfants un esprit innocent et naïf. 

Commentaires : L'expression est souvent employée à la forme interro- 
négative. A quelqu'un qui envisage de faire quelque chose de déraisonnable, on 
dit " Mais ti es pas un peu momo ?". Et si il persiste, on constatera simplement "il 
est momo !", ce qui est moins grave que fada ou couillon, et beaucoup moins que 
fou. D'où le un pau/un peu. 

Quant au môme (mot assez mal perçu, qui sonne "vulgaire parisien"), c'est 
tout simplement un petit (calque du provençal pichoun, mêmes sens), ou un 
minot (surtout dans la région marseillaise). 

Emploi : Usuelle partout. 

Voir : couillon de la lune ; peta lou mabre; tu m'as tout l'air... 


Èstre uno broco [P] 

Être une broque [FRP] 

Sens : "Être une personne de peu de valeur, indigne de confiance, bonne à 
rien". 

Origine : Une broco, à l'origine, c'est un petit bout de bois ou de métal 
(équivalent du français broche). Plus précisément, c'est une petite pousse qui 
part du pied d'une plante. Il y en a des mauvaises que les jardiniers appellent 
des gourmands parce qu'elles épuisent la plante en empêchant la sève de 
monter. On dit en provençal marrido broco ("mauvaise pousse"), ce qui 
s'applique, au figuré, à un enfant qui tourne mal. 

Ce sens négatif est resté au figuré, sans qu'on n'ait plus besoin de préciser 
marrido ("mauvaise"). Dire de quelqu'un que c'est uno broco, c'est le comparer à 
une petite repousse qu'il faut éliminer. 

Commentaires : C'est une expression injurieuse à la fois définitive et 
fataliste. C'est pire qu'un "bon-à-rien", parce qu'un bon-à-rien peut-être 
sympathique. Une broque, c'est un mauvais-à-tout, c'est une nullité 
infréquentable. Une fois passé en français régional, seul ce sens a été conservé, 
qouiqu'atténué. Ceux qui ne parlent pas provençal (et même une partie de ceux 
qui le parlent) ne connaissent que le sens figuré péjoratif de ce mot. 

On dit aussi aussi de quelqu'un qui casse tout ce qu'il touche (et donc qui 
n'est bon à rien) qu'il a des mains de pàti (prononcé avec tonique ["pati]). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 



64 

Voir : avoir du jus de courge ; c'est un gros malgracieux ; c'est un remède. 


Être à l'agachon 

Sens : "Guetter, surveiller". 

Origine : Un agachoun, en provençal, c'est un poste de chasse où l'on se 
cache pour surprendre le gibier. C'est un nom dérivé du verbe agacha qui veur 
dire "guetter". Les Provençaux, qui sont de grands chasseurs (et de grands 
braconniers...) ont très tôt fait passer ce mot dans leur français régional. Les 
chasseurs racontent ce qui s'est passé quand ils étaient à l'agachon. Et puis voilà 
que ce mot, vieilli, a récemment repris de la vigueur à Marseille, au sens plus 
large de "surveiller" (par exemple à propos de policiers qui sont à l'agachon), 
voire "mater (les filles qui passent)". 

Commentaires : On entend aussi faire l'agachon, dont le sens est identique, 
mais dont la structure témoigne d'une évolution du sens. Au lieu de désigner le 
lieu, le mot agachon désigne désormais l'attitude, le comportement. 

Comme aïoli ou cagole, ce mot et les expressions où il fonctionne révèlent la 
vitalité des formes linguistiques régionales. 

Emploi : Usuelle partout, en net regain à Marseille (surtout chez les 
jeunes). Le sens initial lié à la chasse, vieilli, est usuel dans le monde rural. 

Voir : aîoli sur toi ; brancher les cagoles ; faire des yeux de seiche. 


F 


Facho de ~ ! [P, FRP] 

Fatche de ~ ! [FRP] 

Sens : Juron exclamatif marquant la surprise ou l'énervement. Les formes 
complètes habituelles sont facho de coun [P ]/fatche de con ! [FRP] (de loin la plus 
fréquente), fatche de putain [FRP], facho d'ente ou facho d'ènti [P ]/fatche d'ènti 
[FRP] (prononcé avec tonique "...dinti", API ["dEnti]). 

Origine : Le mot provençal facho, uniquement employé sur la côte, est un 
emprunt à l'italien faccia "visage" (ou à un parler proche, génois, corse, etc.). Il 
n'est utilisé que dans des exclamations, de type "que facho !" ("quelle tête il a !"). 
Sinon, c'est l'équivalent provençal autochtone faci qu'on emploie. On se doute 
que dans un juron, c'est la forme facho qui est privilégiée. Elle apparait aussi 
plus énergique, grâce au son ch (prononcé "tch"), très prisé en provençal pour 
créer des formes expressives (d'où le pechaire qui a donné peuchère à côté de son 
synonyme pecaire, par exemple). La prononciation "tch" a d'ailleurs été 
conservée lors du passage en français régional. 

La deuxième partie du juron complète le sens "visage de...". Le mot coun 
désigne en provençal (et en français à l'origine), le sexe de la femme, de façon 
vulgaire. Facho de coun/fatche de con, littéralement, c'est "figure de vulve". Juron 
virulent et grossier. Fatche de putain est une forme parallèle créée en français 
régional sous l'influence de fan de putain (voir cette expression). 

La forme, plus rare, facho d'ènti (et ses variantes), est une imitation du 
juron italien et corse accidenti (prononcé "atchidenti"), imitation qui fonctionne 
comme un euphémisme plus correct de facho de coun. En soi, les mots qui la 



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composent ne veulent rien dire, mais c'st une expression, alors ça n'a pas 
d'importance. 

Commentaires : Ces expressions sont uniquement des exclamations et 
jamais des insultes adressées à quelqu'un, même si leur sens d'origine pourrait 
le laissait penser. C'est en gros l'équivalent de bordel de merde ! (ou autre, je vous 
laisse exercer votre sagacité). 

Alors que de nombreuses exclamations et de nombreux jurons provençaux 
sont très bien acceptés, comme étant simplement familiers, par exemple ceux à 
bases fan de... ou tron de..., la série en facho de.../fatche de... est perçue comme 
vulgaire. On réprimande les enfants qui s'en servent (ce qui n'empêche rien, 
bien au contraire). Cela est dû, en fait, à la deuxième partie de sa forme la plus 
fréquente (...de coun/de con). Du coup, il existe une variante qui évite cette 
deuxième partie : fatche de ! tout court, et même telle de ! (où l'on mesure à 
nouveau le rôle expressif du son "tch"). 

En soi, cette expression est devenue un emblème du parler marseillais. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : aquelo empego ; aquéu de coup ; couquin de... ; bonne mère ; fan de... ; le 
con de Manon ; mon vié ; tron de... 


Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Sens : "Quelle ingratitude !". La forme complète est fai de bèn à Bertrand ti 
lou rènd en cagant (trad. litt. "fais du bien à Bertrand/au coccyx, il te le rend en 
chiant"). Prononcé "faï dé bin à Bertrand ti lou rin in cagan" (API [faj debE$N 
abEÂtÂa$N tiluÂE$N E$kaga"N]). 

Origine : L'expression joue sur le double sens de bertrand, qui est à la fois 
un prénom et le nom du coccyx en provençal. Le coccyx étant l'os du derrière, 
même si on prend soin, le derrière remplira l'une des ses fonctions vitales aux 
connotations négatives... Image de l'ingratitude. 

Commentaires : C'est une expression extrêmement célèbre que tout le 
monde connait sous sa forme provençale et insère telle quelle dans son 
discours, même en français et même ceux qui ne parlent pas provençal. La 
double détente de l'expression permet encore une fois ce jeu de joute oratoire 
qu'aiment tant les Provençaux. Quelqu'un dit fai de bèn à Bertrand... et 
quelqu'un d'autre ajoute ti lou rènd en cagant. Et tout le monde rigole. Au point 
que l'on entend souvent la première partie seulement., si personne ne souhaite 
ou ne peut compléter (il ne revient normalement pas à celui qui a prononcé la 
première partie de le faire). Comme on le voit, tout cela est très organisé ! 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : aquelo empego ; boulegues pas lou batèu ; fumer les mauves ; lou soulèu mi 
fa canta, et la suivante. 


Fai tira, Marius ! [P, FRP] 

Sens : "Vas-y !", "Continue !", "Avance !" (trad. litt. "fais tirer Marius", c'est- 
à-dire "continue d'avancer"). Prononcé "faï tira Marius", API [fajti"ra mari"0s] en 
provençal et [fajti"Âa maÂjys] francisé chez ceux qui ne parlent pas couramment 
provençal). 

Origine : L'expression faire tira pour "continuer, avancer" est usuelle en 
provençal. Il s'agit à l'origine de "faire tirer la jambe". On dit aussi pour 



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"marcher vite" faire tibia "faire tendre", au sens de tendre la jambe (ou, autrefois, 
la guêtre). Quant à Marius, c'est simplement un prénom à la fois usuel (moins 
depuis deux générations, mais toujours porté par des enfants) et perçu comme 
typiquement provençal. Les mauvaises langues ajoutent que c'est un nom qu'on 
donnait beaucoup aux ânes... 

Commentaires : Expression en provençal très connue et insérée telle quelle 
même dans une conversation en français et même par ceux qui ne parlent pas 
provençal par ailleurs. On remarque juste une petite francisation de la 
prononciation de l'expression chez ces derniers. On dis souvent aussi fai tira ! 
tout court. 

On s'en sert pour encourager quelqu'un ou lui donner le conseil de 
poursuivre, d'avancer, au lieu de s'arrêter (physiquement ou dans ses propos). 

Emploi : Très usuelle partout, un peu vieillissante. 

Voir : aquelo empego ; boulegues pas lou batèu ; fai de bèn à Bertrand... 


Fai-ti gras ! [P] 

Fais-toi gras ! [FRP] 

Sens : Se dit pour signifier que ce que l'on vous a donné, ou dit, est 
insuffisant ou inutilisable. La forme provençale se prononce "faï ti gra". 

Origine : L'image de départ est celle de la nourriture. On vous en donne 
trop peu, et, par ironie, vous vous dites (ou vous dites à un témoin en 
l'impliquant dans la scène) avec ça, fais-toi gras, c'est-à-dire "avec ça, grossis !". 
Certains ajoutent à fai ti gras, vaqui uno amelo ("voilà une amende, vallée du 
Rhône), ou aqui un cese (voilà un pois-chiche, Var). Ensuite, l'expression a été 
transférée à toutes sortes de situations similaires (le vendeur d'ordinateurs vous 
donne des indications incompréhensibles, vous les rapportez en à un ami en 
ajoutant "avec ça, fais-toi gras !"). 

Commentaires : C'est une expression qui fonctionne par antiphrase 
ironique, procédé assez courant en Provence (voir à chaque fois il y tombe un œil, 
avoir les joues comme le cul d'un pauvre, droit comme mon bras...). 

Emploi : Peu usuelle en provençal et rare en français, vieillie, attestée 
partout. 

Voir : avoir le poignet coupé ; le temps de tuer un âne..., et les expressions 
citées ci-dessus. 


Faire aigre [P, FRP] 

Sens : "Se dépêcher, faire des efforts". Prononcé "faïré aïgré" (API ["faiÂe 
"ajgÂe], les bons provençalophones disent plutôt ["faire] avec le r légèrement 
roulé, ressemblant à un /, typique du provençal, voir fai tira... ). 

Origine : Un aigre, c'est un levier. L'expression veur donc dire "faire levier", 
c'est-à-dire mettre en œuvre le moyen d'en faire davantage et plus vite. Le sens 
d'origine reste présent quand on emploie l'expression à propos d'un effort du 
type ouvrir un pot de confiture. 

Commentaires : Evidemment, si on la dit "à la française", ça devient très 
ambigu. On se demande pourquoi l'aigreur favoriserait le travail ! C'est la 
raison pour laquelle on conserve en général à cette expression sa prononciation 
originelle en langue provençale, même lorsqu'on la place dans une phrase en 
français (qui est souvent "tu as besoin d e faire aigre"). 



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Les dictionnaires citent en français "commun" l'expression faire vinaigre 
(que je n'ai jamais entendue) avec le même sens. Or, il se trouve qu'en ancien 
français, aigre a aussi le sens de "pointu" (d'où, plus tard "piquant") et, au 
figuré, "actif, rapide", qui s'est perdu... Une ancienne expression faire aigre, dont 
le sens a évolué, a dû y devenir faire vinaigre, qui, en soit, est un assemblage 
sémantique curieux. En provençal, l'expression a conservé un sens plus clair. 

C'est un exemple de plus de la série des expressions qui "font bouger". 

Emploi : Peu usuelle, surtout rurale et employée par les 
provençalophones, mais attestée partout. 

Voir : chercher Moulinari ; fai-tira Marius ; il vaut mieux un qui sait que cent 
qui cherchent ; zou boulegan. 


Faire d'ouratàri [P] 

Sens : "S'arrêter partout le long d'un trajet" (trad. litt. "faire des oratoires"). 
Prononcé "faïré d'ouratori" avec accent tonique sur le o de ouratori (API ["fajre 
dura"tOri], prononciation francisée ["fajÂe duÂa"tOÂi]). 

Origine : Les oratoires sont de toutes petites constructions, pourvue d'une 
niche contenant en général une image de la Vierge. Ils sont parfois surmontés 
d'une petite croix. On les trouve aux croisements des chemins, ou le long de 
routes qui vont jusqu'à une chapelle. Il y en a énormément en Provence (de 500 
à 1000 par département contre moins de 50 dans les autres régions) où, par 
contre, il n'y a pas ces calvaires imposants comme en voit dans d'autres régions. 
"Faire les oratoires", c'est donc faire des détours et s'arrêter tout au long de son 
trajet (à l'origine, pour prier). Cela se dit donc lorsqu'on a dû, par exemple, faire 
de multiples pauses, ou lorsqu'on a visité de nombreux lieux au cours d'un 
voyage. Ça s'applique aussi aux hommes qui, en rentrant du travail, s'arrêtent 
dans de nombreux cafés ou chez de nombreux amis, pour se consacrer à Saint 
Pastaga, patron des cafetiers ceint d'une branche d'anis... 

Commentaires : L'expression ne s'emploie, à ma connaissance qu'en 
provençal, et n'est pas connue de ceux qui ne le parlent pas. 

Elle s'appuie sur un patrimoine architectural régional et sur cette pointe 
d'irrévérence amusante qui caractérise le rapport de beaucoup de Provençaux à 
la religion. 

Emploi : Rare, attestée dans les Bouches-du-Rhône et en Haute-Provence 
(en provençal uniquement). 

Voir : lou bouon Dieu Va passa... ; prene lou camin deis endéuta. 


Faire d'uei de sùpi [P] 

Faire des yeux de seiche [FRP] 

Sens : "Regarder avec admiration, langoureusement, un peu bêtement". 

Origine : La seiche, ce mollusque qui crache de l'encre, et que l'on 
accommode à diverses recettes provençales, évoque bien sûr la mollesse. Mais 
son regard, ma foi, ne m'a jamais paru langoureux ! En revanche, autrefois, les 
bergers soignaient les conjonctivites et les ophtalmies solaires de leurs bêtes 
avec une solution de poudre d'os de seiche. Cela supprimait l'irritation ou la 
brulure et mettait de la douceur dans les yeux de ces pauvres bêtes. D'où, 
probablement, faire des yeux de seiche, "avoir le regard adouci avec de l'os de 
seiche". 



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Commentaires : Il existe une variante intermédiaire mi-française mi- 
provençale, faire des yeux de sùpi (prononcez ce dernier mot avec accent tonique 
sur le u, API ["sypi]). Sinon, on dit rarement " donnez-moi de la sùpi" au 
poissonnier. On lui dit plutôt "de la seiche", ou "de la sépia" (emprunt à l'italien). 
Mais les toutes petites seiches s'appellent des supions (du provençal supioun, 
diminutif de sùpi). En brochette ou en daube, c'est délicieux ! 

Quelqu'un qui fait des yeux de seiche, on dit aussi (et surtout) qu'il bade 
(verbe bader, du provençal bada "regarder bouche bée"). 

Emploi : Peu usuelle et vieillissante, attestée les Bouches-du-Rhône, le Var, 
les Alpes-Maritimes ; connue en Haute-Provence. 

Voir : avoir des yeux bordés d'anchois; avoir des yeux de bogue ; être à 
l'agachon. 


Faire de conte/de comte de Mèste Arnaud [P] 

Faire des contes/des comptes de Maistre Arnaou [FRP] 

Sens : l)"Faire des calculs embrouillés et trompeurs", 2) "Raconter des 
choses emberlificotées et un peu manipulées". 

Origine : L'expression est exploitée avec deux sens, dus à l'homonymie (en 
provençal comme en français), de conte/comte ou conte/compte. Maistre Arnaou, 
dont le nom garde en français une prononciation provençale, est un personnage 
fictif représentant l'apothicaire (le pharmacien d'autrefois). L'expression 
première où il apparait est es l'enguènt de Mestre Arnaud, se fai pas de bèn fai pas 
de mau ("c'est la pommade de Maitre Arnaud, si ça ne fait pas de bien, ça ne fait 
pas de mal", voir se fa pas de bèn...). En clair, c'est de la camelote sans effet qui 
trompe le client. On voit que le prénom est appelé par la rime avec mau 
(prononcé "maou", API ["mau8]). On connait la mauvaise réputation des 
apothicaires (cf. en français faire des comptes d'apothicaire et en provençal Diéu 
vous garde d'un quiproco d'abouticàri e deis etcetera d'un noutàri "Dieu vous garde 
d'un quiproquo d'apothicaire et des etc. d'un notaire"). D'où notre expression, 
dont le premier sens a dû être financier, et dont le second sens est alors un 
élargissement. 

Commentaires : Pendant longtemps, les apothicaires étaient à la fois 
pharmaciens et épiciers. C'étaient des commerçants importants et riches, chez 
qui on laissait beaucoup d'argent. D'où cette réputation de faire de longues 
additions, en forçant un peu la dose. 

Emploi : Peu usuelle en français, usuelle en provençal ; attestée partout. 

Voir : droit comme mon bras...; c'est un vrai remède; et le tchètchou, et 
l'expression citée ci-dessus. 


Faire des piades 

Sens : "Faire des traces de pas sur un sol propre". 

Origine : En provençal, une piado, c'est tout simplement une empreinte de 
pas, de pied ou de patte, sans aucune connotation négative. Mais le français 
régional, on l'a déjà vu, va chercher des mots provençaux pour créer des 
expressions marquées par l'émotivité. Alors, quand votre mère ou votre femme 
a passé la pièce sur les matons ("passé la serpillère sur le carrelage") et que vous 
arrivez avant que ça soit sec, elle rouspète en disant ne rentre pas que tu vas me 
faire des piades ! 



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Commentaires : Encore un bon exemple de la ressource particulière en 
vocabulaire et en connotation que permet la présence de la langue régionale à 
côté du français, dans un véritable bilinguisme dont on voit bien l'intérêt de le 
laisser perdurer (à bon entendeur...). Evidemment, cette expression n'existe 
qu'en français régional, puisqu'en langue provençale, cette connotation est 
absente. 

En français régional, une piade, c'est aussi un "bernard-l'ermite", du 
provençal piado, même sens (on dit aussi un piadon, du provençal piadoun ), et 
qui n'a pas de rapport avec notre expression. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : allez mai; en moulon ; faire une cagade. 


Faire esquineto [P] 

Faire esquinette [FRP] 

Sens : "Faire la courte échelle". 

Origine : C’est l’expression provençale consacrée pour cela, qui signifie 
littéralement "faire le petit dos", puisque l'esquino, c’est le dos. 

Commentaires : C’est le genre d’expressions qui sont passées en français 
régional principalement par les enfants qu'étaient nos grands-parents ou nos 
arrières-grands-parents. Le provençal était souvent leur langue maternelle, et, 
s'ils apprenaient le français à l'école et devenaient les premières générations qui 
l'emploieront couramment, ils parlaient provençal dans la cour (bravant les 
interdictions et les punitions) et dans leurs jeux hors de l'école. Et à cet âge-là, il 
est fréquent de faire esquinette pour sauter un mur, cueillir une figue ou 
préparer un mauvais tour. 

Et c'est une expression très jolie, vous ne trouvez pas ? 

Emploi : Rare, vieillie, d'autant qu'il y a de moins en moins (et vraiment 
très peu) d'enfants qui parlent encore provençal ; attestée les Bouches-du- 
Rhône et en Haute-Provence. 

Voir : avoir crainte ; donner la main ; être a Vagachon ; faire gambette ; faire la 
figue ; jouer à garri ; se faire crier; 


Faire figuro [P] 

Faire figure [FRP] 

Sens : Se dit de quelque chose qui se voit, qui n'est pas très beau, et qui 
dépareille un ensemble. Un Macdo dans un village provençal, ça fait figure ! 

Origine : En provençal, la figuro, ce n'est pas que le visage, c'est la forme, 
l'apparence (comme l'italien figura). D'où faire figuro, c'est être apparent. Et puis 
l'expression s'est spécialisée dans un sens négatif, notamment en passant en 
français régional, car on insiste sur ce qui casse l'harmonie d'un ensemble au 
sein duquel il devrait se fondre. 

Commentaires : La même expression existe en italien fare figura, "être 
apparent". En provençal, la "figure" se dit aussi, usuellement la fàci, d'où, en 
français régional la face, usage rare en français "commun". 

Emploi : Usuelle dans les deux langues et partout ; vieillissante. 

Voir : es pas bèu... ; marquer mal. 



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Faire gambeto/cambeto [P] 

Faire gambette/cambette [FRP] 

Sens : "Faire un croc-en-jambe". 

Origine : Même procédé de création et de passage en français régional que 
pour faire esquinette. Signifie littéralement "faire petite jambe". 

Commentaires : La double forme provient du fait que, en provençal de la 
côte, les c- initiaux de certains mots latins d'origine grecque sont passés à g-, 
alors qu'ils sont restés c- dans les autres régions de Provence. Ainsi, de 
Marseille à Fréjus, on dit la gambo, lou gat "la jambe, le chat", et donc gambeto. 
Ailleurs on dit la cambo, lou cat, cambeto. 

Emploi : Peu usuelle, vieillie, attestée partout. 

Voir -.faire esquinette ; faire garder les chèvres ; jouer à gàrri. 


Faire garda lei cabro [P] 

Faire garder les chèvres [FRP] 

Sens : "Empêcher quelqu'un de redescendre d'un arbre ou d'une échelle", 
et plus spécifiquement "bloquer quelqu'un en position élevée sur une 
balançoire à bascule". 

Origine : Cette expression vient de l'image de Vamountagnàgi, c'est-à-dire 
du séjour estival des troupeaux de moutons et de chèvres en montagne (donc 
en hauteur). 

Commentaires : C'est surtout une expression enfantine (et un jeu enfantin 
!), dont la formation et la transmission relèvent des mêmes procédés et des 
mêmes limites que faire esquinette et faire gambette. Voir ces expressions. 

Emploi : Rare, vieillie, employée dans le Var et en Elaute-Provence. 

Voir : les expressions citées ci-dessus. 


Faire la bèbo [P] 

Faire la bèbe [FRP] 

Sens : "Faire la moue". On dit par exemple "tu as pas l'air d'accord, tu fais la 
bèbe". 

Origine : La bèbo, à l'origine, c'est un mot péjoratif qui désigne une grosse 
lèvre tombante. Il est très peu usité et n'apparait vraiment que dans cette 
expression. Mais comme elle s'avère très expressive (du point de vue des 
Provençaux), elle est très vivante, et passée en français régional. 

Commentaires : Le mot bèbo est employé en provençal dans une seule 
autre expression (à ma connaissance), elle aussi péjorative : si vougne la bèbo 
"manger goulûment et salement" (trad. litt. "se graisser la bèbe"). Cette dernière 
expression n'est pas passée en français régional. 

L'expressivité du mot bèbe est due à sa phonétique (double b), sachant 
qu'en provençal, le son b évoque -dans le contexte adéquat- le rejet par la 
bouche (et. bouai ! "beurk !", voir avoir le bomï). 

En provençal, les "lèvres" se disent normalement lei bouco ou, plus 
rarement, lei labro. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : les expressions citées ci-dessus et faire le mourre. 



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Faire la damoto [P] 

Faire la damote [FRP] 

Sens : "Se comporter comme une bourgeoise". Ne se dit que des femmes. 

Origine : Le mot damoto est le diminutif de damo "dame". A une époque pas 
si lointaine que ça, on appellait "un monsieur" et "une dame" les gens d'une 
bonne condition sociale (en provençal un moussu, uno damo). Le diminutif 
marque ici l'ironie : faire la "petite dame", c'est imiter les "dames" sans en être 
une. 

Commentaires : Expression qui fustige le snobisme, grave défaut du point 
de vue des habitudes familières provençales. On l'emploie parfois aussi, 
désormais, au sens "être une petite bourgeoise", où le diminutif à une valeur 
péjorative. 

Remarquons que moussu et damo sont des mots empruntés au français, 
connoté "langue des bourgeois" à partir du XIXe siècle, car ce sont eux les 
premiers qui l'ont appris et utilisé, en dédaignant la langue provençale, laissée 
au "peuple". 

Emploi : Usuelle partout, sauf dans le Vaucluse ; vieillie. 

Voir : c'est un cul-cousu ; être droit comme une bigue ; parler pointu. 


Faire lafigo [P] 

Faire la figue [FRP] 

Sens : "Faire en guise d'insulte un geste précis appelé la figue". Ce geste, 
normalement adressé aux hommes par des hommes, consiste à tendre le pouce 
entre l'index et le majeur d'une main (en général la droite, chez les droitiers). 
C'est l'équivalent du geste américain aujourd'hui répandu en Europe qui 
consiste à tendre le majeur en repliant les autres doigts. 

Origine : La figue est le symbole du sexe féminin (image du fruit mûr 
fendu en deux quand on le mange). Le geste du pouce qui passe entre deux 
doigts représente la pénétration de "la figue" par le sexe d'un homme. Adressé 
par un homme à un autre, c'est l'injure suprême, qui lui dit qu'il est pénétré, et 
donc traité de femme, voire, pire, d'homosexuel. C'est l'équivalent non verbal 
de "enculé !". Dans une société méditerranéenne traditionnelle, où la distinction 
entre les sexes est un principe essentiel, et où la virilité reste vécue comme une 
qualité à afficher (voir faire le cacou), on voit la gravité de la chose. 

Commentaires : Ce même geste, appuyé sur la même symbolique, est 
largement répandu autour de la Méditerranée, et souvent désigné par 
l'équivalent local de la même expression. En italien, on dit exactement fare la 
fica. 

De façon moins usuelle, la figue est aussi le symbole des testicules, car elle 
pend à l'arbre, dont la sève est un liquide blanchâtre, d'où la connotation bi¬ 
sexuée qui aggrave l'injure ici présentée. 

Emploi : Rare, vieillie (y compris le geste lui-même, à la fois remplacé par 
le geste cité ci-dessus) ; employée en Haute-Provence, attestée partout. 

Voir : changer l'eau aux olives ; faire une bonne manière ; se faire voir; va 
fangoule; va caguer à... 


Faire le cacou 



72 


Sens : "Frimer, faire le dur, jouer le matcho". Ne se dit que d'un homme. Le 
mot cacou est prononcé à la provençale, avec accent tonique sur le a (API 
["kaku]). 

Origine : En provençal, un cacou (on dit aussi cjuècou), c'est un voyou, un 
dur qui traine dans les rues. C'était un mot surtout urbain, marseillais et 
toulonnais, comme le type d'homme qu'il désigne. Il est à peu près inusité 
aujourd'hui. Dès lors, faire le cacou, c'est faire comme si l'on était un de ces durs, 
un homme viril qu'on remarque. 

Commentaires : Ne confondez pas ! Car faire le cacou, ce n'est pas être un 
cacou au sens d'origine. Et encore moins être un nervi ("malfrat sans scrupule au 
service de la pègre", mot provençal à prononcer avec tonique sur le è, API 
["nEÂvi]). Il y a même un bouquin rigolo intitulé Les Càcous qui en présente les 
attributs et les comportements sympathiques (grosse gourmette, chaine en or, 
portable, voiture rafistolée couverte d'auto-collants, musique à fond, pare-soleil 
de l'O.M., pastis 51...). Et, évidemment, ceux qui font les càcous parlent un 
français populaire très marseillais. En comparaison, on se rappelera que les 
nervi doivent leur nom (qui signifie "nerf" en provençal) au nerf-de-bœuf à 
l'aide desquelles ils tabassaient (encore un mot provençal) leurs victimes. 

Emploi : Usuelle à Marseille et Toulon et aux alentours, surtout chez les 
jeunes ; mais comprise partout Provence. 

Voir : aller aux dattes ; avoir la tchatche ; c'est Fangio ; mon vie ! 


Faire lou clerc e lou capelan [P] 

Faire le clerc et le capélan [FRP] 

Sens : "Faire les questions et les réponses", d'où "parler sans laisser parler 
les autres". J'ai ainsi entendu, par exemple, "Cavada, à la télé, il fait le clerc et le 
capélan ! " (maintenant que son émission est finie, je peux bien publier cet avis). 

Origine : Le capelan, en provençal, c'est un "prêtre" (mot dérivé de capello, 
"chapelle"). Cette expression renvoie aux rôles du capélan et de son clerc (ou 
"enfant de choeur") pendant la messe : l'un prononce des mots sacrés, l'autre y 
répond. Du coup, celui qui joue les deux rôles occupe toute la "discussion". 

Commentaires : Le mot capélan est passé pour lui même en français 
régional, où il est plutôt péjoratif, ce qui facilite la compréhension de 
l'expression. En effet, la basse Provence a été très tôt un pays majoritairement 
"rouge" et laïque, où l'on "bouffait du curé", et où la société civile a pris ses 
distances avec l'Eglise (rien à voir avec les régions de l'Ouest de la France, par 
exemple). Il en est resté l'habitude, plus qu'ailleurs, de plaisanter avec les 
choses de la religion. 

Capelan est aussi le nom d'un poisson, usité en provençal et en français 
régional, qui n'a rien à voir avec notre expression. 

Emploi : Peu usuelle ou rare, vieillie (y compris parce que ce à quoi elle 
fait référence est de moins en moins connu et compris), attestée partout. 

Voir : bonne mère ! ; être santon ; faire des oratoires ; quand Jésus portait des 
braillettes. 


Faire lou gafètou [P] 

Faire le gafette [FRP] 



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Sens : "Jouer le rôle de l'apprenti, de l'aide, de l'assistant". On dit par 
exemple "ha non, moi je suis pas le patron, je fais le gafette" ; ou "Je peux t'aider à 
tapisser, mais j'y connais rien, je ferai le gafette". 

Origine : Le mot gafètou est du provençal marseillais (prononcé avec 
tonique sur le e, API [ga"fEtu]). Il désigne à l'origine le "clerc" d'un homme de loi 
(clerc d'huissier ou de notaire), c'est-à-dire celui chargé d'exécuter les tâches 
rudimentaires les moins prestigieuses. Ce sens ne semble plus usité depuis 
longtemps. En revanche, le sens figuré au sein de l'expression faire lou gafètou 
[P] /faire le gafette [FRP], est attesté jusqu'à nos jours. 

Commentaires : Les mots provençaux finissant sur un -ou atone (après 
l'accent tonique) sont souvent francisés en remplaçant ce -ou par un -e 
(prononcé, bien sûr !). Ainsi, mujou, gafètou donnent muge ("mulet", poisson), 
gafette. D'autres restent prononcés à la provençale, comme cacou (voir faire le 
cacou), gànchou ("crochet", prononcé "gàntchou", API ["ga$niu]). 

En ce sens, faire lou gafètou est remplacé plus couramment en provençal (et 
ailleurs qu'à Marseille) par faire lou tout-obro ("faire le toutes-œuvres") ou faire 
lou pasto-mourtié ("faire le pétris-le-ciment"). 

Emploi : Très rare, uniquement attestée à Marseille. 

Voir : aller aux dattes ; donner la main ; faire un narri ; se lever la peau-, 


Faire lou mourre [P] 

Faire le mourre [FRP] 

Sens : "Bouder". C'est l'équivalent du français "commun" faire la tête. En 
provençal mourre se prononce "mourré" avec tonique sur le ou (API ["muÂe]). 

Origine : Le mourre, c'est le museau d'un animal, mais le mot est 
couramment employé en provençal pour parler du visage d'une personne, sans 
aucune connotation péjorative ou populaire (au contraire de la gueule en 
français, par exemple). Et comme l'expression de mauvaise humeur se lit sur le 
visage... 

Commentaires : Il existe diverses variantes, notamment celles qui insistent 
en "mesurant" l'allongement du mourre, puisque la mimique est caractérisée par 
un étirement du visage vers le bas, lèvres tombantes. On dit faire un mourre de 
très pan [P] /faire un mourre de trois pans [FRP], le pan étant une unité de mesure 
traditionnelle provençale équivalente à 24 centimètres. Le mourre peut aussi 
être nommé les hrègues ou les brigues (du provençal brego ou brigo "mâchoires"). 
On dit alors faire lei brigo [P] /faire les brigues [FRP], mais cette variante est rare. 

Les mots mourre et brigue sont d'ailleurs passés isolément en français 
régional. On dit par exemple "Va te laver le mourre". 

Emploi : Très usuelle partout, vieillissante. 

Voir : avoir un air de deux airs ; c'est un gros malgracieux ; être gonfle ; faire la 

bèbe. 


Faire lou pessu [P] 

Faire le pessu [FRP] 

Sens : "Ajouter une portion gratuite" (trad. litt. "faire la pincée"). Se dit 
d'un commerçant qui, après avoir pesé la marchandise et déterminé le prix 
proportionnel, ajoute de la marchandise gratuitement pour faire plaisir à sa 
clientèle. "Allez, ma belle, je vous fais le pessu", vous dira le marchand d'olives. 



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Origine : En provençal, un pessu, au sens propre, c'est une "pincée". Au 
sens figuré, c'est "un petit peu". On dit par exemple dounas-mi un pessu de vin 
("donnez-moi un petit peu de vin"). Ainsi, faire lou pessu (prononcé "faïré lou 
péssu"), c'est "faire une petite quantité". 

De plus, c'est une tradition commerciale en Provence, surtout sur nos 
marchés, célèbres pour leur côté bon enfant, d'offrir un petit quelque chose de 
gratuit à la bonne clientèle (qu'on appelle la pratique, en provençal la pratico). Du 
coup, cette habitude est si connue qu'un simple verbe faire, au sens vague, suffit 
à l'exprimer. 

Commentaires : Cette tradition est encore bien vivante sur les marchés de 
Provence, où le persil vous sera toujours offert, où l'on ajoutera un abricot, un 
pied de basilic, ou une sardine à vos achats. Et quand je pense qu'il y en a qui 
vont à l'hypermarché ! 

En français régional, le pessu désigne aussi tout petit objet, surtout ceux qui 
peuvent être pincés, comme une soupape de cocotte-minute ou l'axe d'un 
bracelet de montre. 

Emploi : Usuelle en situation, attestée partout, vieillissante. 

Voir : es pas douna ; faire patche ; ma belle ; métré d'bli ei cese ; un coup fa pas 

puto. 


Faire lou rabaio-peto [P] 

Sens : "Être le dernier" (trad. litt. "faire le ramasse-crotte"). Prononcé "faïré 
lou rabaillo pèto" (API ["faire lu Âa"bajO "pEtO]). 

Origine : Le rabaio-peto, c'est le ramasseur (verbe rabaia "ramasser") de 
crottes de chèvres et de brebis (les peto). Jadis, la transhumance se faisait à pied 
et les troupeaux traversaient les villages. Des règles traditionnelles régissaient 
le passage des troupeaux et l'une d'elles voulaient que les bergers en nettoient 
les traces dans les villages traversés, notamment les innombrables peto. Un ou 
plusieurs apprentis-bergers, affectés à cette tâche, suivaient le troupeau et 
balayaient les crottes. Ils passaient bien sûr les derniers, avec un décalage, et 
tout le monde les remarquait (et les appréciait). D'où l'expression imagée pour 
qualifier ce qu'en français "commun" on appelle la lanterne rouge. 

La tournure faire + nom d'activité est la règle en provençal pour indiquer le 
métier de quelqu'un. Elle est d'ailleurs courante en français régional ( mon père, il 
fait l'instituteur). 

Commentaires : Aujourd'hui, la transhumance à pied est devenue rare. Les 
troupeaux voyagent principalement en camion. Mais l'expression est restée, en 
provençal en tout cas, où elle s'applique par exemple lors des nombreuses 
courses cyclistes qui arpentent l'arrière-pays. L'expression est bien sûr devenue 
ironique, tant parce qu'elle se moque des derniers que parce qu'elle leur 
suppose une tâche ingrate. 

Emploi : Rare (uniquement en provençal), attestée partout. 

Voir -.faire des piades ; faire le gafette ; l'heure des brousses ; le beau premier. 


Faire pu lèu un tour que dous [P] 

Faire plus vite un tour que deux [FRP] 



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Sens : "Être lent, peu actif, peu dégourdi". On dit par exemple de 
quelqu'un (ou quelqu'une) qui travaille peu et lentement "celui-là, il a plus vite 
fait un tour que deux". 

Origine : L'expression implique bien sûr que quelqu'un d'actif et de rapide 
aurait plus vite fait deux tours qu'un seul, image hyperbolique classique des 
façons de dire provençales. Mais, en provençal, l'expression joue sur un double 
sens plus subtil. Si l'on vous dit a pu lèu fa un tour que dous, vous entendez la 
même chose que a pulèufa un tour que dous, ce qui signifie "il/elle a plutôt fait 
un tour que deux", choisissant donc d'en faire le moins possible. En effet, pu lèu 
veut dire "plus vite" et pulèu, qui se prononce pareil, veut dire "plutôt". 

Commentaires : Encore une expression créée par le procédé du jeu de mot, 
et encore une qui montre du doigt la lenteur et l'indolence (non pas qu'elles 
soient fréquentes, mais au contraire parce qu'elles très mal perçues). 

Une expression comparable, très usuelle et très expressive, et que j'adore : 
quand li vai, sèmblo que n'en vèn [P] /quand il y va on dirait qu'il en vient [FRP] 
(sous entendu "au travail"). Jolie façon de dire qu'il (ou elle) y va à reculons ! 

Emploi : Usuelle dans les deux langues et partout, vieillissante. 

Voir : aller plan-plan ; balin-balan ; chercher Moulinari ; être santon ; fai tira... ; 
il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent; péu à cha peu la perruco si fa ; 
tourner-virer ; zou boulegan ! 


Faire pache [P] 

Faire patche [FRP] 

Sens : "Conclure un accord" (trad. litt. "faire pacte"). La variante provençale 
se prononce "faïré patché" (API ["fajre "paie]). 

Origine : C'est l'expression provençale traditionnelle entre marchands, qui 
ont pour but d e faire pache et qui, lorsqu'ils tombent d'accord, se touchent la main 
en disant "pache fa !" ou "batèu !". Cette formule figée est, parce que rituelle, 
facilement passée en français régional. D'autant que de nombreuses affaires 
relèvent encore d'accords oraux, notamment dans le monde rural, et que 
certains négoces, un peu secrets, se traitent toujours en provençal (par exemple 
la vente des truffes noires du Vaucluse et de Haute-Provence, dites "du 
Périgord" !). 

Commentaires : Faire pache, ici comme ailleurs, mais ici plus qu'ailleurs 
parce que c'est un pays de paroles, est une chose sérieuse. Un proverbe 
provençal dit en substance qu'on est davantage lié par sa parole que par une 
ancre. 

A ce propos, le fait qu'on dise batèu (et en français régional bateau /) pour 
sceller une affaire, n'a rien à voir avec... les bateaux. C'est une déformation 
d'un vieux mot du judéo-provençal (dialecte provençal que parlaient jusqu'au 
XVIIIe siècle les Juifs de Provence), emprunté à l'hébreu, et qui veut dire 
"marché conclu" : batau (prononcé "bataou"). 

Emploi : Rare en français, surtout rurale ; peu usuelle en provençal ; 
attestée partout. 

Voir : qu pinto vènde ; toucher la main. 


Faire peta ~ [P] 

Faire péter ~ [FRP] 



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Sens : "Faire disparaître : pendre, voler, tuer...”. Par exemple : "on m’a fait 
péter mon portefeuille ", ou "cet arbre, il faut le faire péter avant qu'il tombe". 

Origine : En provençal, le verbe peta a de multiples sens, dont celui de 
"disparaître", issu de "exploser" et donc "mourir". Du coup, faire peta, c'est "faire 
disparaître". Comme c'est à la fois expressif et pas vulgaire (au contraire des 
connotations de péter en français "commun"), c'est passé en français régional. 

Commentaires : L'expression a plus de vitalité en français dans les 
contextes où péter prut être compris comme "tuer, détruire", car ce sens est plus 
proche de celui de ce verbe en français "commun" ("casser"). 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : avoir cassé l'armoire à glace ; se lever de devant. 


Faire Sant-Michèu/Sant Miquèu [P] 

Sens : "Déménager" (trad. litt. "faire Saint Michel"). Prononcé "faïré san 
mitchèou/san miquèou" (PAI ["faire sa$Nmi"iEu8 / mi"kEu8]). La variante Michèu 
est de loin la plus fréquente. 

Origine : La Saint Michel se fête le 29 septembre. A cette époque, l'été finit. 
Toutes les récoltes ont été faites (sauf celle des olives, plus tardive, après la 
Toussaint), les terres labourées reposent et attendent les pluies d'automne. 
Parallèlement, Saint Michel est, dans l'ancienne tradition chrétienne, un 
archange vénéré, symbole de bien et de justice. C'est donc à la Saint Michel, 
traditionnellement, qu'étaient échus les contrats de métayage et de fermage, et, 
par ricochet, ceux des ouvriers agricoles et des domestiques. C'est donc à ce 
moment que, si l'on changeait de propriétaire et d'employeur, on déménageait. 

Commentaires : La tradition s'est perdue, mais l'expression survit, 
employée à n'importe quelle date. C'est d'ailleurs la seule que je connaisse en 
provençal pour dire "déménager" (sauf chanja d'oustau "changer de maison", 
moins précise). Du coup, tout lou Sant-Michèu (trad. litt. "tout le Saint Michel"), 
désigne un ensemble hétéroclite des meubles, objets, et autres ravans 
("vieilleries"). 

La double forme Michèu/Miquèu provient du fait que beaucoup de 
prénoms provençaux ont été influencés par leurs équivalents français. Parce 
que le français a été dès le XVIIe siècle la langue écrite administrative (des 
registres paroissiaux ou de notaires) et la langue noble. Certains prénoms n'ont 
plus que leur forme francisée (comme Estiene, Piarre et non Estève, Pèire ), d'autre 
ont la double forme (comme Michèu, Charle à côté de Miquèu, Carie), mais 
d'autres ont gardé une forme d'origine (comme Andriéu, Bastian, Jôusè, 
Roumié...). Inversement, des prénoms provençaux, surtout de femme, sont 
devenus des prénoms "français" ( Estello, Magali, Mirèio...). 

Emploi : Usuelle partout, mais vieillissante. 

Voir : à l'an que vèn... ; être couvert comme Saint Georges ; faire patche ; feste] a 
Pasco... ; pèr Toussant... 


Faire un àrri/un nàrri [P] 

Faire un nàrri [FRP] 

Sens : "Mal placer une boule lorsque l'on pointe", d'où plus généralement 
"faire quelque chose de médiocre". Prononcé arri ou nàrri avec accent tonique 
sur le a (API ["aÂi / "naÂi]). 



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Origine : C'est surtout une expression technique propre aux jeux de boules 
(jeu à la provençale ou pétanque). Cela signifie précisément et littéralement en 
provençal "faire un écart", c'est-à-dire "laisser un trop grand écart entre sa boule 
et le bouchon". Comme l'objectif, c'est l'inverse, c'est une expression 
évidemment péjorative. Elle a donc dépassé le vocabulaire technique des 
boulistes et a été étendue chez les profanes à tout lancé de boule raté, puis à 
toute action ratée de la vie quotidienne. La place importante qu'occupent les 
jeux de boules dans la culture et dans la vie quotidienne provençales ont facilité 
cet élargissement du sens et le passage en français régional. 

Commentaires : D'autant que le vocabulaire technique des boules en 
français compte une large proportion de provençalismes, à commencer par 
pétanque (du provençal pèd tança "pieds-joints", par opposition à la longue dite 
aussi provençale, le jeu le plus traditionnel, où l'on prend de de l'élan). C'est 
également le cas du bouchon, qui n'a rien à voir avec le cylindre de liège qui 
protège le vin (en provençal tap), mais qui vient du provençal bouchoun "petite 
boule", de bocho "boule"). 

La double forme àrri/nàrri existe en provençal, où la seconde est beaucoup 
plus fréquente. En français, je n'ai rencontré que nàrri. Cela vient du fait que 
comme on dit la plupart du temps un cirri la prononciation est identique à un 
nàrri. Du coup on dit "fan de chine, ce nàrri que ti as fait !" et non "...cet àrri...". 

Emploi : Usuelle partout, vieillie. 

Voir : c'est un boulevard ; faire une cagade ; faire un chaple ; jouer à la longue ; 
partir en biberine ; téter le bouchon. 


Faire un chaple [P] 

Faire un chaple [FRP] 

Sens : "Faire un massacre" (au propre), "tout casser" (au figuré). La forme 
en provençal se prononce "faïré unn tchaplé" avec accents tonique, API 
["fajryn"iaple]). 

Origine : En provençal, le verbe chapla veut dire "tailler en morceaux" 
(surtout de la viande). Un chaplaire, c'est un hachoir de boucher. De là, faire un 
chaple, c'est "faire un massacre (en taillant les vivants en pièces)". Comme 
heureusement ça ne se produit guère aujourd'hui, on le dit, par exemple, de 
quelqu'un qui y est allé trop fort en désherbant "y avait du vent, il en a mis 
partout, il a fait un chaple dans le potager". Au sens figuré, en exagérant un peu 
pour donner de l'expressivité à ses propos, on dira "L'a de grèule qu'au nisa souto 
ma téulisso, m'anfa un chaple dins la lano de vèire [P] /Y a des loirs qui ont niché sous 
mon toit, ils m'ont fait un chaple dans la laine de verre [FRP]". 

Commentaires : Curieusement, la forme francisée n'a pas gardé le "tch" 
initial du mot provençal, son expressif pourtant conservé dans d'autres 
adaptations comparables (voir fatche de..., et le tchètchou, faire patelle). Comme 
quoi, en langues, rien n'est jamais automatique ni prévisible à 100 % ! 

Annoncer qu'on va faire un chaple, c'est souvent une image. On ne va rien 
casser du tout (ou presque). On va simplement se mettre en colère ! 

Emploi : Usuelle partout, vieillissante. 

Voir -.faire péter ; faire un nàrri ; faire un estampèou ; faire une cagade ; mettre le 
gouaï, et les expressions citées ci-dessus. 


Faire un estampèu [P] 



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Faire un estampèou [FRP] 

Sens : "Faire un scandale". 

Origine : Le verbe estampa signifie au départ "imprimer une marque en 
tapant", comme le fait un forgeron qui fabrique un fer-à-cheval. De là, il signifie 
aussi couramment "imprimer". Le nom estampèu, lui, désigne le grand bruit 
produit par l'activité d 'estampa. D'où, faire un estampèu, c'est "faire du bruit, 
pousser des cris, faire un scandale". L'expression, plus imagée que faire un 
scandale parce qu'évoquant les éclats de voix, est passée en français régional, où 
le mot principal a gardé sa phonétique provençale. 

Commentaires : Et dans un pays où l'on a le sang chaud et le verbe haut, 
on en fait, des estampèou ! (désolé, je n'arrive pas à ajouter un -s du pluriel à 
une finale si provençale, puisque les noms sont invariables en provençal). 

Emploi : Usuelle partout, vieillissante. 

Voir : faire un chaple; fatche de... ; la castagno tubo... ; ça m'escagasse ; mettre 
legouaï; tron de... 


Faire uno bouano maniero [P] 

Faire une bonne manière [FRP] 

Sens : "Rendre un service, faire un geste amical" (au propre), et... 
"pratiquer une fellation" (au figuré). 

Origine : En provençal, uno bouano maniero est l'expression consacrée pour 
désigner "un bon accueil, une générosité, un bon geste". C'est un sens 
directement issu de celui de maniero, comparable au français manière. Le sens 
érotique, quant à lui, est un dérivé de pistachier ("chaud lapin"): on peut en effet 
considérer que c'est "un bon accueil et un bon geste" que de faire la chose en 
question... 

Commentaires : Evidemment, il faut être très attentif à ne pas employer 
cette expression dans des contextes où elle peut prêter à confusion quant à son 
interprétation ! On ne dit pas "j'étais déprimé, je suis allé souper chez une copine, et 
comme elle m'a fait des bonnes manières, ça m'a rendu la gaieté". Ou alors c'est que 
la copine à une méthode très directe pour lutter contre la déprime... 

Encore une expression qui joue sur un double sens. 

Emploi : Très usuelle partout, davantage en français qu'en provençal. Le 
sens érotique me semble plus fréquent (et en tout cas plus fréquemment sous- 
entendu) en français qu'en provençal. 

Voir : avoir le biais ; aller aux dattes ; c'est une pâte ; faire la figue ; grosses 
caresses. 


Faire uno cagado [P] 

Faire une cagade [FRP] 

Sens : "Faire une bêtise" (trad. litt. "faire une chiée"). 

Origine : Le verbe caga, qui au sens "propre" vaut dire "aller à la selle", 
n'est pas vulgaire et a pris des sens figurés. Il est donc fréquemment employé et 
passé en français régional sous la forme caguer, ainsi que dans diverses 
expressions. Une cagado (participe passé féminin de caga), c'est "ce qui a été 
cagué". Littéralement, c'est... de la merde (!) [voir caguer aux brailles]. Au sens 
figuré, c'est le résultat d'une bêtise qui peut aller de la simple bourde à la grosse 



79 

catastrophe, car "rater, échouer" est un sens dérivé usuel de caga et de caguer. 
L'évolution vers ce sens est facilement compréhensible. On a la même chose en 
français "commun" avec des mots comme merder ou chienlit. 

Commentaires : Cette expression, qui véhicule la connotation d'émotivité 
et de familiarité attachée à la langue provençale, vient en plus combler un 
manque du français "commun", où il n'y a pas de mot franchement populaire 
désignant le résultat d'une action ratée. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : faire figure ; faire péter ; faire un chaple ; faire une sardine ; ça m'escagasse 
; mettre le gouaï; va caguer à..., et l'expression citée ci-dessus. 

Faire uno courso libro [P] 

Faire une course libre [FRP] 

Sens : "Faire une course camargaise" (vocabulaire de la tauromachie). 

Origine : Les jeux taurins sont une forte tradition en Provence 
rhodanienne, mais dans un rayon assez limité autour d'Arles et de la 
Camargue, débordant en Languedoc. Ce rayon ne dépasse guère Salon, 
Avignon, Nîmes et Montpellier. Avant l'essor de la corrida, venue d'Espagne, 
on ne pratiquait qu'un jeu local, encore très vivant, aujourd'hui bien connu sous 
les noms de course à la cocarde ou course camargaise. 

Une expression plus traditionnelle et moins règlementaire consiste à 
appeler cela uno courso libro/une course libre. Ce nom vient du fait que, d'une 
part, on dit que dans une arène on fait courir les taureaux (du provençal courre li 
biou ), donc qu'on fait uno courso de biôu/une course de taureaux. Et, d'autre part, 
que ce type de "course" ne fait l'objet d'aucun règlement contraignant. 
N'importe quel homme, sans habit ni instrument, peut faire une course libre, 
c'est-à-dire descendre dans l'arène et faire deux ou trois pirouettes devant le 
taureau. C'est très simple à organiser et c'est une véritable fête publique à 
laquelle tous les habitants du village peuvent participer. 

Commentaires : C'est une véritable expression populaire, puisque ce n'est 
pas le nom officiel de ce jeu. Attention : ce n'est pas une course au sens 
"commun" du terme, cela se passe dans un arène, et le but n'est pas uniquement 
de courir plus vite que le taureau (mais il vaut mieux, quand même !). 

Emploi : Rare, vieillie, uniquement connue dans la zone de pratique 
tauromachique définie ci-dessus. 

Voir : mano à mano. 


Faire uno partido de cabanoun [P] 

Faire une partie de cabanon [FRP] 

Sens : "Aller passer une journée au cabanon”. 

Origine : Au départ, un cabanoun, c'est une petite construction 
rudimentaire, isolée dans les champs, qui permettait aux paysans de s'abriter. 
En effet, excepté dans la vallée du Rhône, la Provence est un pays d'habitat 
groupé et de villages perchés, et les champs cultivés étaient souvent éloignés 
du domicile. Au bord de mer, c'est une cabane de pêcheur (pour les mêmes 
raisons). C'est ensuite devenu une tradition marseillaise très vivante (surtout au 
cours du XXe siècle) d'en acheter ou d'en construire un, en général au bord de 
mer, parfois à la campagne. On va y passer un jour férié pour quitter la ville. 



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manger dehors à l'ombre, en famille ou avec des amis, pêcher, jouer aux boules 
et aux cartes, faire la sieste et se baigner. On y déguste en général des produits 
de la mer (aïoli, bouillabaisse, poisson grillé...). Bref, c'est une fête, un rituel, 
presque un jeu. D'où l'expression une partie de cabanon, comme on dit une partie 
de boules, de pêche, de belote ou... de jambes en l'air. 

Commentaires : Il est habituel de prétendre qu'on y mangera le midi ce 
que les hommes auront pêché le matin (y compris jusqu'à une bouillabaisse, qui 
exige pourtant des poissons nombreux et variés). C'est l'occasion de 
nombreuses plaisanteries, car ça se produit rarement, et l'on craint de manger 
des regardelles ! 

Emploi : Peu usuelle dans la région marseillaise et le Var, davantage en 
français qu'en provençal, vieillie. 

Voir : manger des regardelles ; monter l'aïoli. 


Faire uno sardino [P] 

Faire une sardine [FRP] 

Sens : "Faire un faux-pli (sur du tissu en repassant ou sur du papier-peint 
en le collant)". 

Origine : La sardine, poisson fréquemment pêché et consommé en 
Méditerranée, est utilisée dans plusieurs expressions provençales à cause de sa 
forme (voir toucher les cinq sardines). Or un faux-pli peut rappeler la forme d'une 
sardine. De plus, il existe en provençal une expression qui fait allusion au fait 
que la sardine se replie sur elle-même lorsqu'on la fait griller : endigua coumo 
uno sardo cuecho (trad. litt. "indigné comme une sardine cuite"). D'ailleurs, un 
faux-pli, c'est indigne... 

Commentaires : L'expression est originale, un peu tirée par les cheveux, 
mais c'est justement ce qui fait tout l'intérêt des expressions. 

Emploi : Rare (y compris parce que le cas se présente rarement), mais bien 
attestée en contexte, même chez les jeunes (là en français uniquement), dans la 
région marseillaise. 

Voir : l'expression citée ci-dessus et. ..comme des anchois. 


Faire vèntre [P] 

Faire ventre [FRP] 

Sens : "Être gonflé et proéminent". Se dit par exemple d'une murette qui 
s'arrondit sous la poussée de la terre ou d'une racine : "elle fait ventre". 

Origine : C'est l'image du ventre de l'homme qui s'arrondit et devient 
saillant avec les ans et les excès ou de celui de la femme enceinte... 

Commentaires : On dit en provençal d'un homme qui prend du ventre 
"s'emboutisse", du verbe embouti qui signifie "devenir convexe" (comme une 
bouto, grand tonneau de vin de 400 litres). L'image est donc la même. 

De quelqu'un qui a un gros ventre, on dit qu'il a un ventre de propriétaire 
(c'est-à-dire de riche). 

Emploi : Peu usuelle mais connue et comprise partout. 

Voir : avoir les joues comme le cul d'un pauvre ; gros comme un stoquefiche ; rire 
a se péter Vembouligue. 



Fan de ~ ! [P, FRP] 


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Sens : Sert à composer des exclamations exprimant la surprise. C'est en 
gros l'équivalent de bon sang ! ou de purée ! 

Les formes les plus courantes sont en provençal fan de chichourlo, fan de pie, 
fan de chino, fan de puto/de put an, fan de garço, et en français les formes adaptées 
correspondantes fan de chichourle, fan de pié/des pieds, fan de chine, fan de pute/de 
putain, fan de garce. En français régional, la préposition est prononcée de ("deu") 
alors qu'en provençal elle est prononcée "dé". 

Origine : Les exclamations provençales sont souvent construites sur une 
structure en "de + quelque chose" (voir fatche de..., tron de...). Ici, fan est une 
forme raccourcie du mot provençal enfant qui signifie "fils". L'exclamation est 
basée sur "fils de + un complément". 

La chichourlo, c'est le jujube, plante sans valeur. Le piè, c'est une ancienne 
pièce de monnaie, ce qui revient à signifier "fils de pute", mais comme ce sens 
est désormais incompris, on trouve en français régional la forme proche fan des 
pieds. Une chino, c'est une chienne, quant à puto et garço, la traduction est 
évidente. En gros, le juron tourne toujours autour de la notion de "fils de 
femme de peu". 

Commentaires : Comme pour facho de.../fatche de..., il ne s'agit pas 
d'injures, mais uniquement d'exclamations, qui ne s'adressent à personne de 
précis. Celles composées avec puto/pute et garço/garce sont ressenties comme 
grossières, mais les autres sont simplement familières et bien acceptées. Surtout 
qu'une fois passées en français régional, elles ne sont souvent plus comprises 
dans leur détail. Il existe une variante courte, très fréquente, qui évite les 
compléments fâcheux : fan !. Une variante fréquente, uniquement en provençal, 
est fan de chïchou ! (trad. litt. "fils d'un petit peu"), proche de fan de chichourlo. Il 
est toutefois assez habituel que des formes en provençal, prononcées à la 
provençale, soit insérées dans du français, y compris par ceux qui ne parlent 
pas la langue régionale par ailleurs. 

Pour injurier quelqu'un, d'une façon proche mais différente, on dit en 
provençal enfant de + complément (par exemple enfant de puto, enfant de degun 
"fils de personne"), et en français le très connu fils de... (par exemple fils de pute). 
On remarque que, ici, c'est le mot enfant en entier qui est employé. Attention à 
ne pas se tromper ! 

Une expression exclamative constituée de la même façon est courante dans 
les parlers ruraux de l'ouest de la France. On s'y exclame "Fi d'garce !" ou "Fi 
d'putain !", ce qui veut dire précisément "fils de...". Comme quoi, les même 
réflexes sont partagés... 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : les expressions citées ci-dessus et couquin de... ; être un peu momo ; le 
con de Manon ; mon vié. 


Festeja Pasco avans Rampau [P] 

Sens : "Avoir des rapports sexuels avant le mariage" (trad. litt. "fêter 
Pâques avant Rameaux"). Se disait surtout de fiancés un peu pressés et lorsque 
la demoiselle se retrouvait enceinte avant d'être mariée (ça faisait figure !). 
Prononcé "fèstédja pasqu'avan leï rampaou" (API [feste"oa "paska"va$N 
lejÂam"pau8]). 



82 

Origine : Dans une tradition désormais surannée, les relations sexuelles 
n'étaient autorisées que dans le mariage. Cela était lié à la fois à une certaine 
image de la femme, du couple, de la famille, au problème de l'établissement de 
la filiation paternelle, du patronyme, de l'héritage, et... à l'absence de moyens 
efficaces de contraception. Dans une société méditerranéenne, où régnait de 
plus le droit d'ainesse, la règle était puissante. Et pourtant, il arrivait 
suffisamment souvent que de jeunes couples l'enfreignent pour créer le besoin 
d'une expression adéquate... 

Il fallait quelque chose qui indique la précipitation (ici, c'est l'inversion des 
dates), le printemps (la sève monte...), la naissance (Pâques), et le sacré (la 
religion). Voilà pourquoi "Pâques avant les Rameaux". 

Commentaires : Un rite de la même veine appelé lou raubatori 
("l'enlèvement") consistait, lorsqu'un père refusait sa fille à un prétendant, à ce 
que les deux jeunes si raubèsson [P ]/s'enlèvent [FRP], c'est-à-dire "partent 
ensemble", pour une nuit. Le mariage était alors obligatoire... 

Tout cela est aujourd'hui largement dépassé, au moins parce que, quand 
les jeunes festejon Pasco avans Rampau, ça ne se voit pas. Mais il existe encore des 
familles où l'on tient à ces interdits et où cette expression fait du sens. J'ai 
d'ailleurs été surpris de sa bonne vitalité lorsque je l'ai proposée à mes 
informateurs. 

Je l'ai récemment entendue, chez des provençalophones, traduite en 
français. Une variante est faire Pasco avans Rampau (trad. litt. "faire Pâques avant 
Rameaux"). 

Emploi : Usuelle partout. 

Voir : brancher les cagoles ; faire Sant Michèu ; chasque toupin... ; mounta l'aiàli 


Forces pas ! [P, FRP] 

Sens : "Ne fais pas trop d'effort" (ironique). Se dit par antiphrase à 
quelqu'un qui ne se fatigue pas. Prononcé "forcés pa" (API [fOÂses"pa]). 

Origine : Cette expression est l'addition d'une série de caractéristiques 
classiques, l'antiphrase ironique, le recours plaisant au provençal, l'attaque 
contre la fainéantise. 

Commentaires : On s'en sert aussi bien dans un échange en langue 
provençale qu'en langue française. 

Emploi : Usuelle dans la région marseillaise, peu usuelle ailleurs, connue 
partout (et compréhensible par tous). 

Voir : avoir du jus de courge ; aller plan-plan ; d'aise ! ; chercher Moulinari ; 
faire plus vite un tour que deux ; tourner-virer ; zou... 


Fuma lei mauvo [P] 

Fumer les mauves [FRP] 

Sens : "Être mort et enterré". C'est l'équivalent de "manger les pissenlits par 
la racine". La variante provençale se prononce "fuma leï maouvo" (API 
[fy"malej"mawvO]). 

Origine : L'image de l'individu enterré qui a accès aux plantes par dessous 
est classique. Ici, ce sont des mauves, probablement parce que ces petites fleurs 
ornementales et de couleur de deuil (le violet) étaient fréquentes dans les 
cimetières avant la mode plus récente des chrysanthèmes. Ironie 



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supplémentaire, le défunt "fume" les racines des fleurs comme si c'était des 
cigarettes, mais aussi avec l'autre sens du mot fumer, "nourrir la terre et les 
plantes". 

Commentaires : Encore une expression qui joue sur le double sens d'un 
mot... La forme provençale a une variante fuma lei maugo, sur la côte, car c'est 
ainsi qu'on dit lei mauvo dans le dialecte local. 

Une expression équivalente, uniquement attestée en provençal, est laboura 
'mé Vouasse bertand, trad. litt. "labourer avec le coccyx" (voir fai de bèn à 
Bertrand...). De nombreuses expressions, souvent humoristiques, désignent le 
fait de mourir en provençal, par exemple es tir a lou gros artèu ("étirer le gros 
orteil") ou devessa la pego ("renverser la colle"). On exorcise la grande inquiétude 
comme on peut... 

Emploi : Usuelle partout. 

Voir -. faire péter ; y en a un qui est mort !, et les expressions citées ci-dessus. 


G 


Gavouot, l'es pas qu vouô [P] 

Sens : "Montagnard, ne l'est pas qui veut", réponse traditionnelle des 
montagnards aux moqueries que leur adressaient rituellement les gens de basse 
Provence. Prononcé "gavouo l'es pas eu vouo", API [ga"vwO IEspaky"vwO], 

Origine : Le mot provençal gavouot ou gavot est le sobriquet des 
montagnards de Elaute-Provence, sobriquet à l'origine un peu péjoratif 
(étymologiquement, il signifie "goitreux"). Il a été francisé en gavot (aujourd'hui 
il n'est plus péjoratif mais est devenu rare, surtout en français). Pendant des 
siècles, les Gavots ont été considérés en basse Provence comme des gens 
pauvres et rustres. Leur provençal, aux sonorités rudes à cause de ses 
consonnes finales, était considéré comme un dialecte grossier et archaïque. Les 
montagnards eux-mêmes pensaient que le provençal du bas pays était meilleur 
et en ont largement adopté les formes (au point que tout le sud de la Haute- 
Provence soit aujourd'hui de dialecte maritime). Mais il y a aussi une fierté à 
être de ce beau pays de montagnes ; et pour répondre à des moqueries du type 
"pecaire, es un gavouot de la mountagno" ("le pauvre, c'est un vrai gavot") ou vou 
parla prouvençau mai lou gavouot Vescapo ("il veut parler provençal mais le gavot 
lui échappe"), les Gavots ont adopté l'expression rimée Gavouot, l'es pas qu 
vouà ! 

Commentaires : Les sobriquets moqueurs et réputations ironiques 
adressées aux gens des pays voisins sont une habitude très répandue partout, 
qui tend heureusement à se perdre un peu. Les montagnards en font souvent 
les frais, d'ailleurs, comme tous les habitants des lieux un peu reculés. Mais ce 
doit être de la jalousie ! 

Il y a quelques années, cette expression a été utilisée par les éleveurs pour 
vanter la qualité de l'agneau de Haute-Provence (certifié par une A. O. C.). 

Emploi : Rare (uniquement en provençal), attestée partout, vieillie. C'est 
un témoin de relations anciennes entre communautés qui ont beaucoup changé. 

Voir : c'est comme la poutre de Cabasse ; a Gonfaron... ; à la Ciéutat... ; être de 
Martigues ; Mountessian et Parcimoni. 



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Gros coumo un estocafisso [P] 

Gros comme un stoquefiche [FRP] 

Sens : "Très maigre". Se dit d'un homme ou d'une femme. 

Origine : Les mots estocafisso [P] / stoquefiche [FRP] sont les formes 
régionales qu'a pris stockfish, nom de la morue séchée (et non salée) répandue 
depuis les pays Scandinaves. L'image est donc celle d'un filet de morue sep 
évidemment très mince. L'expression fonctionne par antiphrase ironique. 

Commentaires : Ce procédé de formation de l'expression est classique en 
Provence, y compris la comparaison avec un poisson, puisque nous sommes 
dans un pays de mer et de pêche. Le stoquefiche est pourtant passé de mode et 
on n'en mange presque plus ; la morue salée, appelée en provençal bacalau, est 
en revanche restée un aliment traditionnel de certains repas festifs. 

Inversement, on dit de quelqu'un qu'il est gras coumo de suve/ ...comme du 
liège, ou, sans antiphrase, gras coumo un toun ("gras comme un thon"). D'autres 
comparaisons du même type sont utilisées par diverses expressions, par 
exemple, ...coumo uno biciéucleto [P]/...comme une bicyclette, ...coumo uno 
cano/...comme une canne (plante), etc. 

Un autre procédé est celui du type on y voit (quelque chose) à travers (voir 
cette expression). 

Emploi : Usuelle partout et pour tous, davantage en français qu'en 
provençal. 

Voir : avoir des joues...; ...comme des anchois; l'aigo boulido...; il 
mangerait... ; quicha Vanchoio, et l'expression citée ci-dessus. 


Grosse(s) caresse(s) 

Sens : Formule utlisée pour achever une lettre ou une carte postale 
adressée à des membres de sa famille ou des amis intimes. 

Origine : En provençal, une caresso, ce n'est pas à proprement parler une 
"caresse" (c'est-à-dire un geste tendre de la main sur la peau), c'est une marque 
d'affection en général. L'expression faire caresso y veut dire "faire un geste 
d'amitié" (y compris, par exemple, envoyer une lettre). Du coup, on peut 
terminer un échange en exprimant sa "grande affection", ce qui se dit en 
provençal grosso caresso; Et ce genre de formule rituelle, très affective, a bien sûr 
été conservée et adaptée en français régional. On ne la trouve d'ailleurs pour 
ainsi dire qu'en français, tout simplement parce que c'est la langue de l'écrit, 
alors que le provençal, malgré sa belle littérature, est avant tout une langue de 
l'oralité, dans laquelle les gens ne sont pas alphabétisés pour la plupart. 

Commentaires : L'ambigüité avec le sens en français "commun" a 
provoqué le repli de l'expression vers des destinataires intimes, avec qui un 
contact physique ne serait pas déplacé (même entre hommes, car, comme en 
Italie, on se fait la bise, on se tient le bras en parlant, etc.). Il existe même, selon 
les contextes, des sous-entendus coquins. Finalement, à cause de tout cela et de 
l'influence dominante de modèles français plus communs (surtout à l'écrit), 
cette expression est de moins en moins employée. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous, surtout dans les milieux populaires 
et uniquement en français. 

Voir -.faire une bonne manière ; ma belle ; toucher la main. 



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Il y passe un camion ! 

Sens : "Il y a assez de place". 

Origine : De tous les véhicules terrestres habituels, le camion est le plus 
gros. D'où la création de cette image pour dire à quelqu'un qu'il y a 
suffisamment de place pour passer, y compris avec un engin beaucoup plus 
petit (comme un vélo ou une boule de pétanque !). C'est un procédé imagé et 
expressif banal en Provence. 

Commentaires : Bien sûr, tous les Provençaux décodent le sens imagé et 
personne ne prend l'expression au pied de la lettre. C'est d'interprétations 
erronées d'expressions de ce type, fixées ou spontanées, que provient la 
réputation stéréotypée (et, au fond, fausse) selon laquelle les Provençaux (et 
surtout les Marseillais) seraient tous des exagérateurs. Cela agace d'ailleurs 
beaucoup les gens du pays quand, face à une expression de ce type, un estranger 
répond "Non, vous exagérez, un camion ça fait au moins trois mètres de large"... 

Emploi : Peu usuelle, attestée partout. Les mêmes procédés sont fréquents 
en provençal. 

Voir : c'est un boulevard; le temps de tuer un âne...; un vent à arracher la 
queue aux ânes ; y en a un qui est mort. 


Juga à gàrri/à gàrri-babau [P] 

Jouer à gàrri [FRP] 

Sens : "Jouer à renvoyer furtivement la lumière du soleil dans les yeux de 
quelqu'un (ou sur le mur) avec un miroir" (trad. litt. "jouer à rat"). Le mot gàrri 
est prononcé avec accent tonique sur le a (API ["gaÂi]). 

Origine : Le nom initial de ce jeu que les enfants aiment beaucoup est, en 
provençal, juga à gàrri-babau (prononcé "djuga à gàrri babaou", API[ôy"ga "gaÂi 
ba"bau8]). C'est l'image du rongeur {gàrri désigne toutes sortes de "rats", du 
mulot au loir) qui pointe furtivement son nez et fiche le camp dès qu'il voit que 
vous le voyez. Le mot babau désigne toute sorte d'insectes rampants, 
notamment ceux qui sont noirs. On menaçait autrefois les enfants de 
l'apparition du babau pour les faire obéir. Le nombre de minots qu'on a pu 
stupidement terroriser avec des couillonnades pareilles ! Heureusement, ça a 
changé... L'expression faire babau signifie d'ailleurs "apparaitre furtivement" et 
c'était à la base un jeu pour faire peur aux enfants {allez, mai !). 

Bref, le nom du jeu a été simplifié, surtout en français régional où le sens 
du mot babaou n'était plus perçu ni nécessaire. Inversement, le mot gàrri ("rat, 
mulot, etc...") est passé en français régional, surtout comme appellation 
affectueuse des petits garçons, ou des hommes entre eux (très vivant, avec une 
connotation positive). 

Commentaires : Ce jeu est encore souvent pratiqué, que ce soit avec un 
miroir, le cadran d'une montre ou la boucle d'un cartable. On l'appelle encore 
jouer à gàrri, mais de moins en moins. 

Au passage, il peut être intéressant de signaler qu'il n'y a pas en provençal 
de catégorie "insecte" en général, ni de mot pour la désigner (sauf aujourd'hui 
insèite, emprunté au français). On y distingue d'une part les babau ("petits 



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animaux rampants, fourmi, mille-pattes, chenille, lézard...") et d'autre part les 
tavan ("petits animaux volants, mouche, abeille, punaise, hanneton..." mais 
aucun oiseau). Au propre, la tavan, c'est le "taon". 

Emploi : Rare, vieillie, attestée dans les Bouches-du-Rhône. 

Voir : faire esquinette ; faire gambette ; faire la figue ; jouer au balon ; piéu pieu 
piéi, toujou viéu. 


Juga à la longo [P] 

Jouer à la longue [FRP] 

Sens : "Jouer aux boules selon les règles du jeu provençal et non celles de la 
pétanque". 

Origine : La pétanque date du début du XXe siècle. Elle est une version 
facilitée du jeu traditionnel provençal, beaucoup plus ancien. Celui-ci se joue 
avec les mêmes boules (et non pas les grosses boules du jeu "à la lyonnaise") 
mais on y prend notamment des pas d'élan, qu'on peut également réaliser sous 
la forme de pas d'écart. Le jeu se pratique donc sur des distances plus longues : 
le terrain fait 25 mètres de long (15 pour la pétanque) et le bouchon doit être 
envoyé à entre 15 et 21 mètres (entre 4 et 10 pour la pétanque). D'où 
l'expression à la longo/à la longue, par comparaison à la pétanque où l'on joue 
plus court car sans élan ( pétanque vient du provençal à pèd tança "à pieds fixes"). 

Commentaires : Cette expression n'existe évidemment que depuis 
l'invention et l'essor de la pétanque. Elle est donc relativement récente. 

On notera que le jeu de boules reste l'une des activités, entre hommes du 
pays (avec la chasse, les jeux taurins, la vente des truffes, etc.), où la langue 
provençale est souvent employée. 

Emploi : Usuelle partout pour désigner ce jeu, encore très pratiqué (et jugé 
plus "noble" et plus "pro" que la pétanque), même si son nom officiel est jeu 
provençal. 

Voir : c'est un boulevard ; jouer au balon ; téter le bouchon. 


Juga au baloun [P] 

Jouer au ballon [FRP] 

Sens : "Jouer au football". 

Origine : Le football est le sport de ballon le plus populaire en Provence, et 
de très loin. Le rugby, si répandu dans le Sud-Ouest, y est très peu développé 
(il n'y a qu'une seule équipe de haut niveau, celle de Toulon). Les grandes 
équipes provençales de foot, celles de Marseille (l'O. M.), de Martigues, de 
Cannes, de Toulon, et, très proches, de Nice et de Monaco, ont un palmarès 
national et international important, depuis plus de cinquante ans. L'O.M. fait 
un peu figure d'équipe "nationale" de la Provence, comptant des supporters 
dans toute la région, surtout quand il s'agit de jouer contre Paris et son P.S.G. 
(l'éternel ennemi) ou contre Bordeaux (l'ennemi en second depuis quelques 
années). Du coup, jouer au ballon, si l'on ne précise pas, c'est forcément "jouer au 
football" ! 

Commentaires : D'autres expressions sont construites sur le même moule, 
où baloun/ballon signifie "football". On dit qu'on aime le ballon, qu'on va voir un 
match de ballon et que, quand on sera grand, on voudrait être joueur de ballon. Il 
existe tout un lexique (très provençal) autour du football provençal, surtout de 



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l'O.M. et du stade vélodrome (des ouvrages y ont même été consacrés, voir 
bibliographie). 

L'expression en provençal est peut-être à l'origine de sa forme française 
mais, pour une fois, ce n'est pas sûr, ne serait-ce que pour des raisons d'époque 
et surtout de milieu social (la popularité du football est d'origine relativement 
récente et urbaine). On remarquera qu'il y a un parallélisme avec la désignation 
italienne qui, elle aussi, a évité l'anglicisme et préféré une référence concrète : 
on y joue au calcio (au "coup de pied"). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : jouer à gàrri ; jouer à la longue. 


L 


L'aigo es d'or [P] 

Sens : "L'eau est très précieuse" (trad. litt. "l'eau, c'est de l'or"). La version 
complète es eici, l'aigo es d'or "ici, l'eau de l'or". Prononcé "l'aïgo ès d'or" (API 
["lajgEs"dOÂ]). 

Origine : Ce dicton provençal, encore bien connu et régulièrement cité 
(surtout sur les documents touristiques !), évoque la valeur inestimable de l'eau 
(comparée à celle de l'or) dans un pays aux étés chauds et secs. Non seulement 
il ne faut pas la gaspiller, mais, à une époque où la grande majorité des gens 
vivait du travail de la terre, elle assurait une vie décente et, parfois, la richesse. 
Car quand on a de l'eau, avec un climat aussi ensoleillé et régulier que le climat 
méditerranéen, tout pousse bien. Les régions fluviales de basse Provence 
rhodanienne (Comtat-Venaissin, pays d'Arles) lui doivent leur importante 
richesse agricole. 

Commentaires : La Provence est un pays de montagnes et les Alpes du sud 
constituent son immense château d'eau. Depuis la réalisation des grands 
barrages (Serre-Ponçon, Sainte-Croix) et du Canal de Provence (alimenté par la 
Durance), on ne manque plus d'eau en Provence. Le long de la Durance, on 
arrose et on irrigue désormais des vergers immenses à longueur d'été, là où, il y 
a un siècle, poussaient difficilement des pois-chiches. Plus haut, vers Gap, 
l'arrosage permanent permet même de cultiver des fruits ainsi protégés contre 
les gelées tardives. Sur la côte, des millions de résidents et de touristes se 
douchent plusieurs fois par jour tout l'été. Pourtant, dans les années 1970 
encore, à Marseille, les réservoirs d'eau des immeubles ne se remplissaient 
qu'une fois par jour. 

Cela dit, voilà une bonne expression écologique qui se retrouve tout à fait 
d'actualité. 

Emploi : Rare, vieillie, employée dans le Var, mais connue partout (parfois 
traduite en français). 

Voir : avoir l'eau à la pile ; èstre riche coumo la mar ; l'aigo boulido... ; l'aigo fai 
veni poulit; quand ~ pren lou capèu. 


L'aigo fai veni poulit [P] 

Sens : "L'eau rend joli/poli" (trad. litt. "l'eau fait devenir joli/poli"). 
Prononcé "l'aïgo faï véni pouli". 



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Origine : Voilà un dicton de bonne et simple diététique, connue depuis 
l'antiquité. Il a été adopté comme devise par le village d'Eyguières, situé à 
l'extrémité orientale des Alpilles, près de Salon, et qui doit son nom depuis 
l'époque romaine aux sources qui y coulent. D'autres lieux de Provence sont 
connus pour leurs thermes (Aix, Gréoux, Digne...). Pourtant, la formation de 
cette expression est un peu plus compliquée. 

En provençal, l'adjectif poulit (au féminin poulido) est à l'origine le participe 
passé du verbe pouli, aujourd'hui très peu usité, qui veut dire "polir". Il s'agit 
donc -encore une fois- d'un jeu de mot et d'un double sens. L'eau rend jolies les 
pierres qu'elle polit comme elle rend jolis les gens qui s'y baignent et qui en 
boivent. 

Mais en plus (car ce n'est pas fini !), en provençal poulit veut dire en même 
temps "joli" et "poli" (au sens "bien élevé"), comme poulidesso veut dire en même 
temps "joliesse" et "politesse". Et quand on boit de l'eau (et pas du vin), on est 
poli... 

Commentaires : Le double sens "joli/poli" du provençal poulit explique 
que, en français régional, on confonde les deux et que l'on dise souvent joli pour 
poli. Par exemple, "il me plait guère, ce type, il est pas joli" (="il n'est pas aimable") 
ou "il faut pas dire de gros mots, c'est pas joli" (="ce n'est pas poli"). 

Il doit y avoir une philosophie dans cette expression. Même les pierres, si 
dures et coupantes, avec le temps et l'eau, si douce, deviennent rondes et 
lisses... 

Emploi : Rare, vieillie, mais connue partout. 

Voir : c'est un gros malgracieux ; l'aigo es d'or ; l'aigo boulido sauvo la vido ; 


L'aigo-boulido sauvo la vido [P, FRP] 

Sens : "L'aigo-boulido sauve la vie". L'aigo-boulido est une soupe 
traditionnelle à la sauge et à l'ail. Son nom signifie littéralement "l'eau bouillie". 
Prononcé "l'aïgo boulido saouvo la vido" avec accent tonique sur l'avant- 
dernière syllabe de chaque mot (API ["lajgobu"lidO "sawvO la "vidO]). 

Origine : Les vertus de la sauge sont connues depuis l'antiquité. Son nom 
vient d'ailleurs du latin salvia qui veut "sauve". En provençal, elle s'appelle la 
sàuvi, mot resté très proche du verbe sauva "sauver". Un dicton dit "me sàuvi ’mé 
sàuvi" ("je me sauve avec de la sauge"). L'aigo-boulido est une soupe très simple, 
faite d'eau dans laquelle on fait bouillir de la sauge, de l'ail et de l'huile d'olive. 
Ces deux autres ingrédients sont aussi des symboles de vie (voir expressions 
citées ci-dessous). On la sert sur des tranches de pain. Elle a la réputation de 
nettoyer le corps, notamment suite à un repas riche et bien arrosé... 

Mais il y a là aussi un jeu de mot. D'abord sur le nom de la soupe, "eau 
bouillie", c'est-à-dire a priori... rien de nourrissant ni d'efficace ! Et puis parce 
que cette expression a une suite, qui permet ces fameuses "joutes oratoires" 
provençales. Oui, bien sûr, l'aigo-boulido sauve la vie... mais les initiés 
répondent "e au bout d’un tèms, tuio lei gènt ("et au bout d'un moment, elle tue 
les gens") ! Car c'est une soupe de pauvre, et si l'on ne se nourrit que de ça... 
Sans compter (retour au jeu de mot) que, l'eau bouillie n'est pas bonne à boire 
car elle est appauvrie en oxygène et que, finalement, dans l'eau qui bout, on ne 
survit pas longtemps... 

Commentaires : C'est une expression extrêment connue, que les 
provençalophones citent spontanément dès qu'on leur parle d 'aigo-boulido, voire 
d'aigo seulement. La soupe en question est une spécialité culinaire souvent 



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citée, moins souvent consommée et c'est dommage parce que c'est délicieux 
(remarquez qu'on la sert désormais dans les restaurants gastronomiques, ça fait 
"terroir"). 

Emploi : Usuelle, vieillissante, connue partout. 

Voir : l'aigo fai veni poulit ; l'aigo es d'or ; Vas paga lou capèu ? ; lou soulèu mi 
fa canta; manger des regardéliés ; métré d’oli ei cese ; monter l'aïoli ; une pompe à 
l'huile ; va te faire une soupe... 


L'as paga lou capèu ? [P, FRP] 

Sens : Question rituelle que l'on pose à quelqu'un qui porte un chapeau 
remarqué et que l'on feint ainsi de trouver ridicule (trad. litt. "tu l'as payé, ton 
chapeau ?"). Prononcé "l'ass paga lou capèou" (API [las pa"ga lu ka"pEu8]). 
S'adresse en général à un homme avec qui l'on est familier. 

Origine : C'est l'exemple de la joute oratoire basée sur une moquerie, 
qu'affectionnent tant les Provençaux. La réponse rituelle est cinq sou camèu ! 
("cinq sous, chameau !") ou pas de tei sou, camèu ! ("pas avec tes sous, 
chameau !"), qui rime avec la question. Tout cela reste bien sûr de la 
plaisanterie entre familiers (la preuve, on se tutoie). Le port du chapeau était 
autrefois général, pour les hommes comme pour les femmes, d'autant plus dans 
un pays de soleil. Ce jeu était donc très souvent possible. 

Commentaires : Cette expression fait partie du stock réduit mais 
hautement symbolique et très largement partagé des phrases-souvenirs en 
provençal. 

L'emploi de l'article défini pour indiquer la possession est une tournure 
provençale typique (passée en français régional). 

Emploi : Très usuelle partout, vieillissante, connue et presque par tous (les 
jeunes l'emploient pour plaisanter). 

Voir : avoir le cul comme... ; aquelo empego ! ; avoir cassé l'armoire à glace; 
bounjou bràvi gènt... ; caguer aux brailles ; fai de bèn... ; Vaigo-boulido... ; quand ~ 
pren lou capèu... ; on dirait un caramentran ; lou soulèu mi fa canta. 


L'ouro dei brousso [P] 

L'heure des brousses [FRP] 

Sens : "Une heure tardive". On dit par exemple "on va encore manger à 
l'heure des brousses". 

Origine : Les brousses, du provençal brousso, sont des fromages de chèvre 
ou de brebis vendus frais (et. le brocciu, équivalent corse). Les plus réputées 
sont les brousses du Rove (village à l'ouest de Marseille). Jusque dans les années 
1960 (et à nouveau depuis quelques temps), les marchand de brousses 
descendaient en ville, à la belle saison, assez tard le soir, et parcouraient les 
rues en poussant leur charrette et en criant (d'où une autre expression : crida 
coumo de marchand de brousso/crier comme des marchands de brousses). On 
remarquait donc aisément leur passage tardif. 

Commentaires : L'expression est restée vivante alors que ce à quoi elle 
faisait référence avait disparu. 

Traditionnellement, la brousse fraiche (sorte de fromage blanc) était 
réputée être une nourriture de femmes et d'enfants. Les hommes la mangeaient 
fermentée et piquante. 



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Emploi : Usuelle dans la région marseillaise, surtout employée en français. 
Voir : faire le pessu ; rencontrer une charrette ; une pompe à l'huile. 


La castagno tubo/vai peta [P] 

Sens : "Il y a de la violence dans l'air" (trad. litt. "la châtaigne fume /va 
éclater"). C'est l'équivalent du français "commun" il y a de l'orage dans l'air (au 
sens "les gens vont se mettre en colère"). Prononcé [la kas"tanjO "tybO / vaj pe"ta] 
(API). 

Origine : Quand on fait griller une châtaigne, au bout d'un moment elle se 
met à fumer, et, si l'on n'a pas pris soin de la fendiller, elle finit par éclater. 
L'image est donc celle de la chaleur et de la tension qui montent, signes 
annonciateurs d'un éclat de violence. 

Le choix de la châtaigne est orienté par le fait que la consommation en est 
habituelle et traditionnelle en Provence. Les zones propices à la croissance des 
châtaigners y sont limitées (car cet arbre ne supporte pas le sol calcaire). Mais 
les châtaigners du massif des Maures (à l'est de Toulon), produisent les 
châtaignes les plus réputées de Lrance (les fameux marrons du Luc, qu'on fait 
glacer). Le châtaigner pousse également en Haute-Provence et, abondamment, 
dans les Cévennes voisines. 

Commentaires : C'est de cette expression que vient l'usage du mot castagne 
pour "bagarre" en français "commun" (emprunt au provençal facilité par le fait 
que une châtaigne désigne déjà "un coup"). Pourtant, l'expression n'est pas 
passée en français régional. 

Emploi : Peu usuelle partout, vieillie. 

Voir : faire le mourre ; faire péter ; faire un chaple ; faire un estampèou ; mettre le 
gouaï. 


La matinado fa la jornado [P] 

Sens : "L'essentiel du travail se fait le matin" (trad. litt. "la matinée fait la 
journée"). Prononcé "la matinado fa la djornado" (API [la mati"nadO fa la 
ôOÂ"nadO]). On dit aussi journado. 

Origine : Dès les beaux jours, et surtout pendant la saison chaude (de mai 
à septembre inclus), l'habitude est de travailler tôt le matin. Cela permet 
d'effectuer une longue matinée de travail, puis de ne le reprendre qu'à partir de 
quatre heures, en évitant les heures les plus chaudes. Pendant cette interruption 
on fait la sieste, car il fait trop chaud pour faire autre chose, et parce qu'on se 
lève tôt (et qu'on profite de la fraicheur du soir, donc qu'on se couche tard). Les 
horaires traditionnels de travail sont 7H-12H et 16H-19H (par exemple pour les 
commerces), ou 5H-12H et 18H-22H dans l'agriculture. 

L'expression signifie également que si l'on travaille activement dès le 
matin, on sera actif toute la journée. Sinon... 

Commentaires : Ce genre de rythme de travail est habituel tout autour de 
la Méditerranée, mais il est mis à mal par des "normes" aussi nordiques (voire 
anglo-saxonnes) qu'inadaptées, depuis quelques années. De plus en plus, les 
magasins et bureaux sont ouverts sans interruption toute la journée et l'on ne 
respecte même plus l'heure de la sieste... Alors, on climatise, on mène la biasse et 
on attrappe des rhumes et des rhumatismes. 



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Cette expression s'inscrit dans la longue série de celles qui encouragent un 
travail actif et fustigent la paresse. 

Certains lui donnent un sens plus large. L'humeur ou le temps qu'il fait le 
matin influence toute la journée. 

Emploi : Peu usuelle, vieillie, attestée partout. 

Voir : aller plan-plan ; chercher Moulinari ; il vaut mieux un qui sait que cent 
qui cherchent ; paraulo longo... ; tant que virofa de tour ; zou, boulegan ! 


La pèiro vai au clapié [P] 

La pierre va au clapier [FRP] 

Sens : "L'argent va aux riches" ou "chacun va avec ses semblables" (trad. 
litt. "la pierre va au tas de pierres"). 

Origine : Un clapié, en provençal, c'est un tas de clapo, c'est-à-dire de ces 
pierres plates que les paysans retirent de la terre (pour la cultiver) et entassent, 
justement, au bout du champ. La meilleure place pour une clapo, c'est sur le 
clapié. C'était autrefois une activité si régulière, et si harassante, dans la terre 
caillouteuse de Provence, que l'image en était très présente à l'esprit des gens. 
D'où son utilisation pour cette expression. 

Commentaires : Le sens le plus fréquent est le premier (celui portant sur 
l'argent). L'autre est plus rare. 

On se sert aussi beaucoup des clapo pour bâtir les bancau (murettes de 
soutènement) des restanco, dans les cultures en terrasses. Le mot français clapier 
("cage à lapin") est un emprunt au provençal, au sens de "terrain caillouteux", 
d'après les dictionnaires, avec l'idée que ce sont des terrains propices aux lapins 
(?)• 

Emploi : Usuelle en provençal, rare en français ; employée surtout dans le 
monde rural et attestée partout. 

Voir : aïoli sur toi ; avoir des oursins dans les poches ; agué de sou coumo un 
chin... ; lou mourtié sent toujou l'aiet; lou peirou mascaro la sartan. 


La verita a coumo l'ôli, revèn toujou dessus [P] 

Sens : "On finit toujours par découvrir la vérité" (trad. litt. "la vérité est 
comme l'huile, elle revient toujours dessus"). Prononcé "la verita a coumo l'ôli, 
révin toudjou déssu", API [la veri"ta a"kumO "ION Âe"E$n tu"ou de"sy]. 

Origine : Dans un pays de production d'huile d'olive, l'image de l'huile qui 
flotte forcément sur l'eau est bien connue. En outre, l'huile est un symbole de 
richesse et l'olivier un symbole de justice, symboles positifs commodément 
associables à la notion de vérité. 

Commentaires : Expression jouant une fois de plus sur une image très 
simple et très concrète pour délivrer un message de sagesse populaire. Elle 
conseille aussi de surveiller ses propos, ce qui est d'autant plus utile dans un 
pays où l'on a la parole facile. 

Je la trouve éloquente, très belle, presque biblique. 

Emploi : Rare, vieillie mais connue partout (uniquement en provençal). 

Voir : à Gonfaron... ; avans de parla... ; et lou tchètchou ; métré d'àli ei cese ; 
paraulo longo... ; pèr Toussant, l'ôulivo à la man ; quand lei pijoun tetaran 



92 

Le con de Manon ! 

Sens : Exclamation marquant la surprise. 

Origine : Comme on l'a déjà vu, les exclamations provençales sont souvent 
construites autour de la préposition de. C'est vrai aussi des exclamations basées 
sur con, même si celles-ci relèvent surtout du français (régional) et sont rares en 
provençal (où coun est une insulte puissante, pas un juron). D'où con de + 
quelque chose. 

Pourquoi Manon ? Parce que c'est un prénom féminin, qui rime avec con, et 
que le con, à l'origine, c'est le sexe de la femme. 

Commentaires : Des variantes existent, comme con d'aï ("con d'âne"), et des 
injures et non des exclamations, comme con à la voile (difficilement explicable), 
ou con de tes os (qui déclare la connerie "congénitale"). 

On voit que, même en français, les structures de base du provençal 
continuent à orienter les façons de dire des Provençaux. Cette expression est, en 
termes de structure, parfaitement comparable àfacho de... 

Depuis Pagnol et son Manon des sources, ce prénom est réputé provençal, 
mais il ne l'est pas. Dans le roman, du reste, on explique que ce prénom est 
donné à la petite en référence à l'opéra Manon Lescaut. 

Emploi : Peu usuelle, surtout employée dans la région marseillaise, connue 
dans les Bouches-du-Rhône et le Var. 

Voir : aquelo empego ; bonne mère; couillon de la lune ; couquin de... ;fan de... ; 
fatche de... ; mon vié ; tron de... 


Li a de grame à tria [P] 

Sens : "Il y a beaucoup de travail à faire" et, spécifiquement "il y a 
beaucoup de travail mal fait à refaire, de mauvaises choses à critiquer" (trad. 
litt. "il y a du chiendent à trier"). Prononcé "lia dé gramé à trilla" avec tonique 
sur le a de grame (API [Ija de "gÂame a tÂi"ja]). 

Origine : Le chiendent est une mauvaise herbe qui infeste les terres 
agricoles et menace les cultures. Les paysans, avant l'invention des désherbants, 
passaient beaucoup de temps à retirer le chiendent, pied par pied, dans leurs 
champs. Ils triaient donc les bonnes plantes des mauvaises. L'expression vient 
de là. 

Commentaires : Comme la pèiro vai au clapié, c'est une expression très 
imagée, très concrète, basée sur ce qui a longtemps été le vécu quasi quotidien 
d'une population majoritairement rurale. Elle est une trace et un reflet d'un 
mode de vie passé. 

Emploi : Usuelle et connue partout en provençal mais vieillie. 

Voir : bien encaper ; la matinado fa la jornado; qu sameno d'espino... ; se lever la 

peau. 


Li dien ~ / ié dison [P] 

On y dit ~ [FRP] 

Sens : "Il/elle s'appelle (trad. litt. du provençal = "ils/elles lui disent ~"). 
Les formes provençales sont prononcées [li"djE$N] (variante de Provence 
maritime et intérieure) et "ié disoun" [je"dizu$N] (variante de la vallée du 
Rhône). 



93 

Origine : C'est la façon de dire spécifiquement provençale, à peu près 
unique dans cette langue. Le verbe apela y existe mais y est d'un usage rare, 
plutôt réservé au sens "traiter quelqu'un de...", par exemple "iéu l'apèli bedigas” 
("je l'appelle imbécile"). Quant à souna, c'est plutôt "appeler de loin". 

La formation de cette locution est assez simple. La troisième personne du 
pluriel (ils/elles) correspond en provençal au on indéfini du français. C'est 
d'ailleurs avec on que l'expression a été adaptée en français régional. Et si on 
vous dit "Philippe", c'est que vous vous appelez Philippe (cf. en français 
"commun" on se dit "tu "). 

La fréquence de l'expression a favorisé son passage en français régional. 

Commentaires : En langue provençale, la troisième personne indéfinie 
("on") peut aussi être exprimée par le pronom si (ou se, selon les régions). Si 
parlo prouvençau veut dire "on parle provençal" (cf. la même structure en 
italien). 

Du coup, appeler au sens de "donner un nom", se dit en provençal métré ~, 
par exemple "lou chin, li avèn mes Casanova" ("le chien, nous l'avons appelé 
Casanova", trad. litt. "le chien, nous lui avons mis Casanova"). 

La forme provençale d'origine, citée ci-dessus en entrée, est double, car 
c'est l'un des rares cas, et pour une formule très fréquente et très connue, où la 
différence entre les deux grandes variétés de provençal est très marquée. 

Emploi : Peu usuelle et vieillie en français régional (concurrencée 
fortement chez les jeunes par les tournures à la française) mais comprise par 
tous. Usuelle partout en provençal. 

Voir : conservez-vous ; comment ça va que...; du sel gros; remettez-vous ; se 
faire voir ; tirer souci ; un peu. 


Lou bèu prountié [P] 

Le beau premier [FRP] 

Sens : "Le tout premier". 

Origine : Dans cette expression banale, l'adjectif bèu/beau n'est pas à 
comprendre comme signifiant "beau", mais dans un sens augmentatif. Cela 
veut dire "vraiment premier". C'est l'un des sens de bèu en provençal, où siés un 
bèl orne ne veut pas dire "tu es un bel homme", mais "tu es un homme qui en fait 
trop". De fait, l'expression est si usuelle qu'on ne dit presque jamais lou proumié, 
mais lou bèu proumié, ou au féminin la bello proumiero. Cette fréquence a favorisé 
le passage en français régional. 

Commentaires : On dit aussi avec un sens identique lou bèu darrié [P]/le 
beau dernier [FRP] (et équivalents féminins). 

Chez beaucoup de Provençaux, même en français, c'est une formule quasi 
automatique. Evidemment cela crée des ambigüités d'interprétations avec des 
estrangers qui se demandent pourquoi "beau", ou qui vous prennent pour un 
orgueilleux parce que vous leur dites "c’est moi le beau premier" ! 

Emploi : Très usuelle partout dans les deux langues et pour tous.. 

Voir : être bien fatigué; grosse caresse ; ma belle ; y en a un qui est mort. 


Lou bouon Dieu l'a passa que de nue [P] 



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Sens : "C'est un endroit perdu et miséreux" (trad. litt. "le Bon Dieu n'y est 
passé que de nuit"). Prononcé "lou bouon diéou la passa qué dé nué" (API [lu 
bwOn "djeu8 la pa"sa ke de n e]). 

Origine : L'expression sous-entend que quand Dieu a traversé l'endroit (en 
général un village isolé), comme il faisait nuit, il ne l'a pas vu et n'a donc pas pu 
y répandre ses bienfaits. 

Commentaires : Une variante consiste à dire "lou Bouon Diéu s'es arresta 
à..." (le Bon Dieu s'est arrêté à...) et d'y ajouter le nom du village précédent sur 
la route. Sous-entendu, il n'est pas venu jusqu'ici. Les mêmes dictons existent 
en italien. 

D'autres expressions servent à déclarer un endroit "perdu". On en dira "es 
uno pacoulo/c'est une pacoule" et on en appellera les habitants de pacoulen/des 
pacoulins (en clair, des "ploucs"). 

Emploi : Usuelle partout. 

Voir : être de Martigues ; pèr davala, tôuti lei Sant ajudon ; va caguer à... 


Lou coust lèvo lou goust [P] 

Sens : "Quand c'est trop cher, ça coupe l'envie d'en manger" (trad. litt. "le 
coût enlève le goût"). Prononcé "lou cou(s) lèvo lou gou(s)" avec ou sans les -s 
(API [lu ku(s) "lEvO lu gu(s)]). 

Origine : L'expression joue sur la ressemblance phonétique entre coust et 
goust (qui pourrait d'ailleurs aussi bien fonctionner en français). 

Commentaires : Expression populaire, bien sûr, reflétant une réalité 
sociale. A l'inverse, d'autres pensent aujourd'hui que ce qui n'est pas assez cher 
n'est pas de bonne qualité. Chacun voit midi à sa porte... Et il y a même 
d'anciens plats de pauvres qui sont devenus des mets très chics et très chers. Un 
exemple ? Té, la bouillabaisse ! Autrefois, c'était le ragoût du pêcheur, fait avec 
les poissons invendus ou invendables. Aujourd'hui, on y met de la baudroie, du 
fiélas, du saint-pierre, les rascasses coûtent cher, et, au restaurant, c'est au menu 
gastronomique à 250 FF ! (enfin, la bonne, la vraie, pas le potage de gargote 
pour attrappe-couillons). 

Emploi : Rare mais connue partout. 

Voir : a ni goust ni gousto ; es pas douna ; faire des comptes de Maistre Arnaou ; 
métré d'àli ei cese ; cjuicha Vanchoio. 


Lou mourtié sènt toujou à l'aiet [P] 

Sens : "On ne peut heureusement pas tout effacer de ses origines" (trad. 
litt. "le mortier sent toujours l'ail"). Prononcé "lou mourtié sin toudjou à l'aillet" 
(API [lu muÂ"tje sE$n tu"ou ala"je]). 

Origine : Le mot aiet signifie à la fois "ail" et "aïoli", cette sauce étant la 
façon la plus typique et la plus célèbre de le mettre en valeur. Le mourtié, c'est 
un récipent traditionnel en marbre, très lourd, dans lequel on monte l'aïoli; A 
force, bien sûr, il s'imprègne de l'odeur de l'ail, et, malgré tous les lavages, cette 
odeur reste. Voilà pour la métaphore. 

Il faut ajouter à cela que l'aïoli est une sorte d'emblème de la provençalité, 
pas seulement pour des raisons culinaires, mais aussi pour des motifs 
symboliques (voir aïoli sur toi). C'est donc une expression aux connotations très 
positives (d'où ma traduction par heureusement ci-dessus). 



95 

Et en plus, ça rime. Tous les ingrédients sont là pour en faire une 
expression familière. 

Commentaires : La structure senti à (objet indirect) est normale en 
provençal. 

C'est une expression qu'on emploie surtout quand quelqu'un révèle son 
origine, par sa prononciation, ses goûts, ses manières, et surtout quand il révèle 
une origine provençale un peu démarquée par l'exil (la diaspora provençale est 
importante). 

Emploi : Usuelle partout et comprise par tous, ce qui fait que les 
provençalophones n'hésitent pas à la prononcer devant des non- 
provençalophones, surtout si ce sont malgré cela des Provençaux. 

Voir : aïoli sur toi ; gavouot, l'es pas qu vouo ; monter l'aïoli; Mountessian et 
Parcimoni ; une pompe à l'huile. 


Lou peirôu mascaro la sartan [P] 

Sens : "Se moquer de quelque chose par quoi on est pourtant soi-même 
concerné" (trad. litt. "le chaudron noircit la poêle (en disant qu'elle a noirci)"). 
C'est en gros l'équivalent de C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Prononcé "lou 
peïroou mascaro la sartan" (API [lu pej"rOu8 mas"karO la saÂta$N]). 

Origine : C'est une image très éloquente qui sort tout droit de la cuisine 
familière. Les récipients au feu, surtout quand c'était du feu de bois, ont 
toujours le fond extérieur qui noircit. Cela permet ici une allusion à des défauts 
cachés de chacun (le fond extérieur d'un récipient s'appelle en effet lou cuou "le 
cul", en provençal). Le verbe mascara (équivalent du français "commun" 
mâchurer) est ici pris à double sens, puisqu'il veut dire "noircir" (y compris au 
sens figuré de "dire du mal"), alors que la poêle est forcément déjà noircie par le 
feu. 

Commentaires : Il existe diverses variantes qui remplacent le chaudron ou 
la poêle par une casserole ( uno oulo), un poêlon (un toupin) ou une marmite ( uno 
pignato). La sartan est vraisemblablement le cas le plus expressif, car c'est aussi 
une injure qu'on adresse aux vieilles dames acariâtres (toutes noircies par leurs 
mauvaises pensées) : vièio sartan ! [P] / vieille sartan ! [PRP], 

Emploi : Raren vieillie, mais attestée et comprise partout. 

Voir : chasque toupin trovo sa cabucello ; c'est un gros malgracieux ; la verita a 
coumo l'àli... 


Lou se gasto l'aubret [P] 

Sens : "Il ne faut pas trop faire de suppositions sur l'avenir" (trad. litt. "le 
si/le sec abime l'arbuste"). Expression à peu près équivalente au français 
"commun" avec des si on mettrait Paris en bouteille. Prononcé "lou sé gasto 
l'ooubré" (API [lu se "gastO lou8"bÂe]). 

Origine : L'expression joue sur l'homonymie entre se "si" et se "sec". Quand 
quelqu'un énonce beaucoup trop de se, on lui répond "la sécheresse est 
mauvaise pour les jeunes arbres", qu'il faut interpréter comme signifiant qu'il 
vaut mieux s'assurer de bons arrosages qu'espérer la pluie. Donc, pas trop de 
"si" et de suppositions... 

Commentaires : Expression qui, une fois de plus, joue sur les mots, tout en 
s'appuyant sur une image simple et familière. 



96 

En plus, et ce n'est pas son moindre avantage, elle permet (en provençal au 
moins) d'éviter ce Paris qu'on mettrait volontiers en bouteille et qu'on jetterait à 
la mer... 

A cause du procédé avec lequel elle fonctionne, elle ne pouvait pas passer 
en français régional. Dommage ! On s'y contentera de si ma tante en avait... 

Emploi : Très rare, attestée dans le Var et la Haute-Provence adjacente. 

Voir : bounjou bravi gènt... ; changer l'eau aux olives ; fai de bèn à Bertrand... ; 
fumer les mauves ; l'aigofai veni poulit. 


Lou soulèu mi fa canta... [P, FRP] 

Sens : C'est la devise prétendue de la cigale et des Provençaux (trad. litt. "le 
soleil me fait chanter"). Prononcé "lou soulèou mi fa canta" (API [lu su"IEu8 mi fa 
ka$"ta]). 

Origine : Les Provençaux sont si attachés à "leur" soleil, à leur terroir et à 
leur qualité de vie que la cigale en est l'emblème. Il est habituel d'en fixer une, 
en céramique, au seuil de la maison pour y apporter joie et prospérité (on y 
ajoute en général quelques épis de blé). Mais ce serait une explication un peu 
superficielle de s'en tenir là... 

Car cette expression est en fait le début d'une expression plus longue, dont 
la forme complète est lou soulèu mi fa canta e tu mi fas caga "...et toi tu me fais 
chier !". Il suffit donc de dire lou soulèu mi fa canta à quelqu'un, ce qui reste très 
poli et sympathique, pour qu'il comprenne qu'il insiste trop longuement... C'est 
l'image de la cigale, qui chante automatiquement dès que le soleil chauffe 
suffisamment (et seulement en ce cas), qui ne s'arrête plus et finit par casser les 
oreilles. On dit d'ailleurs aussi ...ela plueio mi fa caga ("et la pluie me fait chier"). 

Commentaires : Encore une expression "à tiroirs" pour initiés. Cela dit, 
cette expression fournit (en la scindant en ses deux parties) les phrases 
emblématiques en provençal que tout le monde connait -y compris ceux qui ne 
parlent pas la langue-, la première restant symbolique ( lou soulèu...), la 
deuxième étant couramment employée dans la vie quotidienne (mi fa caga !). 

Il en existe des variantes dialectales adaptées aux variétés de provençal 
(lou soulèu me fai canta, par exemple). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : à l'an que vèn... ; boulegues pas lou batèu... ; es lou tambour de Cassis ; 
fai de bèn à Bertrand... ; l'as paga lou capèu ? 


Lou tèms de tua un ai à coup defigo/de poung [P] 

Le temps de tuer un âne à coups de figues/de poing [FRP] 

Sens : "Très longtemps ou infiniment". On dit par exemple de quelqu'un 
qui est lent "avant qu'il ait fini, tu as le temps de tuer un âne à coups de figues !". 

Origine : Expression qui joue sur une image ironique, car il est à peu près 
impossible de tuer un âne de ces façons-là. On imagine quelqu'un qui 
bombarbe sans fin cette pauvre bêtes de figues ou, pire, de coups de poings ! Le 
choix de l'âne est motivé par la place traditionnelle de cet animal (robuste) dans 
le paysage méditeranéen. 

Commentaires : La version avec les figues est à la fois la plus plaisante et 
la plus éloquente, car les figues sont molles et ne produiraient aucun effet sur 
l'âne. Celle avec les coups de poings est moins amusante (pauvre bête) et moins 



97 

évocatrice, car ça ne durerait pas longtemps. L'âne ne se laisserait pas faire (et il 
aurait bien raison). On m'a également signalé une variante ...à coup de casqueto. 
Encore une expression à propos des gens longagnes ! 

Emploi : Usuelle dans les deux langues, connue partout et par tous, 
vieillissante. 

Voir : à Gonfaron, les ânes volent ; aller plan-plan ; y en a un qui est mort. 


M 


M'as coumprés ! [P] 

M'as comprès ! [FRP] 

Sens : "Tu m'as compris". Prononcé "m'ass coumpré" ou "m'ass coumpréss" 
en provençal (API [mas kurrTpÂe / mas kum"pÂes]), et "m'ass comprèss" en 
français régional (API [mas kOm"pÂEs]). On utilise en général une intonation 
tramante et montante, accompagnée d'un clin d'œil. 

Origine : Cette expression est employée pour ne pas dire quelque chose et 
faire court, en s'appuyant sur le fait que l'interlocuteur va comprendre ce qui 
reste implicite. Elle suppose donc une connivence entre les interlocuteurs, ce 
qui explique sa forme provençale même en français régional, où "tu m'as 
compris" fonctionne de fait tout aussi bien. Mais m'as comprès indique et 
souligne une connivence plus forte (d'autant qu'il est parfaitement 
compréhensible pour quelqu'un qui ne parle pas provençal). 

Commentaires : La forme en français régional a été influencée par le 
français (com- et pas coum-), y compris dans sa prononciation. L'équivalent 
français donne lieu à une tournure originale que j'ai souvent entendue "tu m'as 
compris tu m’as". D'une manière globale, le recours à l'expression m’as 
comprès/tu m'as compris me semble beaucoup plus fréquent en Provence que 
dans d'autres régions. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : avoir le bomi ; comment ça va que... ; et patin-coufin ; t'inquiétés pas. 


M'en fôuti, siéu d'Auruou [P] 

Je m'en fous, je suis d'Auriol [FRP] 

Sens : "Je m'en fiche, ça ne me concerne pas". 

Origine : Auriol est un village entre Aubagne et Aix, à l'extrémité ouest du 
massif de la Sainte-Baume. Cette expression proviendrait d'une légende très 
connue, lancée par les habitants d'un autre village pour se moquer de la 
prétendue bêtise des gens d'Auriol. Un de ces derniers entre dans l'église d'un 
village voisin, où le curé sermonne les ouailles de son village en les menaçant 
des flammes de l'enfer. Le type se met à rigoler. Le curé l'apostrophe en lui 
demandant pourquoi cela ne l'effraye pas, ce à quoi il répond ”Iéu m'en fôuti, 
siéu d'Auruou" ("moi je m'en fous, je suis d'Auriol"). 

Il faut dire aussi que les gens d'Auriol ont comme sobriquet lei sïblaire ("les 
siffleurs"). On prétend que c'est parce que quand un excursionniste (on est près 
de Marseille) leur demandait si Roquevaire ou Aubagne ou la Sainte-Baume, 
c'était loin, ils sifflaient pour indiquer que "oui, très loin". Mais siffler, en 



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Provence, c'est faire comprendre qu'on se fiche de ce qui se dit (voir ni parlo ni 
siblo). 

En fait, ce surnom leur vient du fait que l'auruou, en provençal, c'est le 
"loriot", petit oiseau qui figure d'ailleurs dans les armes d'Auriol, et du fait que, 
en provençal, lou sïblaire est le surnom de divers passereaux, dont la 
bergeronnette et le loriot. Et nous voilà remontés à l'origine de l'expression, 
dont les chemins sont sinueux : être d'Auriol, c'est être des loriots, le loriot 
siffle, donc les gens d'Auriol sont des siffleurs, donc ils s'en fichent. Restait à 
enjoliver tout cela. On peut faire confiance à l'imagination populaire. 

Commentaires : L'expression est bien vivante, tellement qu'elle est passée 
en français, et connue dans toute la Provence. D'ailleurs, il suffit de dire "je suis 
d'Auriol" et tout le monde comprend. Mais, attention, c'est encore une 
expression "à tiroirs" qui permet une joute oratoire. Car après m'en fôuti siéu 
d'Auruou, les initiés ajoutent "e iéu m'en fôuti enca mai, siéu de z-Ais" ("et moi je 
m'en fous encore plus, je suis d'Aix"). Cette formule complémentaire rime 
(prononciation = "maï/zaï"). Elle n'est pas passée en français régional. 

Cette expression entre dans le cadre des moqueries entre voisins dont 
nous avons vu plusieurs exemples. Il en existe une variante dans le Vaucluse, 
où l'on dit localement "je m'en fous, je suis de Faucon" (autre nom d'oiseau...), 
expression appuyée sur la même légende. 

Le surnom de sïblaire est donné en Provence aux habitants de plusieurs 
villages, toujours avec un sens péjoratif ("être indifférent, mentir, calomnier", et. 
le français persiffler). 

Emploi : Usuelle partout, surtout entre Toulon, Aix et Marseille (Auriol est 
au centre de ce triangle), connue partout et par tous. 

Voir : c'est comme la poutre de Cabasse; à Gonfaron... ; c'est le Tambour de 
Cassis; être de Martigues ; fai de bèn à Bertrand... ; gavouot... ; lou soulèu mi fa 
canta, et l'expression citée ci-dessus.. 


M'escagasso ! [P] 

Ça m'escagasse ! [FRP] 

Sens : Au figuré "ça m'énerve", "ça me casse le moral". On entend par 
exemple "Eteins-moi la télé, vaï, moi, toutes leurs âneries, ça m'escagasse !". 

Origine : Le verbe provençal escagassa est un dérivé de caga au sens 
"effondrer". Il signifie au propre "aplatir, afaisser" et au figuré "irriter, 
déprimer". Il est perçu par les Provençaux comme très expressif, surtout au 
sens figuré, ce qui explique qu'il constitue quasiment une expression figée et 
qu'il soit passé en français régional. 

Commentaires : Le verbe escagasser est parallèlement bien attesté en 
français régional, où on l'emploie très régulièremment au sens propre. Par 
exemple, "ti as mis les patates sur les tomates, et maintenant, les tomates elles sont 
toutes escagassées". 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : caguer aux brailles ; en moulon ; esquicher la gargamelle ; faire la bébé ; 
faire une cagade ; la castagno tubo... 


Ma bello [P] 
Ma belle [FRP] 



99 

Sens : "Madame, mademoiselle". Se dit par sympathie, sans connotation 
intime, à une personne qu'on connait à peine. 

Origine : L'une des règles de base des relations sociales en Provence, c'est 
qu'on doit se montrer chaleureux, familier, serviable avec les inconnus. On doit 
garder ses soucis et ses états d'âme pour son intimité. Les formules utilisées 
pour s'adresser aux gens y participent. Ainsi, mesdames, il est normal qu'un 
commerçant vous salue par un "Bonjour ma belle ! ", ou si vous ramassez la 
canne d'une personne âgée, elle vous remercie en disant "Merci ma belle". 

Commentaires : En provençal, on dit aussi beaucoup moun bèu ("mon 
beau") à un homme, mais c'est rare en français régional. Par contre, on y 
entendait mon bon, qui est aujourd'hui vieilli. Bien que ce soit des usages banals 
et connus de tous, on fait attention à ne pas les employer dans des situations où 
cela pourrait être mal interprété. Ça fait vraiment partie des habitudes chez les 
commerçants, entre voisins et voisines, avec les personnes âgées ou les enfants. 
Certains en jouent, surtout les commerçants, sur les marchés, dont la tchatche 
est un argument commercial, allant souvent jusqu'à appeler "ma chérie" leurs 
clientes fidèles ! 

Ce type de contact est souvent mal interprété par les estrangers, soit qu'ils y 
voient un manque de retenue, soit qu'ils le prennent aussitôt pour une marque 
d'intimité et d'affection solide, ce qui les conduit à des déceptions certaines. 

Emploi : Très usuelle partout, vieillissante. 

Voir : c'est un gros malgracieux ; être droit comme une bigue ; faire la damote ; 
faire une bonne manière ; ni parlo ni siblo ; qu pinto vende. 


Manja de regardello [P] 

Manger des regardelles [FRP] 

Sens : "Ne rien manger du tout". 

Origine : Le mot regardello vient bien sûr de regarda "regarder". 
L'expression signifie au départ "manger avec les yeux", qu'il s'agisse de plats 
présentés de façon très esthétique, ou de nourriture qu'on voit, mais qu'on ne 
peut pas s'offrir, ce qui fut longtemps le lot de tant de pauvres gens. C'est 
"manger des visions", et donc ne rien manger du tout. L'expression est en 
général perçue comme jolie, ce qui a fait oublier son sens initial, et l'a aidée à 
passer en français régional. Aujourd'hui, beaucoup de gens l'interprète comme 
sigifiant au propre "manger l'air du temps". 

Commentaires : En provençal, on dit également viéure de regardello "vivre 
d'amour et d'eau fraiche". 

C'est typiquement l'expression qui décrit ce qu'on vous sert dans les 
restaurants chics qui font "nouvelle cuisine". Un poisson liliputien rouge, trois 
rondelles vertes de courgette naine et, à l'autre bout de la grande assiette quasi 
vide, un dé à coudre de riz safrané. C'est beau à voir, mais trop léger pour se 
lever la faim ! Ça, c'est manger des regardelles... (regardez bien l'addition, elle est 
jolie, aussi). 

Emploi : Usuelle en français et très usuelle en provençal, surtout dans le 
monde rural, partout et pour tous. 

Voir : avoir les joues...; faire figure ; faire une partie de cabanon; l'aigo- 
boulido... ; il mangerait ~ . 


Manjarié ~ [P] 



100 

Il/elle mangerait ~ [FRP] 

Sens : "Il/elle a très faim". Les compléments de l'expression sont variés et 
indiquent soit la précipitation, soit la quantité. Par exemple (en français) : il 

mangerait des sardines sans ouvrir la boite, ...des pierres, ...une chèvre sans la dépecer, 
...un âne, etc. 

Origine : L'expression joue sur des comparaisons outrancières, selon un 
procédé classique, surtout en Provence. 

Commentaires : C'est typiquement l'expression où peut jouer la création 
spontanée de chacun, à la limite entre l'expression toute faite et le 
renouvellement permanent. La même possibilité existe avec le verbe béure/boire 
(exemple : il boirait la mer et tous les poissons, ...une dame-jeanne de vin frais, etc.). 
Ce procédé est très exploité dans la vie quotidienne, en provençal comme en 
français. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : agué de sou coumo... ; il y passe un camion ; va caguer à... 


Mano à mano 

Sens : "La main dans la main, en amoureux" (trad. litt. "main à main"). 

Origine : L'expression existe en espagnol où elle fait partie du vocabulaire 
de la corrida, par laquelle elle a pu se répandre en Provence, y compris via le 
vocabulaire du jeu de boules où elle est connue au sens de "jouer à deux, en 
tête-à-tête", qui est un peu différent. Cela peut également être un emprunt à 
l'italien, dont la connotation de langue romantique est bien vivante, d'autant 
que j'ai entendu des variantes la mano la mano ou mano in mano dans le Var (où 
l'influence italienne est assez nette). Mes informateurs de la vallée du Rhône 
l'identifient comme étant espagnol, ceux du Var comme étant italien... 

Commentaires : Quoi qu'il en soit, l'expression est facilement 
compréhensible, surtout dans le Midi où l'on est habitué à entendre et à parler 
d'autres langues romanes. Elle est employée en français et apparemment pas en 
provençal. 

Emploi : Rare, attestée et connue partout, vieillie. 

Voir : balin-balan ; brancher les cagoles ; donner la main ; faire des yeux de seiche 
; s'embrasser comme des courges. 


Marca bèn/mau [P] 

Marquer bien/mal [FRP] 

Sens : "Paraitre bien/mal, avoir bonne/mauvaise allure". Si vous êtes poli 
chez les parents de votre copine, ça marque bien, si vous êtes habillé en skin et 
qu'ils sont baba-cools, ça marque mal. Une grande tour sur le petit port de Carry- 
le-Rouet, ça marque mal, le drapeau provençal sur l'aire de repos de l'autoroute, 
ça marque bien ! 

Origine : Le verbe marquer est à prendre ici au sens du provençal marca, à 
savoir "révéler, indiquer". L'expression marca bèn ou mau est bien connue en 
provençal en ce sens. 

Commentaires : De cette expression est sorti un nom commun désignant 
un homme mal habillé, désagréable, négligé. On l'appelle un marque-mal. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 



101 

Voir : avoir crainte ; bien/mal encaper ; c'est un remède ; faire figure ; sembler un 
caramentran. 


Mena la biasso [P] 

Mener la biasse [FRP] 

Sens : "Emporter un piquenique" (trad. litt. "emporter la besace"). 

Origine : La biasso, c'est le sac du chasseur, du paysan, du pêcheur, où ils 
emmènent leur casse-croute. Du contenant, le mot en est venu à désigner le 
contenu (les grammairiens appellent ça une métonymie). On dit manja la biasso 
(trad. litt. "manger la besace") et donc mena la biasso. Et c'est un geste si habituel, 
une locution si quotidienne, dans un pays où le climat est clément et où on 
aime manger dehors, que c'est même passé en français régional. 

Commentaires : Le verbe mener au sens de "emmener, emporter" est un 
provençalisme (calque du verbe provençal mena). Il signifie aussi "conduire". 

Emploi : En français, peu usuelle, surtout employée à la campagne, vieillie. 
En provençal, très usuelle pour tous ; attestée et connue partout. 

Voir -. faire une partie de cabanon ; manger des regardéliés ; quicha Vanchoio. 


Métré d'ôli ei cese [P] 

Sens : "Apporter un peu de confort et de richesse" (trad. litt. "mettre de 
l'huile dans les pois-chiches". Prononcé "métré d'ôli eil césé" avec tonique sur 
chaque première syllabe (API ["mEtÂe "dOli ej "seze]). C'est quasiment 
l'équivalent de l'expression française mettre du beurre dans les épinards. 

Origine : Les pois-chiches, courant dans l'alimentation provençale, sont le 
symbole des terres pauvres et sèches, car ils poussent là où les autres légumes 
renoncent. On peut les conserver séchés, c'est nourrissant, farineux, peu 
coûteux. Traditionnellement, se nourrir de pois-chiches, c'est l'équivalent de se 
nourrir de patates ou de châtaignes. On les mange en général avec des oignons 
et des anchois (autre symbole de pauvreté, voir quicha Vanchoio). Et en 
vinaigrette. D’où l'intervention, pour les améliorer, d'un symbole de richesse, 
l'huile. 

Commentaires : L'image est claire, connue chez les Franchimands (les 
Français de la moitié nord) qui, eux, peuchère !, en sont réduits à mettre du 
beurre dans des épinards. C'est là qu'on voit que les différences climatiques 
jouent sur les habitudes alimentaires, et donc un peu sur les pratiques 
culturelles, et donc linguistiques. 

Un bon collègue me disait (en provençal) "Je comprends pas pourquoi les gens 
disent de l'huile d'olive, et pas de l'huile tout court... Comme si on pouvait faire de 
l'huile avec autre chose". 

Tout cela dit, un saladier de pois-chiches, en entrée ou pour un 
piquenique, c'est un régal ! 

Emploi : Rare mais attestée et comprise partout. 

Voir : agué lou blanc dôu porri; l'aigo-boulido... ; la verita a coumo l'àli... ; lou 
mourtié sent toujou à l'aiet ; monter l'aïoli ; une pompe à l'huile ; quicha Vanchoio. 


Mettre le gouaï/le ouaï 



102 

Sens : "Mettre la pagaille" ou "foutre le bordel" (!). Prononciation API 
mettre le [gwaj / waj]. 

Origine : En italien, combinare guai, c'est "faire des bêtises", et, au singulier 
un guaio, c'est un malheur, un accident, un problème. Prononcé à la napolitaine, 
ce guaio devient 'uai (prononcé "ouaï). C'est un mot apporté à Marseille par la 
forte immigration italienne, avec hélas son cortège de pauvreté, de souffrance, 
de guai quotidiens. Le mot est directement passé en français régional (mais pas 
en provençal), où il a servi à créer cette expression, sur le modèle de mettre le 
bazar et d'autres formes similaires. 

Commentaires : Son adoption a pu être facilitée par le fait que la même 
racine que celle du mot guai en italien existe en provençal, ou degai signifie 
"dégâts" et degaia "gaspiller". D'autres expressions, venues du provençal, 
veulent dire à peu près la même chose : mettre le pàti ou faire un pastis (pastis 
signifie "mélange" en provençal). 

L'expression a pris aujourd'hui, à partir de Marseille, une connotation plus 
positive, puisque c'est ainsi que les jeunes qui "font la fête" et/ou contestent 
l'ordre établi désigne leur activité pleine de vivacité. 

La double forme de l'expression provient de la double prononciation du 
mot, au départ, par les Italiens eux-mêmes, le g- étant conservé en italien 
"standard" et par ceux du nord, alors qu'il est fondu dans la prononciation du iv 
qui le suit chez les Italiens du sud. 

Emploi : Peu usuelle, employée à Marseille et surtout par les jeunes, mais 
la mode du "parler marseillais" rayonne de plus en plus loin dans ces tranches 
d'âges ; compréhensible pour une bonne proportion de Marseillais et, plus 
largement, de Provençaux, grâce à une connaissance diffuse de l'italien. 

Voir : aïoli sur toi ; avoir la chcoumougne ; brancher les cagoles ; faire le cacou ; 
faire un estampèou ; monter l'aïoli. 


Miés un que saup que cènt que cercon [P] 

Il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent [FRP] 

Sens : "Il est plus efficace de s'adresser à une personne compétente plutôt 
que de tout réinventer ou redécouvrir" et "une personne qui sait est plus forte 
que cent autres qui cherchent". La forme provençale est prononcée "miéziing 
qué soou qué cin qué cèrcoun" (API [miez"yN ke "sou8 ke "sE$N ke "sEÂkuN]). 
C'est un peu l'équivalent du français "il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu'à 
ses saints", sauf qu'il n'y a pas d'allusion au pouvoir mais au savoir dans 
l'expression provençale. 

Origine : Le dicton provençal joue sur le rythme et la prononciation, avec 
la répétition du son s et des que. Il rappelle un principe d'efficacité. Ce jeu sur la 
forme est atténué, mais toujours présent malgré tout, dans l'adaptation 
française. 

Commentaires : La recherche de rapidité et d'efficacité, une fois de plus, 
est au cœur de cette expression. On voit là, également, s'exprimer la confiance 
dans les savoir-faire des gens de métiers, et, plus que tout, dans cette 
instruction qui a longtemps fasciné les humbles, qui faisait de l'instituteur un 
être respecté, et dont abusaient et abusent encore à leurs dépends les détenteurs 
du savoir dominant. 

Cela dit, méfions des certitudes ! Et continuons à chercher, on est loin 
d'avoir fait le tour de l'univers, et tout simplement des expressions familières 
de Marseille et de Provence... 



103 

Emploi : Peu usuelle en français mais connue et, bien sûr, comprise 
partout ; très usuelle en provençal. 

Voir : chasque toupin... ; es pas bèu ce qu'es bèu... ; faire des contes de Maistre 
Arnaou ; la verita a coumo Vôli... ; toumba de lafiguiero. 


Mon vie ! 

Sens : Juron grossier utilisé pour exprimer la déception, l'incrédulité ou 
l'irritation (trad. litt. "ma bite !"). Equivalent partiel du français "commun" mon 
cul ! ou mes couilles !. N'est utilisé que par les hommes. 

Origine : Jurer en évoquant par les noms jugés vulgaires des parties jugées 
indécentes de l'anatomie est un procédé banal et efficace. Ici, on utilise le mot 
vié, qui désigne le sexe de l'homme en provençal et qui est passé en français 
régional. 

Commentaires : Même en provençal, vié est un mot perçu comme vulgaire. 
Il est pourtant devenu relativement usuel, lorsque le contexte le permet, en 
français régional, et, exceptionnellement, non pas pour atténuer la vulgarité 
mais au contraire pour l'affirmer entre gens complices. 

Certains complètent (pour la rime) mon vié, madame Olivier ! 

Emploi : Peu usuelle, surtout chez les hommes, les jeunes et dans la région 
marseillaise, mais attestée et connue partout. 

Voir : fan de... ; fatche de... ; le con de Manon ; tron de... ; vafangoule. 


Mounta Vaiôli [P] 

Monter l'aïoli [FRP] 

Sens : 1) "Faire un aïoli", 2) "Chauffer l'ambiance", 3) Faire l'amour. En 
provençal, aiàli se prononce avec un accent tonique sur le o ouvert (API [a"jOli]). 
En français régional, il est soit prononcé à la provençale, soit à la française, avec 
o fermé et tonique sur i final (API [ajo"li]). 

Origine : Dans le sens premier, l'expression vient du fait que l'aïoli se 
"monte” (comme une mayonnaise) en ajoutant petit à petit l'huile qui fait 
monter le niveau et qui construit la texture ferme de la sauce. Les deux autres 
sens sont issus de la symbolique traditionnelle de l'aïoli, met emblématique 
(voir aïoli sur toi), qui allie la convivialité, l'unité, la fête et la vitalité. La 
métaphore de l'acte sexuel, sur le plan concret, s'appuie aussi sur le geste lui- 
même (le pilon qui fait la sauce en s'agitant dans le mortier où sont les œufs, 
qui y mélange l'huile -surnom de la semence masculine en provençal- et qui 
doit y tenir debout !). 

Commentaires : Le dernier sens est moins bien connu en français, mais 
reste très présent à l'esprit des provençalophones, car toutes sortes de jeux de 
mots, de plaisanteries coquines, de dictons et de chansons licencieuses y font 
allusion dans le patrimoine culturel populaire. 

Le deuxième sens, très connu en provençal, ne s'est développé en français 
régional que de façon relativement récente, avec l'affirmation renouvelée de 
l'identité régionale, et notamment marseillaise. Ce renouveau s'appuie sur une 
caractéristique affichée de la vie "à la provençale" : la bonne ambiance tous 
ensemble. 



104 

Un aïoli raté s'appelle un aioli foundu [P]/ un aïoli fondu [FRP], c'est-à-dire 
justement qu'il ne tient pas uni (on dit aussi qu 'il a cagué). De là vient qu'on dit 
de quelqu'un qui est fou qu'z7 est fondu. 

Emploi : Très usuelle partout au sens 1, peu usuelle partout au sens 2, peu 
usuelle en français mais usuelle en provençal, quoique vieillie au sens 3. 

Voir : aïoli sur toi; brancher les cagoles ; faire un estampèou ; faire une partie de 
cabanon ; mettre le gouaï; ne pas calculer 


Mountessian et Parcimôni [P, FRP] 

Sens : Ce sont les noms stéréotypés des Arméniens et des Corses dans les 
"galéjades" provençales et surtout marseillaises. Prononcé "mountéssian et 
parcimôni", le deuxième portant un accent tonique sur le o. 

Origine : Marseille au premier chef, et la Provence en général, ont connu 
de nombreuses et fortes vagues d'immigration aus cours des deux derniers 
siècles. En plus des Italiens, avec qui les échanges sont très anciens, sont 
notamment arrivés au XXe siècle les Corses (fuyant la misère) et les Arméniens 
(fuyant le génocide de 1915). Leurs présences massives ont évidemment 
engendré des sobriquets et les ont intégrés dans la langue. Le nom de 
Mountessian, choisi pour sa finale en -ian typique des patronymes arméniens, 
signifie en provençal "où sommes-nous ?" ou "où nous sommes" ( mounte sian). 
Quant à Parcimôni, c'est le mot français parcimonie prononcé à la corse. 

Commentaires : Dans les blagues provençales et marseillaises, il y a 
souvent un gars du coin, perdu dans une foule de noms en -ian et en -i, qui finit 
par aller demander à quelqu'un "mai mounte sian ?". On le prend aussitôt pour 
un Arménien, sans qu'il y comprenne rien. Ou encore il y a un jeune qui 
dépense tout son argent, qui en demande à son père en jurant qu'il l'utilise 
pourtant "avec parcimonie", et le père, qui parle mal le français (c'est souvent un 
Provençal de la campagne ou de milieu populaire) lui répond "Evidemment, si 
tu fréquentes des Corses... !". On remarque que, dans les deux cas, c'est le 
Provençal qui passe pour un imbécile ou, presque, un étranger sur le plan 
linguistique. 

Si vous regardez bien, vous verrez que dans les films de Pagnol, s'il y a un 
Arménien, il s'appelle Mountessian. 

Voilà une base d'expressions et de messages rituels (et les blagues en sont) 
qui évoquent tout un pan de l'histoire du pays et de la formation de la 
population régionale. 

Emploi : Peu usuelle, davantage à Marseille et en français qu'en 
provençal, mais régulièrement citée et assez largement connue. 

Voir : avoir la tchtache ; aspetta una minuta ; c'est comme la poutre de Cabasse ; 
gavouot... ; mettre le gouaï ; vafangoule. 


NO 


Ne pas calculer ~ 

Sens : "Ne pas faire attention à quelqu'un". L'expression est complétée par 
le nom d'une personne (ou un pronom, y compris réfléchi). On entend par 



105 

exemple : "Ne te calcule pas" ("ne te pose pas trop de questions") ou "calcule pas 
tes parents, viens !". 

Origine : En provençal, les verbes chifra et carcula, qui signifient 
respectivement au propre "chiffrer" (sens rare) et "calculer", ont souvent le sens 
de "réfléchir". Ce sens est passé en français régional pour le verbe calculer, 
d'ailleurs concurrencé par une forme carculer aujourd'hui vieillie et rurale. 
Jusqu'aux générations nées dans les années 1960, on disait par exemple "je 
calcule ce que je vais faire cet après-midi". Une nouvel usage, avec un sens un peu 
transformé, est apparu chez les jeunes depuis en gros une dizaine d'années. 
C'est une tournure transitive ( calculer quelqu'un) avec un sens élargi à "prendre 
en considération". L'évolution en est bien compréhensible. 

Commentaires : Cette nouvelle tournure et ce nouveau sens n'ont pas 
évacué le sens "réfléchir", mais s'y ajoutent. Ils témoignent de la vitalité des 
formes régionales, qui continuent à vivre et donc à évoluer au sein des jeunes 
générations. 

Emploi : Rare, employée par les jeunes à Marseille et aux alentours, mais 
comprise partout ailleurs. N'est pas attestée pas en provençal. 

Voir : aïoli sur toi ; brancher les cagoles ; être a l'agachon ; faire le cacou ; mettre 
le gouaï; mon vie ! 


Ni parlo ni siblo [P] 

Sens : "Il/elle n'exprime rien", d'où "c'est un grossier personnage" (trad. 
litt. "ni il /elle parle, ni il/elle siffle"). Prononcé avec accent tonique sur la 
première syllabe de parlo et siblo (API [ni"paÂIO ni"siblO]). 

Origine : C'est un code usuel, en provençal, de siffler pour exprimer son 
désintérêt à propos de quelque chose dont on vous parle ou de quelqu'un qui 
vous parle. Ça veut dire en gros "tu peux bien causer, je m'en fiche". 
Parallèlement, le fait de rester silencieux en présence de quelqu'un (même un 
inconnu) est considéré comme une attitude impolie, hautaine et désagréable. 
Parler, engager une petite conversation, est un signe de politesse, de 
convivialité, de bonne relation. Le silence n'est donc pas neutre, mais lourd 
d'un sens négatif. Ainsi, pour dire de quelqu'un qu'on ne sait pas ce qu'il pense, 
ce qui l'intéresse, et qu'il est malgracieux (voir cette expression), on dit 
simplement ni parlo ni siblo. 

A l'origine, cette expression se combinait à es bèn fatiga(do) (voir plus haut), 
soit à propos de quelqu'un qui était à l'article de la mort, soit pour se moquer 
davantage encore du personnage silencieux. 

Commentaires : Cette règle de relation avec autrui est restée bien vivante, 
quelle que soit la langue employée, provençal ou français. On voit qu'au delà 
de l'apparente similarité de langue, depuis que les Provençaux parlent aussi et 
surtout français, de profondes particularités de modalités de communication 
continuent à fonctionner et à orienter l'interprétation des comportements 
(même non verbaux, la preuve), donc les comportements eux-mêmes. 

Mais tout est une question de dosage. Il ne faut pas non plus faire comme le 
tambour de Cassis... 

Emploi : Peu usuelle, attestée partout et comprise par tous en provençal. 

Voir : avoir un air de deux airs ; faire la bèbe ; faire le mourre ; je m'en fous... et 
les expressions citées ci-dessus. 



106 

On y voit ~ à travers [FRP] 

Sens : "C'est quelqu'un de très maigre". L'expression est complétée par un 
nom de lieu ou de monument important, qui varie selon les régions de 
Provence. A Marseille c'est on y voit la Bonne Mère à travers (c'est-à-dire la 
basilique Notre-Dame-de-la-Garde), à Toulon, on y voit le Baron à travers 
(montagne), à Forçaiquier on y voit Lurs à travers (village perché)... 

Origine : La personne est tellement maigre qu'elle est transparente. 
Procédé d'exagération ironique largement exploité par les expressions 
provençales. Ce qui est frappant, c'est toujours l'association à un lieu local 
typique et en hauteur. Un lieu local, pour la connivence, et parce que sinon, 
c'est à la fois trop loin et inutile. Autant dire on y voit à travers, forme d'ailleurs 
attestée. En hauteur, parce que c'est un point qu'on doit voir d'à peu près 
partout dans la zone où l'expression locale a cours. 

Commentaires : Des procédés comparables sont utilisés pour d'autres 
expressions, y compris des créations fugitives et spontanées. Dans ma famille, 
on dit il/elle passerait derrière une affiche sans la décoller. En provençal varois on dit 
sèmblo un fum ("on dirait une fumée", ce qui signifie aussi "une abstraction", car 
unfum au figuré, c'est "une idée"). J'ai entendu "si j'éternue, il s'envole", etc. 

Emploi : Usuelle dans les lieux où une variante locale est enracinée 
(surtout à Marseille), peu usuelle ou rare ailleurs, mais comprise partout et par 
tous. 

Voir : gros un stoquefiche ; manger des regardelles. 


P 


Paraulo longo fan leijou court [P] 

Sens : "Parler beaucoup fait gaspiller le temps" (trad. litt. "paroles longues 
font les jours courts"). Prononcé "paraoulo longo fan leï djou cour" (API 
[pa"rau8lo "IO$NgO fa$N lej ou kuÂ]). 

Origine : Quand on parle beaucoup, on ne travaille pas assez, le jour étant 
l'unité traditionnelle de mesure du temps de travail (voir la matinado fa la 
jornado). Ici, l'expression joue sur l'opposition "long/court", procédé classique 
des dictons pour frapper et faciliter la mémorisation. 

Commentaires : Comme on le voit une fois de plus, le rapport des 
Provençaux à la parole fait l'objet de beaucoup d'attention, dont témoigne 
l'abondance d'expressions qui contribue à la réguler. Il faut parler, amplement 
mais pas trop et à bon escient. 

Emploi : Rare (uniquement en provençal) mais attestée partout. 

Voir : avans de parla... ; avoir la tchatche; blaga coumo uno puto borgno ; c'est 
le tambour de Cassis ; c'est une bazarette ; ni parlo... ; rencontrer une charrette. 


Parla pounchu [P] 

Parler pointu [FRP] 

Sens : "Parler français avec une prononciation non méridionale". 

Origine : En provençal, l'adjectif pounchu (féminin pounchudo) signifie 
littéralement "pointu". Il est utilisé depuis fort longtemps dans l'expression 



107 

camina pounchu, littéralement "marcher pointu", c'est-à-dire "marcher avec un 
air snob". C'est une allusion à la démarche maniérée des aristocrates et grands 
bourgeois, qui portaient des souliers à talon (comme s'ils marchaient sur la 
pointe des pieds), alors que le peuple portait des sabots, des sandales ou des 
espadrilles. Le contraire, c'était d'ailleurs camina plat (trad. litt. "marcher plat"). 
D'une manière générale, un comportement guindé est représenté en Provence 
par la métaphore de la pointe. On dit aussi d'une damote, que c'est une 
pessuguette ("une pincette"), parce qu'elle saisit les choses avec un ait dégoûté, 
comme de petites pointes, seulement de la pince de son pouce et de son index 
(cf. avec des pincettes). 

Le français est d'abord arrivé en Provence comme remplaçant du latin 
dans les écrits officiels (XVIe), puis a été pratiqué à l'oral, petit à petit, par les 
gens de pouvoir et d'argent, aristocrates et bourgeois (XVÎIIe-XIXe). De là lui 
vient son image de langue cérémonieuse et hautaine, renforcée par la 
domination que Paris, d'où nous vient le français, imposait contre l'esprit 
rebelle des Provençaux. Quand ces derniers sont largement passés au français 
(XIXe-XXe), ils l'ont prononcé "à la provençale" et ont considéré que c'était leur 
façon à eux, populaire et locale, de le parler. Du coup, une prononciation non 
provençale, à la parisienne, est apparue comme la prononciation des bourgeois 
et du pouvoir franchimand (de la France du nord). Pire : une langue de snobs 
quand il s'agissait de Provençaux qui singeaient les Parisiens (ces renégats sont 
appelés en provençal des francihot). L'expression camina pounchu a été adaptée 
en parla pounchu. Puis, en français régional, elle est devenue parler pointu. 

Le contraire, c'est d'ailleurs parler plat (cf. camina plat), expression rarement 
usitée et qui peut sembler contradictoire avec notre prononciation "chantante". 
Elle veut dire "parler simplement, à la provençale". 

Commentaires : L'expression est péjorative. On dit, pour la renforcer, que 
parler pointu nécessite de mettre la bouche en cul de poule, image ironique et 
injurieuse. La plupart des habitants de la région considèrent aujourd'hui qu'un 
bon français est un français méridional sans être trop populaire. C'est d'ailleurs 
celui qu'ont adopté les migrants au fur et à mesure de leur installation en 
Provence (sauf, souvent, ceux venus de la moitié nord de la France). Cette façon 
de parler français, le "français régional", est devenu un élément constitutif et 
emblématique de l'identité provençale. 

A Marseille, on dit de ceux qui essayent d'voir "l'accent pointu" qu'ils ont 
l'accent "de la rue Paradis", rue qui conduit aux quartiers riches du sud de 
Marseille. 

Les Corses ont aussi donné aux Français le surnom de pinzuttu "pointu", et 
disent parla pinzuttu "parler pointu", pour des raisons similaires. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous, jeunes compris, bien davantage 
en français qu'en provençal. 

Voir : aïoli sur toi ; avoir la tchatche ; métré d'oli ei cese ; qu a vist Paris... 


Parti/s'enana en bïberino [P] 

Partir en biberine [FRP] 

Sens : 1) "Se diluer, s'affaiblir, dépérir" ; 2) "Perdre la tête, retomber en 
enfance". On dit par exemple (sens 1) "Sa boutique est partie en biberine et il a fait 
faillite". Ou (sens 2) "A la fin de sa vie, pauvrette, elle partait en biberine et il a fallu la 
mettre à l'hôpital". 



108 

Origine : La bïberine est le nom qu'on donnait à une sorte de bonbon pour 
enfants qu'on achetait pour trois fois rien dans les boulangeries. Rappelez-vous 
: un petit biberon de plastique avec de la poudre colorée et parfumée dedans. 
On mélangeait la poudre dans de l'eau et on buvait ça (d'autre s'imprégnaient 
la langue de poudre et la laissaient fondre). Cette friandise a connu un gros 
succès pendant deux ou trois générations de minots, sous diverses évolutions, 
grosso modo entre 1940 et 1970 (de nos jours, cette poudre se vend dans des 
sortes d'osties et les petits biberons contiennent des bonbons). On retrouve dans 
le nom de la bïberine la racine latine biber "boire", comme dans biberon. 

D'où, partir en bïberine, c'est "se diluer, perdre sa consistance" qui est à la 
base de notre sens 1. Appliqué à une personne, et renforcé par la connotation 
enfantine de la bïberine, il signifie "devenir sénile" (notre sens 2). Comme on le 
voit, les deux sens sont restés très proches. 

Commentaires : L'expression est attestée dans les deux langues, car sa 
création remonte à une époque où le provençal était encore couramment 
pratiqué, au moins dans le monde rural. Mais il est difficile de décider dans 
quelle langue est née l'expression, avant de passer dans l'autre, ou si elle est née 
dans les deux conjointement. 

En provençal, deux formes sont fréquentes, car le verbe s'enana "s'en aller" 
est très employé comme équivalent de parti. 

Emploi : Usuelle à très usuelle dans les deux sens, partout et pour tous. 

Voir : avoir du jus de courge... ; avoir la maladie du gabian ; aller aux dattes ; 
être bien fatigué. 


Pèr davala, tôuti lei sant ajudon [P] 

Sens : "C'est facile, ça ira tout seul" et "quand tout va bien, tout le monde 
vous aide" (trad. litt. "pour descendre, tous les saints vous aident"). Prononcé 
"pèr davala touti leï san adjudoun" avec accent tonique sur l'avant-dernière 
syllabe de touti et de ajudon (API [pEÂ dava"la "tuti lej sa$N a"oyduN]). 

Origine : L'image de la protection des saints du paradis a été longtemps 
très forte et très répandues dans la chrétienté. La descente, c'est la facilité 
(surtout dans un pays de montagnes). D'où cette expression, dont le sens 2 
implique évidemment que, quand ça monte, quand c'est difficile, les mains 
secourables se font rares... 

Commentaires : La même expression existe en italien. 

Emploi : Rare à peu usuelle, attestée et comprise partout, vieillie. 

Voir : à la descente, les courges y vont; c'est un boulevard; donner la main; 
faire une bonne manière. 


Pèr tasta leifigofau manda la man [P] 

Sens : "Pour obtenir quelque chose, il faut faire des efforts et prendre des 
risques" (trad. litt. "pour goûter les figues, il faut mettre la main". Prononcé "per 
tasta leï figo, foou manda la man" (API [pEÂ tas"ta lej "figO "fOu8 ma$n"da la 
ma$N]). C'est à peu près l'équivalent simultané de qui ne risque rien n'a rien et on 
ne fait pas d'omelette sans casser les œufs. 

Origine : Les figues se cueillent très mures, très molles, dégoulinantes de 
sucre. On dit qu'elle sont pecouleto "prêtes à se détacher de leur queue". Il faut 
grimper à l'arbre (on risque de tomber) et, en général, on s'en met plein les 



109 

doigts ! Et souvent, on les dérobe sur un arbre qui dépasse d'un mur, quand on 
ne s'est pas franchement introduit dans un champ cultivé. Tous les minots de 
Provence ont adoré faire ça, c'est tellement bon. Du coup, on a garde des traces 
sur les mains, preuve du délit... et on se fait crier; D'où cette image de l'effort à 
faire, du risque à prende. 

Mais pourquoi la figue ? Ça marcherait à peu près autant avec des abricots 
ou des pêches, qui seraient toutefois moins expressifs, car on les cueille plus 
facilement. C'est qu'à ce jeu d'enfant s'ajoute, dans l'imagerie collective 
provençale, la connotation de la figue comme fruit défendu, puisqu'elle est un 
symbole sexuel bien connu (voir faire la figue). 

Commentaires : D'autres expressions évoquent le même sens en provençal, 
par exemple qu vàu pesca si bagne lou cuou ("qui veut pêcher doit se mouiller le 
cul", d'origine maritime). Aucune ne semble passée en français (régional), déjà 
bien pourvu dans ce domaine. 

Emploi : Rare, attestée et comprise partout, vieillie. 

Voir : c'est des figues d'un autre panier ; faire la figue ; toumba de lafiguiero. 


Pèr Toussant, l'ôulivo à la man [P] 

Sens : 1) "La récolte des olives se fait à la Toussaint" et 2) "A la fête des 
morts, il faut cueillir l'olive, symbole de vie" (trad. litt. "pour la Toussaint l'olive 
à la main". Prononcé "per toussan, l'oouliv'a la man" (API [pEÂ tu"sa$N lou8"liva 
la ma$N]). 

Origine : La cueillette des olives est la dernière des récoltes de l'année. Elle 
se fait entre Toussaint et Noël, selon les espèces et les contrées. Le dicton, au 
sens 1, s'appuie sur le calendrier des fêtes religieuses, qui fut longtemps très 
bien connu par la population et qui rythmait le déroulement des jours et des 
travaux. Les "conseils" agricoles et autres prévisions météorologiques, exprimés 
sous forme de dictons dont les dates sont mentionnées par les fêtes des saints, 
sont extrêmement répandus en Europe du sud. 

Les olivades ("récoltes des olives") ont donc lieu en fin de cycle agricole, 
aux jours les plus courts, les plus froids, les plus maussades. Elles sont donc 
évidemment liées à l'image de la fin de la vie. Lrédéric Mistral a ainsi intitulé 
Lis ôulivado son dernier livre, recueil de poèmes paru en 1912 (il est mort en 
1914 à l'âge de 84 ans). Mais, pour contrecarrer cette connotation négative, 
l'expression joue sur l'olive et l'olivier comme symboles de vie, de longévité et 
de richesse. Un autre dicton dit en effet l'ôulivié à cent an es encaro un enfant 
("l'olivier à cents ans est encore un enfant"). Quant à la symbolique de vitalité 
de l'olive et de son huile, voir les expressions aïoli sur toi, Vaigo-boulido..., métré 
d'ôli ei cese, etc. d'où ce second sens, moins apparent, moins bien identifié, qui 
compare le cycle végétal annuel au grand cycle de la vie. 

Commentaires : La culture des olives et la consommation de tout ce qui en 
découle sont un attribut marquant de la culture provençale. Une chanson 
traditionnelle bien connue, la cansoun dis ôulivaire ("la chanson des cueilleurs 
d'olives") met l'accent, comme notre expression, sur la gaieté et la vitalité de 
cette activité et de ceux qui la réalise, malgré la fatigue et le froid (c'est que, le 
mistral, l'hiver, ça vous transperce). 

Emploi : Rare, attestée et comprise partout, vieillie. 

Voir -.festeja Pasco avons Rampau, et les expressions citées ci-dessus. 



110 

Peta lou mabre [P] 

Sens : "Devenir fou" (trad. lift, "casser le marbre"). Prononcé "péta lou 
mabré" avec accent tonique sur la a de mabre (API [pe"ta lu "mabÂe]). 

Origine : De nombreuses images expressives ont été créées par les être 
humains pour désigner (et expliquer) la folie. Ici, on utilise l'image du marbre, 
dont on faisait traditionnellement les moules (de chaudronnerie, par exemple, 
d'où, "passer une voiture au marbre" pour en redresser le châssis). "Casser le 
marbre", c'est casser le moule de base qui donne forme à votre pensée et à votre 
comportement. Il n'en sort alors que des choses mal construites et déformées. 
Voilà le sens de cette image. 

Commentaires : Du coup, on dit aussi en provençal es un mabrié ("c'est un 
marbrier") pour dire "c'est un fou", ou es mabra ("il est marbré" = "il est fou"). Le 
sens de notre expression a débordé et s'est concentré sur le marbre lui-même, 
connotant de folie tout ce qui y est lié. C'est pourquoi dans la traduction 
provençale d'Alice au pays des merveilles, le chapelier fou (on dit en anglais "fou 
comme un chapelier", et. "travailler du chapeau") est devenu lou mabrié fada ! 

Cette expression est construite de la même façon que péter les plombs en 
français "commun". 

Par contre, une expression proche signifie le contraire, an peta lou mole ("on 
a cassé le moule", c'est-à-dire "on ne peut peut plus en faire de semblable"), qui 
se dit à propos de gens pourvus de grandes qualités morales, intellectuelles ou 
physiques. 

Emploi : Rare, attestée et comprise partout, vieillie. 

Voir : couillon de la lune ; être de Martigues ; être un peu momo ; sembler le 
ravi... 


Peu à cha péu la perruco si fa [P] 

Sens : "Petit à petit, les grandes choses se font" (trad. litt. "cheveu après 
cheveu, la perruque se fait"). Prononcé "péou à tcha péou la perruco si fa" avec 
tonique sur le u de perruco (API ["peu8 a ia "peu8 la pe"ÂykO si fa]). 

Origine : Au delà de l'image elle-même, dont l'expressivité est 
transparente, cette expression s'appuie sur un jeu de mot. En effet, en langue 
provençale, "petit à petit" se dit notamment pau à cha pau (prononcé "poou a 
tcha poou, API [ M pOu8 a ia M pOu8]), et qui signifie littéralement "peu à peu". Le 
mot cha vient de la même racine gréco-latine que le français chaque et n'est 
employé que pour faire une énumération. A partir de pau à cha pau, et à cause 
de la proximité phonétique, on a inventé l'expression péu à cha péu, d'autant 
plus facilement que péu signifie au départ "poil" et, au figuré, "petite quantité" 
(par exemple pas un péu d’èr, "pas même un peu de vent"). Et on a tiré la 
conclusion "la perruque se fait" ! 

Commentaires : Encore une expression qui joue sur les mots ! Décidément, 
c'est un manie... Sa connotation est un peu ironique (justement par ce que c'est 
une plaisanterie portant explicitement sur quelque chose d'un peu dérisoire), 
invitant à penser que... tout ça traine un peu. Elle est assez typique des 
expressions provençales (jeu de mot, ironie) et du genre de critique qu'on 
adresse à ce qui manque d'efficacité. 

Elle rappelle un peu "petit à petit, Voiseau fait son nid". 

Emploi : Rare, attestée dans le Var et en Haute-Provence, vieillie. 



111 

Voir : c'est comme la poutre de Cabasse ; avoir le biais ; chercher moulinari ; faire 
aigre ; faire plus vite un tour que deux ; forces pas ! ; le temps de tuer un âne... ; pieu 
pieu piéi, toujou viéu. 


Piéu piéu piéu, toujou viéu [P] 

Sens : "Même tout petit, on y arrive toujours" (trad. litt. "cui-cui, toujours 
en vie"). Prononcé "pieou pïéou pieou toudjou vïéou" (API ["pjeu8"pjeu8"pjeu8 
tu"ou "vjeu8]). On dit par exemple : "le provençal, on le parle plus beaucoup parce 
qu'on nous l'a chassé, mais piéu piéu piéu toujou viéu". 

Origine : L'expression part du petit oiseau comme image de ce qui est est 
petit en général, en le présentant de façon positive (c'est joli, c'est mignon, c'est 
gai). La rime entre piéu piéu piéu (onomatopée suggérant le chant de l'oiseau) et 
viéu (3e personne du verbe viéure, "vivre"), a fait le reste. Cette expression est 
étroitement apparentée à une série de comptines très répandues. 

Commentaires : Il existe en effet de nombreuses comptines enfantines qui 
mettent en scène un tout petit qui dit piéu piéu piéu et ajoute une morale qui 
rime. L'une des plus connues (dont j'ai relevé de nombreuses variantes) se 
décline sur les doigts d'une main. On commence par le pouce, chaque doigt 
représentant un personnage qui fait ou dit quelque chose, et le petit conclut. Par 
exemple le gros (le pouce) veut du pain (, lou gros vou de pan), le suivant dit qu'il 
n'y en a pas (, aquéu dis que n'a gi), le troisième se demande que faire (mai coumo 
faren ?), le quatrième répond qu'on se débrouillera (faren coumo poudren), et le 
petit dit "piéu piéu piéi, qu travaio viéu " ("cui-cui, qui travaille vit). C'est le petit 
qui fait la morale au puissant... Joli et bien pensé, pas vrai ? 

Cette expression s'emploie aussi pour signifier de quelqu'un que, malgré 
sa petite santé, il survit longtemps. 

Emploi : Usuelle partout. N'est pas passée en français régional, notamment 
à cause de la difficulté d'adaptation (joue sur la phonétique). 

Voir : balin-balan ; jouer à gàrri ; péu a cha péu... 


Prene lou cumin deis endéuta [P] 

Sens : "Se rallonger un trajet en faisant de nombreux détours" (trad. litt. 
"prendre le chemin des endettés"). Prononcé "prèné lou caminn deïz indéouta" 
(API ["pÂEne lu ka"min dejz endeu8"ta]). C'est un peu l'équivalent de "prendre la 
chemin des écoliers". 

Origine : On comprendra que quelqu'un qui a des dettes fassent de 
nombreux détours et contours pour éviter de croiser ceux à qui il doit de 
l'argent... C'est donc une image parlante et plaisante pour exprimer cette façon 
détournée de se rendre d'un point à un autre. 

Commentaires : L'expression est légèrement connotée de façon négative 
(on s'en sert un peu pour reprocher ce comportement), ce qu'implique la notion 
d 'endetté qui fuit ses créanciers. Mais elle est surtout appréciée pour son côté 
rigolo (on imagine le type qui se cache, change de route, se rallonge 
terriblement pour ne passer devant telle boutique, etc.). Elle fonctionne de la 
même façon que faire d'ouratori (voir cette expression). 

Emploi : Rare, vieillie, mais attestée un peu partout. Je l'ai entendue 
traduite en français, mais uniquement par des provençalophones. Elle ne 
semble pas passée en français régional. 



112 

Voir : avoir des oursins dans les poches ; chercher Moulinari ; fai tira... ; faire 
d'ouratori ; qu pago tard pago larg ; tant que virofai de tour. 


Q 


Qu a vist Paris e noun Cassis a rèn vist [P, FRP] 

Sens : 1) [local et trad. litt.] "Qui a vu Paris et pas Cassis n'a rien vu" ; 2) [à 
portée régionale] "C'est en Provence et non à Paris que se trouvent les plus 
beaux lieux" ; 3) [à valeur générale] "Il ne faut pas se contenter de regarder la 
ville et ses apparences, il faut aller voir la vie quotidienne dans les villages 
éloignés". Prononcé "eu a vi(s) pari(s) é noun cassi(s) a rin vi(s)" (API [ky a vi(s) 
pa"Âi(s) e nuN ka"si a ÂE$N vi(s)]). Une prononciation avec ou sans -s finaux est 
attestée (localement et en général sans -s, parfois avec s). 

Origine : Ce type d'expression est présent dans plusieurs langues romanes 
pour vanter la splendeur d'un lieu. On dit ainsi en portugais l'équivalent de 
"qui n'a pas vu Lisbonne n'a pas vu de chose bonne" et en Italie "voir Venise et 
mourir" Mais la nôtre a cette particularité qu'elle a été constituée en 
comparaison avec Paris, et non pour Cassis en soi, écho de cette vieille 
résistance provençale à l'assimilation française et à ses airs de supériorité. 
Cassis, c'est un joli petit port de pêche à l'est de Marseille, de l'autre côté du 
massif des célèbres et extaordinaires calanques (dont la plupart sont sur la 
commune de Marseille, rendons à César...). Mais ce n'est pas plus beau que 
d'autres lieux de notre superbe région. Ailleurs, on vante une capitale politique 
ou culturelle. Ici un petit village. N'en déplaise aux Cassidains (je suis de tout 
cœur avec eux, étant un voisin) le nom de Cassis a été probablement choisi au 
moins autant pour la triple rime que pour leurs calanques... Il y a en effet en 
provençal peu de noms de lieux finissant en -i qui portent l'accent tonique sur 
ce -i, comme Paris. Les noms de Càrri ou Sanàri (pour rester dans les environs) 
fonctionnaient ainsi moins bien. 

Commentaires : La formule complète, encore citée, est exactement qu a vist 
Paris e noun Cassis pou dire qu 'a rèn vist (".. .peut dire qu'il n'a rien vu"). 

Les sens 2 et 3 sont peut-être dérivés du premier, mais ce n'est pas si sûr, 
puisque l'expression est dès le départ au moins autant faite pour dévaloriser 
Paris que pour souligner la beauté de Cassis. A moins qu'il n'y ait eu une forme 
initiale qu a pas vist Cassis pou dire qu’a rèn vist, sans comparaison avec Paris, 
mais je n'en ai trouvé aucune trace. 

Emploi : Peu usuelle, sauf peut-être très localement, mais connue de 
quasiment tous les habitants de la région, régulièrement citée et toujours en 
provençal, même par ceux qui ne parlent pas la langue (en français elle ne 
rimerait plus). 

Voir : à la Ciéutat... ; c’est le tambour de Cassis ; je m’en fous... ; parler pointu ; 
qu si lèvo de Toulon/d’Avignoun... 


Qu pago tard pago larg [P] 


Sens : 1) [propre] "Plus on tarde à payer, plus ça revient cher" ; 2) [figuré 
positif] "une récompense après beaucoup de mérites est plus forte qu'une 



113 

récompense après chaque petite réussite" ; 3) [figuré négatif] "une vengeance 
tardive est plus terrible qu'une vengeance à chaud". Prononcé "eu pago tar pago 
lar" avec accent tonique sur le a de pago (API [ky "pagO ta "pagO laÂ]). 

Origine : L'expression joue sur la répétition de pago et sur la rime tard/larg 
(on ne prononce pas les consonnes finales écrites). Au sens premier, c'est un 
avertissement traditionnel contre les dettes et contre les taux d'intérêt, venant 
d'une époque où les crédits bancaires n'étaient pas un usage banal et où les 
usuriers étaient très mal perçus. 

Le second sens renvoie à la morale chrétienne (qui condamne par ailleurs 
l'usure...), avec l'idée qu'il faut endurer longtemps, faire le bien sans retombée 
immédiate, de façon désintéressée, pour mériter une récompense tardive mais 
éternelle : le paradis après la mort... En ce sens, il existe une version fréquente 
Diéu pago tard, mai pago larg. 

Le sens n°3 fonctionne quand l'expression est proférée comme une 
menace, avec l'idée "tu vas payer tard, mais tu vas payer durement". C'est un 
peu l'équivalent de la vengeance est un plat qui se mange froid et de la très 
provençale mule du Pape, qui "attend sept ans de donner son coup de sabot". 

Commentaires : Le sens premier tombe petit à petit en désuétude dans une 
société où la vie à crédit est devenue un phénomène banal et presque 
universellement pratiqué. Même chose pour le second, du fait de la 
déchristianisation profonde de notre époque, et surtout de la Provence, très 
majoritairement républicaine, laïque (et longtemps de gauche) depuis le XIXe 
siècle. Le développement du 3e sens vient revitaliser cette expression, d'autant 
que, de la mule du Pape au coup de pèd de l'ai ("coup de sabot de l'âne"), le sens 
en est déjà très présent dans les expressions régionales. 

Emploi : Rare, attestée et comprise partout, vieillie. 

Voir : dater de l'an pèbre; es pas douna; la pierre va au clapier; la verita a 
coumo l'oli... ; lou coust lèvo lou goust; prene lou camin deis endéuta ; quand as d'àli, 
fasfregi. 


Qu pinto vènde [P] 

Sens : "L'éloquence fait vendre" (trad. litt. "qui peint vend"). Prononcé "eu 
pinnto vindé" avec accent tonique sur la première syllabe de pinto et vende (API 
[ky "pintO "vEnde]). 

Origine : Le vebe pinta ("peindre") est à prendre ici au sens de "parler de 
façon très imagée, comme si l'on peignait un tableau"). La parole imagée, dont 
cette anthologie reflète une petite partie, est un fait de culture provençale 
spécifique par son degré et ses modalités, mais un fait largement partagé par de 
nombreuses communautés culturelles sur la planète. Parmi elles, celles des 
vendeurs, au moins dans une conception déjà un peu datée de la vente, où il 
s'agissait surtout de faire l’article au client. Alors un vendeur provençal, au 
premier chef, met en oeuvre ce principe qu pinto vènde. 

Commentaires : Ce style de vente reste très vivant sur les marchés de 
Provence, où il y a même encore des sortes de camelots qui cherchent à vendre 
des objets inimaginables par un flux de paroles et de démonstrations. Et même 
si l'on est aujourd'hui davantage "centré sur le client" que sur "le produit" 
(comme ils disent en dialecte marketing), tout cela reste fondé sur un échange 
verbal. Autant qu'il soit vivant, sympathique, imagé... avoir la tchatche, mais ne 
pas faire le clerc et le capélan ! 



114 

Une autre expression atteste du sens "parler de façon imagée" affecté au 
verbe pinta, c'est tout simplement parlo que pinto ("il parle comme s'il peignait"). 
Emploi : Rare, surtout attestée sur la côte et comprise partout, vieillie. 

Voir : c'est une bazarette ; faire patche ; qu roumpe pago..., et les expressions 
citées ci-dessus. 


Qu roumpe pago e lei moussèu soun siéu [P] 

Sens : "Qui casse paye" (trad. litt. "qu casse paye et les morceaux lui 
appartiennent". Prononcé "eu roumpé pago é leï moussèou soun sïéou" avec 
accent tonique sur la première syllabe de roumpe et pago (API [ky "Âumpe "pagO 
e lej mu"sEu8 suN "sjeu8]). 

Origine : Le principe du "qui casse paye" est assez universellement partagé 
(sauf quand c'est les minots de vos amis qui vous pètent un vase, non non, c'est 
rien, c'est pas grave). Ici on le dit en provençal, et l'on ajoute une suite ironique 
et drôle, qui peut fonctionner sur le principe de la "joute oratoire". 

Commentaires : La même expression existe en italien, et de nombreux 
Provençaux la citent aussi dans cette langue, au moins la partie chi rompe paga. 
Dans certaines variantes provençales, moussèu est remplacé par tros, trouas, qui 
signifie la même chose. La première partie de l'expression existe bien sûr en 
français (cf. traduction ci-dessus), mais celle en provençal est perçue comme 
plus plaisante et moins "froide" (idem pour celle en italien). 

Un sens figuré est rarement attesté : "qui fait des bêtises en payera les 
conséquences". 

Emploi : La première partie de l'expression (qu roumpe pago ) est peu 
usuelle mais employée même chez des locuteurs utilisant principalement le 
français, et comprise par tout le monde. La deuxième est rare et vieillie, surtout 
employée en Provence orientale (de Toulon à Nice), comprise partout. 

Voir -.faire un chaple ; je m'en fous... ; l'as paga lou capèu ? ; qu pinto vende. 


Qu sameno d'espino vague pas descaus [P] 

Sens : "Quand on dit ou fait du mal, il faut se protéger contre les 
conséquences car ça pourrait bien nous atteindre aussi" (trad. litt. "qui sème des 
épines, qu'il ne marche pas pieds-nus"). Prononcé "eu saméno d'espino vagué 
pa descaou" avec accent tonique sur l'avant dernière syllabe de sameno et espino 
(API [ky sa"menO des"pinO "vage pa des"kau8]). 

Origine : Principe de précaution, mais surtout morale, sont au fondement 
de ce conseil très imagé. Nos propres méchancetés se retournent contre nous. 
Donc, évitons de "semer des épines", sinon, nous en serons réduits à marcher sur 
des oursins. 

Commentaires : Il existe une version rimée, mais qui est moins expressive 
car elle n'évoque pas cette "mauvaise graine" qui poussera et finira par nous 
piquer nous-mêmes. On dit en effet aussi qu sameno de clau ("des dents 
crochues")... 

Le mot descaus est étymologiquement composé du préfixe des- ("dépourvu 
de") et de la même racine que celle du mot français chaussure. 

Emploi : Rare, vieillie, attestée dans le Var et en Haute-Provence, mais 
comprise partout par tous ceux qui parlent provençal. 



115 

Voir : c'est un gros malgracieux ; la castagno tubo... ; la verita a coumo l'ôli... ; 
marcher sur des oursins ; cju pago tard pago larg. 


Qu si lèvo de Touloun/d'Avignoun, si lèvo de la resoun [P] 

Sens : Dictons locaux exprimant l'attachement à sa ville et le refus d'en 
partir (trad. litt. "qui part de Toulon/d'Avignon a perdu la raison"). API [ky si 
"IEvO de tu"lu$N / davi"nju$N si "lEvO de la Âe"zu$N], 

Origine : L'expression est rendue possible, voire suscitée, par la rime en 
oun. A cela s'ajoute les tournures similaires en si lèvo. Les dictons de ce type, 
vantant l'endroit où l'on vit, sont très répandus dans le Midi et probablement 
ailleurs (les Niçois chantent Nissa la bella, etc.). 

Commentaires : L'expression concernant Avignon se dit évidemment en 
provençal de la vallée du Rhône, soit quau se lèvo d'Avignoun se lèvo de la resoun, 
où l'on voit qu'il n'y a que de toutes petites différences entre variétés de 
provençal. 

J'ai entendu récemment quelqu'un jouer avec cette expression et dire, à 
propos de Toulon, qui est une horreur en ce qui concerne la circulation 
automobile, qu vai à Touloun si lèvo la resoun ("qui va à Toulon perd la raison"), 
ce qui témoigne d'une certaine vitalité des expressions traditionnelles. 

Un sens figuré m'a été signalé : "on ne doit pas quitter par aventure un 
endroit où l'on est tranquile". 

Emploi : Rares mais connues localement. 

Voir : à la Ciéutat... ; en Aubagno... ; qu a vist Paris... 


Quand ~ pren lou capèu... [P, FRP] 

Sens : Base d'un dicton météorologique répandu dans toute la région, où ~ 
est le nom d'une montagne locale bien visible qui, quand elle est couverte de 
nuages, annonce une pluie violente et imminente. L'expression est toujours 
complétée par ...pren ta vèsto e parte lèu. Trad. litt. "quand ~ prend le chapeau, 
prend ta veste et pars vite". Prononcé "quan ~ prin lou capèou prin ta vèst' é 
parté lèou" (API [ka$N ~ pÂE$N lu ka"pEu8 pÂE$n ta "vEst e "paÂte "IEu8]). 
Exemples: autour d'Aubagne on dit quand Garlaban..., à Toulon quand lou 
Coudoun..., dans l'arrière-pays varois quand Santo-Baumo... ou quand 
Bessïhoun..., etc. 

Origine : Les dictons météorologiques abondent dans toutes les cultures 
rurales traditionnelles. Un certain nombre d'entre eux, comme celui-ci, 
interprètent des signes. Ils sont le fruit d'observations menées par des 
générations d'habitants du pays et s'avèrent très justes. En Provence, les pluies 
sont en général brèves et violentes, d'où ce conseil de fuir à l'apparition de ce 
signe certain. Pour parfaire le tout, le dicton rime (capèu/lèu) et joue sur la 
répétition de pren ("prend"). 

Commentaires : De nombreuses variantes locales existent donc, y compris 
en modifiant certains détails. Ma grand-mère disait quand Garlaban pren lou 
capèu, pren ta vèsto e vai t'en lèu ("et va t'en vite"). J'ai aussi entendu e courre lèu 
("et cours vite"). Au lieu de vèsto, on dit parfois prene ta capo, ou lou mantèu qui 
ajoute une rime ("manteau"). Dans les montagnes de l'arrière-pays, où il neige 
l'hiver, on ajoute également une mention de la neige en disant par exemple 



116 

quand Santo Baumo pren lou capèu e que Bessihoun a lou mantèu... ("et que 
Bessillon a le manteau.. 

Encore un expression a double détente qui permet à l'un de la commencer 
et à l'autre de la finir. 

Emploi : Rare, vieillie, attestée uniquement où une variante locale existe, 
mais comprise par tous. 

Voir : l'as paga lou capèu ? ; lou soulèu mi fa canta ; il tombe des pierres de 
moulin. 


Quand as d'ôli fas fregi [P] 

Sens : "Il faut profiter des occasions" (trad. litt. "quand tu as de l'huile, fais 
frire". C'est un peu l'équivalent de il faut battre le fer quand il est chaud. Prononcé 
"quant' ass d'oli fas frédji" avec accent tonique sur le o ouvert de oli (API [ka$nt 
as "dOli fas fre"ôi]). 

Origine : C'est le conseil de faire quelque chose quand la possibilité en est 
offerte, c'est-à-dire de ne pas manquer une bonne occasion (et de s'en 
contenter). Il est présent dans de nombreuses langues. Ici, bien sûr, on utilise 
comme image une ressource locale, qui présente l'avantage d'être un symbole 
de richesse et de concerner l'alimentation (un truc vital et très apprécié !). 

Commentaires : Cette expression n'a pas de connotation d'opportunisme, 
au contraire de fou venta emé lou vent que tiro "il faut suivre le vent qui souffle". 

Par contre, elle signifie aussi "quand on est riche, on peut faire beaucoup 
de bonnes choses". On dit d'ailleurs de gens pauvres fan fregi ’mé d'aigo ("ils font 
frire avec de l'eau"). 

Emploi : Très rare, vieillie, mais facilement comprise par tous ceux qui 
comprennent le provençal. 

Voir : avoir le pain et le couteau ; métré d’oli ei cese ; monter l'aïoli ; une pompe à 
l'huile. 


Quand Jèsu pourtavo de braieto [P] 

Quand Jésus portait des braillettes [FRP] 

Sens : "Il y a très longtemps" (trad. litt. "quand Jésus portait des culottes 
courtes"). 

Origine : Plusieurs expressions provençales utilisent l'époque de Jésus 
Christ pour signifier une époque ancienne. On dit aussi quand Berto fielavo 
("quand Berthe filait") ou quand Marto debanavo ("quand Marthe déroulait le 
fil"). C'est probablement la seule époque historique perçue comme très 
ancienne que les gens ont longtemps pu identifier, puisqu'il n'y avait ni école ni 
cours d'histoire. En outre, elle était forcément très présente à l'esprit, à une 
époque où la religion occupait une place importante dans la vie quotidienne. Et 
puis, cela permet cette pointe d'humour irrévérencieux qui plait tant aux 
Provençaux... 

Commentaires : La place de la crèche, de Noël et de l'histoire de la Nativité 
dans la culture provençale, même chez les non-croyants, crée un contexte 
favorable à l'utilisation d'une expression de ce genre. Il ne faut oublier que, 
dans la légende provençale, Jésus est censé être né en Provence (à Betelèn ) et, à 
la façon dont les Provençaux ont assimilé le Nouveau Testament et se sont 
appropriés le christianisme, l'entourage de Jésus Christ est censé avoir fuit la 



117 

Palestine et débarqué en Provence (aux Saintes-Maries), puis s'y être installé 
(d'où la présence présumée de Saint-Victor à Marseille, de Sainte Marthe à 
Tarascon, de Sainte Marie-Madeleine à la Sainte-Baume, etc.). 

Emploi : Peu usuelle mais attestée et connue partout dans les deux 
langues, vieillissante. 

Voir : à l'an que vèn... ; Bonne Mère ! ; être santon ; faire Saint-Michel ; sembler 
l'ange Boufarèou, et l'expression citée ci-dessus. 


Quand lei pijoun tetaran [P] 

Sens : "Jamais" (trad. litt. "quand les pigeons téteront"). Prononcé "quan leï 
pidjoun tétaran" (API [ka$N lej pi$ôu$N teta"ra$N]). C’est l’équivalent de quand 
les poules auront des dents en français "commun". 

Origine : La métaphore porte sur quelque chose de fondamental et 
d’impossible. Ici, il s'agit d'imaginer des oiseaux bien connus s'alimenter à la 
naissance comme des mammifères. C'est encore plus fantasmagorique que des 
poules avec des dents (car, après tout, elles avalent des cailloux pour faire le 
même travail). 

Commentaires : Cette expression est associée à une expression parallèle 
qui exprime la crédulité Li fan crèire que lei pijoun teton ("on lui fait croire que les 
pigeons tètent"). Les deux expressions se renforcent ainsi mutuellement. 

Il existe d'autres expressions bâties sur le même moule, par exemple quand 
lei lèbrefaran d'uou ("quand les lièvres feront des œufs"). 

Emploi : Rare, vieillie, mais connue partout. 

Voir : à Gonfaron les ânes volent ; et lou tchètchou ; être un peu momo. 


Quicha Vanchoio [P] 

Sens : "Être pauvre, manquer de nourriture" (trad. litt. "écraser l'anchois"). 
Prononcé "quitcha l'antchoyo" (API [ki"ia la$n"iOjO]). 

Origine : L'anchois, petit poisson abondant, peu onéreux et facile à 
conserver, est le symbole de la pauvreté. L'image est ici celle d'un anchois de 
conserve (et un seul) qu'on écrase autant qu'on peut pour l'étaler sur une 
tranche de pain dur, parce qu'on a rien de plus à manger. 

Commentaires : Aujourd'hui, on la cite pour évoquer la dureté d'une autre 
époque, ou parfois on l'utilise au second degré pour dire "on se contente de 
manger ce qu'il y a", par exemple si l'on va arriver tard quelque part et qu'on 
sait qu'on aura du mal à trouver à manger, on dit "quicharen Vanchoio ". 

Bien sûr, dès qu'on y ajoute un filet d'huile (d'olive) cela devient beaucoup 
plus apprécié. C'est excellent d'ailleurs ! Des branches de céleri avec de 
l'anchoïade (purée d'anchois), c'est divin. 

L'expression vieillit et l'on exprime aujourd'hui la même chose en français, 
car la misère, elle, n'a hélas pas disparu. 

Emploi : Peu usuelle, principalement citée comme souvenir d'une autre 
époque, et surtout par ceux qui parlent provençal. Connue partout. 

Voir : avoir les yeux bordés d'anchois ; métré d'àli ei cese ; quand as d'oli... ; 


R 



118 


Remettez-vous 

Sens : "Asseyez-vous". Se dit à quelqu'un qui vient d'arriver. 

Origine : C'est une évolution locale du sens "reposez-vous" (cf. être remis 
"être rétabli"), sous entendu "après le chemin que vous venez de parcourir". 

Commentaires : Evidemment, cela peut prêter à confusion, si 
l'interlocuteur comprend qu'on le croit épuisé, choqué ou malade. C'est un peu 
le même problème avec conservez-vous (voir cette expression). 

On a là un bon exemple de l'évolution sémantique d'un mot français qui 
entre dans une expression locale, sans influence particulière de la langue 
d'origine. Reste cependant, au fond, l'habitude provençale (mais pas 
uniquement) de s'enquérir de la santé des gens et de les saluer en la leur 
souhaitant bonne (voir conservez-vous, aïloli sur toi). 

Emploi : Usuelle, vieillissante, employée surtout par les personnes de 
milieu modeste, en ville ou à la campagne. 

Voir : avoir crainte ; être bien fatigué ; se faire voir, et les expressions citées ci- 
dessus. 


Rencontrer une charrette 

Sens : "Rencontrer quelqu'un de bavard qui vous retarde". 

Origine : Une charrette, c'est quelqu'un chose qui s'accroche, qu'on traine 
et qui vous ralentit. Comme un importun que vous rencontrez dans la rue, qui 
vous fait la causette, ne vous lâche plus, et vous met en retard. L'image est 
assez parlante, c'est le coup de le dire. 

Commentaires : Certains disent que, dans cette expression, on retrouve 
surtout le verbe provençal charra "parler", dont on aurait fait un dérivé un peu 
original. J'avoue que je n'y crois guère, car cette expression n'est pas attestée en 
provençal, où le verbe charra est en plus d'un usage assez rare. Mettons que son 
existence ait pu favoriser le choix de la charrette par la ressemblance phonétique 
et le goût du jeu de mot... 

Emploi : Peu usuelle mais attestée partout, usuelle à Marseille, 
vieillissante. 

Voir : blaga coumo uno puto borgno ; et patin-coufin ; c'est une arrapède; c'est 
une bazarette ; ça m'escagasse ; faire des oratoires ; le temps de tuer un âne... 


Resta couioun [P] 

Rester couillon [FRP] 

Sens : "Être penaud, étonné". 

Origine : En provençal, couioun a de nombreux sens peu péjoratifs (voir 
couioun de la luno), notamment un sens lié à l'étonnement. De quelqu'un qui 
vous surprend, on dira "quel couillon, celui-là !", ce qui ne veut absolument pas 
dire qu'il est idiot. Dans rester couillon, il y a à la fois l'idée d'être surpris et l'idée 
de ne pas savoir quoi faire. L'expression est banale en provençal, et passée en 
français régional où couillon bénéficie dune connotation affectueuse et plaisante 
que n'ont ni penaud, ni déconcerté, etc. 



119 

Commentaires : D'autres expressions de sens proches sont courantes, 
comme être estomaqué ou rester séché, mais n'ont pas la connotation affective qui 
caractérise rester couillon. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous dans les deux langues. 

Voir : aquelo empego ! ; avoir plus l'air d'un couillon... ; couillon de la lune ; être 
santon ; faire la bébé ; se prendre une estoumagade 


Rire à si peta l'embouligou [P] 

Rire à se péter l'embouligue [FRP] 

Sens : "Rire beaucoup et très fort" (trad. litt. "rire à s'éclater le nombril"). En 
provençal embourïgou se prononce avec un accent tonique sur le i (API 
[embu"ligu]). 

Origine : Le rire secoue le corps, d'où plusieurs expressions qui évoquent 
un rire énorme et long en imaginant des conséquences physiques exagérées, 
comme celle-ci. Le verbe peta, on l'a déjà vu, est d'un usage très fréquent en 
provençal, avec des sens étendus, et embouligue pour "nombril" a été longtemps 
usuel, car il désigne quelque chose de familier et d'intime. 

Commentaires : Aujourd'hui, embouligue est un mot vieilli et d'usage plutôt 
rare (ou par plaisanterie), mais il survit mieux dans cette expression, qu'il aide 
en retour à être employée, car il est perçu comme un mot... rigolo. Ce qui 
tombe bien. Ça s'appelle un échange de bon procédé ou se faire une bonne 
manière ! 

Sur le même modèle, on dit rire à se péter le bédélet ("le ventre", voir se crever 
le bédélet), rire à se faire péter la sous-ventrière, ou s'estrasser de rire (voir cette 
expression). 

Emploi : Usuelle partout, comprise par tous. 

Voir : faire péter ; il rit quand il se brûle ; se faire une fourre de rire ; se faire une 
peau de rire, et les expressions citées ci-dessus. 


Ris quouro si brulo [P] 

Il/elle rit quand il/elle se brûle [FRP] 

Sens : "Il ou elle ne rit jamais". 

Origine : L'expression joue sur le paradoxe en rire et se brûler, et signifie 
que tout ce que cette personne peut faire, en matière de rire, c'est pousser des 
cris incontrôlés provoqués par un accident ! 

Commentaires : Et comme, en plus, ce genre d'accident se produit 
rarement, c'est vraiment qu'on a affaire à quelqu'un de maussade. 

Ne jamais rire est perçu comme le signe qu'on est un gros malgracieux. 

Emploi : Rare, vieillie, attestée en Elaute-Provence et à Marseille, comprise 
partout et par tous. 

Voir : être un gros malgracieux ; faire le mourre ; ni parlo ni siblo ; rire à se péter 
l'embouligue. 


S 


S'embrassa coumo de cougourdo [P] 



120 

S'embrasser comme des courges [FRP] 

Sens : "S'embrasser beaucoup, avec émotion". 

Origine : La courge est en Provence un légume bien connu, couramment 
consommé, symbole de la bêtise. Dire de quelqu'un " Que cougourdo ! " signifie 
"quel(le) idiot(e) !". L'expression béure à la cougourdo ("boire à la courge") veut 
dire "se laisser berner". S'embrasser comme des courges, c'est donc s'embrasser 
niaisement. 

C'est aussi le symbole de la pauvreté, car c'est un légume bon marché et 
abondant. Les démocrates provençaux le prirent comme emblème lors des 
révolutions de 1789 et de 1830 contre la noblesse. D'où, s'embrasser comme des 
courges, c'est s'embrasser comme des révolutionnaires issus du peuple, 
fraternellement, avec enthousiasme et conviction. F. Mistral traduit d'ailleurs 
cette expression par "s'embrasser comme des pauvres". 

Commentaires : Les deux symboliques n'ont évidemment aucun lien 
direct, mais ont dû contribuer toutes deux à la construction de cette expression 
un peu péjorative et toutefois affectueuse. Il faut dire qu'au départ, l'image 
disponible était celle, fréquente et amusante, de quelqu'un qui porte une 
courge, forcément à pleins bras. 

Il existe une variante intermédiaire s'embrasser comme des cougourdes (ou 
des coucourdes), car ce provençalisme est très vivant en français régional pour 
désigner la courge, et plus sympathique. 

Emploi : Usuelle partout (davantage en français qu'en provençal), 
vieillissante, comprise par tous. 

Voir : a la descente les courges y vont ; avoir du jus de courge... ; faire des yeux 
de seiche ; quicha Vanchoio. 


S'en battre les couilles 

Sens : "S'en ficher". On dit "je m'en bats les couilles". 

Origine : C'est une évolution à partir de l'expression en français "commun" 
s'en battre l'œil, avec en parallèle casser les couilles. La mention d'un mot jugé 
vulgaire ayant rapport avec une partie dite "honteuse" de l'individu permet de 
donner plus de force expressive. C'est un procédé banal qui n'a rien de 
particulièrement provençal. 

Commentaires : Voilà une création marseillaise relativement récente, en 
français uniquement, employée par des hommes (bien sûr) de moins de 
cinquante ans. L'expression est perçue comme grossière. Il est pourtant difficile 
de passer plus de 24 heures à Marseille sans l'entendre au moins une fois ! C'est 
qu'à Marseille, on s'emporte vite et on jure facilement... 

Emploi : De peu usuelle à usuelle dans certaines circonstances et certains 
milieux, surtout employée par les jeunes à Marseille et ses alentours, mais 
attestée et connue partout. 

Voir -.fatche de... ; faire la figue... ; je m'en fous... ; mon vie ! 


S'estrassa dôu rire [P] 

S'estrasser de rire [FRP] 


Sens : "Rire à s'en étouffer" (trad. litt. "se déchirer de rire"). 



121 

Origine : Le verbe estrassa veut dire au propre "déchirer " (d'où uno estrasso 
"un chiffon", passé en français régional). Au figuré, la forme pronominale 
s'estrassa veut dire "tousser violemment, s'étouffer". Elle est d'ailleurs passée en 
français où l'on dit "Vé ! le petit qui s'estrasse !". Du coup, pour évoquer un rire 
violent, on utilise l'image de "s'étouffer de rire". 

Commentaires : Et ce n'est pas qu'une image, puisqu'il arrive effectivement 
qu'à force de rire, on en perde son souffle et on se mette à tousser. L'expression 
est si usuelle qu'une variante raccourcie s'estrassa [P]/ s’estrasser [FRP] suffit à 
se comprendre : "on s'est estrassés toute la soirée". 

Emploi : Très usuelle partout dans les deux langues. 

Voir : esquicher la gargamelle ; rire à se péter Vémbouligue ; se faire une peau de 

rire. 


Se fa pas de bènfa pas de mau [P, FRP] 

Sens : "On peut le faire, ce n'est pas dangereux, même si ça s'avère 
finalement inutile" (trad. litt. "si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal"). 
Prononcé "sé fa pa dé bin fa pa dé maou" (API [sefapa de bE$M tapa de "mau8]). 

On dit par exemple "-Je lave les assiettes en les sortant du placard ? -Hé, se fa pas de 
bèn,fa pas de mau !". 

Origine : Une expression provençale encore connue dit exactement aco es 
l'enguènt de Mèste Arnaud, se fa pas de bènfa pas de mau ("c'est l'onguent de maitre 
Arnaud, s'il ne fait pas de bien, il ne fait pas de mal"), c'est-à-dire, "c'est de la 
camelote". L'expression rime ("arnaou/maou"). Maitre Arnaou est le 
représentant de la catégorie peu aimée des apothicaires (voir faire des comptes de 
Maistre Arnaou). De cette expression a été tirée à nouveau en tant qu'expression 
la seconde partie seulement, plus simple à prononcer, plus facile à adapter à 
différentes siuations. 

Commentaires : L'expression est dite en provençal y compris dans des 
contextes français et par des Provençaux qui ne parlent pas provençal. On 
entend parfois sa traduction littérale en français, mais je n'en ai pas 
d'attestations suffisamment sures en français régional pour être certain qu'elle 
s'est découplée de sa source provençale. Cette expression fait partie des 
expressions provençales vivantes même en français. 

Certains, qui connaissent l'expression complète d'origine, ajoutent alors 
"coumo l’enguènt de Mèste Arnaud", selon l'habitude provençale de la "joute 
oratoire" et des expressions à tiroirs. 

Emploi : Usuelle partout, même en français, comprise par tous. 

Voir : boulegues pas lou batèu ; l'as paga lou capèu, et les expressions citées ci- 
dessus. 


Se tôuti leis ai de ~ crebavon... [P] 

Si tous les ânes de ~ mouraient... [FRP] 

Sens : "Être très malchanceux". 

L'expression se complète avec, d'une part, le nom de lieu concernant les 
ânes en question, et, d'autre part, une suite eiretariéu pas d'uno sounaio [P]/ 
j'hériterais pas d’une sonnaille [FRP] (ou une autre personne). On dit par exemple 
si tous les ânes de Canjuers mouraient, j'hériterais pas d'une sonnaille. 



122 

Origine : L'âne est le symbole de la pauvreté et du travail pénible. La 
personne malchanceuse est donc rangée parmi les humbles et les exploités, 
puisqu'elle peut en hériter quelque chose. L'âne a aussi été longtemps un 
animal typique et très répandu en Provence (mais ça remonte avant l'arrivée 
des tracteurs, soit avant la seconde guerre mondiale). D'où, le comble 
statistique de la malchance... 

Le nom de lieu, qui est souvent la commune ou le coin où l'on se trouve, 
rend plus vraisemblable un héritage (on a des liens !) et donne un caractère de 
vécu à la machance évoquée. 

Cette expression utilise la structure usuelle en Provence si tous les ~, + 
conséquence (cf. si tous les couillons volaient tu serais chef d'escadrille ou si on faisait 
danser les couillons tu serais pas à l'orchestre, etc.). 

Commentaires : Il existe des variantes où on n'hérite pas d'une sonnaille, 
mais d'un licol, ou de quelque chose d'équivalent. D'autres où l'âne est 
remplacé par tôuti lei gat/tous les chats (animal familier que jadis on laissait errer 
dans les rues et trouver sa pitance) et l'héritage manqué est constitué par leurs 
puces. Comme on le voit, notre expression implique au départ une idée de 
grande pauvreté (celle de l'homme qui travaille comme une bête et n'attend 
même pas une clochette pour toute richesse), sens qui reste parfois encore 
présent, mais qui disparait fortement au profit du seul sens de "malchance". 

Emploi : Rare, vieillie mais attestée partout et comprise par tous. Plus 
employée en provençal qu'en français. 

Voir : à Gonfaron les ânes volent ; avoir le pain et le couteau ; carga coumo un ai ; 
la pierre va au clapier. 


Sembla l'àngi Boufarèu [P] 

Sembler l'ange boufarèou [FRP] 

Sens : "Avoir les joues bien rondes" (trad. litt. "ressembler à l'ange 
souffleur"). Boufarè(o)u est prononcé avec accent tonique sur le é (API 
[bufa"ÂEu8]) ; en provençal, le r est prononcé légèrement roulé. 

Origine : C'est un des santons, personnage rituel de la crèche provençale. 
On y place normalement en haut un ange qui souffle dans une trompette pour 
annoncer la bonne nouvelle (c'est ce qui fait venir les personnages auprès de 
Jésus, voyez la pastorale). Il a un nom fixé, comme tous les santons 
"obligatoires", et une physionomie reconnaissable. Et comme tous les 
Provençaux connaissent les personnages de la crèche, tradition très populaire et 
très vivante, la comparaison est évidente. 

Commentaires : Le verbe sembler au sens de "ressembler" est très courant 
en français régional. C'est un calque du provençal sembla. 

Cette expression n'est pas péjorative, mais peut être employée pour 
critiquer l'embonpoint de quelqu'un à partir de celui de son visage. 

Emploi : Très usuelle partout en provençal, usuelle en français et comprise 
par tous. 

Voir : à l'an que vèn... ; être santon ; quand Jésus portait des braillettes ; sembler 
le ravi de la crèche. 


Sembla lou ravi de la crecho [P] 

Sembler le ravi de la crèche [FRP] 



123 

Sens : 1) "Avoir les bras en l'air" ; 2) "Avoir l'air niais". 

Origine : Le ravi est l'un des personnages traditionnels de la crèche 
provençale. Ce santon est toujours représenté les bras levés (de surprise et de 
vénération), en général apparaissant à une fenêtre. Il est censé être l'idiot du 
village, malgré tout (et peut-être mieux que d'autres) touché par la grâce de 
l'évènement. C'est l'un des plus originaux de la crèche, des plus attendrissants 
aussi, très remarqué et apprécié. La crèche et ses santons étant une référence 
communément partagée par tous les Provençaux, l'expression s'est vite 
imposée. 

Commentaires : Cette expression est un peu moqueuse mais toujours 
connotée de sympathie. Il arrive d'ailleurs que, pour mimer une grande joie à 
l'arrivée de visiteurs, on se mette à la fenêtre en position du ravi. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : à Van que vèn... ; couillon de la lune; être santon ; faire des yeux de 
bogue ; faire des yeux de seiche; quand Jésus portait des braillettes ; sembler l'ange 
boufarèou. 


Sèmblo un Caramentran [P] 

On dirait un Caramentran [FRP] 

Sens : "Être très mal habillé(e)". Caramentran est prononcé "caramintran". 

Origine : Le personnage de Caramentran, c'est celui qu'on brûle 
traditionnellement pour le Carnaval provençal après l'avoir trainé à travers les 
rues et publiquement jugés pour tous les malheurs de la Terre. Il est l'exhutoire 
collectif, porteur de tous les mochetés de notre monde, dont on essaye de se 
débarrasser. Son nom vient de "Carême entrant", c'est-à-dire "début du 
Carême". Evidemment, on habille ce mannequin de vieux habits hétéroclites et 
abimés. Cette fête traditionnelle était autrefois pratiquée dans tous les villages 
de Provence (et d'ailleurs). Elle reste vivante dans de nombreuses communes 
rurales. D'où cette image bien connue à laquelle comparer celui ou celle qui est 
très mal habillé(e). 

Commentaires : C'est une expression péjorative et moqueuse, mais 
empreinte de compassion. D'ailleurs, la chanson traditionnelle très connue qui 
accompagne l'incinération de Caramentran dit (en provençal) ", adieu pauvre 
Carmentran" sur un air triste et très beau. Certains disent aussi carmentran ou 
calamentran. 

Emploi : Très usuelle dans les deux langues partout et pour tous. 

Voir : avoir cassé l'armoire... ; être une broque; marquer mal ; sembler le ravi de 
la crèche. 


Si creba lou bedelet [P] 

Se crever le bédélet [FRP] 

Sens : "Faire de gros efforts". 

Origine : Le bedelet, littéralement, c'est le "petit bedeau", c'est-à-dire... le 
ventre. On connait la réputation de bons mangeurs des ecclésiastiques. D'où 
l'expression rire à se péter le bédélet tout à fait comparable à rire à se péter 
l'embouligue (voir cette expression). Mais le bedelet, c'est aussi... le rectum 
(dérivé de budèu "boyau"). D'où, se crever le bédélet, qui signifie en clair et avec 



124 

décodeur "se casser le cul", c'est-à-dire, donc, faire des efforts (physiques ou 
intellectuels). 

Commentaires : La rencontre de deux sens différents du bédélet central de 
ces deux expressions pourrait faire penser qu'il s'agit effectivement du même 
mot, mais leur sémantique en fait douter. C'est simplement deux formes 
identiques, des homonymes, aux origines différentes. 

On dit aussi sur la côte se casser le maffre, qui signifie littéralement la même 
chose. 

Emploi : Peu usuelle, vieillie, attestée et comprise partout. 

Voir -. faire aigre ; li a de grame a tria ; se lever la peau ; zou boulegan ! 


Si faire crida [P] 

Se faire crier [FRP] 

Sens : "Recevoir des remontrances". Se dit d'un enfant. "En rentrant, je vais 
me faire crier". 

Origine : En provençal, le verbe crida ("crier") a aussi un usage transitif 
crida quaucun ("crier quelqu'un"), c'est-à-dire l'engueuler. Cela concerne surtout 
les enfants, et, comme beaucoup de mots et d'expressions de la vie familière, 
cette tournure est passée en français régional. 

Commentaires : Le verbe crier lui-même connais cet emploi transitif en ce 
sens-là en français régional. Et son usage est si fréquent... ! 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir -.faire esquinette ; faire la bèbe ; faire une cagade ; jouer à gàrri. 


Si faire unofourro de rire [P] 

Se faire une fourre de rire [FRP] 

Sens : "Rire beaucoup". 

Origine : A l'origine, au sens littéral, une fourro c'est une charcuterie farcie 
("fourrée"), et par conséquent, le symbole d'un bon repas. On disait autrefois en 
provençal si faire uno fourro, "se faire un repas copieux". D'où le transfert vers 
unofourro de rire, "un rire copieux", structure aussi exploitée par se faire une peau 
de rire (voir ci-dessous), d'autant que les bons repas sont souvent l'occasion de 
se faire une fourre de rire. 

Commentaires : La plupart des gens ont totalement oublié le sens de 
départ de fourroIfourre, surtout que ce mot n'est pas passé en tant que tel en 
français régional. Même en provençal, il est tombé en désuétude. Mais il survit 
dans cette expression relativement vivante. L'image est proche de rire à se péter 
l'embouligue ou a se crever le bédélet. 

Emploi : Peu usuelle, attestée et comprise partout, mais vieillissante dans 
les deux langues. 

Voir : rire a se péter l'embouligue ; se faire une peau de rire ; s'estrasser de rire. 


Si faire uno pèu de rire [P] 

Se faire une peau/un pot de rire [FRP] 


Sens : "Rire beaucoup". 



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Origine : L'expression provençale d'origine dit bien "une peau" et non un 
pot. En français régional, c'est l'incompréhension de l'expression, la 
ressemblance entre peau et pot, la relative liberté du détail des expressions dont 
seul le sens global importe, qui ont provoqué la variante avec pot. 

En provençal, la peu, c'est "la peau", et par extension "le corps" et ses 
comportements (voir se lever la peau "s'épuiser"). Ainsi on dit si faire uno peu 
pour "se saouler" (c'est-à-dire "prendre une grande quantité d'alcool"). Pour 
"prendre une grande quantité de rire", il suffisait d'ajouter le rire à l'expression 
précédente. La matrice en est identique à celle de se faire une fourre de rire qui 
évoque un aliment solide et non liquide (voir ci-dessus). Et, comme pour la 
nourriture, l'ivresse est évidemment l'occasion propice à se faire une peau de 
rire... 

Commentaires : On voit que, de façon régulière, le fait de rire est assimilé 
en Provence au fait de manger. On s'étouffe de rire, on s'en gonfle le ventre, on 
en abuse comme de la bonne chère. Voilà une vision des choses qu'il faudrait 
creuser... En tout cas, cette association n'est pas pour déplaire ! 

Emploi : Usuelle partout sous ses différentes variantes, comprise par tous. 

Voir : rire a se péter Yémbouligue ; se faire une fourre de rire ; s'estrasser de rire. 


Si faire vèire [P] 

Se faire voir [FRP] 

Sens : "Consulter un médecin". On dit "Tu tousses beaucoup, tu devrais aller 
te faire voir". N'est pas péjoratif. 

Origine : C'est la tournure provençale idiomatique pour "se montrer", ici 
au sens de "se montrer pour se faire examiner". Elle fait partie des expressions 
de la vie familière qui sont passées, pour cette raison, en français régional. 

Commentaires : Il y a évidemment une grosse ambigüité avec le sens 
injurieux de l'expression va te faire voir en français "commun", apparenté à va te 
faire foutre, c'est-à-dire (pardon) va te faire enculer (ou mettre, d'où le complément 
...chez les Grecs). L'expression est d'ailleurs également utilisée comme injure en 
Provence, mais avec un sens beaucoup plus modéré, puisqu'elle signifie "va te 
faire soigner". Cela dit, la pression des formes "communes" et les disputes que 
suscite cette ambigüité réduit beaucoup l'usage de la structure aller se faire voir 
au sens provençal en français (mais pas en provençal). En revanche, la tournure 
se faire voir pour "aller chez le médecin", ou "se montrer", dans des contextes 
non équivoques, reste vivante (cf. point 1 de la présentation introductive). 

Emploi : Usuelle partout notamment en milieu populaire et rural, 
comprise par tous. 

Voir : avoir la maladie du gabian ; conservez-vous ; être bien fatigué ; faire la 
figue ; remettez-vous ; va caguer à... 


Si gela leis amendoun [P] 

Se geler les amandons [FRP] 

Sens : "Avoir très froid". Expression dite uniquement par des hommes. 
Origine : Les amandons sont, on l'aura compris, une métaphore des 
testicules, et l'expression est l'équivalent local de se geler les couilles; mais elle est 
exempte de grossièreté. 



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Commentaires : Les amendoun (ou ameloun) sont précisément, en 
provençal, les amandes fraiches encore recouvertes de leur peau et duveteuse 
(la métaphore est complète !). Sinon, on dit amendo ou amelo. 

On m'a signalé une variante féminisée si gela Vamendoun, au singulier... 

L'utilisation de fruits pour évoquer des parties intimes du corps est 
courante en Provence (et ailleurs). Rappelez-vous d'Eve, qui, déjà, tendait sa 
pomme (en fait une orange) à Adam... 

Emploi : Très usuelle partout, vieillissante, comprise par tous. 

Voir : changer l'eau aux olives ; aller aux dattes ; faire la figue. 


Si leva de davans [P] 

Se lever de devant [FRP] 

Sens : "Partir loin, disparaitre" (trad. litt. "s'enlever de devant"). 

Origine : L'emploi en français régional de se lever ou lever au sens "ôter" est 
un provençalisme, calque de leva (même phénomène que pour sembler/sembla, 
mener/mena, etc.). Au sens propre, "s'enlever de devant", c'est bien sûr "s'écarter 
du passage des autres" qui se dit plutôt si leva dôu mitan [P] / se lever du mitan ou 
du milieu [FRP], Notre expression a en effet pris un sens plus définitif. 

Commentaires : Donc si l'on vous dit " lève-toi de devant", ça veut plutôt 
dire "hors de ma vue !" que "déplace-toi s'il te plait" qui se dirait "lève-toi un peu 
du mitan, vdi !". Mais il reste une fois de plus une ambigüité avec le sens en 
français "commun", qui fait que l'emploi de cette expression avec ce sens-là est 
en régression, réservé à des contextes non équivoques. 

Le sens "disparaitre en courant" est fréquemment signifié en français 
régional par le verbe rascler ("zou, rascle !"), issu du provençal rascla, de même 
sens, ("râcler" au sens littéral, car on "râcle le chemin en courant"). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : prene lou camin deis endéuta ; se lever la peau ; zou, boulegan. 


Si leva la pèu [P] 

Se lever la peau [FRP] 

Sens : "S'épuiser en travaillant beaucoup, faire de gros efforts" (trad. litt. 
"s'ôter la peau"). 

Origine : Au sens littéral, effectivement, on "s'enlève la peau" des mains à 
force de manier un outil, comme une pelle ou une pioche. Au sens figuré, se 
lever la peau, c'est "se casser le corps", la peau étant en provençal une métaphore 
du corps dans son ensemble. D'où, "faire des efforts importants" (physiques ou 
intellectuels). 

Commentaires : L'image est la même que dans se crever le bédélet. On la 
retrouve dans une façon de dire qui existe en français "commun" mais qui est, je 
crois, beaucoup plus fréquente en Provence, vraisemblablement parce que c'est 
de toute façon un emprunt au provençal : s'esquinter. On entend par exemple 
"Je me suis esquinté pour qu'il trouve un boulot". 

En provençal on dit aussi bagna camié ou camiso ("mouiller chemise"). 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : se crever le bédélet ; se lever de devant ; zou boulegan. 



127 

Si prene uno estoumagado [P] 

Se prendre une estoumagade [FRP] 

Sens : "Ressentir une forte déception, un choc émotif malheureux". 

Origine : Le nom estoumagado est à l'origine la participe passé féminin du 
verbe estoumaga, équivalent du français "estomaquer". C'est le résultat du fait 
d'être estomaqué, à cette différence près que, en français "commun", cela veur 
dire "étonner", alors qu'en Provence cela veut dire "choquer, angoisser". 
L'image de départ est la même, le fait qu'on ressente à l'estomac certaines 
émotions fortes, et ici notamment les chocs nerveux. 

Commentaires : Bref, c'est l'ulcère à éviter... On dit aussi ...une estomagade 
sous l'influence du français estomac. 

Le mot estouma désigne en provençal, non seulement l'estomac, mais 
souvent l'ensemble de la poitrine (dont le cœur, ce qui renforce le sens de 
l'expression). 

Le résultat d'une action est facilement désigné en provençal par le 
participe passé féminin du verbe (voir faire une cagade). 

Emploi : Usuelle mais vieillissante, surtout employée en provençal mais 
connue et comprise partout. 

Voir : avoir les trois sueurs ; avoir le bàti-bàti ; être gonfle ; faire une cagade ; 
t'inquiétés pas ; tirer souci. 


Sian poulit ! [P, FRP] 

Sens : "Nous sommes dans dans une situation difficile" (trad. litt. "nous 
sommes jolis"). C'est l'équivalent de nous sommes dans de beaux draps !. Prononcé 
"siam pouli" (API [sja$m pu"li]). 

Origine : L'expression fonctionne par antiphrase ironique, puisqu'elle 
signifie au fond "nous sommes dans une vilaine situation". Elle est très usuelle 
en provençal et permet, en l'employant dans un dialogue en français, d'en 
transmettre la connotation affective. 

Commentaires : On dit aussi dans le Var "sian propre lei sourdat !” ("nous 
sommes propres, les soldats"), expression construite sur le même procédé. De 
même, pour montrer qu'on n'est pas d'accord avec quelqu'un, on dit tè, es pas 
bèu, aquéu ? [P] / té, il est pas beau, lui ? [FRP], 

C'est une expression de la série boulegues pas lou batèu, Vas paga lou capèu ?, 
etc. conservée en provençal et connue de tous. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous, y compris en français par des 
locuteurs ne parlant pas provençal. 

Voir : avoir crainte ; aquelo empego ! ; li a de grame à tria ; ça m'escagasse ; tiens- 
toi aux branches. 


T 


T'inquiétés pas ! [P, FRP] 

Sens : "Ne t'inquiètes pas" (= trad. litt.). Il s'agit de la forme prononcée en 
provençal "t'ingquiétèss pa" (API [ti$N"kietEs pa]) et non de la forme française, 
bien que ça s'écrive de la même façon. 



128 

Origine : C'est l'exact équivalent du français, mais c'est en provençal et ça 
permet, une fois de plus, de communiquer plus d'affectivité et de complicité. 

Commentaires : Remarquons au passage que les formes négatives à 
l'impératif sont au subjonctif en provençal, langue dans laquelle ce mode est 
très vivant, et s'accorde même au passé. Je connais une langue académique 
pourtant réputée pour ses grammairiens intransigeants et sa prétendue 
supériorité intellectuelle (suivez mon regard, là, vers le nord) dont on ne peut 
pas en dire autant... 

C'est bien sûr en français que cet énoncé devient une expression notable, 
car en provençal ce n'est que l'emploi banal d'un verbe. On entend aussi t'en 
fagues pas ("ne t'en fais pas"), dans les même conditions, mais plus rarement. 
Une variante courte t'inquiétés (prononcée en provençal) est souvent utilisée. Et 
c'est toujours du provençal conservé en français... 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous, y compris et surtout pour des 
locuteurs ne parlant pas provençal. 

Voir : boulegues pas lou batèu ; être gonfle ; faire le mourre; ça m'escagasse ; se 
prendre une estoumagade ; tirer souci. 


Tant que virofai de tour [P, FRP] 

Sens : 1) "Tant qu'il fait ça, il ne fait pas autre chose" ; 2) "il perd son temps 
à faire toujours les mêmes choses inutiles" (trad. litt. "tant qu'il/elle tourne 
il/elle fait des tours"). Prononcé "tan qué viro faï dé tour" (API [ta$N ke "virO faj 
de tuÂ]). On le dit par exemple de quelqu'un qui passe son temps à aller faire 
des petites courses pour occuper son temps (sens 1) ou de quelqu'un qui 
recommence toujours la même tâche ou qui cherche quelque chose alors qu'il 
en a d'autres en attente (sens 2). 

Origine : L'expression joue sur le sens identique de deux éléments 
(imal faire de tour) pour évoquer la répétition, la redondance et l'absurdité (sens 
2) d'un comportement. Au sens 1, l'expression n'est ni positive ni ironique en 
soi. Cela dépend du contexte. Au sens 2, lorsque le contexte le manifeste, elle 
est clairement péjorative et moqueuse. 

Commentaires : L'expression est souvent appelée par un comportement 
visible d'allées-et-venues, de mouvements circulaires, mais pas 
obligatoirement. 

Elle est perçue comme très plaisante, et on la dit souvent rien que pour le 
plaisir de la dire, dès lors que la mention de la notion de "tour" la suscite. Elle 
fait partie des énoncés qu'on a plaisir à dire simplement parce que c'est en 
provençal (voir l'as paga lou capèu ?, etc. 

Au sens 2, elle est fortement liée, par le sens et par les occurrences, à 
tourner-virer et à faire plus vite un tour que deux (voir ces expressions). Elle 
appartient à la longue série des expressions qui ironisent sur le manque 
d'efficacité. 

Emploi : Très usuelle partout et par tous, y compris ceux qui ne parlent 
pas provençal. 

Voir : aquelo empego !; avoir l'air plus couïllon...; chercher Moulinari; fai 
tira... ; faire plus vite un tour que deux ; tourner-virer. 


Tèn-ti ei branco ! [P] 

Tiens-toi aux branches ! [FRP] 



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Sens : "Fais attention à toi, prends soin de toi". 

Origine : C'est le conseil qu'on donne au départ à celui qui grimpe à un 
arbre pour qu'il ne tombe pas. Or, grimper à l'arbre est une image 
régulièrement exploitée par les expressions provençales pour signifier "prendre 
un risque (voir pèr tasta la figo..., toumba de la figuiero). Donc, le sens figuré 
devient "si tu prends des risques, fais attention, trouve-toi des aides et des 
appuis". Ici encore, l'image est très directe, concrète, expressive, ce qui a 
contribué à son adoption en français régional. 

Commentaires : Quand quelqu'un (souvent un enfant) s'accroche à vous 
pour franchir un passage délicat, retrouver son équilibre, se rassurer, et qu'on 
est surpris (ou que ça vous met vous aussi dans une situation périlleuse), on lui 
dit aussi souvent "hoon ! Tiens-toi aux branches !", ce qui est une façon, par 
antiphrase, de lui suggérer de faire le contraire... 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : boulegues pas lou batèu ; d'aise !, et les expressions citées ci-dessus. 


Testard coumo un ai [P, FRP] 

Sens : "Têtu comme un âne" (= trad. litt.). Prononcé "testar coum unn ail" 
(API [tEs"ta kum yn "aj]). 

Origine : La réputation de l'âne comme animal têtu n'est plus à faire. Sa 
présence, on l'a vu, est fréquente et emblématique en Provence, ce qui motive 
d'autant cette expression. Enfin, la conserver en provençal lui donne plus de 
force expressive qu'un équivalent français, sachant qu'elle est facilement 
comprise. 

Commentaires : En effet, le mot testard (féminin testarde ) est usuel en 
français régional, ou on le dit au moins aussi souvent que têtu(e). Certaines 
personnes ne disent que ça. On en a même tiré un dérivé la testardise, "le fait 
d'être têtu" (le provençal testardige, idem, n'est qu'une forme parallèle et non 
son origine). 

Quant à Y ai, malgré la confusion possible avec ail, il est bien connu en 
français régional, non seulement à cause de diverses expressions qui le 
conservent présent (comme le juron con d'aï ou l'injure tronche d’aï), mais aussi 
par un mot composé très usuel comme pèbre d'aï, qui désigne la sarriette. 

En provençal, il n'y a pas de confusion, puisque "ail" se dit aiet. Dans la 
vallée du Rhône, "âne" se dit ase et non ai, l'expression est donc testard coume un 
ase. 

Emploi : De usuelle à très usuelle partout en provençal, avec forme 
adaptée, y compris employée parfois par des gens ne parlant pas provençal. 

Voir : à Gonfaron... ; le temps de tuer un âne...; sian poulit !; si tous les 
ânes... ; un vent à arracher la queue aux ânes. 


Teta lou bouchoun [P] 

Téter le bouchon [FRP] 

Sens : "Être collé contre le cochonnet". Se dit d'une boule (au jeu). 

Origine : Le bouchon, c'est le "but" au jeu de boules. Forme francisée du 
provençal bouchoun, il signifie "petite boule" et n'a rien à voir avec ce qui ferme 
une bouteille en français. L'image de "téter" pour "être collé" est parlante d'elle 



130 

même. Elle est très usuelle en provençal. Comme une bonne partie du 
vocabulaire bouliste, et aussi parce que c'est une expression très imagée, elle est 
en français un calque du provençal. 

Commentaires : Parce que la boule le "tète", le bouchon est parfois 
surnommé le tèti ("je tète" en provençal), ce qui n'est pas sans rappeler le téton, 
et le tété (nom plaisant du sein très courant dans le Midi). D'où des 
plaisanteries, pas toujours très délicates, qui font partie du plaisir et du rituel 
du jeu... On dit aussi d'une boule ainsi placée (et si bien placée) que c'est la 
téteuse. 

Emploi : Très usuelle partout chez les joueurs de boules et usuelle aussi 
chez ceux qui les regardent, ce qui fait beaucoup de monde. 

Voir -.faire un narri ; il y passe un camion. 


Tira soucit [P] 

Tirer souci [FRP] 

Sens : "Donner des soucis". On dit "cette histoire, ça me tire souci". 

Origine : Comme un certain nombre de locutions provençales usuelles, 
celle-ci est caractérisée par l'absence d'article. Ce phénomène existe en français, 
mais il est beaucoup plus répandu en provençal (ex. coula bugado "faire la 
lessive"), et touche même les prépositions ( partir bonne heure). Le verbe tira est 
souvent employé au sens de "faire". On dit tira de pessu (trad. litt. "tirer des 
pincées") pour "pincer", tira camin "faire de chemin", ou que tèms tiro ? "quel 
temps fait-il ?". 

Comme c'est une expression qui touche aux sentiments intimes, la forme 
provençale a été adoptée en français régional (où co-existe donc la forme 
française donner des soucis). 

Commentaires : Des formes proches existent comme tira peno [P] /tirer 
peine [FRP], 

Emploi : Usuelle partout mais vieillissante. 

Voir : être gonfle ; faire figure ; ça m'escagasse ; se prendre une estoumagade. 


Tirarié de pessu au mabre/ei vitro [P] 

Sens : "C'est quelqu'un de très avare" (trad. litt. "il/elle arriverait à pincer 
une vitre". Prononcé "tirarié dé péssu oou mabré / eï vitro" avec accent tonique 
sur le a de mabre ou i de vitro (API [tira'ïje de pe"sy ou8 "mabÂe / ej "vitÂO]). 

Origine : L'image du "grippe-sou" qui a les mains en forme de crochets 
pour saisir et retenir l'argent est très répandue. Ici, on la met en œuvre en 
imaginant que ça atteint le point de pouvoir pincer du marbre ou du verre, 
matériaux choisis pour leur extrême dureté, leur aspect très plan, et leur 
froideur. Cela ajoute une connotation négative à l'expression. 

En provençal, "pincer" au sens propre se dit plutôt tira de pessu (trad. litt. 
"tirer des pincées") que pessuga (voir ci-dessus). 

Commentaires : Les images de l'avarice visent presque toujours la main, 
comme symbole de ce qui prend ou qui donne. Les mots et expressions qui 
fustigent l'avarice sont très péjoratifs, et en Provence très expressifs, d'où une 
bonne proportion d'emprunts au provençal en français régional. On utilise ainsi 
les noms et adjectifs raspiasse (augmentatif de ràspï), ràtchou (en Provence 
orientale), etc. 



131 

Emploi : Rare, mais attestée (uniquement en provençal) et comprise dans 
toute la Provence. 

Voir : avoir des oursins dans les poches ; avoir le poignet coupé. 


Touca la man [P] 

Toucher la main [FRP] 

Sens : "Serrer la main" (pour dire bonjour). 

Origine : En provençal, "serrer" se dit sarra, mais implique automatiquemet 
le fait de "serrer fortement, étreindre". Il y a également le verbe quicha qui veut 
dire "faire pression" et qui est parfois employé pour dire cela quicha la man, c'est 
"serrer la main". Mais l'expression la plus usuelle est touca la man, d'où, pour 
cette chose si quotidienne et si familière, le français régional toucher la main. 

Commentaires : Ambigüité possible à nouveau ! Si on vous dit "j'ai touché 
la main à M. Untel", ça ne veut pas dire qu'on lui a palpé la paume, mais 
simplement "serré la main". Le même genre de phénomène linguistique se 
rencontre avec donner la main (voir cette expression). 

En général, on ne se "touche la main" qu'entre hommes (on salue les dames 
sans les toucher) et pas systématiquement à chaque rencontre, surtout si elles 
sont quotidiennes (par exemples au travail). Là, on se contente d'un salut 
verbal. Si c'est quelqu'un qu'on tutoie, on lui dira "hou" (prononcé "oou") ou 
"adieu " suivi de son prénom (en provençal comme en français). 

Jusque dans les années 1950, on entendait les gens se dire "bonjour" en 
prenant congé (comme encore au Québec aujourd'hui), mais cet usage a 
disparu. Par contre, on se dit ciao (prononcé à l'italienne, avec un a tonique 
long) de façon extrêmement fréquente. 

Emploi : Peu usuelle partout, vieillie en français. Banale en provençal, 
comprise par tous. 

Voir : aïoli sur toi ; conservez-vous ; donner la main ; toucher les cinq sardines ; 
un peu. 


Touca lei cinq sardino [P] 

Toucher les cinq sardines [FRP] 

Sens : "Serrer la main". 

Origine : En ce qui concerne l'emploi de touca/toucher voir toucher la main 
ci-dessus. Les "cinq sardines" sont une image amusante des cinq doigts, bien 
sûr à cause de la forme, mais surtout parce que les sardines ça bouge, c'est gras 
et ça ne sent rapidement pas très bon ! 

Commentaires : De quelqu'un qui est gros on dit es un barriéu de sardo 
("c'est un baril de sardines"). On voit que l'idée de la graisse reste sous-jacente. 
Une forme courte consiste à dire "li n'ai touca cinq [P] /je lui en ai touché cinq 
[FRP]". 

Emploi : Peu usuelle, vieillissante, encore employée comme plaisanterie. 
Voir : . ..comme des anchois ; faire une sardine ; toucher la main. 


Toumba de lafiguiero [P] 



132 

Sens : 1) "Être très surpris et un peu déçu" ; 2) "Avoir l'air naïf et ignorant" 
(trad. litt. "tomber du figuier"). Prononcé "toumba dé la figuiéro" avec accent 
tonique sur l'avant-dernière syllabe de figuiéro (API [turrï'ba de la fi"gjerO]). 

Au sens 1, on dit par exemple "quouro legissèri 'co, toumbèri de la figuiéro" 
("quand j'ai lu cela, j'ai été désagréablement surpris". Au sens 2, c'est 
l'équivalent de sortir de sa campagne ; on entend par exemple "Mai qu's aquel 
ensuca ? sèmblo toujou toumba de sa figuiéro" ("mais qui c'est cet abruti? il a 
toujours l'air de sortir de son trou". 

Origine : Le figuier, on l'a vu, c'est l'archétype de l'arbre sur lequel on 
grimpe (voir per tasta leifigo...). C'est aussi l'arbre un peu sauvage, qui pousse 
partout, au bord des chemins, et donc qui attire les passants pour ses fruits 
délicieux (qui sont aussi des symboles sexuels interdits, voir faire la figue). Un 
dicton rappelle cette symbolique : fiho d'aubergo e figuiéro de camin, se soun pas 
toucado lou vèspre, va soun lou matin ("fille d'auberge et figuier de chemin, s'ils ne 
sont pas touchés le soir, le sont le matin"). Donc, toumba de la figuiéro, c'est être 
surpris, voire attrappé, quand on ne s'y attend pas, parce qu'on préfère s'y 
cacher. D'où le deuxième sens, tiré du premier : quand on en est tombé, on a 
l'air d'un idiot qui ne comprend pas ce qui se passe, que ce soit par surprise ou 
par stratégie. 

Commentaires : Dans les deux sens, l'image de la chute sert à donner la 
connotation négative, de déception dans le premier cas, de niaiserie dans le 
second. On dit aussi avec les même sens davala dôu cade "dégringoler du 
genévrier", probablement parce que le cade est perçu comme un arbre sauvage 
et de peu de valeur (plusieurs expressions exploitent cette connotation). 

Beaucoup d'arbres fruitiers ont en provençal un nom féminin, dont le 
figuier (la figuiéro, qui colle mieux au dicton ci-dessus). 

Emploi : Rare, vieillie, attestée et connue dans les Bouches-du-Rhône et le 
Var, mais comprise partout. 

Voir : avoir des yeux de bogue ; couillon de la lune ; fan de... ; sembler le ravi... ; 
tiens-toi aux branches, et les expressions citées ci-dessus. 


Toumbo de pèiro de moulin [P] 

Il tombe des pierres de moulin [FRP] 

Sens : "Il pleut violemment". 

Origine : Les pluies méditerranéennes sont sporadiques et brèves, mais 
intenses. Plusieurs expressions provençales servent à décrire cette violence. 
L'idée, c'est bien sûr de comparer la pluie, ou ses gouttes, à quelque chose 
d'imposant. D'où le choix de la "pierre de moulin", énorme meule de plusieurs 
tonnes, qui était sans doute l'une des plus imposantes réalisations humaines 
usuelles autrefois. Des moulins, en Provence, il y en a toujours eu beaucoup, 
pour l'huile ou le blé, à vent, à eau ou à traction animale. L'expressivité d'une 
telle formule est bien passée en français. 

Commentaires : On dit aussi il pleut des seaux (provençal plou a farrat), 
expression plus usuelle mais moins éloquente, ou, en provençal dans la vallée 
du Rhône, plou à cop d'ase ("il pleut à coups d'âne"). 

Détail rigolo, le tonnerre est surnommé le tambour des limaçons, puisqu'il 
annonce la pluie et appelle les escargots (voir c'est le tambour de Cassis). 

Emploi : De peu usuelle à usuelle, vieillie, connue et comprise partout. 

Voir : à-n-Aubagno... ; c'est un boulevard ; faire un chaple ; on y voit à travers ; 
un vent à arracher la queue aux ânes. 



133 


Touma-vira [P] 

Tourner-virer [FRP] 

Sens : "Ne rien faire, hésiter". C'est un peu l'quivalent du français 
"commun" tourner en rond. On dit de quelqu'un qui repousse une décision "il 
tourne, il vire, et toujours il attend" ou, à un enfant qui s'ennuie, "ti as pas un peu 
fini de tourner-virer, va jouer dehors, vaï, que tu m'énerves !". 

Origine : L'expression joue sur la redondance de deux verbes au même 
sens et sur tout un réseau d'expressions. D'une part, tourna-vira, c'est tout 
simplement "tourner" et encore "tourner". Le provençal a là deux synonymes, 
dont l'existence parallèle en français a permis la francisation directe de 
l'expression. D'autre part, de nombreuses expressions jouent sur cette image et 
sur des sens proches (voir faire plus vite un tour que deux, tant que virofai de tour). 
L'image fondamentale en est celle de tourner en rond plutôt que d'avancer. 

Commentaires : On dit aussi en provençal tourno, viro, s'embrounco (trad. 
litt. "il tourne, il vire, il trébuche") ou tourno, viro, si chaspo ("il tourne, il vire, il 
se tâte") avec le même sens. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : a ni goust ni gousto; fai tira... ; chercher Moulinari, et les expressions 
citées ci-dessus. 


Trepa sus d'ôussin [P] 

Marcher sur des oursins [FRP] 

Sens : "Se trouver dans une situation où il faut être très prudent". C'est 
l'équivalent du français "commun" marcher sur des œufs. 

Origine : L'oursin est un animal très présent dans l'imaginaire provençal, 
non seulement pour sa haute valeur gastronomique, mais surtout parce que 
nous nous y sommes tous piqués les pieds en allant nous baigner ! C'est donc 
l'image rêvée de ce qu'il faut manier avec délicatesse (on peut en effet les 
ramasser et les manger sans se piquer). 

Commentaires : Bien sûr, de là à pouvoir marcher dessus, à moins d'être 
un fakir... L'expression exagère à partir d'une réalité très évocatrice pour tout le 
monde. On l'emploie d'ailleurs parfois au sens premier, en voyant quelqu'un 
marcher avec difficulté, par exemple sur des rochers pointus ou un sol brûlant. 

Emploi : Rare, vieillie mais attestée partout et comprise par tous. 

Voir : avoir des oursins dans les poches ; tiens-toi aux branches. 


Tron de ~ ! [P, FRP] 

Sens : C'est la base d'une exclamation marquant la surprise ou la colère. 
On la complète en ajoutant en général tron de Diéu, tron de pas Diéu, tron de 
noum, tron de bouon goi, tron de Ver en provençal (prononcés "tron dé dïou [API 
tÂOn de "diu8], tron dé pa dïou, tron dé noun [API tÂOn de nu$N], tron de bouon 
goï, tron dé l'èr"). La plupart de ces jurons sont insérés tels quels en français, 
mais certains ont des variantes francisées : tron de Dieu, tron de nom, tron de l'air. 
Cette liste est la plus fréquente mais n'est pas exhaustive. 



134 

Origine : La base du juron signifie "tonnerre de...", mais beaucoup de 
Provençaux ne le savent plus, car c'est un mot ancien. Aujourd'hui (et depuis 
au moins un siècle) " le tonnerre" se dit lou tounèro, mot emprunté au français. 
Ensuite, c'est un composé en de + quelque chose, comme beaucoup de séries de 
jurons provençaux. Tous les compléments de celui-ci sont des mentions directes 
ou détournées du nom de Dieu (le tonnerre de Dieu manifeste Sa colère), sauf 
tron de l'èr/de l'air, qui en reste proche. 

Commentaires : C'est la série d'exclamations provençales qui est 
probablement la moins vivante aujourd'hui, surtout par rapport à la série fan 
de... ou facho de... La formule tron de l'air, un peu à part, a évolué parallèlement 
vers la constitution d'un nom désignant une personne dotée de beaucoup 
d'énergie, de fantaisie, d'humour. On dit (en provençal comme en français 
régional) es un tron de l'èr/c'est un tron de l'air. Quant au mot tron, qui s'est 
spécialisé dans la constitution de jurons et a perdu son sens propre, il signifie 
désormais "juron". Ainsi, en provençal, a fa peta lei tron signifie "il a largué des 
jurons". 

Emploi : Très usuelle ou usuelle mais vieillissante en français, connue et 
comprise partout. Très usuelle partout en provençal. 

Voir : couquin de... ; le con de Manon, et les expressions citées ci-dessus. 


Trouvariépas d'aigo à la mar [P] 

Aller à la mer et ne pas trouver d'eau [FRP] 

Sens : Se dit à quelqu'un qui cherche quelque chose sans le trouver, alors 
que c'est visible et/ou facile à repérer. Au sens figuré se dit de quelqu'un qu'on 
considère comme n'étant pas dégourdi. 

Origine : L'image de ne pas trouver d'eau à la mer est d'une évidence 
éloquente, qui est facilement venue à l'esprit de gens vivant dans un pays 
maritime... 

Commentaires : ...évidente, sauf si vous fréquentez ces côtes océanes où, 
effectivement, on peut alors au bord de mer sans trouver d'eau... Mais en 
Méditerranée, aucun risque, elle est toujours là (bien que parfois démontée, 
comme dit Raymond Devos !). 

La variante française que j'ai rencontrée n'est pas un calque direct de 
l'expression provençale, sans raison apparente, ce qui est relativement rare. 

On ajoute souvent à cette expression l'exclamation de compassion pecaire ! 
ou sa variante francisées peuchère ! 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : c'est comme la poutre de Cabasse ; c'est une broque ; faire plus vite un tour 
que deux ; tourner-virer. 


Tu m'as tout l'air ~ ! [FRP] 

Sens : "Ce que tu dis n'est pas vrai, n'est pas juste, n'est pas correct". 
L'expression est complétée par le mot ou l'expression que vient de dire 
l'interlocuteur et que l'on critique. Par exemple, quelqu'un vous dit "Cet arbre, 
c’est un pin maritime" et on lui répond (parce qu'on pense qu'il se trompe ou 
qu'il ment) "Tu m'as tout l'air pin maritime, toi, vaï !". 

Origine : Au départ, c'est une façon de contester ce que dit quelqu'un ci 
propos de lui même en lui opposant son apparence contradictoire avec ses propos 



135 

(par exemple "je suis très calme -tu m'as tout l'air très calme !"). L'expression a été 
étendue à tout ce que peut dire quelqu'un, dès lors qu'on s'y oppose. 

Commentaires : C'est une expression ironique mais amusée, pas agressive 
ni péjorative. On l'adresse souvent aux enfants qui commettent des maladresses 
de langage. 

Bien qu'elle puisse exister en provençal, où agué l'èr est une expression 
bien vivante et où de nombreuses expressions utilisent cette tournure, je n'en ai 
ai aucune attestation dans cette langue. C'est pourtant une expression qui 
fonctionne comme une petite "joute oratoire", et, de ce fait, assez typiquement 
provençale. 

Emploi : Usuelle partout et pour tous. 

Voir : donner d'air ; avoir un air de deux airs ; avoir plus l'air d'un couillon... ; 
et le tchètchou ! ; m'as comprès. 


U 


Un coup fa pas puto [P, FRP] 

Sens : "L'erreur est humaine, mais il ne faut pas recommencer" (trad. litt. 
"une fois ne fait pas une putain"). Prononcé "üng coou fa pa puto" avec accent 
tonique sur le u de puto (API [yN "kOu8 fapa "pytO]). 

Origine : C'est la même morale que celle d'une autre expression en très très 
vieux provençal errare humanum est, perseverare diabolicum. Une fois, ce n'est pas 
grave. Persister, ça le devient. L'expression utilise la notion très péjorative de 
puto qui évoque, au delà de la prostitution elle-même, tout comportement vil, 
chez la femme comme chez l'homme. Une "mauvaise langue" se dit ainsi uno 
lengo de puto, et l'on a vu l'insulte enfant de puto (voir fan de...). Certains 
répondent à cette interpellation par une suite "dous coup nimai ! " ("deux fois 
non plus"). 

Commentaires : On le dit non seulement pour porter une jugement sur un 
comportement criticable, mais aussi pour des petites choses de la vie 
quotidienne. Par exemple, accepter de boire un verre (et. un verre, ça va... ). 

C'est une expression très... expressive, très appréciée pour cela, et perçue 
comme familière mais pas comme vulgaire. C'est la raison pour laquelle elle est 
connue de gens ne parlant pas provençal, et régulièrement placée dans des 
conversations en français. 

Emploi : Usuelle, attestée et comprise partout. 

Voir : d'aise ! ; fan de... ; pèr tasta leifigo... 


Un pau [P] 

Un peu [FRP] 

Sens : Cette petite locution adverbiale est très fréquemment insérée auprès 
d'un verbe pour en atténuer la portée, et donc fonctionne comme une marque 
de politesse. On dit par exemple "Tu veux pas un peu m’aider ?" ou "Ferme un 
peu la porte ! " . 

Origine : Les conventions d'expression du respect de l'interlocuteur et 
d'équilibre du dialogue varient énormément d'une langue et d'une culture à 
une autre. En français "commun", on utilise des formules de politesse comme 



136 

"je vous prie", des imparfaits (" j'étais venu vous demander..."), des fausses 
questions (" Voulez-vous fermer la porte ?"), on fait semblant de refuser {"non 
merci, je ne veux pas vous déranger"). En anglais, on emploie des verbes tampons 
comme (je traduis) "j'imagine que..., je suppose que..., il est probable que... On dit 
"1 dont think VU corne" (trad. litt. "je ne pense pas que je viendrai", c'est-à-dire 
"je suis désolé je ne viendrai pas") et non I won't corne (trad. litt. "je ne viendrai 
pas") qui serai pris comme un affront. Il n'y a pas de tu différent d'un vous (on 
dit y ou) mais on cite systématiquement le prénom des gens pour indiquer la 
familiarité (c'est l'équivalent de notre tutoiement). En Provence, il en va de 
même. Pour être courtois, on pose les questions à la forme négative {"tu veux 
pas boire un coup ?"), on utilise des inteq'ections {"allez, zou, viens avec nous, 
que ?"), et, entre autres, on met un pau/un peu partout. 

Commentaires : Evidemment, si l'on n'est pas attentif à ces différences 
d'habitudes qui vont au delà des énoncés eux-mêmes, soit on fait des 
traductions "mot à mot" boiteuses (écoutez les dialogues des séries américaines 
à la télé !), soit on comprend de travers. Et comme ça porte justement sur les 
modalités de la relation entre les personnes, ça peut provoquer des erreurs 
graves d'interprétations qui vont jusqu'au conflit. C'est pourquoi les 
Provençaux trouvent en général les "gens du nord" maniérés et hautains, et 
pourquoi ces derniers trouvent souvent les Provençaux trop familiers, trop 
directs, voire impolis. En fait, tous sont polis et respectueux de leurs 
interlocuteurs, mais les signaux, mots et expressions qui le manifestent ne sont 
pas les mêmes ! 

Il nous reste beaucoup à apprendre... 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : grosses caresse; le beau premier ; parler pointu ; se faire voir ; toucher la 

main. 


Un vènt à derraba la coua eis ai [P] 

Un vent à arracher la queue aux ânes [FRP] 

Sens : "Un vent très violent". C'est l'équivalent local de un vent à décorner les 
bœufs. 

Origine : L'expression joue sur la même métaphore, évidente, que 
l'expression française bien connu. Il fallait trouver quelque chose qui reste 
dehors même s'il fait du vent, qui soit une image de robustesse, et dont une 
partie évidemment inarrachable soit bien visible. Ça colle parfaitement avec la 
queue d'un âne, cet animal étant jadis très familier partout en Provence. 

Commentaires : Les bœufs, en Provence, sont plus rares. Excepté en 
Camargue et haut en montagne, le climat sec ne leur convient pas et ils ne 
trouveraient guère de pâturages... Voilà aussi qui explique que le choix 
provençal se soit porté sur l'âne plutôt que le bœuf. 

Quant au vent, on est gâtés, avec ce sacré mistral ! 

Emploi : Usuelle, connue et comprise partout et par tous. 

Voir : à Gonfaron... ; le temps de tuer un âne... ; si tous les ânes... ; il tombe des 
pierres de moulin. 


Une chiée plus quinze 



137 

Sens : "Une grande quantité" (expression péjorative). On dit par exemple 
"Des gosses, elle en a déjà une chiée plus quinze ! 

Origine : Dans différents argots et parlers populaires français, l'expression 
une chiée représente une "grande quantité". Dans la région nantaise, par 
exemple, une chiée, c'est onze verres de vin bus par une seule personne (onze, 
dix + un, pour dépasser le seuil symbolique de dix). Cette expression a été 
véhiculée à Marseille (peut-être par le port), où elle a pris une nouvelle forme 
apparentée. Mais ce coup-ci, c'est non seulement une chiée, mais c'est quinze de 
plus ! 

Commentaires : Les expressions spécifiques de Marseille et de Provence 
qui sont construites à partir d'autres expressions françaises, et non à partir 
d'expressions provençales ou italiennes sont proportionnellement assez rares 
(voir aussi s'en battre les couilles). Outre sa bizarrerie, celle-là méritait donc 
qu'on ne l'oublie pas. 

Emploi : Rare, surtout employée à Marseille, vieillissante. 

Voir : agué de sou coumo un chin de niero ; en moulon ; s'en battre les couilles. 


Uno poumpo à l'ôli [P] 

Une pompe à l'huile [FRP] 

Sens : C'est le nom d'un genre de brioche provençale, faite à l'huile d'olive, 
qu'on consomme pour certaines fêtes traditionnelles qui varient selon les lieux. 
Il en existe des variantes sucrées (les plus courantes aujourd'hui) et salées 
(genre fougasse aux anchois). 

Origine : En provençal, poumpo, poumpa sont les équivalents des mots 
français pompe, pomper, avec un sens de base identique. On s'en sert 
particulièrement pour évoquer le fait d'absorber un liquide. "Être un peu ivre" 
se dit par exemple èstre poumpeto (comme en français être pompette). Et notre 
pâtisserie a pour caractéristique notable (comme sa cousine la brioche) de 
pouvoir absorber les liquides, notamment l'huile d'olive qui entre dans sa 
confection. 

Commentaires : Dans la région de Marseille on l'appelle aussi la torque (en 
provençal la touarco). 

La pompe à l'huile entre dans les treize desserts, les pâtisseries sucrées 
typiques de la Chandeleur, et les plats de fêtes locales diverses. C'est un 
symbole de richesse et de joie. 

Vous en voulez la recette ? La voilà : 

Préparer le levain en mélangeant 125 g de farine avec 20 g de 
levure de boulanger et un peu d'eau. Laisser reposer une nuit 
entouré d'un linge humide. Le lendemain, pétrissez 375 g de 
farine avec 150 g d'huile d'olive, 125 g de sucre en poudre et le 
levain. Ajoutez deux cuillères à soupe d'eau de fleur d'oranger. 

La pâte doit être consistante mais pas trop dure. Laissez-la lever 
1/2 heure. Répartissez la pâte en 6 morceaux que vous formez en 
anneaux, que vous unissez les uns aux autre par le centre. 

Laissez lever encore une heure et faites cuire à four chaud 
environ 20 minutes. 

Vous voyez bien, contrairement à ce qu'on pourrait croire en se fiant à son 
nom, que ça n'a rien d'une pièce du moteur de votre voiture ! Alors, si on vous 
propose de manger une pompe à l'huile, pas d'hésitation, c'est délicieux. 



138 

Emploi : Usuelle partout, surtout en provençal. 

Voir : métré d'oli ei cese ; monter l'aïoli ; pèr Toussant Vôulivo a la man ; quand 
as d oli... 


V 


Va fancoulo ! [P] 

Va fangoule ! [FRP] 

Sens : "Va te faire foutre". 

Origine : C'est l'adaptation locale de l'injure italienne (du sud de l'Italie) va 
fanculo ! qui signifie littéralement... "va te faire enculer !". Elle a été apportée 
par l'immigration italienne et les contacts fréquents entre pêcheurs ou marins. 
La forme provençale présentée ici est strictement identique. La forme francisée 
a été légèrement modifiée. La structure de cette expression est parallèlement 
largement exploitée en provençal (voir ci-dessous). 

Commentaires : Il est possible qu'une variante provençale va fangoulo ait 
servi d'intermédiaire entre l'italien (ou le napolitain) et le français, mais ce n'est 
pas sûr, car, d'une part, je n'en ai trouvé aucune attestation, et, d'autre part, la 
forme francisée est surtout marseillaise. Elle a donc pu passer directement en 
français, langue davantage et plus anciennement employée à Marseille 
qu'ailleurs dans la région. De plus, la prononciation méridionale italienne, 
comme la corse, a fortement tendance à modifier dans certains contextes les 
consonnes initiales ; ainsi le k- devient g- (dans culo "cul"). 

C'est une expression perçue comme grossière et très éloquente, que tout le 
monde comprend... 

Emploi : Rare, vieillie, surtout attestée en provençal sur la côte et en 
Provence orientale, ainsi qu'à Marseille en français régional. Comprise par tous. 

Voir : aspetta una minuta ; avoir la chcoumougne ; faire la figue ; mettre le gouaï 
; mon vie ! ; vai... 


Vai ~ ! [P, FRP] 

Sens : Base d'expressions nombreuses destinées à éloigner un importun ou 
à écarter un propos. Parmi celles-ci, les plus fréquentes sont vai pinta de gàbi ("va 
peindre des cages"), vai rascla de bouto ou de cano "va gratter des tonneaux ou 
des roseaux"), vai tifa pinta ("va te faire peindre"), vai ti faire uno soupo/va te faire 
une soupe (voir ci-dessous) ou vai ti coucha (prononcé "va ti coutcha"), ce dernier 
y compris en français sous cette forme provençale. A Marseille, une expression 
aujourd'hui vieillie envoyait les gens "au mont-de-piété" (va au pégal ! ”), ce qui 
était une façon de les traiter de miséreux. 

Origine : La structure est classique dans de nombreuses langues romanes. 
On dit ainsi également en français "commun" "va te faire + verbe injurieux" ou en 
italien "vai àfarti + verbe injurieux". 

Commentaires : Certaines de ces expressions sont particulièrement fixes et 
développées, on les retrouve ci-dessous. 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous dans les deux langues. 

Voir : va fancoulo ; va caguer à... ; va te faire une soupe... 



Vai caga à ~ ! [P] 

Va caguer à ~ ! [FRP] 


139 


Sens : "Va au diable !" (trad. litt. "va chier à...")- L'expression est complétée 
par des lieux très divers, qui varient selon les contrées, et dont certains sont 
fixés par la tradition linguistique. Parmi les plus fréquents on trouve en 
provençal : vai caga à Endoume (Marseille), vai caga à la vigno (partout), vai caga à 
l'empento (côte), et en français l'adaptation des deux premières va caguer à 
Endoume (Marseille et ses environs), va caguer à la vigne (partout). 

Origine : L'image grossière qui consiste à envoyer caguer au loin un 
importun permet évidemment d'exprimer davantage de mépris. Les lieux 
choisis comme compléments sont toujours des lieux éloignés et sauvages 
(Endoume, la vigne). Quant à l'empento, c'est le gouvernail, qui se trouve à 
l'extrémité (et pour tout dire au cul) du bateau. 

Commentaires : Dans la région marseillaise, aller caguer à Endoume est 
devenu si habituel, qu'on dit souvent simplement envoyer à Endoume ou aller à 
Endoume. Et, partout, il existe une forme courte vai caga l/va caguer ! (ou parfois 
va chier !) qui est peut-être la plus injurieuse. En français (régional) le verbe 
caguer est perçu comme moins grossier que son équivalent "commun" chier. 

Emploi : Très usuelle partout. 

Voir : caguer aux brailles ; faire une cagade ; ça m ’escagasse ; se faire voir ; vai... 


Vai ti faire uno soupo de favo/d'esco [P] 

Va te faire une soupe de fèves/d'esques [FRP] 

Sens : "Va au diable !". 

Origine : Comme les expressions ci-dessus (va caguer à...), celle-ci sert à se 
débarrasser (au moins symboliquement) d'un importun ou de quelqu'un qui 
vous dit quelque chose avec quoi vous n'êtes pas d'accord. La soupe de fèves est 
un plat de pauvre, grossier et peu attirant. La soupe d'esques n'existe 
heureusement pas, puisque les esques (mot calqué du provençal), ce sont les 
"vers de vase" qu'on utilise comme appât pour la pêche en mer... Bouai ! 

Commentaires : Une variante courte consiste simplement à envoyer la 
personne si faire uno soupo/se faire une soupe. 

Emploi : Usuelle partout, la variante avec les esques et en français étant 
surtout usuelle sur la côte marseillaise et varoise. 

Voir : caguer aux brailles ; faire une cagade ; ça m'escagasse ; se faire voir, et les 
expressions précédentes. 


Y Z 


Y en a un qui est mort ! 

Sens : "Quelqu'un attend depuis longtemps" (se dit à propos de soi-même 
d'une tierce personne). 

Origine : A force d'attendre, on en meurt ! Image exagérée d'un temps 
passé extrêmement long... C'est un procédé usuel de création d'expressions en 



140 

Provence. De plus, les plaisanteries sur la mort (ou les jurons, exclamations, 
etc...) sont courantes dans les cultures méditerranéennes (cf. les expressions 
pied-noires plus ~ tu meurs !, la mort de tes os !, ou italienne ai mortacci tuoi !). 

Commentaires : Cette expression semble avoir été créée en français et 
n'être utilisée que dans cette langue. On dit pourtant en provençal resta mouart 
pour "rester immobile" (trad. litt. "rester mort"). 

Pour signifier la façon dont on ressent une chose, plus que la décrire avec 
précision, on utilise de toute façon des images approximatives et exagérées qu'il 
ne faut pas prendre au pied de la lettre. "Je t'attends depuis trois heures" veut dire 
que j'ai trouvé l'attente longue, même si elle n'a duré que vingt minutes. Et il ne 
viendrait à l'idée d'aucun Provençal de répondre "Trois heures ? mais nous avions 
rendez-vous il y a vingt minutes". L'autre aurait l'impression qu'on se fiche de lui 
et qu'on refuse de comprendre son mécontentement... 

Emploi : Rare, vieillissante, attestée en Provence côtière (dont Marseille) et 
dans le sud de la Drôme. 

Voir : à chaque fois, il y tombe un œil ; aspetta una minuta ; chercher Moulinari ; 
de longue ;fai tira... ; il y passe un camion. 


Zou, boulegan ! [P, FRP] 

Sens : Expression utilisée pour communiquer du dynamisme, du 
mouvement et de l'action. Prononcé "zou boulégan" (API [zu bule"ga$N]). 

Origine : L'interjection zou est en provençal une sorte d'onomatopée 
évoquant la vitesse. Son usage est absolument permanent en provençal comme 
en français régional. Quant à boulegan, c'est le verbe boulega ("bouger"), à la 
première personne du pluriel (= "nous bougeons"), dont l'usage sous cette 
forme provençale est facilitée par l'existence en français régional du verbe 
calque bouléguer, usuel et compris par tous. 

Commentaires : De toutes les inteqections prvençales qui ponctuent le 
discours et exprime de la vivacité (comme té, vé, bé), zou est celle restée la plus 
vivante en français régional. C'est presque un réflexe ou un tic langagier 
collectif ! Il en existe un équivalent direct mais moins usité en italien, su 
(prononcé "sou"). 

Cette expression est l'une des plus éloquente dans la série de celles, 
nombreuses, qui réprouvent l'indolence, la lenteur, et suscitent l'action 
énergique et efficace qui caractérise bien, quoi qu'on en dise, les comportements 
latins. Le fait qu'elle se dise en provençal, même insérée dans un discours 
français par des gens qui ne parlent pas provençal, lui donne une coloration 
affective et directe que n'aurait pas un équivalent français du type "Allons ! 
Bougeons ! " (qui sonne vraiment gnan-gnan à nos oreilles). 

Le bulletin interne du personnel du Conseil régional Provence-Alpes-Côte 
d'Azur (ne dites jamais PACA, ça énerve) s'intitule "Boulégan, té ! ". 

Emploi : Très usuelle partout et pour tous. 

Voir : allez mai; aquelo empego ; être santon ; fai tira... ; faire aigre. 



141 


Les index 

Ces index comprennent dans l'ordre les éléments suivants : 

1) Index de repérage : 

-a. liste des expressions en français avec pagination (p. XXX) 

-b. liste des expressions en provençal et en italien avec pagination (p. XXX) 
-c. expressions provençales supplémentaires citées dans les articles 

2) Index thématiques 

-expressions en provençal et en italien aussi utilisées en français (p. XXX) 
-expressions répertoriées comme étant "très usuelles" 

-expressions à tiroir et joutes oratoires (p. XXX) 

-exclamations et jurons (p. XXX) 

-comparaisons (p. XXX) 

-activité, travail et repos (p. XXX) 

-situation matérielle et sociale (p. XXX) 

-relations entre les gens (p. XXX) 

-langues et paroles (p. XXX) 

-enfants, vie amoureuse et familiale (p. XXX) 

-nourriture et boisson (p. XXX) 

-apparence physique (p. XXX) 

-santé mentale et physique (p. XXX) 

-habillement (p. XXX) 

-façons de se comporter (p. XXX) 

-défauts et qualités (p. XXX) 

-le temps qu'il fait (p. XXX) 

-le temps qui passe (p. XXX) 

-végétaux (p. XXX) 

-animaux (p. XXX) 

-lieux et constuctions (p. XXX) 

-éléments et milieux naturels (p. XXX) 

-personnes et personnages (p. XXX) 

-parties du corps (p. XXX) 

-traditions et religion (p. XXX) 

-sagesse populaire (p. XXX) 


1) Index de repérage 

a. Liste alphabétique des expressions en français avec pagination 

(NB : les expressions n'existant qu'en provençal ou en italien sont répertoriées à l'index suivant 
p. XXX) 

À chaque fois, il y tombe un œil (p. XXX) 

À Gonfaron, les ânes volent (p. XXX) 

À la descente, les courges y vont (p. XXX) 

Aïoli sur toi ! (p. XXX) 

Aller à la mer et ne pas trouver d'eau (p. XXX) 

Aller aux dattes (p. XXX) 

Aller plan-plan (p. XXX) 

Allez maï ! (p. XXX) 

Avec une olive au cul, il fait un litre d'huile (p. XXX) 



142 


Avoir cassé l'armoire à glace (p. XXX) 

Avoir crainte (p. XXX) 

Avoir des oursins dans les poches (p. XXX) 

Avoir du jus de courge/de navet dans les veines (p. XXX) 
Avoir l'eau à la pile (p. XXX) 

Avoir la chcoumougne (p. XXX) 

Avoir la crespine (p. XXX) 

Avoir la maladie du gabian (p. XXX) 

Avoir la tchatche (p. XXX) 

Avoir le bàti-bàti (p. XXX) 

Avoir le biais (p. XXX) 

Avoir le bomi (p. XXX) 

Avoir le cul comme ~ (p. XXX) 

Avoir le pain et le couteau (p. XXX) 

Avoir le poignet coupé (p. XXX) 

Avoir les joues comme le cul d'un pauvre (p. XXX) 

Avoir les mains gobi (p. XXX) 

Avoir les trois sueurs (p. XXX) 

Avoir les yeux bordés d'anchois (p. XXX) 

Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent (p. XXX) 
Avoir un air de deux airs (p. XXX) 

Avoir/faire des yeux de bogue/ de gobi (p. XXX) 

Bien/mal encaper (p. XXX) 

Bonne mère ! (p. XXX) 

Brancher les cagoles (p. XXX) 

C'est comme la poutre de Cabasse (p. XXX) 

C'est des figues d'un autre panier (p. XXX) 

C'est Fangio (p. XXX) 

C'est le tambour de Cassis... (p. XXX) 

C'est un boulevard (p. XXX) 

C'est un cul cousu (p. XXX) 

C'est un gros malgracieux (p. XXX) 

C'est un vrai remède (p. XXX) 

C'est une arrapède (p. XXX) 

C'est une bazarette (p. XXX) 

C'est une pâte (p. XXX) 

Ça m'escagasse ! (p. XXX) 

Caguer aux brailles (p. XXX) 

Changer l'eau aux olives (p. XXX) 

Chargé comme un âne [FRP] (p. XXX) 

Chercher Moulinàri (p. XXX) 

Comme des anchois (p. XXX) 

Comme une gamate (p. XXX) 

Comment ça va que... (p. XXX) 

Conservez-vous (p. XXX) 

Coquin de ~ [FRP] (p. XXX) 

Couillon de la lune (p. XXX) 

Dater de l'an pèbre (p. XXX) 

De longue (p. XXX) 

Des parpelles d'agasses (p. XXX) 

Donner la main (p. XXX) 

Droit comme mon bras quand je me mouche (p. XXX) 

Du sel gros (p. XXX) 

En moulon (p. XXX) 

Esquicher la gargamelle (p. XXX) 

Et le tchètchou... ! (p. XXX) 

Et patin-coufin (p. XXX) 

Être à l'agachon (p. XXX) 

Être bien fatigué (p. XXX) 

Être couvert comme Saint Georges (p. XXX) 

Être de Martigues (p. XXX) 

Être droit comme une bigue (p. XXX) 

Être gonfle (p. XXX) 



143 


Être santon (p. XXX) 

Être sourd comme un toupin (p. XXX) 

Être un peu momo (p. XXX) 

Être une broque (p. XXX) 

Faire des contes/des comptes de Maistre Arnaou (p. XXX) 
Faire des piades (p. XXX) 

Faire des yeux de seiche (p. XXX) 

Faire esquinette (p. XXX) 

Faire figure (p. XXX) 

Faire gambette/cambette (p. XXX) 

Faire garder les chèvres (p. XXX) 

Faire la bèbe (p. XXX) 

Faire la damote (p. XXX) 

Faire la figue (p. XXX) 

Faire le cacou (p. XXX) 

Faire le clerc et le capélan (p. XXX) 

Faire le gafette (p. XXX) 

Faire le mourre (p. XXX) 

Faire le pessu (p. XXX) 

Faire patche (p. XXX) 

Faire péter ~ (p. XXX) 

Faire plus vite un tour que deux (p. XXX) 

Faire un chaple (p. XXX) 

Faire un estampèou (p. XXX) 

Faire un nàrri (p. XXX) 

Faire une bonne manière (p. XXX) 

Faire une cagade (p. XXX) 

Faire une course libre (p. XXX) 

Faire une partie de cabanon (p. XXX) 

Faire une sardine (p. XXX) 

Faire ventre (p. XXX) 

Fais-toi gras ! (p. XXX) 

Fatche de ~ ! (p. XXX) 

Fumer les mauves (p. XXX) 

Gros comme un stoquefiche (p. XXX) 

Grosse(s) caresse(s) (p. XXX) 

Il tombe des pierres de moulin (p. XXX) 

Il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent (p. XXX) 

Il y passe un camion ! (p. XXX) 

Il/elle a toujours un pet qui lui court (p. XXX) 

11/elle mangerait ~ (p. XXX) 

11/elle rit quand il/elle se brûle (p. XXX) 

Je m'en fous, je suis d'Auriol (p. XXX) 

Jouer à gàrri (p. XXX) 

Jouer à la longue (p. XXX) 

Jouer au ballon (p. XXX) 

L'heure des brousses (p. XXX) 

La pierre va au clapier (p. XXX) 

Le beau premier (p. XXX) 

Le con de Manon ! (p. XXX) 

Le temps de tuer un âne à coups de figues/de poing (p. XXX) 
M'as comprès ! (p. XXX) 

Ma belle (p. XXX) 

Manger des regardelles (p. XXX) 

Mano à mano (p. XXX) 

Marcher sur des oursins (p. XXX) 

Marquer bien/mal (p. XXX) 

Mener la biasse (p. XXX) 

Mettre le gouaï/le ouaï (p. XXX) 

Mon vié ! (p. XXX) 

Monter l'aïoli (p. XXX) 

Mountessian et Parcimoni (p. XXX) 

Ne pas calculer ~ (p. XXX) 



144 


On dirait un Caramentran (p. XXX) 

On y dit ~ (p. XXX) 

On y voit ~ à travers (p. XXX) 

Parler pointu (p. XXX) 

Partir enbiberine (p. XXX) 

Quand Jésus portait des braillettes (p. XXX) 
Remettez-vous (p. XXX) 

Rencontrer une charrette (p. XXX) 

Rester couillon (p. XXX) 

Rire à se péter l'embouligue (p. XXX) 

S'embrasser comme des courges (p. XXX) 

S'en battre les couilles (p. XXX) 

S'estrasser de rire (p. XXX) 

Se crever le bédélet (p. XXX) 

Se faire crier (p. XXX) 

Se faire une fourre de rire (p. XXX) 

Se faire une peau/un pot de rire (p. XXX) 

Se faire voir (p. XXX) 

Se geler les amandons (p. XXX) 

Se lever de devant (p. XXX) 

Se lever la peau (p. XXX) 

Se prendre une estoumagade (p. XXX) 

Sembler l'ange boufarèou (p. XXX) 

Sembler le ravi de la crèche (p. XXX) 

Si tous les ânes de ~ mouraient... (p. XXX) 

Téter le bouchon (p. XXX) 

Tiens-toi aux branches ! (p. XXX) 

Tirer souci (p. XXX) 

Toucher la main (p. XXX) 

Toucher les cinq sardines (p. XXX) 

Tourner-virer (p. XXX) 

Tu m'as tout l'air ~ ! (p. XXX) 

Un peu (p. XXX) 

Un vent à arracher la queue aux ânes (p. XXX) 
Une chiée plus quinze (p. XXX) 

Une pompe à l'huile (p. XXX) 

Va caguer à ~ ! (p. XXX) 

Va fangoule ! [FRP] (p. XXX) 

Va te faire une soupe de fèves/d'esques (p. XXX) 
Y en a un qui est mort ! (p. XXX) 


b. Liste alphabétique des expressions en provençal et en italien avec pagination 

(NB : les expressions qui ne sont attestées qu'en français sont répertoriées à l'index précédent p. 
XXX ; les expressions en provençal ou en italien qui sont aussi employées telles quelles en 
français sont répertoriées à l'index suivant p. XXX) 

A coumo lafusto de Cabasso (p. XXX) 

A ni gonst ni gousto (p. XXX) 

A toujou un pet que li courre (p. XXX) 

À cado coup, li toumbo un uei (p. XXX) 

À Gounfaroun, leis ai volon (p. XXX) 

À l'an que vèn... (p. XXX) 

À La Ciéutat/à Carpentras, aimon miés tout que la mita (p. XXX) 

À la descèndo lei cougourdo li van (p. XXX) 

À-n-Aubagno, quand plou, si bagno (p. XXX) 

Agué crento (p. XXX) 

Agué d'ôussin dins lei pocho (p. XXX) 

Agué d’uei bourda d'anchoio (p. XXX) 

Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure (p. XXX) 

Agué de sang de cougourdo (p. XXX) 

Agué de sou coumo un chin de niero (p. XXX) 

Agué l ’aigo à la pielo (p. XXX) 



145 


Agué la crespino (p. XXX) 

Agué la malautié dôu gabian (p. XXX) 

Agué la tressusour/lei très susour (p. XXX) 

Agué lei man gobi (p. XXX) 

Agué lou bàti-bàti (p. XXX) 

Agué lou biais (p. XXX) 

Agué lou blanc dôu porri (p. XXX) 

Agué lou bomi (p. XXX) 

Agué lou cuou coumo ~ (p. XXX) 

Agué lou pan e lou coutèu (p. XXX) 

Agué lou pougnet coupa (p. XXX) 

Agué un èr de dons èr (p. XXX) 

Agué/faire d'uei de bogo/de gobi (p. XXX) 

Ana ei dàti (p. XXX) 

Ana plan-plan (p. XXX) 

Aquelo empego ! (p. XXX) 

Aquéu de coup ! (p. XXX) 

As peta Varmàri ? (p. XXX) 

Aspetta una minuta ! (p. XXX) 

Avans déparia, si fou teisa... (p. XXX) 

Balin-balan/ Balalin-balalan (p. XXX) 

Bèn/mau encapa (p. XXX) 

Bèu camin camino (p. XXX) 

Blaga coumo uno puto borgno (p. XXX) 

Bouano maire/mèro ! (p. XXX) 

Boulegues pas lou battu ! (p. XXX) 

Bounjoubràvigènt... (p. XXX) 

Caga ei braio (p. XXX) 

Carga coumo uno abiho/un ai (p. XXX) 

Cerca Moulinùri (p. XXX) 

Chanja l ’aigo eis ôulivo (p. XXX) 

Chasque/cade toupin trovo sa cabucello (p. XXX) 
Couioun de la luno (p. XXX) 

Coumo d’anchoio (p. XXX) 

Coumo uno gamato (p. XXX) 

Coumo vai que... (p. XXX) 

Couquin de ~ (p. XXX) 

D'aise ! (p. XXX) 

D'uno ôulivo au cuou, tifa un litro d’oli (p. XXX) 
Data de l'an pebre (p. XXX) 

De longo (p. XXX) 

De parpello d'agasso (p. XXX) 

De sau grosso (p. XXX) 

Donna la man (p. XXX) 

Dre coumo moun bras quouro mi môuqui (p. XXX) 

E lou chèchou... ! (p. XXX) 

E patin-coufin (p. XXX) 

Es defigo d'une autre panié (p. XXX) 

Es pas bèu ce qu 'es bèu, es bèu ce qu ’agrado (p. XXX) 
Es pas donna ! (p. XXX) 

Es un cuou-cousu (p. XXX) 

Es un gros mau-gracious (p. XXX) 

Es tin remèdi (p. XXX) 

Es uno arrapèdo (p. XXX) 

Es uno basareto (p. XXX) 

Es uno pasto (p. XXX) 

Esquicha la gargamello (p. XXX) 

Èstre bènfatiga (p. XXX) 

Èstre dôu Martegue (p. XXX) 

Èstre dre coumo uno bigo (p. XXX) 

Èstre gounfle/gounflo (p. XXX) 

Èstre riche coumo la mar (p. XXX) 

Èstre santoun (p. XXX) 



146 


Èstre sourd coumo un toupin (p. XXX) 

Èstre tapa coumo Saut Jorgi (p. XXX) 

Èstre tin pau momo (p. XXX) 

Èstre uno broco (p. XXX) 

Facho de ~ ! (p. XXX) 

Fai de bèn à Bertrand... (p. XXX) 

Fai tira, Marins ! (p. XXX) 

Fai-ti gras ! (p. XXX) 

Faire aigre (p. XXX) 

Faire d'ouratbri (p. XXX) 

Faire d’uei de sùpi (p. XXX) 

Faire de conte/de comte de Mèste Arnaud (p. XXX) 
Faire esquineto (p. XXX) 

Faire figuro (p. XXX) 

Faire gambeto/cambeto (p. XXX) 

Faire garda lei cabro (p. XXX) 

Faire la bèbo (p. XXX) 

Faire la damoto (p. XXX) 

Faire lafigo (p. XXX) 

Faire lou clerc e lou capelan (p. XXX) 

Faire lou gafètou (p. XXX) 

Faire lou mourre (p. XXX) 

Faire lou pessu (p. XXX) 

Faire lou rabaio-peto (p. XXX) 

Faire pache (p. XXX) 

Faire peta ~ (p. XXX) 

Faire pu l'eu un tour que dons (p. XXX) 

Faire Sant Miquèu (p. XXX) 

Faire un àrri/un nàrri (p. XXX) 

Faire un chaple (p. XXX) 

Faire un estampèu (p. XXX) 

Faire uno bouano maniero (p. XXX) 

Faire uno cagado (p. XXX) 

Faire uno courso libro (p. XXX) 

Faire uno partido de cabanoun (p. XXX) 

Faire uno sardino (p. XXX) 

Faire ventre (p. XXX) 

Fan de ~ / (p. XXX) 

Festeja Pasco avans lei Rampau (p. XXX) 

Forces pas ! (p. XXX) 

Fuma lei mauvo (p. XXX) 

Gavouot, l’es pas qu vouo (p. XXX) 

Gros coumo un estocafisso (p. XXX) 

]uga à gàrri/à gàrri-babau (p. XXX) 

Juga à la longo (p. XXX) 

Juga au baloun (p. XXX) 

L'aigo es d'or (p. XXX) 

L'aigofai veni poulit (p. XXX) 

L ’aigo-boidido sauvo la vido (p. XXX) 

L'as paga lou capèu ? (p. XXX) 

L'ouro dei brousso (p. XXX) 

La castagno tubo/vai peta (p. XXX) 

La matinadofa la jornado (p. XXX) 

La pèiro vai au clapié (p. XXX) 

La verita a coumo l'oli, revèn toujou dessus (p. XXX) 
Li a de grame à tria (p. XXX) 

Li dien ~ / ié dison (p. XXX) 

Lou bèu proumié (p. XXX) 

Lou bouon Dieu l’a passa que de nue (p. XXX) 

Lou coust lèvo lou goust (p. XXX) 

Lou mourtié sent toujou à l'aiet (p. XXX) 

Lou peirou mascaro la sartan (p. XXX) 

Lou se gasto l'aubret (p. XXX) 



147 


Lou soulèu mi fa canta... (p. XXX) 

Lou tèms de tua un ai à coup defigo/de poung (p. XXX) 

M'as coumprés ! (p. XXX) 

M'enfôuti, siéu d'Auruou (p. XXX) 

M'escagasso ! (p. XXX) 

Ma bello (p. XXX) 

Manja de regardello (p. XXX) 

Manjarié ~ (p. XXX) 

Mano à mano (p. XXX) 

Marca bèn/mau (p. XXX) 

Mena la biasso (p. XXX) 

Métré d’oli ei ce se (p. XXX) 

Miés un que saup que cent que cercon (p. XXX) 

Mountal'aioli (p. XXX) 

Ni parlo ni siblo (p. XXX) 

Paraulo longofan leijou court (p. XXX) 

Parla pounchu (p. XXX) 

Parti/s'enana en biberino (p. XXX) 

Pèr davala, tôuti lei sant ajudon (p. XXX) 

Pèr tasta leifigofau manda la man (p. XXX) 

Pèr Toussant, l'ôulivo à la man (p. XXX) 

Peta lou mabre (p. XXX) 

Peu à cha péu la perruco si fa (p. XXX) 

Piéu piéu pieu, toujou viéu (p. XXX) 

Prene lou camin deis endéuta (p. XXX) 

Qu a vist Paris e noun Cassis a rèn vist (p. XXX) 

Qu pago tard pago larg (p. XXX) 

Qu pinto vende (p. XXX) 

Qu roumpe pago e lei moussèu soun siéu (p. XXX) 

Qu sameno d'espino vague pas descaus (p. XXX) 

Qu si lèvo de Touloun/d'Avignoun, si lèvo de la resoun (p. XXX) 
Quand ~ pren loti capèu... (p. XXX) 

Quand as d'olifasfregi (p. XXX) 

Quand Jèsu pourtavo de braieto (p. XXX) 

Quand lei pijoun tetaran (p. XXX) 

Quicha l ’anchoio (p. XXX) 

Resta couioun (p. XXX) 

Rire à si peta l'emboulîgou (p. XXX) 

S'embrassa coumo de cougourdo (p. XXX) 

S’estrassa dôu rire (p. XXX) 

Se fa pas de bènfa pas de mau (p. XXX) 

Se tôuti leis ai de ~ crebavon... (p. XXX) 

Sembla Vàngi Boufarèu (p. XXX) 

Sembla lou ravi de la crecho (p. XXX) 

Sèmblo un Caramentran (p. XXX) 

Si creba lou bedelet (p. XXX) 

Si faire crida (p. XXX) 

Si faire unofourro de rire (p. XXX) 

Si faire uno peu de rire (p. XXX) 

Si faire vèire (p. XXX) 

Si gela leis amendoun (p. XXX) 

Si leva de davans (p. XXX) 

Si leva la peu (p. XXX) 

Si prene uno estoumagado (p. XXX) 

Sian poulit ! (p. XXX) 

T’inquiétés pas ! (p. XXX) 

Tant que virofai de tour (p. XXX) 

Tèn-ti ei branco ! (p. XXX) 

Testard coumo un ai (p. XXX) 

Teta lou bouchoun (p. XXX) 

Tira soucit (p. XXX) 

Tirarié de pessu au mabre/ei vitro (p. XXX) 

Touca la man (p. XXX) 



148 


Touca lei cinq sardino (p. XXX) 

Toumba de lafiguiero (p. XXX) 

Toumbo de pèiro de moulin (p. XXX) 

Tourna-vira (p. XXX) 

Trepa sus d'ôussin (p. XXX) 

Tron de ~ ! (p. XXX) 

Trouvarié pas d'aigo à la mar (p. XXX) 

Un coup fa pas puto (p. XXX) 

Un pau (p. XXX) 

Un vent à derraba la coua eis ai (p. XXX) 

Uno poumpo à Voli (p. XXX) 

Vafancoulo ! (p. XXX) 

Vai ~ / (p. XXX) 

Vai caga à ~ ! (p. XXX) 

Vai ti faire uno soupo de favo/d’esco (p. XXX) 

Zou, boulegan ! (p. XXX) 

c. Liste des expressions provençales supplémentaires citées dans les articles 

(NB : les entrées sous lesquelles elles apparaissent dans l'anthologie alphabétique les suivent 
entre parenthèses ; les variantes des expressions retenues en entrées ne sont pas reprises ici) 

a de sou gros coumo lou bras (Agué de s bu coumo un chin de niero ) 
a de s ou que lei boulego à la palo (Agué de s bu coumo un chin de niero) 
a toujou l'uou (A toujou un pet que li courre ) 
a toujou un os que ié brando (A toujou un pet que li courre ) 

a uno bigo dins lou cuou/il a une bigue dans le cul (Es un cuou-cousu, Èstre dre coumo uno bigo) 
à Carpentras, i'a de font pèr béure e de banc pèr s’asseta (À La Ciéutat/à Carpentras, aimon miés tout 
que la mita) 

à Coump, li a pas d'estrangié, soun tôuti de Coump (A coumo lafusto de Cabasso ) 

aco es Venguènt de Mèste Arnaud (se fa pas de bènfa pas de mau) 

agué de paio au paié (Agué de sou coumo un chin de niero) 

aquéli pàurei Martegau prenon la luno pèr unfanau (Èstre dôu Martegue) 

aquelo tubo ! (Aquelo empego !) 

as carga l’ai ? (Carga coumo uno abiho/un ai) 

avoir le ad bordé d’anchois (Agué d’uei bourda d’anchoio) 

avoir un ventre de propriétaire (faire ventre ) 

batèu !/bateau ! (faire pache) 

béure à la cougourdo (s'embrassa coumo de cougourdo) 
borni d’un uei/borgne d'un œil (Blaga coumo uno puto borgno) 
camina pounchu (parla pounchu) 

comme une belle fille qu'il y manque un œil (A cado coup, li toumbo un uei ) 
con d'aï/con à la voile (le con de Manon) 

crida coumo de marchand de brousso/crier comme des marchands de brousses (l’ouro dei brousso) 
d'aquéli Felipe ! (Aquéu de coup !) 
davala dôu cade (toumba de lafiguiero) 
devessa la pego (fuma lei mauvo) 

Diéu pago tard, mai pago larg (qu pago tard pago larg) 

Diéu vous garde d'un quiproco d'abouticàri e deis etcetera d'un noutàri (Faire de conte/de comte de 
Mèste Arnaud) 

donna d'èr /donner d'air (Agué un èr de dous èr) 

dre coumo la gambo d’un chin (Dre coumo moun bras quouro mi môuqui ) 

endigua coumo uno sardo cuecho (faire uno sardino) 

enfant de puto/de degun (fan de...) 

es bouon coumo lou pan (Es uno pasto) 

es de mèu (Es uno pasto) 

es en dounacien (Es pas donna !) 

es neissu couifa (Agué la crespino) 

es pas bèu, aquéu ? /il est pas beau, lui ? (Sian poulit !) 

es un mabrié (peta loti mabre) 

es un rapegoun/c'est un rapégon (Es uno arrapèdo) 

es un tron de l'èr/c'est un tron de l'air (tron de...) 

escampa d'aigo (Chanja l'aigo eis ôulivo) 

estira lou gros artèu (fuma lei mauvo) 



149 


èstre uno banasto (A coumo lafusto de Cabasso ) 

être fondu (mounta l'aioli) 

être planté comme un santon (èstre santoun) 

faire babau (juga à gàrri) 

faire caresso (grosse caresse) 

faire d'uei de cassounado (Es uno pasto) 

faire d'uei en pasto de saucisso (Es uno pasto) 

faire lei brigo /faire les brigues (faire lou mourre) 

faire lou tout-obro/lou pasto-mourtiê (faire lou gafètou) 

faire un pastis (mettre le gouaï) 

fanfregi ’mé d'aigo (quand as d’olifasfregi) 

fenira coumo un toupin, pèr la coua (Chasque/cade toupin trovo sa cabucello) 

fiho d'aubergo e figuiero de camin, se soun pas toucado loti vèspre, va soun lou matin (toumba de la 
figuiero) 

fou venta emé lou vent que tiro (quand as d'oli fas fregi) 

gras coumo de suve (gros coumo un estocafisso) 

gras coumo un toun/coumo uno cano (gros coumo un estocafisso) 

il boirait la mer et tous les poissons (manjarié ~ ) 

je l'ai eu aouf(Es uno basareto) 

je l'aime comme une purge /comme la cagagne (Es un remèdi) 

l'argent es redoun,fou que barrule (Aguê d'ôussin dins lei pocho) 

laboura ’mé Vouasse bertand (fuma lei mauvo) 

le blé de Sainte Barbe (À l'an que vèn...) 

le tambour de Roquevaire (Es lou tambour de Cassis) 

lei couioun van toujou pèr dons (Bounjou bràvi gènt... ) 

lengo de puto (un coup fa pas puto) 

li fan crèire que lei pijoun teton (quand lei pijoun tetaran) 

lou tambour dei grapaud /dei limaçoun (Es lou tambour de Cassis) 

marrit vent, marrit gènt (À la descèndo lei cougourdo li van) 

mettre le pàti (mettre le gouaï) 

parler plat (parla pounchu) 

passer la pièce sur les malons (faire des piades) 

pau à cita pau (peu à cha péu la perruco si fa) 

piano-piano (ana plan-plan) 

plou à cop d'ase (toumbo de pèiro de moulin) 

plou àfarrat/il pleut des seaux (toumbo de pèiro de moulin) 

qu vou pesca si bagne lou cuou (pèr tasta leifigofau manda la man) 

quand Berto fielavo (quand Jèsu pourtavo de braieto) 

quand lei lèbrefaran d'uou (quand lei pijoun tetaran) 

quand li vai, sèmblo que n'en vèn /quand il y va on dirait qu'il en vient (faire pu lèu un tour que dons) 

quand Marto debanavo (quand Jèsu pourtavo de braieto) 

quicha la man (touca la man) 

resta mouart (Y en a un qui est mort !) 

Santi belli ! (èstre santoun) 
se casser le maffre (si creba lou bedelet) 
se mettre droit (Èstre dre coumo uno bigo) 
sèmblo que l'an passa l'àsti (Es un cuou-cousu) 

si tous les couillons volaient tu serais chef d’escadrille (Se tôuti leis ai de ~ crebavon... ) 

sian propre lei sotirdat ! (Sian poulit !) 

tenès-vous gaiard (Conservez-vous) 

tira camin (tira soucit) 

tira de pessu (tira soucit) 

tira peno /tirer peine (tira soucit) 

tourno, viro, s'embrounco /tourno, viro, si chaspo (tourna-vira) 
un aiàlifoundu (mounta l'aioli) 

uno paraulo ligo mai que tôuti lei gumo (Agué lou pougnet coupa) 

vièio sartan ! /vieille sartan ! (lou peirou mascaro la sartan) 

vou parla prouvençau mai lou gavouot Vescapo (Gavouot, l'es pas qu vouo) 


2) Index thématiques 



150 


Expressions en provençal et en italien aussi utilisées en français 

Aspetta una minuta ! 

D'aise ! 

Es pas donna ! 

Facho de ~ / 

Fai de bèn à Bertrand... 

Fai tira, Mardis ! 

Faire aigre 
Fan de ~ ! 

Forces pas ! 

L ’aigo-boulido sauvo la vido 
L'as paga lou capèu ? 

Lou soulèu mi fa canta... 

Mano a mano 

Mountessian e Parcimoni 

Qu a vist Paris e noun Cassis a rèn vist 

Quand ~ pren lou capèu... 

Se fa pas de bèn fa pas de mau 
Sian poulit ! 

T’inquiétés pas ! 

Tant que virofai de tour 
Tron de ~ / 

Un coup fa pas puto 
Vai ~ / 

Zou, boulegan ! 

Liste des 73 expressions répertoriées [29 %] comme étant "très usuelles" (partout et pour tous 
ou de façon plus ponctuelle) 

À l’an que vèn... [P, FRP] 

Agué d'uei bourda d'anchoio [P] - Avoir les yeux bordés d'anchois [FRP] 

Agué lou biais [P] - Avoir le biais [FRP] 

Agué lou cuou coumo ~ [P] - Avoir le cul comme ~ [FRP] 

Agué un èr de dons èr [P] - Avoir un air de deux airs [FRP] 

Agué/faire d'uei de bogo/de gobi [P] - Avoir/faire des yeux de bogue/de gobi [FRP] 

Allez mai ! 

Ana plan-plan [P] - Aller plan-plan [FRP] 

Aquelo empego ! [P, FRP] 

Avoir la chcoumougne 
Avoir la tchatche 

Bèn/mau encapa [P] - Bien/mal encaper [FRP] 

Bouano maire/mèro ! [P] - Bonne mère ! [FRP] 

Boulegues pas lou batèu ! [P, FRP] 

Caga ei braio [P] - Caguer aux brailles [FRP] 

Chanja l'aigo eis ôulivo [P] - Changer l'eau aux olives [FRP] 

Couioun de la luno [P] - Couillon de la lune [FRP] 

Data de l'an pebre [P] - Dater de l'an pèbre [FRP] 

De longo [P] - De longue [FRP] 

De sau grosso [P] - Du sel gros [FRP] 

Donna la man [P] - Donner la main [FRP] 

E patin-coufin [P] - Et patin-coufin [FRP] 

En moulon 

Es lou tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Es pas donna ! [P, FRP] 

Es uno arrapèdo [P] - C'est une arrapède [FRP] 

Es uno basareto [P] - C'est une bazarette [FRP] 

Èstre bènfatiga [P] - Être bien fatigué [FRP] 

Èstre santoun [P] - Être santon [FRP] 

Èstre sourd coumo un toupin [P] - Être sourd comme un toupin [FRP] 

Èstre tapa coumo Sant Jorgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Èstre uno broco [P] - Être une broque [FRP] 

Facho de ~ / [P, FRP] - Fatche de ~ ! [FRP] 

Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 



151 


Fai tira, Marins ! [P, FRP] 

Faire la bèbo [P] - Faire la bèbe [FRP] 

Faire lou mourre [P] - Faire le mourre [FRP] 

Faire uno cagado [P] - Faire une cagade [FRP] 

Fan de ~ ! [P, FRP] 

Jnga au baloun [P] - Jouer au ballon [FRP] 

Li dien ~ / ié dison [P] - On y dit ~ [FRP] 

Lou bèu proumié [P] - Le beau premier [FRP] 

Lou soulèu mi fa canta... [P, FRP] 

M'as coumprés ! [P] - M'as comprès ! [FRP] 

M'escagasso ! [P] - Ça m'escagasse ! [FRP] 

Ma bello [P] - Ma belle [FRP] 

Manja de regardello [P] - Manger des regardelles [FRP] 

Marca bèn/mau [P] - Marquer bien/mal [FRP] 

Miés un que saup que cent que cercon [P] - Il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent [FRP] 
Mounta l'aioli [P] - Monter l'aïoli [FRP] 

Parla pounchu [P] - Parler pointu [FRP] 

Parti/s'enana en biberino [P] - Partir en biberine [FRP] 

Resta couioun [P] - Rester couillon [FRP] 

S’estrassa dôu rire [P] - S'estrasser de rire [FRP] 

Sembla l'àngi Boufarèu [P] - Sembler l'ange boufarèou [FRP] 

Sembla lou ravi de la crecho [P] - Sembler le ravi de la crèche [FRP] 

Sèmblo un Caramentran [P] - On dirait un Caramentran [FRP] 

Si faire crida [P] - Se faire crier [FRP] 

Si gela leis amendoun [P] - Se geler les amandons [FRP] 

Si leva de davans [P] - Se lever de devant [FRP] 

Si leva la peu [P] - Se lever la peau [FRP] 

Sian poulit ! [P, FRP] 

T'inquiétés pas ! [P, FRP] 

Tant que virofai de tour [P, FRP] 

Tèn-ti ei branco ! [P] - Tiens-toi aux branches ! [FRP] 

Testard coumo un ai [P, FRP] 

Teta lou bouchoun [P] - Téter le bouchon [FRP] 

Tron de ~ / [P, FRP] 

Un pau [P] - Un peu [FRP] 

Va fancoulo ! [P] - Va fangoule ! [FRP] 

Vai ~ / [P, FRP] 

Vai caga à ~ ! [P] - Va caguer à ~ ! [FRP] 

Zou, boulegan ! [P, FRP] 

Expressions à tiroir et joutes oratoires 

Agué la malautié dôu gabian [P] - Avoir la maladie du gabian [FRP] 

Aquelo empego ! [P] 

Aquéu de coup ! [P, FRP] 

As peta Varmàri ? [P] - Avoir cassé l'armoire à glace [FRP] 

Aspetta una minuta ! 

Bounjou bravi gènt... [P] 

Caga ei braio [P] - Caguer aux brailles [FRP] 

Es loti tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Fai-ti gras ! [P] - Fais-toi gras ! [FRP] 

L ’aigo-boulido sauvo la vido [P, FRP] 

L 'as paga lou capèu ? [P, FRP] 

Lou soulèu mi fa canta... [P, FRP] 

M'enfôuti, siéu d'Auruou [P] - Je m'en fous, je suis d'Auriol [FRP] 

Qu roumpe pago e lei moussèu soun siéu [P] 

Se fa pas de bèn fa pas de mau [P, FRP] 

Tu m'as tout l'air ~ ! [FRP] 

Exclamations, injures et jurons 

Aquelo empego ! [P, FRP] 

Aquéu de coup ! [P, FRP] 

Bouano maire/mèro ! [P] - Bonne mère ! [FRP] 



152 


Boulegues pas lou batèu ! [P, FRP] 

Couquin de ~ [P] - Coquin de ~ [FRP] 

Facho de ~ ! [P, FRP] - Fatche de ~ ! [FRP] 

Fan de ~ ! [P, FRP] 

Le con de Manon ! 

Mon vié ! 

S'en battre les couilles 
Tron de ~ / [P, FRP] 

Va fancoulo ! [P] - Va fangoule ! [FRP] 

Va te faire une soupe de fèves/d'esques [FRP] 

Vai caga à ~ ! [P] - Va caguer à ~ ! [FRP] 

Vai ti faire uno soupo de favo/d'esco [P] 

Y en a un qui est mort ! 

Zou, boulegan ! [P, FRP] 

Voir aussi Faire lafigo [P] - Faire la figue [FRP] 

Comparaisons (NB : de nombreuses métaphores ne sont répertoriées ici) 

A coumo lafusto de Cabasso [P] - C'est comme la poutre de Cabasse [FRP] 

Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure [P] - Avoir les joues comme le cul d'un pauvre [FRP] 
Agué de sou coumo un chin de niero [P] 

Agué lou cuou coumo ~ [P] - Avoir le cul comme ~ [FRP] 

Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent 
Blaga coumo uno puto borgno [P] 

C'est Fangio 
C'est un boulevard 

Carga coumo uno abiho/un ai [P] - Chargé comme un âne [FRP] 

Coumo d'anchoio [P] - Comme des anchois [FRP] 

Coumo uno gamato [P] - Comme une gamate [FRP] 

Dre coumo moun bras quouro mi môuqui [P] - Droit comme mon bras quand je me mouche [FRP] 
Es loti tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Es un remèdi [P] - C'est un vrai remède [FRP] 

Es uno arrapèdo [P] - C'est une arrapède [FRP] 

Èstre dre coumo uno bigo [P] - Être droit comme une bigue [FRP] 

Èstre riche coumo la mar [P] 

Èstre santoun [P] - Être santon [FRP] 

Estre sourd coumo un toupin [P] - Être sourd comme un toupin [FRP] 

Èstre tapa coumo Sant Jorgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Gros coumo un estocafisso [P] - Gros comme un stoquefiche [FRP] 

La verita a coumo l'oli, revèn toujou dessus [P] 

S'embrassa coumo de cougourdo [P] - S'embrasser comme des courges [FRP] 

Sembla l’angi Boufarèu [P] - Sembler l'ange boufarèou [FRP] 

Sembla lou ravi de la crecho [P] - Sembler le ravi de la crèche [FRP] 

Sèmblo un Caramentran [P] - On dirait un Caramentran [FRP] 

Testard coumo un ai [P, FRP] 

Activité, travail et repos 

A cado coup, li toumbo un uei [P] - A chaque fois, il y tombe un œil [FRP] 

Agué de sang de cougourdo [P] - Avoir du jus de courge / de navet dans les veines [FRP] 

Agué lei man gobi [P] - Avoir les mains gobi [FRP] 

Agué lou bàti-bàti [P] - Avoir le bàti-bàti [FRP] 

Agué lou biais [P] - Avoir le biais [FRP] 

Ana plan-plan [P] - Aller plan-plan [FRP] 

Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent 
Balin-balan/ Balalin-balalan [P, FRP] 

Boulegues pas lou batèu ! [P, FRP] 

Carga coumo uno abiho/un ai [P] - Chargé comme un âne [FRP] 

Cerca Moulinàri [P] - Chercher Moulinàri [FRP] 

D'aise ! [P, FRP] 

Donna la man [P] - Donner la main [FRP] 

Èstre santoun [P] - Être santon [FRP] 

Èstre uno broco [P] - Être une broque [FRP] 

Fai tira, Marins ! [P, FRP] 



153 


Faire aigre [P, FRP] 

Faire lou gafètou [P] - Faire le gafette [FRP] 

Faire pu lèu un tour que dons [P] - Faire plus vite un tour que deux [FRP] 

Faire uno cagado [P] - Faire une cagade [FRP] 

Forces pas ! [P, FRP] 

La matinado fa la jornado [P] 

Li a de grame à tria [P] 

Mounta l'aioli [P] - Monter l'aïoli [FRP] 

Paraulo longofan leijou court [P] 

Pèr davala, tôuti lei sant ajudon [P] 

Pèr tasta leifigofau manda la man [P] 

Pèr Toussant, l'ôulivo à la man [P] 

Si creba loti bedelet [P] - Se crever le bédélet [FRP] 

Si leva la peu [P] - Se lever la peau [FRP] 

Tourna-vira [P] - Tourner-virer [FRP] 

Y en a un qui est mort ! 

Zou, boulegan ! [P, FRP] 

Situation matérielle et sociale 

Agité de s ou coumo un chin de niero [P] 

Agué l'aigo à la pielo [P] - Avoir l'eau à la pile [FRP] 

Agué lou blanc dôu porri [P] 

Agué lou pan e lou coutèu [P] - Avoir le pain et le couteau [FRP] 

Ana ei dàti [P] - Aller aux dattes [FRP] 

Bèn/mau encapa [P] - Bien/mal encaper [FRP] 

Bèu camin camino [P] 

Èstre riche coumo la mar [P] 

Faire la damoto [P] - Faire la damote [FRP] 

Faire lou gafètou [P] - Faire le gafette [FRP] 

La pèiro vai au clapié [P] - La pierre va au clapier [FRP] 

Lou bouon Diéu l'a passa que de nue [P] 

Lou coust lèvo lou goust [P] 

Manja de regardello [P] - Manger des regardelles [FRP] 

Métré d’oli ei ce se [P] 

Qu pago tard pago larg [P] 

Quand as d'oli fas fregi [P] 

Quicha l ’anchoio [P] 

Se tôuti leis ai de ~ crebavon... [P] - Si tous les ânes de ~ mouraient... [FRP] 

Relations entre les gens 

À l'an que vèn... [P, FRP] 

Agué un èr de dons èr [P] - Avoir un air de deux airs [FRP] 

Agué/faire d'uei de bogo/de gobi [P] - Avoir/faire des yeux de bogue/de gobi [FRP] 
Aïoli sur toi ! 

Bounjou bravi gènt... [P] 

Brancher les cagoles 

Chasque/cade toupin trovo sa cabucello [P] 

Conservez-vous 

Donna la man [P] - Donner la main [FRP] 

Es uno basareto [P] - C'est une bazarette [FRP] 

Es uno pasto [P] - C'est une pâte [FRP] 

Faire d’uei de stipi [P] - Faire des yeux de seiche [FRP] 

Faire la bèbo [P] - Faire la bèbe [FRP] 

Faire lou mourre [P] - Faire le mourre [FRP] 

Faire pache [P] - Faire patche [FRP] 

Faire un chaple [P] - Faire un chaple [FRP] 

Faire un estampèu [P] - Faire un estampèou [FRP] 

Faire uno bouano maniero [P] - Faire une bonne manière [FRP] 

Faire uno partido de cabanoun [P] - Faire une partie de cabanon [FRP] 

Festeja Pasco avans Rampau [P] 

La castagno tubo/vai peta [P] 

Li dieu ~ / ié dison [P] - On y dit ~ [FRP] 

Lou peirou mascaro la sartan [P] 



154 


Ma bello [P] - Ma belle [FRP] 

Mano à mano 

Marca bèn/mau [P] - Marquer bien/mal [FRP] 

Mettre le gouaï/le ouaï 
Ne pas calculer ~ 

Ni parlo ni siblo [P] 

Remettez-vous 
Rencontrer une charrette 

Rire à si peta l'embouligou [P] - Rire à se péter l'embouligue [FRP] 

Ris quouro si brulo [P] -11/elle rit quand il/elle se brûle [FRP] 

S'embrassa coumo de cougourdo [P] - S'embrasser comme des courges [FRP] 

Si faire crida [P] - Se faire crier [FRP] 

Si faire uno fourro de rire [P] - Se faire une fourre de rire [FRP] 

Si faire uno peu de rire [P] - Se faire une peau / un pot de rire [FRP] 

Tèn-ti ei branco ! [P] - Tiens-toi aux branches ! [FRP] 

Touca la man [P] - Toucher la main [FRP] 

Touca lei cinq sardino [P] - Toucher les cinq sardines [FRP] 

Un pau [P] - Un peu [FRP] 

Vai ~ ! [P, FRP] 

Langues et paroles 

Avans déparia, si fou teisa... [P] 

Avoir la tchatche 

Blaga coumo uno puto borgno [P] 

E patin-coufin [P] - Et patin-coufin [FRP] 

Es loti tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Es un gros mau-gracious [P] - C'est un gros malgracieux [FRP] 

Es uno basareto [P] - C'est une bazarette [FRP] 

Estre sourd coumo un toupin [P] - Être sourd comme un toupin [FRP] 

Faire de conte/de comte de Mèste Arnaud [P] - Faire des contes/des comptes de Maistre Arnaou 
[FRP] 

Faire loti clerc e lou capelan [P] - Faire le clerc et le capélan [FRP] 

Faire un estampèu [P] - Faire un estampèou [FRP] 

Gavouot, l'es pas qu vouo [P] 

Li dieu ~ / ié dison [P] - On y dit ~ [FRP] 

Lou se gasto Vaubret [P] 

M'as coumprés ! [P] - M'as comprès ! [FRP] 

Ni parlo ni siblo [P] 

Paraulo longofan leijou court [P] 

Parla pounchu [P] - Parler pointu [FRP] 

Qu pinto vende [P] 

Rencontrer une charrette 
Tu m'as tout l'air ~ ! 

Enfants, vie amoureuse et familiale 

Agué crento [P] - Avoir crainte [FRP] 

Brancher les cagoles 

Chasque/cade toupin trovo sa cabucello [P] 

Es un remèdi [P] - C'est un vrai remède [FRP] 

Es uno pasto [P] - C'est une pâte [FRP] 

Faire d’uei de sùpi [P] - Faire des yeux de seiche [FRP] 

Faire esquineto [P] - Faire esquinette [FRP] 

Faire gambeto/cambeto [P] - Faire gambette / cambette [FRP] 

Faire garda lei cabro [P] - Faire garder les chèvres [FRP] 

Faire le cacou 

Faire uno bouano maniero [P] - Faire une bonne manière [FRP] 

Faire uno partido de cabanoun [P] - Faire une partie de cabanon [FRP] 

Festeja Pasco avans Rampau [P] 

Juga à gàrri/à gàrri-babau [P] - Jouer à gàrri [FRP] 

Mounta l’aioli [P] - Monter l'aïoli [FRP] 

Toumba de lafiguiero [P] 


Nourriture et boisson 



155 


A ni goust ni gousto [P] 

Agué lou blanc dôu p'orri [P] 

Agué lou pan e lou coutèu [P] - Avoir le pain et le couteau [FRP] 

Aïoli sur toi ! 

Coumo d'anchoio [P] - ...Comme des anchois [FRP] 

D'uno ôulivo au cuou, tifa un litro d'oli [P] - Avec une olive au cul, il fait un litre d'huile [FRP] 
De sau grosso [P] - Du sel gros [FRP] 

Es defigo d'une autre panié [P] - C'est des figues d'un autre panier [FRP] 

Fai-ti gras ! [P] - Fais-toi gras ! [FRP] 

Faire uno sardino [P] - Faire une sardine [FRP] 

Gros coumo un estocafisso [P] - Gros comme un stoquefiche [FRP] 

L'aigofai veni poulit [P] 

L ’aigo-boulido sauvo la vido [P, FRP] 

L'ouro dei brousso [P] - L'heure des brousses [FRP] 

La castagno tubo/vai peta [P] 

Lou coust lèvo lou goust [P] 

Lou mourtié sent toujou à l'aiet [P] 

Lou peirou mascaro la sartan [P] 

Manja de regardello [P] - Manger des regardelles [FRP] 

Manjarié ~ [P] -11/ elle mangerait ~ [FRP] 

Mena la biasso [P] - Mener la biasse [FRP] 

Métré d’oli ei ce se [P] 

Pèr tasta leifigofau manda la man [P] 

Pèr Toussant, l'ôulivo à la man [P] 

Quand as d'oli fas fregi [P] 

Quicha l ’anchoio [P] 

Uno poumpo à l'oli [P] - Une pompe à l'huile [FRP] 

Vai ti faire uno soupo de favo/d'esco [P] - Va te faire une soupe de fèves/d'esques [FRP] 

Apparence physique 

Agué d'uei bourda d'anchoio [P] - Avoir les yeux bordés d'anchois [FRP] 

Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure [P] - Avoir les joues comme le cul d'un pauvre [FRP] 
Agué lou cuou coumo ~ [P] - Avoir le cul comme ~ [FRP] 

Agué un èr de dous èr [P] - Avoir un air de deux airs [FRP] 

As peta l’armàri ? [P] - Avoir cassé l'armoire à glace [FRP] 

Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent 
Es pas bèu ce qu’es bèu, es bèu ce qu'agrado [P] 

Estre dre coumo uno bigo [P] - Être droit comme une bigue [FRP] 

Èstre santoun [P] - Être santon [FRP] 

Estre tapa coumo Sant Jorgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Faire d’uei de siipi [P] - Faire des yeux de seiche [FRP] 

Faire la bèbo [P] - Faire la bèbe [FRP] 

Faire la damoto [P] - Faire la damote [FRP] 

Faire le cacou 

Faire lou mourre [P] - Faire le mourre [FRP] 

Gros coumo un estocafisso [P] - Gros comme un stoquefiche [FRP] 

L 'as paga loti capèu ? [P, FRP] 

Marca bèn/mau [P] - Marquer bien/mal [FRP] 

On y voit ~ à travers [FRP] 

Resta couioun [P] - Rester couillon [FRP] 

Sembla l'àngi Boufarèu [P] - Sembler l'ange boufarèou [FRP] 

Sembla lou ravi de la crecho [P] - Sembler le ravi de la crèche [FRP] 

Sèmblo un Caramentran [P] - On dirait un Caramentran [FRP] 

Trepa sus d’ôussin [P] - Marcher sur des oursins [FRP] 

Santé mentale et physique 

A toujou un pet que li courre [P] -11/ elle a toujours un pet qui lui court [FRP] 

Agué d’uei bourda d'anchoio [P] - Avoir les yeux bordés d'anchois [FRP] 

Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure [P] - Avoir les joues comme le cul d'un pauvre [FRP] 
Agué de sang de cougourdo [P] - Avoir du jus de courge / de navet dans les veines [FRP] 

Agué la malautié dôu gabian [P] - Avoir la maladie du gabian [FRP] 

Agué la tressusour/lei très susour [P] - Avoir les trois sueurs [FRP] 

Agué lei man gobi [P] - Avoir les mains gobi [FRP] 



156 


Agué lou bàti-bàti [P] - Avoir le bàti-bàti [FRP] 

Agité lou bomi [P] - Avoir le bomi [FRP] 

Chanja l'aigo eis ôulivo [P] - Changer l'eau aux olives [FRP] 
Conservez-vous 

Couioun de la luno [PJ - Couillon de la lune [FRP] 

Èstre bènfatiga [P] - Etre bien fatigué [FRP] 

Èstre dôu Martegue [P] - Être de Martigues [FRP] 

Èstre gounfle/gounflo [P] - Être gonfle [FRP] 

Èstre sourd coumo un toupiri [P] - Être sourd comme un toupin [FRP] 
Èstre un pau momo [P] - Être un peu momo [FRP] 

Èstre lino broco [P] - Être une broque [FRP] 

Fuma lei mauvo [P] - Fumer les mauves [FRP] 

Gros coumo un estocafisso [P] - Gros comme un stoquefiche [FRP] 

L ’aigo-boulido sauvo la vido [P, FRP] 

M'escagasso ! [P] - Ça m'escagasse ! [FRP] 

On y voit ~ à travers [FRP] 

Parti/s'enana en biberino [P] - Partir en biberine [FRP] 

Peta lou mabre [P] 

Piéu piéu pieu, toujou viéu [P] 

Si faire vèire [P] - Se faire voir [FRP] 

Si gela leis amendoun [P] - Se geler les amandons [FRP] 

Tèn-ti ei branco ! [P] - Tiens-toi aux branches ! [FRP] 


Habillement 

As peta Varmàri ? [P] - Avoir cassé l'armoire à glace [FRP] 

Èstre tapa coumo Sant Jorgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Faire la damoto [P] - Faire la damote [FRP] 

Faire uno sardino [P] - Faire une sardine [FRP] 

L 'as paga lou capèu ? [P, FRP] 

Marca bèn/mau [P] - Marquer bien/mal [FRP] 

On y voit ~ à travers [FRP] 

Qu sameno d'espino vague pas descaus [P] 

Quand Jèsu pourtavo de braieto [P] - Quand Jésus portait des braillettes [FRP] 

Sèmblo un Caramentran [P] - On dirait un Caramentran [FRP] 

Façons de se comporter 

A toujou un pet que li courre [P] -11/ elle a toujours un pet qui lui court [FRP] 

A la descèndo lei cougourdo li van [P] - A la descente, les courges y vont [FRP] 

Agué de sang de cougourdo [P] - Avoir du jus de courge / de navet dans les veines [FRP] 

Agué lou biais [P] - Avoir le biais [FRP] 

Agué/faire d'uei de bogo/de gobi [P] - Avoir/faire des yeux de bogue/de gobi [FRP] 

Ana ei dàti [P] - Aller aux dattes [FRP] 

Avans de parla, si fou teisa... 

Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent 
Boulegues pas lou batèu ! [P, FRP] 

C'est Fangio 

Caga ei braio [P] - Caguer aux brailles [FRP] 

Carga coumo uno abiho/un ai [P] - Chargé comme un âne [FRP] 

...Coumo uno gamato [P] - ...Comme une gamate [FRP] 

Dre coumo moun bras quouro mi môuqui [P] - Droit comme mon bras quand je me mouche [FRP] 
Cerca Moulinàri [P] - Chercher Moulinàri [FRP] 

Es lou tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Es un cuou-cousu [P] - C'est un cul cousu [FRP] 

Es un gros mau-gracious [P] - C'est un gros malgracieux [FRP] 

Es uno arrapèdo [P] - C'est une arrapède [FRP] 

Es uno basareto [P] - C'est une bazarette [FRP] 

Es uno pasto [P] - C'est une pâte [FRP] 

Èstre dre coumo uno bigo [P] - Être droit comme une bigue [FRP] 

Èstre santoun [P] - Être santon [FRP] 

Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Fai tira, Marins ! [P, FRP] 

Faire aigre [P, FRP] 



157 


Faire d'ouratori [P] 

Faire d'uei de sùpi [P] - Faire des yeux de seiche [FRP] 

Faire de conte/de comte de Mèste Arnaud [P] - Faire des contes/des comptes de Maistre Arnaou 
[FRP] 

Faire des piades 

Faire la bèbo [P] - Faire la bèbe [FRP] 

Faire le cacou 

Faire lou clerc e lou capelan [P] - Faire le clerc et le capélan [FRP] 

Faire lou gafètou [P] - Faire le gafette [FRP] 

Faire lou mourre [P] - Faire le mourre [FRP] 

Faire la damoto [P] - Faire la damote [FRP] 

Faire pu lèu un tour que dons [P] - Faire plus vite un tour que deux [FRP] 

Faire un àrri/un nàrri [P] - Faire un nàrri [FRP] 

Faire un chaple [P] - Faire un chaple [FRP] 

Faire un estampèu [P] - Faire un estampèou [FRP] 

Faire uno bouano maniero [P] - Faire une bonne manière [FRP] 

Faire uno cagado [P] - Faire une cagade [FRP] 

M'enfôuti, siéu d'Auruou [P] - Je m'en fous, je suis d'Auriol [FRP] 

Mettre le gouaï/le ouaï 
Ni parlo ni siblo [P] 

Parla pounchu [P] - Parler pointu [FRP] 

Prene lou camin deis endéuta [P] 

Qu sameno d'espino vague pas descaus [P] 

Rire à si peta Vembouligou [P] - Rire à se péter l'embouligue [FRP] 

Ris quouro si brulo [P] -11/elle rit quand il/elle se brûle [FRP] 

S'embrassa coumo de cougourdo [P] - S'embrasser comme des courges [FRP] 

S'en battre les couilles 

S'estrassa dôu rire [P] - S'estrasser de rire [FRP] 

Si faire uno fourro de rire [P] - Se faire une fourre de rire [FRP] 

Si faire uno peu de rire [P] - Se faire une peau/un pot de rire [FRP] 

Si leva de davans [P] - Se lever de devant [FRP] 

Si leva la peu [P] - Se lever la peau [FRP] 

Testard coumo un ai [P, FRP] 

Tourna-vira [P] - Tourner-virer [FRP] 

Trepa sus d'ôussin [P] - Marcher sur des oursins [FRP] 

Trouvarié pas d'aigo à la mar [P] - Aller à la mer et ne pas trouver d'eau [FRP] 

Y en a un qui est mort ! 

Défauts et qualités 

A toujou un pet que li courre [P] -11/ elle a toujours un pet qui lui court [FRP] 

A la descèndo lei cougourdo li van [P] - A la descente, les courges y vont [FRP] 

Agué d'ôussin dins lei pocho [P] - Avoir des oursins dans les poches [FRP] 

Agué de sang de cougourdo [P] - Avoir du jus de courge / de navet dans les veines [FRP] 

Agué la crespino [P] - Avoir la crespine [FRP] 

Agué la malautié dôu gabian [P] - Avoir la maladie du gabian [FRP] 

Agué loti biais [P] - Avoir le biais [FRP] 

Agué lou pougnet coupa [P] - Avoir le poignet coupé [FRP] 

Avoir la chcoumougne 
Bèu camin camino [P] 

D'uno ôulivo au cuou, tifa un litro d'ôli [P] - Avec une olive au cul, il fait un litre d'huile [FRP] 
Donna la man [P] - Donner la main [FRP] 

Dre coumo moun bras quouro mi môuqui [P] - Droit comme mon bras quand je me mouche [FRP] 

Es lou tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Es pas bèu ce qu’es bèu, es bèu ce qu'agrado [P] 

Es un cuou-cousu [P] - C'est un cul cousu [FRP] 

Es un gros mau-gracious [P] - C'est un gros malgracieux [FRP] 

Es un remèdi [P] - C'est un vrai remède [FRP] 

Es uno arrapèdo [P] - C'est une arrapède [FRP] 

Es uno basareto [P] - C'est une bazarette [FRP] 

Es uno pasto [P] - C'est une pâte [FRP] 

Èstre santoun [P] - Être santon [FRP] 

Èstre un pau momo [P] - Être un peu momo [FRP] 

Èstre uno broco [P] - Être une broque [FRP] 



158 


Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Faire de conte/de comte de Mèste Arnaud [P] - Faire des contes/des comptes de Maistre Arnaou 
[FRP] 

L'aigofai veni poulit [P] 

Lou mourtié sent toujou à l'aiet [P] 

Lou peirou mascaro la sartan [P] 

Miés un que saup que cent que cercon [P] - Il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent [FRP] 

Ni parlo ni siblo [P] 

Qu pinto vende [P] 

Testard coumo un ai [P, FRP] 

Le temps qu'il fait 

À-n-Aubagno, quand plou, si bagno [P] 

Es loti tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Estre tapa coumo Sant Jbrgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

L'aigo es d'or [P] 

Lou se gasto l'aubret [P] 

Lou soulèu mi fa canta... [P, FRP] 

Toumbo de pèiro de moulin [P] - Il tombe des pierres de moulin [FRP] 

Un vent à derraba la coua eis ai [P] - Un vent à arracher la queue aux ânes [FRP] 

Le temps qui passe 

A cado coup, li toumbo un uei [P] - À chaque fois, il y tombe un œil [FRP] 

À l'an que vèn... [P, FRP] 

Allez mai ! 

Ana plan-plan [P] - Aller plan-plan [FRP] 

Aspetta una minuta ! 

D'aise ! [P, FRP] 

Data de l'an pebre [P] - Dater de l'an pèbre [FRP] 

De longo [P] - De longue [FRP] 

Es lou tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Faire aigre [P, FRP] 

Faire d'ouratori [P] 

Faire pu lèu un tour que dons [P] - Faire plus vite un tour que deux [FRP] 

L'ouro dei brousso [P] - L'heure des brousses [FRP] 

La matinadofa la jornado [P] 

Lou bèu proumié [P] - Le beau premier [FRP] 

Lou tèms de tua un ai à coup de figo/de poung [P] - Le temps de tuer un âne à coups de figues/de 
poing [FRP] 

Paraulo longo fan leijou court [P] 

Péu à cha péu la perruco si fa [P] 

Qu pago tard pago larg [P] 

Quand Jèsu pourtavo de braieto [P] - Quand Jésus portait des braillettes [FRP] 

Quand lei pijoun tetaran [P] 

Rencontrer une charrette 
Y en a un qui est mort ! 

Zou, boulegan ! [P, FRP] 

Végétaux 

A la descèndo lei cougourdo li van [P] - A la descente, les courges y vont [FRP] 

Agué de sang de cougourdo [P] - Avoir du jus de courge/de navet dans les veines [FRP] 

Agué lou blanc dôu porri [P] 

Ana ei dàti [P] - Aller aux dattes [FRP] 

Chanja l'aigo eis ôulivo [P] - Changer l'eau aux olives [FRP] 

D'uno ôulivo au cuou, tifa un litro d'oli [P] - Avec une olive au cul, il fait un litre d'huile [FRP] 
Data de l'an pebre [P] - Dater de l'an pèbre [FRP] 

Es defigo d'une autre panié [P] - C'est des figues d'un autre panier [FRP] 

Faire lafigo [P] - Faire la figue [FRP] 

Fuma lei mauvo [P] - Fumer les mauves [FRP] 

La castagno tubo/vai peta [P] 

Li a de grame à tria [P] 

Lou mourtié sent toujou à l'aiet [P] 



159 

Lou tèms de tua un ai à coup de figo/de poung [P] - Le temps de tuer un âne à coups de figues/de 
poing [FRP] 

Métré d'oli ei ce se [P] 

Pèr tasta leifigofau manda la man [P] 

Pèr Toussant, l'ôulivo à la man [P] 

Qu sameno d'espino vague pas descaus [P] 

S'embrassa coumo de cougourdo [P] - S'embrasser comme des courges [FRP] 

Si gela leis amendoun [P] - Se geler les amandons [FRP] 

Tèn-ti ei branco ! [P] - Tiens-toi aux branches ! [FRP] 

Toumba de lafiguiero [P] 

Vai ti faire uno soupo de favo/d'esco [P] - Va te faire une soupe de fèves/d'esques [FRP] 

Animaux 

À Gounfaroun, leis ai volon [P] - À Gonfaron, les ânes volent [FRP] 

Agué d'ôussin dins lei pocho [P] - Avoir des oursins dans les poches [FRP] 

Agué d'uei bourda d'anchoio [P] - Avoir les yeux bordés d'anchois [FRP] 

Agué de sou coumo un chin de niero [P] 

Agué/faire d'uei de bogo/de gobi [P] - Avoir/faire des yeux de bogue/de gobi [FRP] 

Carga coumo uno abiho/un ai [P] - Chargé comme un âne [FRP] 

...Coumo d'anchoio [P] - ...Comme des anchois [FRP] 

De parpello d’agasso [P] - Des parpelles d'agasses [FRP] 

Es uno arrapèdo [P] - C'est une arrapède [FRP] 

Paire d’uei de stipi [P] - Faire des yeux de seiche [FRP] 

Faire garda lei cabro [P] - Faire garder les chèvres [FRP] 

Faire lou rabaio-peto [P] 

Faire uno sardino [P] - Faire une sardine [FRP] 

Gros coumo un estocafisso [P] - Gros comme un stoquefiche [FRP] 

Juga à gàrri/à gàrri-babau [P] - Jouer à gàrri [FRP] 

Lou tèms de tua un ai à coup de figo/de poung [P] - Le temps de tuer un âne à coups de figues/ de 
poing [FRP] 

M'enfôuti, siéu d'Auruou [P] - Je m'en fous, je suis d'Auriol [FRP] 

Quand lei pijoun tetaran [P] 

Quicha l ’anchoio [P] 

Se tôuti leis ai de ~ crebavon... [P] - Si tous les ânes de ~ mouraient... [FRP] 

Testard coumo un ai [P, FRP] 

Touca lei cinq sardino [P] - Toucher les cinq sardines [FRP] 

Trepa sus d'ôussin [P] - Marcher sur des oursins [FRP] 

Un vent à derraba la coua eis ai [P] - Un vent à arracher la queue aux ânes [FRP] 

Vai ti faire uno soupo de favo/d'esco [P] - Va te faire une soupe de fèves/d'esques [FRP] 

Lieux et constuctions 

A coumo lafusto de Cabasso [P] - C'est comme la poutre de Cabasse [FRP] 

A Gounfaroun, leis ai volon [P] - A Gonfaron, les ânes volent [FRP] 

À La Ciéutat/à Carpentras, aimon miés tout que la mita [P] 

À-n-Aubagno, quand plou, si bagno [P] 

Agué l'aigo à la pielo [P] - Avoir l'eau à la pile [FRP] 

Avoir plus l'air d'un couillon que d'un moulin à vent 
C'est un boulevard 

Es lou tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Èstre dôu Martegue [P] - Être de Martigues [FRP] 

Être à l'agachon 
Faire d'ouratori [P] 

Faire garda lei cabro [P] - Faire garder les chèvres [FRP] 

Faire uno partido de cabanoun [P] - Faire une partie de cabanon [FRP] 

Gavouot, l'es pas qu vouo [P] 

La pèiro vai au clapié [P] - La pierre va au clapier [FRP] 

Lou bouon Diéu Va passa que de nue [P] 

On y voit ~ à travers [FRP] 

Qu a vist Paris e noun Cassis a rèn vist [P, FRP] 

Qu si lèvo de Touloun/d’Avignoun, si lèvo de la resoun [P] 

Quand ~ pren loti capèu... [P, FRP] 

Se tôuti leis ai de ~ crebavon... [P] - Si tous les ânes de ~ mouraient... [FRP] 

Toumbo de pèiro de moulin [P] - Il tombe des pierres de moulin [FRP] 



160 

Vai caga à ~ ! [P] - Va caguer à ~ ! [FRP] 

Eléments et milieux naturels 

À-n-Aubagno, quand plou, si bagno [P] 

Couioun de la luno [P] - Couillon de la lune [FRP] 

Èstre riche coumo la mar [P] 

L'aigo es d'or [P] 

L'aigofai veni poulit [P] 

Lou soulèu mi fa canta... [P, FRP] 

Pèr davala, tôuti lei sant ajudon [P] 

Quand ~ pren loti capèu... [P, FRP] 

Toumbo de pèiro de moulin [P] - Il tombe des pierres de moulin [FRP] 

Tron de ~ / [P, FRP] 

Trouvarié pas d'aigo à la mar [P] - Aller à la mer et ne pas trouver d'eau [FRP] 

Un vent à derraba la coua eis ai [P] - Un vent à arracher la queue aux ânes [FRP] 

Personnes et personnages 

Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure [P] - Avoir les joues comme le cul d'un pauvre [FRP] 
C'est Fangio 

Cerca Moulinàri [P] - Chercher Moulinàri [FRP] 

Es lou tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Èstre tapa coumo Sant Jorgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Faire de conte/de comte de Mèste Arnaud [P] - Faire des contes/des comptes de Maistre Arnaou 
[FRP] 

Faire Sant Miquèu [P] 

Le con de Manon 

Lou bouon Diéu l'a passa que de nue [P] 

Mountessian et Parcimoni [P, FRP] 

Quand Jèsu pourtavo de braieto [P] - Quand Jésus portait des braillettes [FRP] 

Sembla l ’angi Boufarèu [P] - Sembler l'ange boufarèou [FRP] 

Sembla lou ravi de la crecho [P] - Sembler le ravi de la crèche [FRP] 

Sèmblo un Caramentran [P] - On dirait un Caramentran [FRP] 

Parties du corps 

A cado coup, li toumbo un uei [P] - A chaque fois, il y tombe un œil [FRP] 

Agué d’uei bourda d'anchoio [P] - Avoir les yeux bordés d'anchois [FRP] 

Agué de gauto coumo lou cuou d'un paure [P] - Avoir les joues comme le cul d'un pauvre [FRP] 
Agué lei man gobi [P] - Avoir les mains gobi [FRP] 

Agué lou cuou coumo ~ [P] - Avoir le cul comme ~ [FRP] 

Agué lou pougnet coupa [P] - Avoir le poignet coupé [FRP] 

Agué/faire d'uei de bogo/de gobi [P] - Avoir/faire des yeux de bogue/de gobi [FRP] 

Ana ei dàti [P] - Aller aux dattes [FRP] 

Chanja l'aigo eis ôulivo [P] - Changer l'eau aux olives [FRP] 

Chasque/cade toupin trovo sa cabucello [P] 

D'uno ôulivo au cuou, tifa un litro d'ôli [P] - Avec une olive au cul, il fait un litre d'huile [FRP] 
Donna la man [P] - Donner la main [FRP] 

Dre coumo moun bras quouro mi môuqui [P] - Droit comme mon bras quand je me mouche [FRP] 

Es un cuou-cousu [P] - C'est un cul cousu [FRP] 

Facho de ~ / [P, FRP] - Fatche de ~ ! [FRP] 

Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Faire gambeto/cambeto [P] - Faire gambette/cambette [FRP] 

Faire lafigo [P] - Faire la figue [FRP] 

Faire lou mourre [P] - Faire le mourre [FRP] 

Faire ventre [P] - Faire ventre [FRP] 

Le con de Manon 
Mon vié ! 

Pèr tasta leifigofau manda la man [P] 

S'en battre les couilles 

Si creba lou bedelet [P] - Se crever le bédélet [FRP] 

Si gela leis amendoun [P] - Se geler les amandons [FRP] 

Si leva la pèu [P] - Se lever la peau [FRP] 

Si prene uno estoumagado [P] - Se prendre une estoumagade [FRP] 



161 


Tirarié de pessu au mabre/ei vitro [P] 

Touca la man [P] - Toucher la main [FRP] 

Touca lei cinq sardino [P] - Toucher les cinq sardines [FRP] 

Jeux, traditions et religion 

À l'an que vèn... [P, FRP] 

Agué la crespino [P] - Avoir la crespine [FRP] 

Bouano maire/mèro ! [P] - Bonne mère ! [FRP] 

Couioun de la luno [P] - Couillon de la lune [FRP] 

Es loti tambour de Cassis [P] - C'est le tambour de Cassis... [FRP] 

Estre tapa coumo Sant Jorgi [P] - Être couvert comme Saint Georges [FRP] 

Faire d'ouratori [P] 

Faire garda lei cabro [P] - Faire garder les chèvres [FRP] 

Faire lou clerc e lou capelan [P] - Faire le clerc et le capélan [FRP] 

Faire Sant Miquèu [P] 

Faire un àrri/un nàrri [P] - Faire un nàrri [FRP] 

Faire uno courso libro [P] - Faire une course libre [FRP] 

Faire uno partido de cabanoun [P] - Faire une partie de cabanon [FRP] 

Festeja Pasco avans Rampau [P] 

Juga à gàrri/à gàrri-babau [P] - Jouer à gàrri [FRP] 

Juga à la longo [P] - Jouer à la longue [FRP] 

Juga au baloun [P] - Jouer au ballon [FRP] 

L'ouro dei brousso [P] - L'heure des brousses [FRP] 

Lou bouon Diéu l'a passa que de nue [P] 

Lou soulèu mi fa canta... [P, FRP] 

Mano à mano 

Mounta l'aioli [P] - Monter l'aïoli [FRP] 

Pèr davala, tôuti lei sant ajudon [P] 

Pèr Toussant, l'ôulivo à la man [P] 

Quand Jèsu pourtavo de braieto [P] - Quand Jésus portait des braillettes [FRP] 

Sembla l'àngi Boufarèu [P] - Sembler l'ange boufarèou [FRP] 

Sembla lou ravi de la crecho [P] - Sembler le ravi de la crèche [FRP] 

Sèmblo un Caramentran [P] - On dirait un Caramentran [FRP] 

Teta lou bouchoun [P] - Téter le bouchon [FRP] 

Uno poumpo à l'oli [P] - Une pompe à l'huile [FRP] 

Sagesse populaire 

À la descèndo lei cougourdo li van [P] - À la descente, les courges y vont [FRP] 

Avans de parla, si fou teisa... 

Bèu camin camino [P] 

Chasque/cade toupin trovo sa cabucello [P] 

Es pas bèu ce qu’es bèu, es bèu ce qu'agrado [P] 

Fai de bèn à Bertrand... [P, FRP] 

Faire lou pessu [P] - Faire le pessu [FRP] 

L'aigo es d'or [P] 

L'aigofai veni poulit [P] 

L ’aigo-boulido sauvo la vido [P, FRP] 

La matinadofa la jornado [P] 

La pèiro vai au clapié [P] - La pierre va au clapier [FRP] 

La verita a coumo l'oli, revèn toujou dessus [P] 

Lou coust lèvo lou goust [P] 

Lou mourtié sènt toujou à l'aiet [P] 

Lou se gasto l'aubret [P] 

Miés un que saup que cènt que cercon [P] - Il vaut mieux un qui sait que cent qui cherchent [FRP] 
Paraulo longo fan leijou court [P] 

Pèr davala, tôuti lei sant ajudon [P] 

Pèr tasta leifigofau manda la man [P] 

Peu à cha péu la perruco si fa [P] 

Qu pago tard pago larg [P] 

Qu sameno d'espino vague pas descaus [P] 

Quand as d'olifasfregi [P] 

Se fa pas de bèn fa pas de mau [P, FRP] 

Un coup fa pas puto [P, FRP] 



162 



163 


Bibliographie sélective et indicative 


1. Sur l'histoire des contacts entre langue française et langue provençale 

-BLANCHET, Philippe, Le provençal, essai de description sociolinguistique et 
différentielle, Peeters, Louvain, 1992. 

-BLANCHET, Philippe, Les Mots d'ici (Petit guide des vérités bonnes à dire sur les 
langues de Provence et d'ailleurs), Aix, Edisud, 1995. 

-BRUN, Auguste, Recherches Historiques sur l'introduction du français dans les 
provinces du Midi, Paris, Champion, 1923. 

-BRUN, Auguste, La langue française en Provence de Louis XIV au Félibrige, 
Marseille, Institut Historique de Provence, 1927 

-CHABAUD, J.-TH., Grammaire française expliquée au moyen de la langue 
provençale, Marseille, Camoin, 1826. 

-DUBOIS C., KASBARIAN J.-M. et QUÉFFELEC A., (éd.). L'expansion du 
français dans les Suds, Aix, Publications de l'Université de Provence, 2000. 

-GABRIELLI, G., Manuel du Provençal, ou les provençalismes corrigés, à l'usage des 
habitants des départements des Bouche-du-Rhône, du Var, des Basses-Alpes, du 
Vaucluse et du Gard, Aix /Marseille, Aubin, 1836. 

-MASSE, J., Grammaire du peuple, ou grammaire française expliquée au moyen du 
provençal, Digne, Repos, 1848. 

-Pansier, Histoire de la langue provençale à Avignon du XHIème au XIXème siècles, 
Avignon, 1924, réédition J. Laffite, Marseille, 1980. 

-REYNIER, J.-B., Corrections raisonnées des fautes de langage et de prononciation qui 
se commettent même au sein de la bonne société en Provence, Marseille, 1829. 

-ROLLAND, M., Dictionnaire des expressions vicieuses et fautes les plus communes 
dans les Hautes et les Basses-Alpes, Gap, Allen, 1810. 

[voir aussi points 2, 3, 7 et 8] 

2. Sur le français parlé à Marseille et en Provence 

-ARMOGATHE, Daniel, et KASBARIAN, Jean-Michel, Dico marseillais d'Aïoli à 
Zou, Marseille, Laffitte, 1998. 

-BLANCHET, Philippe, Dictionnaire du français régional de Provence, Paris, 
Bonneton, 1991. 

-BOUIS, Jacques-Gérard, La parler du stade vélodrome, Marseille, Editions 
européennes, 1999. 

-BOUVIER Robert, Le parler marseillais, dictionnaire argotique, Marseille, Laffitte, 
1985. 

-BRUN, Auguste, Le français de Marseille, Marseille, Institut Historique de 
Provence, 1931. Réimpression Laffitte, Marseille, 1978. 

-JAQUE, Jean, Les càcous, le parler de Marseille, Bordeaux, Aubéron, 1997. 

-JEANSOULIN, Louis, Le souvenir du dialecte, Bulletin du Comité du Vieux- 
Marseille, Archives Municipales, n°39, 1988. 

-MARTEL, Claude, Le parler provençal, Marseille, Rivages, 1988. 

-MARTEL, Claude, Les mots du jeu de boules en Provence, Marseille, Rivages, 

1998. 

-REY, Jean-Claude, Les mots de chez nous, Marseille, Autre-Temps, 3 vol., 1997- 

1999. 



164 


[Voir aussi points 1, 4, 7 et 8] 

3. Sur la langue provençale 

-BOUVIER, Jean-Claude, et MARTEL, Claude, Atlas Linguistique et 
Ethnographique de la Provence, Paris, CNRS, 1975. 

-BLANCHET, Philippe, Le provençal, essai de description sociolinguistique, 
Louvain, Peeters, 1992. 

-BLANCHET, Philippe, Parlons provençal !, langue et culture, Paris, l'Harmattan, 
1999 (avec cassette audio). 

-FOURVIÈRES, Xavier (de). Grammaire provençale et guide de conversation, 
réédition Arles, CPM, 1986. 

-ROUX, Paul, Le parler de Fréjus et de sa proche région, Thèse, Paris, 1970. 

-TENNEVIN, Jean-Pierre, Essai sur le style de la langue provençale, Marseille, Lou 
Prouvençau à l'Escolo, 1987. 

-VOULAND, Pierre, Se parlaves prouvençau ?, Manuel de provençal 1er niveau, 
Nice, CRDP, 1986, et Parlèsses clar! !, manuel de provençal 2è niveau, Nice, 
CRDP, 1988. 

[voir aussi points 5, 6, 7 et 8] 

4. Sur les expressions en français à Marseille et en Provence 

-BOUVIER, Jean-Claude et MARTEL, Claude, Anthologie des expressions en 
Provence, Marseille, Rivages, 1981. 

[voir aussi point 2 et 7] 

5. Sur les expressions en provençal 

-[anonyme]. Proverbes et dictons provençaux, Marseille, Rivages, 1991. 

-BARJAVEL, Dictons et sobriquets du Vaucluse, Carpentras, 1849. 

-COLOMBIÈRE, Régis (de la). Les cris populaires de Marseille, 1882. 

-GÉRARD, Alain, Paraido de Prouvènço, Hyères, éditions CREER/CCDP, 1984. 

-MAURON, Marie, Dictons d'oc et proverbes de Provence, Morel, Forçaiquier, 
1965. 

-ROCHE, Jean, La clé du trésor, Marseille, Lou Prouvençau à l'Escolo, 1985. 

-ROLLET Pierre, Lou gàubi prouvençau, Aix, Edicioun Ramoun Berenguié, 1973. 

[voir aussi points 3 et 6] 

6. Dictionnaires 

-BATTAGLIA, Salvatore, Grande dizionario délia lingua italiana, Turin, 1962. 

-BATTISTI C. et ALESSIO G., Dizionario etimologico italiano, Firenze, Barbera, 
1950-57. 

-BLANCHET, Philippe, Dictionnaire fondamental français-provençal (dialecte 
maritime et intérieur), Paris, Gisserot, 2000 (à paraître), 128 p. 

-[collectif]. Trésor de la Langue Française, Paris, CNRS-INALF, 1971-94. 

-COUPIER, Jules, Grand dictionnaire français-provençal dirigé par Philippe 
Blanchet, Aix, Edisud, 1995, 1512 p. 

-COUPIER, Jules, Petit dictionnaire français-provençal, Aix, Edisud, 1998, 360 p. 



165 

-HATZFELD A., DARMESTETER A. et TEIOMAS A., Dictionnaire général de la 
langue française, Paris, Delagrave, 1890-1900, rééd. 1964. 

-MISTRAL, Frédéric, Lou trésor dôu felibrige, dictionnaire encyclopédique provençal- 
français, rééditions Arles, CPM et Aix, Edisud, (1886), 2 vol. 

- REY, Alain, (dir.). Dictionnaire historique de la langue française Paris, Le Robert, 
1992-94. 

7. Histoire, littérature et ethnologie de la Provence 

-BARATIER, Edouard, (Dir.), Histoire de la Provence, Toulouse, Privât, 1990. 

-BAYLE Louis & COURTY Michel, Histoire abrégée de la littérature provençale 
moderne, Berre, L'Astrado, 1995. 

-BENOIT, Fernand, La Provence et le Comtat-Venaissin, arts et traditions populaires, 
Aubanel, Avignon, réédition 1975 (1949). 

-BLANCHET, Philippe et FAVRAT, Claude, Dictionnaire de la Cuisine de 
Provence, traditions et recettes, Paris, Bonneton, 1994. 

-BROMBERGER, Christian, "Vers une ethnologie de la Provence", dans 
Provence, encyclopédie régionale, Bonneton, Paris, 1989, p. 85-249. 

-BROMBERGER, Christian, Le match de football à Marseille, Naples et Turin, Paris, 
MSH, 1995. 

-[Collectif], Provence, encyclopédie régionale, Paris, Bonneton, 1989. 

-COURTY, Michel, Anthologie de la littérature provençale moderne, Berre, 
L'Astrado, 1997. 

-EMMANUELLE François-Xavier, Histoire de la Provence, Paris, Hachette, 1980. 

-GALTIER, Charles, Le trésor des jeux provençaux, Arles, CPM, 1952. 

-MAURON, Claude, Frédéric Mistral, Paris, Fayard, 1993. 

-PELEN, Jean-Noël, et MARTEL, Claude, L'homme et le taureau en Provence et 
Languedoc, Grenoble, Glénat, 1990. 

-PRADELLE, Michèle (de la). Les vendredis de Carpentras, Paris, Fayard, 1996. 

-SEIGNOLLE, Claude, Le folklore de la Provence, Paris, Maisonneuve et Larose, 
1980 (1963). 

8. Autres 

-BLANCHET, Ph., Breton R. et Schiffman H., (éd.). Les langues régionales de 
France : un état des lieux à la veille du XXIe siècle, Louvain, Peeters, 1999. 

-WALTER, Henriette, Le français d'ici, de là, de là-bas, Paris, Lattès, 1998. 



166 


Table des matières 

Carte "la Provence historique et culturelle" p. XXX 

Présentation p. XXX 

1. Les "expressions", qu'es acô ? p. XXX 

2. Vous avez dit "familières" ? p. XXX 

3. "de Provence", voyons voir... p. XXX 

4. Quelques indications pour lire ou consulter ce livre p. XXX 

Les expressions, de A à Z p. XXX à XXX 

Index (dont table des index) p. XXX 

-liste des expressions en français avec pagination p. XXX) 

-liste des expressions en provençal 

et en italien avec pagination p. XXX 

-28 autres index thématiques p. XXX 

Bibliographie sélective et indicative p. XXX